EX Nihilo




Présentation :

EX Nihilo : rien ne naît de rien. Et pourtant...
Point de départ : après huit ans d’absence, Christophe, ancien étudiant alcoolique et communiste, revient du Soudan. Il désire revoir Simon, à qui il n’a jamais donné signe de vie depuis... Simon ne se souvient qu’à peine de lui, mais peu à peu, au fil des heures et des coïncidences, l’histoire se reconstruit d’elle-même.

Après Disconite et l'Enfance d'une Garce, Nicolas Raviere explore de tout nouveaux concepts et univers pour ce troisième roman qui se passe cette fois-ci entre Lyon et Dijon et mélange habilement les genres narratifs (récit, autobiographie, théâtre, ainsi qu'une version revisitée façon "gay" du célèbre conte Le Petit Chaperon Rouge...).


Détails de l'édition :

Imprimé: 145 pages, 6" x 9", parfait reliure, crème intérieur papier (60# poids), noir et blanc encre intérieure, blanc papier extérieur (100# poids), pleines-couleurs encre extérieure.
Éditeur: Nicolas Raviere
Prix : 15 €
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EXTRAIT

    Felipe m’appelle : «  Prépare-toi. J’arrive à l’heure que tu sais. Mets le tee-shirt rouge. Ca va être hot. » Je ne comprends pas ce qu’il veut, mais le tee-shirt, je l’enfile sans réfléchir. C’est celui que nous nous sommes achetés, on avait craqué dessus. Première faute de goût. Il n’y en avait plus qu’un. On le portait chacun notre tour et puis il m’a dit : tu peux le garder, le rouge te va mieux au teint. En vérité, il ne rentrait plus dedans. La cause : une petite surcharge adipeuse à peine gênante.
   Felipe, c’est un véritable concentré de gentillesse et de mauvaise foi en une seule et même personne, quand bien même il lui arrive aussi de se dédoubler, parce que nous n’avons pas assez d’un seul corps, pour tout faire. La joie infuse dans la chaîne stéréo, il y’a Madonna qui vous parle mais en simultané : oubliez les factures et venez avec moi dans un voyage disco pas très original, certes, mais plutôt confortable. Oubliez vos petits problèmes sans importance, alors que vos problèmes viennent tous du disco monde, fatalement. Come with me. Sera-t-il là ce soir ?
    Pour répondre à cette question, il faut déjà savoir où l’on va. Et là, c’est toujours la surprise. La surprise, c’est souvent le Couloir et ça retombe toujours comme le soufflet de tante Agathe : on espère toujours qu’il soit goûteux, moelleux, enfin, délicieux quoi, et c’est au final une espèce de bouillie informe qui n’a pas de goût, un met de cantinière qui aurait perdu le sens du goût, de l’odorat. A la Divine, il y’a bien trop d’hétéros pour sacrifier l’identité ou alors c’est le dimanche que cela se passe ; au Marécage, pas nécessairement fangeux, c’est le pays des lesbiennes, et cette boîte dont j’oublie toujours le nom, où gras et kitsch rivalisent sans cesse dans des litrons d’alcool bon marché vendus à prix d’or, (...)

[...]         


