Un régime amaigrissant
Avec la méthode Montignac,
il serait possible de maigrir et de maintenir un
poids-santé tout en mangeant sans se priver... La clé
serait de ne pas tant mettre l'accent sur la quantité de
nourriture, mais plutôt sur sa qualité (les bons gras et
les bons glucides, beaucoup de légumes et de fruits, peu
de produits industriels raffinés). Fini le décompte des
calories pour contrôler son tour de taille!
La méthode a été lancée en
1987 avec la publication du livre Je mange donc je
maigris de Michel Montignac. Elle a connu une très
grande popularité, surtout au milieu des années 1990
(Montignac a vendu plus d'un million d'exemplaires de
son premier livre). La méthode ne fait toutefois pas
l'unanimité, même si de plus en plus de recherches
scientifiques tendent à valider les hypothèses sur
lesquelles elle se base.
Le créateur de la méthode
affirme que ce n'est pas le contenu énergétique des
aliments (leur valeur calorique) qui « fait le poids »
dans un régime amaigrissant, mais les choix
alimentaires. Selon lui, et selon une étude récente1,
les gras ne causent pas nécessairement l'embonpoint, si
on sait choisir les bons2 et si on ne les
combine pas avec des glucides (les sucres). La
surconsommation de produits raffinés, riches en sucres
et en graisses saturées, serait bien plus à blâmer.
Les aliments à index
glycémique élevé, c'est-à-dire qui font augmenter
rapidement le taux de sucre dans le sang (le sucre, les
pommes de terre, le riz et le pain blancs, etc.),
constitueraient un facteur déterminant dans la prise de
poids. En effet, l'augmentation du taux de sucre
déclenche la production d'insuline par le pancréas.
L'insuline, présente dans le sang, provoque, entre
autres choses, le stockage des graisses dans le corps,
d'où la possibilité d'embonpoint. De plus, à force
d'être confronté à des taux de sucres élevés, le
pancréas pourrait se dérégler et produire trop
d'insuline.
La solution : éliminer les
sucres raffinés et choisir des glucides ayant un faible
index glycémique (IG), ce qui contribuerait à
« rééduquer » le pancréas; choisir les bons gras et ne
pas les consommer en même temps que des aliments à fort
index glycémique; privilégier les aliments riches en
fibres (les céréales complètes, les fruits, les légumes,
les légumineuses) et en protéines pour leur pouvoir
rassasiant et revitalisant; et profiter des plaisirs de
la table!
Le pour et le contre
Bien que Montignac ait le
vent dans les voiles, plusieurs aimeraient que la vogue
se calme. Certains désapprouvent la méthode à cause de
son aspect commercial (plus de 120 produits sur le
marché), tandis que d'autres la critiquent parce qu'elle
remet en cause la théorie des calories. C'est le cas du
Dr Dominique Garrel, du département de
nutrition de l'Université de Montréal.3 Il
affirme que la méthode Montignac repose sur des
hypothèses erronées et que son efficacité ne viendrait
que de sa faible teneur en calories; selon Garrel, les
troubles d'obésité résultent avant tout d'une dépense
énergétique insuffisante par rapport à la consommation
de calories.
Bien sûr, le fait que
Montignac remette en cause la théorie des calories a de
quoi provoquer la controverse, sachant que le régime
hypocalorique est recommandé par bon nombre de médecins
et qu'on l'enseigne dans les écoles. Toutefois, tous les
spécialistes ne partagent pas cet avis. Par exemple, le
Dr Paul Thomas, qui se consacre depuis vingt
ans au traitement de l'obésité, est d'avis que les
glucides qui ont un index glycémique élevé
déséquilibrent le pancréas et favorisent la prise de
poids.4 De même, la nutritionniste Hélène
Baribeau affirme que le régime Montignac semble être le
seul qui ne provoque pas une baisse du métabolisme de
base, responsable du fameux effet yo-yo bien connu de
tous ceux qui ont essayé de perdre du poids...5
Les critiques de la
méthode Montignac ont été virulentes pendant les
premières années qui ont suivi sa présentation. Depuis,
à la suite de la publication de diverses études sur les
glucides et l'index glycémique (voir Les applications
thérapeutiques), les blâmes se sont faits moins acerbes
et concernent plutôt des aspects spécifiques de la
méthode (la place insuffisante accordée à l'exercice
physique et la promotion du fructose, par exemple) que
ses fondements de base. Mais, il faudra encore quelques
années avant de pouvoir se prononcer sur son efficacité
à long terme, comme le souligne l'Ordre des diététistes
du Canada.6
Il ne faut surtout pas
oublier que la méthode miracle n'existe pas! Maigrir
dépend d'une foule de facteurs : physiologiques,
culturels, psychologiques, sociaux, héréditaires, etc.
