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C'est la série.
L'événement
est trop important pour être passé inaperçu aux yeux des exploitants :
Les deux chaînes les plus regardées de la télévision française prennent
en même temps l'initiative de ne plus diffuser les films du dimanche
soir et les remplacent par des séries américaines. C'est donc,
apparemment, une aubaine pour les salles cinématographiques qui voient
ainsi une rude concurrence qui s'estompe. La
chaîne «3» consacrait, le mardi 26 septembre, une émission sur le sujet
à laquelle participaient des réalisateurs, une réalisatrice et des
professionnels de la télé, il n'y avait aucun représentant de
l'exploitation cinématographique. J'ai retenu, pour le temps où j'ai
écouté et regardé ce débat courtois, trois observations : 1. les réalisateurs sont inquiets de voir la participation des télévisions diminuer leur soutien au financement obligatoire des films. Certains souhaitent qu'il y ait une loi plus rigide qui oblige les télévisions à financer les films cinématographiques quoi qu'il advienne dans l'avenir. 2. les réalisateurs pensent que les séries c'est comme donner du poulet à chaque repas avec la même purée et cela devient vite indigeste. 3. j'ai
attendu en vain qu'ils expliquent, autrement qu'en parlant la langue de
bois, le pourquoi d'une semblable initiative, semble-t-il concertée,
des deux chaînes de télévision et quels avantages dans l'avenir ces
télévisions pouvaient espérer d'une telle politique. Comme
ils n'ont pas répondu à une question qu'ils ne se sont pas posée, il
convient de chercher soi même et essayer de comprendre cette
surprenante
mesure, ne serait-ce que par une série
d'interrogations et une série de postulats. Les
pilotes le savent, les spationautes plus encore, c'est en prenant de
l'altitude que l'on observe le mieux les généralités. Alors en
procédant ainsi que voyons-nous ? Nous voyons que le théâtre est
aujourd'hui marginal et subventionné, que le cinéma est bousculé
terriblement par l'arrivée de nouvelles techniques non encore
maîtrisées (numérique cinématographique professionnel à la traîne du
cinéma numérique grand public, home cinéma avec grand écran chez-soi et
DVD bientôt en vente en même temps que l'exploitation
cinématographique, câble, satellite et Internet qui mettent à
disposition des centaines de chaînes thématiques et bientôt le
téléphone mobile qui compte en faire autant), et nous voyons enfin
que le citoyen spectateur, instable et changeant par nature, ne
sait encore comment fixer son choix, et que les télévisions prolixes
en séries (américaines cela va sans dire), prolifèrent. J'observe,
depuis longtemps, que les films proposés par les télévisions dites
gratuites sont rarement de bons films, mais plutôt des films que l'on
peut classer dans la catégorie des navets (sauf Arte qui fait un effort
que l'on comprend bien : culture oblige) et que ces navets sont
diffusés à satiété. Les
télévisions comme TF1 sont impliqués dans les bouquets de chaînes
satellites cryptées et payantes dont certaines basent leur publicité et
leur succès, sur le cinéma. La chaîne publique, elle, applique une
politique qui ne s'improvise pas. Si elle décide de suivre l'exemple de
sa concurrente qui va forcément à l'encontre du goût du citoyen
téléspectateur, c'est parce que les ordres viennent des
gouvernants. Cette
politique c'est assurément de permettre au citoyen spectateur ou
téléspectateur de payer les films qu'il souhaite voir quel que soit le
mode choisi par lui : le film gratuit pour le téléspectateur c'est
fini. Ainsi en décident nos instances dirigeantes et vous ne trouverez
jamais personne à la télé pour vous le dire d'une façon simple. Mais
est-il besoin de nous le dire ? Nous sommes des adultes capables de
comprendre les choses simples sans plus d'explications. Tout ça se fait d'une manière très efficace, le plus souvent et loin en amont, par doses homéopathiques puis par secousses brutales souvent accompagnées de pseudo statistiques qui entendent démontrer que la ménagère de tout âge aime le roman photo et qu'il convient de lui en donner plutôt que le cinéma dont elle se lasse vite selon l'enquête dite sérieuse et incontrôlable.
