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Monsieur Zidane
A l’école primaire, on nous enseignait une tragédie de Pierre Corneille qui est, tout à la fois, une apologie du crime et de la vengeance : Le Cid.
Nous, enfants facétieux, nous avions une traduction que l’on déclamait dans les cours de récré et on faisait dire à Chimène : Qu'il est beau garçon l'assassin de papa. Ce qui reste étrange c’est qu’un tel exemple, enseigné doctement, n’ait jamais fait de nous des assassins.
Sans doute le message de Corneille était-il ailleurs.
Cher Zidane, Héros des temps modernes, vous venez de nous rappeler l’essentiel du message cornélien ; à qui venge son père, il n’est rien d’impossible… Devant des milliards de témoins, qui semblaient en avoir oublié l’existence, vous venez de nous remémorer le sens de l’Honneur.
« Et le fils dégénère qui survit un moment à l’honneur de son père… » Ainsi tout était dit.
Nous comprenons et nous approuvons que vous ayez tenu à présenter des excuses. Mais, il faut le dire sans ambages, avec ce coup de tête, vous avez frappé fort dans la conscience collective. Certains allaient presque jusqu’à nous expliquer que l’Honneur passait après les jeux de cirque et valait moins qu’un carton rouge.
Nous qui regardons ce jeu sans jamais en comprendre l’enjeu, nous continuerons à vous voussoyer, c’est une question de respect, mais permettez-moi désormais de vous appeler « Monsieur Zidane », en français moderne cela veut dire Monseigneur ; ainsi je manifesterai, comme beaucoup d’autres, ma considération envers les Hommes d’honneur.
Jean-Baptiste Achéritéguy
Post scriptum : Quelle relation avec le cinéma vient-on me dire ? Sur ce sujet, je me serais exprimé sans autre motif, cependant je garde le souvenir de Marcel Pagnol qui faisait dire au boulanger parlant à sa chatte : «...l'honneur ma petite ça ne sert qu'une fois...»
J'ai en mémoire le chef-d'œuvre d'Orson Welles où le citoyen Kane meurt en prononçant Rose bud, ses derniers mots... et toute la meute des journalistes enquête alors pour savoir ce que pouvait vouloir dire ces mots mystérieux. Ils ne le sauront jamais.
Soixante-trois ans plus tard, nous avons peut-être tout vu et nous n'avons rien entendu, pourtant la meute des journalistes veut savoir ce que la pudeur de Monsieur Zidane tenait à garder secret pour plus vite l'oublier sans doute.
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