Et il faut de la motivation, de la volonté et de la
ténacité; la méthode n'est pas tout. Par contre, ceux
qui en dénichent une qui les aide vraiment se
préoccupent rarement de savoir s'il existe des
fondements scientifiques qui expliquent son
efficacité...
Rien de nouveau sous
le soleil
Basée sur l'index
glycémique des aliments, la méthode Montignac n'amène
rien de nouveau selon l'aveu même de son créateur, si ce
n'est que de remettre en lumière des principes déjà
connus. C'est durant les années 1980 que Montignac
entreprend, en autodidacte, une recherche dans le but de
trouver, une fois pour toutes, une solution à ses
problèmes de poids. En consultant les travaux des
chercheurs, il découvre certaines pistes, notamment que
80 % des diabétiques sont obèses et qu'il pourrait y
avoir un lien entre les deux pathologies.
Déjà en 1870, Apollinaire
Bouchardat7-9, un des premiers diabétologues
de l'histoire, avait mis au point un régime pour les
diabétiques qui avait considérablement amélioré leur
état, tout en leur faisant perdre du poids. Selon
Montignac, les travaux les plus significatifs sur le
sujet proviennent du nutritionniste canadien David
Jenkins10 qui a introduit, au cours des
années 1970, le concept d'index glycémique des
aliments : le glucose pur a un indice de 100, le pain
entier et le riz brun, de 50, les légumes verts, de 10.
En appliquant ces
principes, les bons glucides et les bons gras se sont
retrouvés dans l'assiette de Montignac et il a perdu en
quelques mois ses kilos en trop. Depuis, il a maintenu
un poids stable, et de nombreuses publications revues et
augmentées ont succédé à son premier ouvrage. La
nouvelle version de son ouvrage original, intitulée
Je mange, je maigris et je reste mince!, inclut les
observations faites par les chercheurs et les personnes
ayant appliqué sa méthode. Par exemple, on a découvert
qu'un même aliment pouvait afficher des index
glycémiques différents selon son degré de maturité, son
mode et sa durée de cuisson, et même le moment de la
journée où il était consommé. Ainsi, la carotte qui
était exclue, à cause de son IG élevé quand elle est
cuite (85), a retrouvé ses lettres de noblesse, car,
lorsqu'elle est consommée crue, son IG n'est que de 35.
L'approche de Montignac a
également une visée éducative. Selon lui, une personne
qui comprend ce qui passe dans son organisme est plus en
mesure de modifier ses habitudes alimentaires. Ainsi, sa
méthode, qui comporte deux étapes (la perte de poids,
puis le maintien), amène à voir l'alimentation sous un
autre jour, à comprendre la nature et les propriétés des
aliments, ainsi que leurs mécanismes d'assimilation.
Pas pour tous?
Même si elle reconnaît la
valeur de la méthode Montignac, Julie Brière apporte
certains bémols, entre autres au sujet du fructose (voir
Les articles de référence). Elle considère aussi que
l'approche ne fonctionne pas également pour tous. Si
l'on se fie à la théorie développée par le naturopathe
Peter D'Adamo, selon laquelle il existe une relation
entre l'alimentation et les groupes sanguins, la méthode
Montignac donnerait de moins bons résultats aux
personnes du groupe sanguin A, et fonctionnerait
beaucoup mieux pour les individus des groupes O et B.