    Il était une fois à Sainte-Foy-lès-Lyon, un très joli garçon, beau comme il n’est pas possible d’en voir ; sa mère, comme toutes les mères, en était folle et sa grand-mère, bien plus encore, mais pas comme toutes les grand-mères. Ca non...
Ce tee-shirt qu’il portait fort souvent, et qui lui allait à ravir, car il semblait avoir été conçu pour lui, pour sa musculature, lui seyait tellement bien qu’on l’appelait le petit Chaperon Rouge.
    Un jour, sa mère avait fait cuire des brownies et lui dit qu’il serait fort aimable s’il pouvait en apporter un à sa chère grand-mère, parce que celle-ci était un peu malade ces derniers temps : une grippe carabinée ; cela lui serait sans doute d’un grand réconfort que de voir son petit fils et de grignoter avec son tout nouveau dentier un brownie fait maison, auquel la mère du petit Chaperon ajouta un petit pot de beurre, parce qu’elle n’en avait plus dans son réfrigérateur.
    Le petit Chaperon rouge s’en alla donc, tout fier du haut de ces seize ans, prenant le bus pour monter sur la colline et rejoindre Sainte-Foy-lès-Lyon.
    Se trompant de quelques arrêts et descendant non loin de l’imposant fort Saint Irénée, il rencontra Loup, un très beau jeune homme aux yeux perçants, qui l’aurait bien dévoré tout cru, certes, mais il y’avait là quelques témoins fort gênants : des étudiants, qui attendaient au bus, ou se dirigeaient vers un fast food. Un fast food : une aberration pour Loup, que de manger des steaks de vaches laitières, mortes à quatre ans, au lieu de vingt. De la vrai semelle. L’homme est bien meilleur, infiniment plus copieux. Surtout les jeunes hommes.
    Néanmoins, il lui demanda où il allait comme ça, d’un pas si leste. Sans minauder un seul instant, le petit Chaperon rouge lui dit qu’il rendait visite à sa grand-mère, rue Grange Bruyère, afin que de lui apporter un brownie, ainsi qu’un petit pot de beurre.
    « La direction à prendre, ce n’est pas la bonne, indiqua alors le loup, afin que d’arriver chez la grand-mère bien avant lui.
    - Mais, balbutia le petit Chaperon rouge, regardant non sans perplexité son petit plan dessiné à la main, par sa mère, il semblerait que non.
    - Laissez-moi regarder ce plan de moi-même, fit le loup d’un air absolument concentré, qui semblait pour le coup réfléchir à en avoir des yeux terriblement perçants. »
    Il détailla le plan, qu’il retourna et claironna victorieux :
    « C’est tout simplement dû au fait que le plan a été dessiné à l’envers, jeune homme ; une simple inversion, ce qui n’a rien de vraiment grave. Bien au contraire. »
    Loup ayant l’air sincère dans son explication tarabiscotée, qui ne tenait pas vraiment debout, le petit Chaperon rouge, bien que sceptique, alla en sens inverse, pensant trouver la rue Grange Bruyère, mais il ne trouva rien, si ce n’est que la rue descendait, direction les quais. Pas de noisettes à cueillir, certes, mais le jeune homme se surprit à faire voleter quelques pigeons, qui dévoraient des morceaux de pain sur le trottoir.
    Pendant ce temps, Loup courut de toutes forces en direction de la dite maison, dans l’espoir de pouvoir y pénétrer : sans doute la vieille femme attendait-elle le petit Chaperon Rouge ; il lui serait aisé que de se faire passer pour lui. Aussitôt devant, il essaya de pousser le portail qui céda tout à fait et, sans plus attendre, pénétra lestement le jardin : que ce coin était calme, les maisons cachées par de très grands arbres. L’endroit idéal pour commettre son forfait.
    La sonnette était défaillante : probablement une de ces vieilles radines contrôlant ses dépenses pour ne pas trop dépenser la retraite militaire de feu son mari. Aussi il heurta : toc, toc, toc.

[...]       

    Enfin, lorsque les jambes de Loup le frôlèrent, tout son corps frissonna de bien curieuse façon. Les jambes de la mère-grand se révélaient bien plus poilues que les siennes, par un étrange maléfice ! Quelle surprise étonnante. C’était si impromptu, cette sensation, terriblement excitant : le petit Chaperon Rouge se dit qu’il s’agissait là presque d’un homme et c’était un contact - effleurer, toucher une homme - dont il rêvait depuis fort longtemps.
    « Mamie, s’exclama-t-il bêtement, émoustillé, vous avez les jambes vraiment poilues.
    - C’est que mon épilateur est en panne, mon enfant.
    - Mamie, vous avez de grandes jambes, si fermes, si musclées !
    - C’est à force de danser mon enfant, de danser. »

[...]       
 
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CITATIONS

    "Tout commence par le physique, pour certains, tout s’arrête au physique. C’est un thème astral qu’on devrait fournir, plutôt, gravé sur le front de chacun, ce qui éviterait bien des erreurs d’appréciation."

    "Les portes du métro coulissent toujours avec ce fracas désagréable ; je reste en station debout, face à ce beau jeune homme, dont le regard se veut droit et fixe. Inébranlable. Ou bien il pense, ou bien il regarde son reflet, juste à côté de moi. Décale ton regard vers la droite, et tu verras que tu es bien plus beau dans le bleu de mes yeux."

    "Qu’on le mate, il l’aurait vraiment mal supporté ; comme si un simple regard pouvait entraîner une sodomie."

    "Le baiser est à l’acte sexuel ce que les insultes sont au crime, tout simplement le premier stade de la violence."

    "Je me méfie de la beauté car non seulement elle n’est pas cessible, mais lorsqu’elle est connue de son « possesseur », souvent est-elle brandie comme un glaive, une arme de la plus haute importance."

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