Des deux séries actuellement proposées j'en n'ai regardé qu'une, à l'époque où elle était diffusée le mercredi : FBI porté disparu!
La première fois j'ai trouvé ça récréatif. La seconde fois j'ai eu l'impression du déjà vu. A la troisième, la dernière pour ce qui me concerne, j'ai eu le vif sentiment que l'on se moquait de moi.
Vous qui n'avez pas vu l'antépénultième de la série, je vais vous la raconter :
D'abord c'est quelqu'un qui vient de disparaître et le FBI, brigade des disparus, qui est chargée d'enquêter et, surtout, de retrouver à temps la personne qui, sinon, va mourir (eux ne le savent pas mais ils le supputent), nous, bien sur, on est en haleine (dite oui au moins pour me faire plaisir). Alors ça commence ainsi ; première constatation la ou le disparu a cessé de donner signe de vie le mercredi 24 à 10h32.
Il y a le tableau blanc sur lequel ils écrivent en bleu et en diagonale : Duchnoc
a disparu mercredi 24 à 10h32.
Très
vite ils vont faire des recherches
de routine et s'apercevoir que le disparu a fait usage de sa carte
bancaire le mercredi 24 à 23h04, alors sur le tableau blanc, toujours
en diagonale, ils vont écrire : il fait usage de sa CB
mercredi à 23h04
sur la 5ème avenue (il y a toujours une cinquième
avenue dans les villes américaines).
Puis ils vont vous montrer une vue prise nuitamment de quelques buildings pour vous convaincre de l'atmosphère propre à angoisser les agoraphobes. C'est toujours la même vue rapide accompagnée d'une musique ad hoc.
Quand le tableau blanc sera rempli et que le disparu sera sur le point d'être tué (eux ne le savaient pas mais ils le supputaient de plus en plus) ils vont trouver le disparu qui l'a échappé belle. Je pense à la série qui faisait ma joie quand j'avais huit ans : Zorro arrivait juste à temps. J'avais huit ans, l’âge idéal sans doute pour une ménagère de cinquante ans.
Ainsi, la mission exécutée, le patron, conscient du devoir accompli, va retrouver sa collaboratrice (c'est en général la plus séduisante) attardée dans le bureau désert et lui souhaiter la bonne nuit... On sent bien qu'un jour il va lui conter fleurette... Question de temps et d'opportunité. La ménagère de tout âge doit avoir les larmes aux yeux, elle qui, justement, n'a plus trop l'occasion d'acheter les romans photos.
Mais ce que l'on ne nous a jamais expliqué, on espère bien qu'il vont nous l'expliquer à la dernière de la série (oui mais quand ?) c'est pourquoi ils écrivent toujours en diagonale sur ce putain de tableau blanc ; tableau sans lequel la série, il convient d'en être conscient, perdrait beaucoup d'intérêt dramatique sans, toutefois, ne rien enlever à son sublime aspect affligeant.
J'en suis là de ma réflexion quand soudain, le soir même, j'assiste à une nouvelle série annoncée à grand renfort de pub télé : La Présidente Grâce. C'est français ; je pense alors que ce sera un meilleur cru. Hélas, hélas, hélas. Présidente des Français et représentant la France ? Cette éberluée qui copine avec tous les collaborateurs, et qui en voit de toutes les couleurs, j'en passe et des plus consternantes, c'est qui ? Ségolène ? Si c'est ça, de grâce, envoyez nous les éléphants.
Au moins ce qui est remarquable dans cette nouvelle série (qui arrive comme un cheveu sur la soupe ; le temps de mettre des Français en condition ?), c'est que le réalisateur nous montre, sans complexe, son côté un peu gauche, maladroit et outrancier. Quant au mari de Grâce, je l'aurais vu plutôt maître nageur que moniteur de golf, bien que son côté franchement con ne soit pas flatteur pour cette respectable profession.
Grâce et lui, voilà un couple, sorti des urnes (ça fait réfléchir), qui ne fait pas dans la dentelle, sauf les enfants si j'ai bien compris le premier épisode.
Jean-Baptiste Achéritéguy |
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