Pour aborder le débat sur ces tendances
lourdes, les entrées sont multiples. Retenons-en quelques-unes,
quitte à ce que la discussion en fasse disparaître
certaines et apparaître d'autres.
Les bases matérielles
des échanges
[1] Energie et matières
premières agricoles et minérales : moins
de dépendance... mais plus d'interdépendance ?
Dans l'espace : le nucléaire nous affranchit de la dépendance
vis à vis des producteurs de pétrole - mais Tchernobyl
illustre brutalement l'interdépendance inéluctable.
Dans le temps : le prix du pétrole baisse et réduit
aujourd'hui la pression des producteurs - pour l'accroître
demain d'autant plus fortement que la baisse aura été
durable.
Plus fondamentalement, la matière
grise devient la matière première stratégique.
Du brain-drain aux nouvelles activités tertiaires, en passant
par les nouvelles technologies économes en matières
premières et permettant la délocalisation des activités,
il reste vrai qu'il n'est richesse ni force que d'hommes - mais
désormais par leur tête plus que par leurs bras.
Comme le déclarait récemment un industriel japonais
: "Celui qui dominera les logiciels, dominera le monde".
[2] Technologies
: est-ce qu'on attend de nouvelles ruptures majeures, comparables
à ce qu'ont permis le transistor (et ses dérivés),
l'ADN ou les matériaux composites ? Probablement pas. Par
contre, on entre dans une période d'applications massives,
tous azimuts, de ces nouvelles technologies. Après quelques
progrès déterminants dans la recherche fondamentale,
nous arrivons au moment où les développements
et applications vont jouer à plein, notamment pour
les technologies de l'information et les nouveaux matériaux.
Quand les mutations technologiques se faisaient principalement
dans les laboratoires, elles n'intéressaient que notre
curiosité intellectuelle. A partir du moment où
elles irriguent tout, nos modes de vie sont concernés
et nous sommes intéressés aussi bien en tant que
consommateurs (nouveaux produits et services) que travailleurs
(nouveaux, process, nouvelles conditions de travail, nouveaux
modes d'organisation, nouveaux métiers).
Notons que, dans le domaine des biotechnologies
en particulier, les perspectives sont moins conditionnées
par les paramètres techniques et économiques que
par des considérations
politiques et sociales. "La morale et la politique sont
en retard sur la science. Les progrès de la génétique
moléculaire et des biotechnologies ont été
fulgurants au cours de ces trois dernières années.
Les hommes disposent pour la première fois dans leur évolution
du redoutable pouvoir de modifier leur propre hérédité.
Pour traiter d'abord des maladies graves. Pour améliorer
ensuite des espèces végétales et animales.
Jusqu'où iront-ils ? Face à des avancées
scientifiques qui concernent aujourd'hui l'espèce humaine
tout entière, il est temps de réfléchir non
seulement aux limites possibles mais aussi à celles que
l'on jugerait souhaitables" (Joël de Rosnay - Le
cerveau planétaire, p. 78-79).
Les "nuds"
modernes
[3] Géofinance
(cf. Charles Goldfinger). Après le choc pétrolier,
la décennie 1980 sera-t-elle celle du choc financier, au
confluent de :
- la globalisation de l'argent et des marchés,
- l'irruption de la monnaie et de la banque électroniques,
- la déréglementation des banques et des services
financiers.
De nombreuses questions découlent de
la substitution de la mobilité des capitaux à
celle des produits. Quid de l'avenir des pays qui maintiennent
une réglementation des changes ? A quoi serviront demain
le GATT et autres institutions et instruments publics ? Plus généralement,
faute d'une déréglementation voulue,
quels seraient les désordres subis ? [voir
encadré]
[4] Communication
: enjeux culturels, financiers, technologiques... de la
combinaison de :
- la mondialisation des marchés,
- l'essor de nouveaux médias, en particulier la
télévision par satellite,
- la mutation de la publicité (notamment la. tendance
au gigantisme, tant des annonceurs que des agences). [voir
encadré]
[5] Europe
: eurodynamisme ou eurodéclin... ou l'eurodéclin
des institutions publiques - le (mythe du ?) grand marché
européen en 1992, les normes introuvables, l'impasse budgétaire,
le feuilleton de la politique agricole commune - face à
l'eurodynamisme des entreprises - accords interentreprises,
opérations financières, usages privés de
l'écu, Tunnel sous la Manche...
[6] Nouveaux services et productivité industrielle
: vers une désindustrialisation de l'économie
- ou simplement de l'emploi ? [voir encadré].
Small is beautiful : au niveau des unités
de production, certainement - mais, notamment pour mobiliser massivement
des capitaux, les grandes entreprises ont encore un bel
avenir (avec pour condition la mise en uvre de nouvelles
formes d'organisation et management).
[7] Des instruments de mesure inadaptés (d'où
une interrogation sur la pertinence des conclusions qu'on
en tire) : avec l'essor de nouveaux "invisibles", la
balance commerciale, celle des paiements et autres agrégats
de comptabilité nationale ne mesurent plus la réalité
des échanges actuels. A titre de comparaison : quelle serait
la signification de peser ou mesurer un composant électronique
ou un logiciel pour déterminer sa valeur, comme on pouvait
le faire d'un stock d'or ou d'un bateau...
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