Pourquoi ce site.

 

A l’origine, ce site, je l’ai fait à l’intention des exploitants du cinéma avec la ferme intention de dénoncer les agissements du microcosme cinématographique dont d’aucun s’imagine que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. Je m’adressais, dans mon intention originelle, à des exploitants plus ou moins avertis des problèmes que je dénonce. Je n’avais pas pensé que ce site pouvait être visité et lu par d’autres que des professionnels de la profession. C’est une erreur, les statistiques me le disent tous les jours et les messages me font comprendre que ce site reste, pour beaucoup de lecteurs non avertis, une spécificité. Ils ne perçoivent pas toujours la démarche et la finalité.

 

Il faut donc, que cet article préliminaire explique aux lecteurs curieux de la vie cinématographique mais étrangers de nos mœurs cinématographiques les tenants et les aboutissants de cette profession.

 

Depuis les frères Louis et Auguste Lumière, l’exploitation cinématographique a évolué des fêtes foraines au cinéma chez-soi sur grand écran dans la solitude ou la chaleur familiale. Il y a eu le théâtre cinématographique, les grandes salles, puis les complexes (quand le cinéma a commencé à perdre son public), pour aboutir aujourd’hui à l’appauvrissement des salles dans les villages et les petites villes au bénéfice et à l’avantage de grosses entreprises comparables aux grandes surfaces de la distribution alimentaire.

 

L’exploitation cinématographique était, dans les années florissantes, on va dire jusque dans les années "60", extrêmement hiérarchisée et réglementée (réglementée surtout à partir de l’occupation sous le régime de Vichy). Cette profession était compartimentée en trois catégories d’exploitation ; à la manière des trois mousquetaires, il y avait l’exclusivité parisienne, puis les grande, moyenne et petite exploitations. Ces catégories vivaient sans trop se fréquenter et l’exploitation d’un film se faisait sur presque trois ans. Aujourd’hui les trois catégories d’exploitations projettent un film sur trois ou quatre semaines en moyenne et le film est projeté simultanément dans les trois catégories. Jusqu’à la fin des années "80", un film ne pouvait être exploité dans les commerces parallèles de la vente en vidéo et des télévisions qu’après trois années d’exploitation dans les salles de cinéma. Aujourd’hui, et ça n’est qu’un début, les films sont vendus en DVD seulement après un an et, pour la plupart d’entre eux, après dérogation (la France adore les exceptions) dans les six mois, voire trois, qui suivent la date de première sortie au cinéma. Il y a déjà des cas où le film sort directement en DVD sans passer par l'exploitation cinématographique.

 

Les relations entre les trois catégories de l’exploitation cinématographique sont devenues dès lors concurrentielles et même conflictuelles. Or il y avait, de tout temps, des syndicats professionnels dont la mission était de défendre les intérêts de ses adhérents et ces syndicats étaient unis dans une fédération qui les représentait pour défendre des intérêts communs. Comme les exploitants vivaient bien de leur métier d’exploitant, toutes catégories confondues, il n’y avait aucune activité notable de la vie syndicale, les seuls conflits pouvant naître des relations avec les frères ennemis : les distributeurs des films. Il ne fallait, cependant, jamais se fâcher avec plus d’un distributeur à la fois. Tout est différent aujourd’hui et, des trois catégories, la grande exploitation est prête à engloutir les deux autres pour peu qu’elle en ait le temps ; pour les moyens elle se dote d’une fédération à sa main. Un exploitant de la petite ou moyenne exploitation qui souffre d’une concurrence déloyale de la grande ne pourra demander de l’aide à son syndicat car le syndicat concerné aura justement pour adhérent le cinéma qui exerce la concurrence déloyale et il vous expliquera qu’il ne peut (surtout qu’il ne veut) pas agir contre son adhérent. ( et la grande astuce de la fédération est d'expliquer aux naïfs, à supposer qu'ils existent, que l'union fait la force). De fait les syndicats ne servent strictement à rien et seule la fédération pourrait faire régner l’ordre au sein de la profession, mais elle non plus de pourra faire quoi que ce soit, d’autant qu’elle est, en réalité, l’expression de la seule grande exploitation ; les syndicats potiches devant se contenter de faire de la figuration. Ainsi les catégories de la petite et de la moyenne exploitations sont, à la fois majoritaires en nombre de salles et en voix dans le pays et minoritaires dans toutes les décisions, justement parce que les syndicats n’assument pas le rôle pour lequel on pouvait penser qu’ils étaient faits. Les présidents devant logiquement voter, au sein de Conseil fédéral, pour des projets approuvés préalablement par les membres de leurs syndicats. Or, ils se gardent bien d'exposer préalablement les projets et placent les adhérents devant des décisions prises à Paris par seulement quelques personnes sans jamais une seule consultation de l'ensemble des adhérents. Il faut préciser, j'en parle et je me bats contre ça, que la fédération oblige par une pression financière les exploitants à être syndiqués. Ils ne sont jamais consultés mais obligés d'être syndiqués, sinon ils doivent payer à la Sacem les droits d'auteur 33% plus cher. Cette magouille fonctionne parfaitement depuis des décennies.

