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La censure existe, je l’ai rencontrée !

En cinquante années de métier, j'ai eu le temps d'apprendre bien des choses et c'est heureux ! Quand j'étais moi-même jeune journaliste (et le fils d'un journaliste de talent), j'ai pu apprécier «du dedans» l'atmosphère trépidante, mais passionnante, de ce métier dont la devise  « acta sacra, libera verba » (Les faits sont sacrés, les commentaires sont libres) est une approbation de la liberté d'expression mais, avant tout, reste un rappel de l'engagement à la rigueur dans la narration.

Une question se pose de savoir si un journal et les journalistes qui l'animent font leur travail lorsqu'ils possèdent une information et la gardent sous le boisseau au seul prétexte... qu'ils n'entendent pas donner ? Est-ce respecter la devise des journalistes que d'occulter une information au motif, par exemple, de ne pas déplaire à celui qui est concerné par cette information ? Je pose la question et vous laisse libre de la réponse.

J'ai fait ce site, le jour où je fus victime de l'administration de tutelle qui assiste le microcosme cinématographique, le Centre National de la Cinématographie (CNC) et j'ai constaté et compris  que cette administration, composée d'hommes et de femmes comme vous et moi, côtoyant en permanence les mêmes professionnels du cinéma, finissait par tisser des liens autres qu'administratifs et dévoyait les relations d'administrateur à administrés. J'ai compris que ce copinage pouvait faire des désastres au détriment de ceux qui sont les contradicteurs des copains.

Je résume vingt ans de censure : de 1988 à 1992 j'ai fait face aux attaques du CNC devant un tribunal de grande instance, une Cour d'appel et la Cour de cassation. Le CNC étant chaque fois désavoué, je me suis retrouvé ruiné mais libre de poursuivre à mon tour le CNC devant la justice. Cela va durer de 1992 à 2008. Le CNC sera condamné quatre fois. Ce fait est unique dans l'histoire de cette administration. C'est seulement la Directrice actuelle qui prendra réellement l'affaire en main et proposera un arrangement amiable que nous accepterons.

Et bien le journal professionnel du cinéma n'en fera jamais état, il occultera totalement ces faits.

Constatant cette triste réalité, j'ai voulu me charger d'informer les confrères par le seul moyen qui me soit offert : une annonce dans le journal professionnel.

Voici le déroulement des faits :

12 déc. 2007 09:54

Monsieur,
Je souhaite faire publier dans l'un de vos prochains numéros du mois de décembre
l'annonce suivante sur 3 lignes une colonne :
«Lettre ouverte à Madame la Directrice du CNC...»
Le syndicat virtuel de l'éthique sur
www.acheriteguy.net
si possibilité d'une 4ème ligne alors :
«Lettre ouverte à Madame la Directrice du CNC et Monsieur Berthod rapporteur du cinéma dit non commercial»
Le syndicat virtuel de l'éthique sur
www.acheriteguy.net
Merci d'établir, comme précédemment, votre facture à xxxx
Merci de confirmer votre prix
Cordialement vôtre
Achéritéguy

le 19 déc. 2007 09:33
Madame, Monsieur,
Vous trouverez ci-joint l'épreuve de validation de votre petite annonce. Vous voudrez bien la relire attentivement, la corriger au besoin et nous la renvoyer avec vos indications et/ ou "Bon à tirer" en guise d'accord pour impression avant ce soir 16H00.
Nous attirons votre attention sur le fait que l'absence de réponse de votre part engage votre responsabilité. Néanmoins, l'annonce paraîtra
dans le(s) N° demandé(s).
Cordialement,
Claire Daurat
LE FILM FRANCAIS PUBLICITE

réponse 19 déc. 2007 10:03
Bj,
bon à tirer
Achéritéguy

19 déc. 2007 15:56
Monsieur,
En l'absence de notre rédactrice en chef et de notre éditeur, le service publicité ne prend pas la responsabilité de passer votre annonce en raison de son contenu.
Je vous propose ainsi de décaler sa parution ou de l'annuler en fonction de l'avis de notre direction.
Veuillez nous recontacter ultérieurement pour avoir plus d'informations.
Merci de votre compréhension,
Claire Daurat
LE FILM FRANCAIS PUBLICITE