Applications
thérapeutiques
Chacun peut profiter des
bienfaits de consommer des aliments à faible index
glycémique (50 ou moins). Outre la perte de poids, on a
observé que cette habitude alimentaire entraîne des
effets positifs sur la santé en général, notamment, sur
le système digestif, la forme physique et
intellectuelle, le sommeil, ainsi que la résistance à la
maladie. De même, de nombreuses études11-16
démontrent qu'une diète composée d'aliments à faible
index glycémique constitue un facteur de protection
contre les maladies chroniques (l'obésité, le diabète,
les maladies cardiovasculaires). En effet, on a trouvé
que ce type de diète contribue à diminuer les taux de
glucose, de cholestérol et de triglycérides dans le
sang. De même, les recherches entreprises par l'équipe
du Dr Willett1, directeur du
département de nutrition de l'école de santé publique de
l'université Harvard, démontrent, entre autres, que les
« mauvais glucides » sont à l'origine des troubles
d'obésité, de diabète et cardiovasculaires chez les
populations nord-américaines. (Voir la fiche Guides
alimentaires.)
Le Dr Jean G.
Dumesnil, un cardiologue attaché à l'hôpital de
l'Université Laval, qui a lui-même suivi le régime
Montignac, considère que la méthode est efficace pour
perdre du poids et contrôler le taux de cholestérol.
Encouragé par les résultats qu'il a obtenus, il a
entrepris une étude15 à court terme auprès de
douze personnes obèses, afin d'évaluer les effets
métaboliques de la méthode Montignac, en comparaison de
la diète de l'American Heart Association (AHA),
recommandée pour réduire les troubles cardiovasculaires.
Avec la méthode Montignac, les résultats démontrent une
diminution de 35 % du taux de triglycérides, tandis que
les résultats obtenus avec la diète de l'AHA sont assez
inquiétants : une augmentation de 28 % du taux de
triglycérides et une réduction de 10 % du bon
cholestérol.
Malgré ces résultats, le Dr
Dumesnil ne considère pas la méthode Montignac comme une
panacée, car « bien des aspects de la méthode restent
encore à valider ». Toutefois, il souhaite que les
autorités responsables qui émettent des recommandations
en matière de nutrition ajustent leur tir, notamment en
faisant une distinction entre les bons et les mauvais
gras, les bons et les mauvais glucides, et en accordant
une plus large part aux protéines.
L'alerte au sucre
Même si l'efficacité de la
méthode de Montignac comme mesure de contrôle de
l'obésité est encore critiquée, il semble que les
recommandations concernant le sucre soient de plus en
plus validées. En effet, pour la première fois, le sucre
est mis sur la sellette par des scientifiques. Dans un
important rapport conjoint publié en 2003 par
l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) et
l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et
l'agriculture (FAO), un comité d'experts mondiaux,
mandaté pour étudier le lien entre l'alimentation, la
nutrition, l'exercice physique et les maladies
chroniques, a mis en évidence plusieurs facteurs
contribuant à l'obésité, notamment, la consommation de
produits raffinés.17 En outre, le rapport
indique que la consommation d'aliments à faible index
glycémique peut diminuer les risques d'obésité et que la
quantité de protéines ingérées n'aurait pas de lien avec
l'obésité.
L'OMS et la FAO ont lancé
un appel aux intervenants de l'industrie alimentaire
pour qu'ils réduisent la quantité de graisses saturées,
de sucre et de sel dans leurs produits. Plusieurs
associations professionnelles n'ont pas tardé à
s'opposer à ces recommandations qui, selon elles,
contredisent les données scientifiques qui n'ont établi
aucun lien entre le sucre et l'obésité. Des changements,
et surtout des débats, sont encore à prévoir!
En pratique
On peut facilement
s'initier à la méthode Montignac, simplement en
consultant les ouvrages sur le sujet (voir Livres,etc.).
Le site officiel Montignac est également un bon point de
départ. Si vous souffrez d'un problème de santé, il est
recommandé de consulter un médecin ou un diététiste
avant d'entreprendre toute forme de diète.