 

Alors, tel un nouveau Don Quichotte, j’ai décidé de « foncer » et surtout de dénoncer cette grande exploitation qui fait comme si les autres n’existaient pas et s’octroie tous les privilèges et tous les avantages sans jamais tenir compte de la survie des autres catégories de l’exploitation.

 

Mieux vaut savoir où l'on met les pieds. Le système au pouvoir reste impressionnant, trois grands circuits, et maintenant deux depuis le rachat de Gaumont par son frère Pathé, possèdent la production, la distribution et l’exploitation des films, la fédération, et pire encore, le CNC et les revues professionnelles qui sont aux ordres.

 

Pour ce qui concerne la presse professionnelle, il est facile de comprendre qu’elle n’a d’existence  que pour autant qu’elle vit de la publicité que, seuls, les grands circuits et les distributeurs américains lui assurent. Elle ne peut donc qu’être à leur dévotion et à leur service. En ce qui concerne le CNC, c’est plus mystérieux. Comment des fonctionnaires sont amenés à jouer le jeu exclusif des intérêts de la grande exploitation en dépit d’une politique culturelle affichée fermement par les gouvernants de toutes orientations et même infiniment favorable, dès 1981, à la petite exploitation avec une volonté affirmée par la gauche arrivant au pouvoir et par la venue de Jack Gajos et l’heureuse instauration d’une Agence pour le Développement Régional du Cinéma grâce à laquelle les villages auront, dès 1981, accès enfin aux films dans des délais qui les sauvent.

 

Oui, cela reste une interrogation, comment le CNC peut-il être asservi à ces familles potentats ? Pourtant les faits parlent d’eux-mêmes. Quand la société UGC décide de violer la réglementation en vigueur et de lancer une concurrence déloyale avec la carte illimitée, rien ne sera fait pour faire cesser cette activité illégale, bien au contraire le parlement va légiférer dans des délais si courts et avec une rapidité si grande que l’on en reste, aujourd’hui encore, tout pantois. Bien entendu, on peut se souvenir qu’à cette époque la société Vivendi et son Président ont les faveurs des gouvernants et que la société UGC est alors une affaire essentiellement Vivendi. Il faudra aussi se souvenir, car le fait était sans précédent, qu’un directeur du CNC fut, pour ce motif, limogé !

 

Il y a bien une autre explication, elle reste dans le domaine de l’hypothèse, quand on s’appelle « Dominique » (aujourd’hui dirait-il David ?) et que le Président de la Fédération interpelle Dominique en public, en pleine Assemblée générale, avec un tutoiement amical, le spectateur non averti peut comprendre bien des complicités relationnelles et utiles.

 

Quant à la fédération de l’exploitation cinématographique, son comportement sera édifiant mais aussi scandaleux. Jean Labé, un président au service de l’oligarchie, osera dire, au congrès de Poitiers, que la fédération ne pouvait STATUTAIREMENT  prendre des sanctions contre l’un de ses propres adhérents. C’est à se demander alors s’il avait pris le temps de lire les statuts dont un article donnait justement ce pouvoir de sanction. Mais élu par ses pairs, il devait lui paraître difficile de désavouer un pair spirituel.

 

Ainsi, nous sommes confrontés à l’isolement et la solitude, mais nous pouvons bien, quand même, prendre le temps de dire ce qui dérange… puisque c’est vrai.

 

Ainsi chers lecteurs inconnus du Canada, de la Colombie, de Belgique, de Suisse, du Luxembourg, d’Amérique, de Suède, des Seychelles, du Japon (ça alors !) ou du Royaume-Uni comprendrez-vous mieux la démarche que je poursuis avec ce site… Nous redonner l’envie de relire Candide.

 

 

JB Achéritéguy