réponse 20 déc. 2007 09:21
Madame,
Je prends connaissance de votre décision de différer la parution de mon annonce jusqu'au retour de votre direction car vous estimez que sa rédaction pose problème.
J'en suis assurément très surpris ; je ne vois rien dans ce texte de trois lignes, qui puisse vous poser un problème d'éthique ou de conscience.
Toutefois je ne manquerai pas de prendre l'avis de mon avocat pour mieux comprendre la légalité d'une telle censure.
Vous me remerciez de ma compréhension.
Soyez assurée que ma compréhension reste très relative.
J'attends votre décision que j'espère rapide et judicieuse.
Veuillez agréer, Madame, l'expression de mes salutations distinguées.
JB Achéritéguy


17 janv. 2008 10:44
Monsieur,
Nous avons volontairement choisi de ne pas publier votre annonce au sein du Film Français.
Notre refus ne repose aucunement sur des motivations purement commerciales.
En effet, le document que vous nous avez remis ne convient pas à notre support.
Il ne s'agit nullement d'une censure mais sachez que si la loi sur la presse tient le Directeur de la publication pour responsable de tout ce qui parait dans son journal, elle lui reconnait en retour une totale liberté quant au contenu de ce journal.
En conséquence, le Directeur de la publication peut refuser d'insérer une publicité et ce, sans avoir à justifier ce refus.
En outre, en ce qui concerne la consultation de votre avocat estimant que notre attitude s'apparente à un refus de vente, nous ne partageons pas son opinion et vous informons que la jurisprudence a répondu par la négative, considérant que le refus d'insérer une annonce était légitimé par le principe de la liberté de la presse et celui de la responsabilité du Directeur de la publication.
Bien entendu, nous tenons à votre disposition l'ensemble des références légales et jurisprudentielles afférentes à notre position et vous prions d'agréer, Monsieur, l'expression de nos salutation distinguées
Alexandre THEVENET | Directeur d'Edition

réponse 17 janv. 2008 14:55
Monsieur,
Votre courrier électronique m'informe que vous prenez la décision définitive de ne pas publier l'annonce que je souhaitais faire paraître.
Dès lors que ce courrier comporte une contre vérité, j'ai l'obligation de vous répondre.
Vous dites « Il ne s'agit nullement d'une censure ». Mais bien sûr qui si, ayez le courage d'assumer vos actes.
Si vous étiez un journal d'information digne de ce qualificatif vous auriez, au cours de ces vingt années, rendu compte des sept désaveux et condamnations qui ont frappé le Centre National de la cinématographie. Le journal « Sud-Ouest », qui est un journal d'information, a rendu compte dans ses colonnes, sans que j'en fasse la demande, de ces condamnations. Vous avez, vous, gardé un silence coupable. Remarquez bien que je comprends : vous êtes non pas un journal d'information mais un journal que je qualifierai de propagande du fait de votre dépendance au microcosme qui vous fait vivre.
Jamais, depuis 1940 voire depuis l'invention du cinéma par les frères Lumière, une telle rafale de condamnations ne s'est produite hors de ce cas venant ainsi ternir l'image d'une administration qui se croyait au dessus des lois.
Les professionnels du cinéma avaient, sans aucun doute, le droit de le savoir et pourtant vos services rédactionnelles ont censuré chaque fois. Simplement, je considère ce comportement comme totalement indigne. C'est tout ce que je tenais à vous dire.
Je viens de recevoir, ce même jour et c'est presque de l'humour, une sollicitation de votre journal pour que je souscrive un nouvel abonnement avec la promesse d'un stylo USB.
Soyez assuré que mon refus ne repose aucunement sur des motivations purement commerciales.
Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments de parfaite considération.
Achéritéguy
 

Ces faits ainsi exposés je ferai un commentaire. La loi de la presse de 1881, donne à un journal le droit  de refuser une annonce sans avoir d'explication à fournir. Ce qui n'a pas marché avec le contrat première embauche (CPE) qui donnait aux patrons le droit de licencier sans avoir d'explications à donner a bien fonctionné en 1881 pour donner ce pouvoir, certainement excessif, aux propriétaires de journaux. Oui mais des milliers, voire des millions de jeunes ont refusé cet ukase en défilant dans les rues de leur ville.

Je ne vais pas, tout seul, défiler dans les rues de mon village, j'aurais l'air de quoi ? De me promener...

 

JB A