George Sand : Citations diverses
- J'ai fait
cadeau, à divers musées de cette province, des
statues et des tableaux que je possédais. Je trouve qu'un
chef-d'oeuvre doit être à tous ceux qui peuvent le
comprendre et l'apprécier, et que c'est une profanation que
de l'enfermer dans la demeure d'un particulier, lorsque ce
particulier s'est voué à la retraite, et a
fermé sa porte aux amateurs et aux curieux, comme je l'ai
fait définitivement. (extrait d'Isidora)
- Lorsque nous
revenions en France sur le Phénicien, un magnifique bateau à
vapeur de notre nation, nous comparions le dévouement du
Français à l'hospitalité de l'Espagnol. Le
capitaine d'el Mallorquin avait disputé un lit
à un mourant ; le capitaine marseillais ne trouvant pas
notre malade assez bien couché, avait ôté les
matelas de son propre lit pour les lui donner... Quand je voulus
solder notre passage le Français me fit observer que je lui
donnais trop ; le Majorquin m'avait fait payer double.
D'où je ne conclus pas que l'homme soit exclusivement bon
sur un coin de ce globe terraqué *, ni exclusivement mauvais sur un
autre coin. Le mal moral n'est, dans l'humanité, que le
résultat du mal matériel. La souffrance engendre la
peur, la méfiance, la fraude, la lutte dans tous les sens.
(extrait d'Un hiver à Majorque)
*
terraqué : composé de terre et d'eau (Le Petit
Littré)
- La fantaisie
ne peut rien prouver, et l'artiste qui se livre à une
fantaisie pure ne doit prétendre à rien de
semblable. Est-il donc nécessaire, avant de parler à
l'imagination du lecteur, par un ouvrage d'imagination, de lui
dire que certain type exceptionnel n'est pas un modèle
qu'on lui propose ? ce serait le supposer trop naïf, et il
faudrait plutôt conseiller à ce lecteur de ne jamais
lire de romans, car toute lecture de ce genre est pernicieuse
à quiconque n'a rien d'arrêté dans le jugement
ou dans la conscience. (extrait de la notice de 1852 de
Teverino)
- (...) les
individus peuvent toujours s'élever, et même se
relever quand ils ont du coeur et de l'intelligence.
Cela, je le crois fermement pour tous les êtres humains,
pour tous les égarements, pour tous les malheurs, et dans
toutes les conditions de la vie. Il est bon de le leur dire, et
c'est pour cela qu'il est bon d'y croire. Je ne m'en ferai donc
jamais faute. GEORGE SAND (extrait de la notice de 1852 de
Teverino)
- Ce que je dis
est bien clair, reprit le paysan. Une fois que j'ai ruiné
toutes les petites industries qui me faisaient concurrence, je
deviens un seigneur plus puissant que ne l'étaient vos
pères avant la révolution, monsieur Antoine ! Je
gouverne au-dessus des lois, et, tandis que pour la moindre
peccadille je fais coffrer un pauvre diable, je me permets tout ce
qui me plaît et m'accommode. Je prends le bien d'un chacun
(filles et femmes par-dessus le marché, si c'est mon
goût), je suis le maître des affaires et des
subsistances de tout un département. Par mon talent, j'ai
mis les denrées un peu au rabais ; mais, quand tout est
dans mes mains, j'élève les prix à ma guise,
et dès que je peux le faire sans danger, j'accapare et
j'affame. Et puis, c'est peu de chose que tuer la concurrence : je
deviens bientôt le maître de l'argent qui est la clef
de tout. Je fais la banque en dessous main, en petit et en grand ;
je rends tant de services, que je suis le créancier de tout
le monde, et que tout le monde m'appartient. On s'aperçoit
qu'on ne m'aime plus, mais on voit qu'il faut me craindre, et les
plus puissants eux-mêmes me ménagent, tandis que les
petits tremblent et soupirent autour de moi. Cependant, comme j'ai
de l'esprit et de la science, je fais le grand de temps à
autre. Je sauve quelques familles, je concours à quelque
établissement de charité. C'est une manière
de graisser la roue de ma fortune, qui n'en court que plus vite :
car on en revient à m'aimer un peu. Je ne passe plus pour
bon et niais, mais pour juste et grand. Depuis le préfet du
département jusqu'au curé du village, et depuis le
curé jusqu'au mendiant, tout est dans le creux de ma main ;
mais tout le pays souffre et nul n'en voit la cause. Aucune autre
fortune que la mienne ne s'élèvera, et toute petite
condition sera amoindrie, parce que j'aurai tari toutes les
sources d'aisance, j'aurai fait renchérir les
denrées nécessaires et baisser les denrées du
superflu, au contraire de ce qui devrait être. Le marchand
s'en trouvera mal et le consommateur aussi. Moi, je m'en trouverai
bien, puisque je serai, par ma richesse, la seule ressource des
uns et des autres. Et l'on dira enfin : Que se passe-t-il donc ?
les petits fournisseurs sont à découvert, et les
petits acheteurs sont à sec. Nous avons plus de jolies
maisons et plus de beaux habits sous les yeux que par le
passé, et tout cela coûte, dit-on, moins cher ; mais
nous n'avons plus le sou dans la poche. On nous a donné une
fièvre de paraître, et les dettes nous rongent. Ce
n'est pas pourtant M. Cardonnet qui a voulu tout cela, car il fait
du bien, et, sans lui, nous serions tous perdus.
Dépêchons-nous de servir M. Cardonnet : qu'il soit
maire, qu'il soit préfet, qu'il soit député,
ministre, roi, si c'est possible, et le pays est sauvé !
(extrait de Le Péché de Monsieur
Antoine)
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