"Un
matin, au sortir d'un rêve agité, Grégoire Samsa s'éveilla transformé
en une véritable vermine."
Franz KAFKA, La Métamorphose
Lorsque
mes yeux se furent accoutumés à pénombre, j'eus un hoquet d'horreur.
Je vis la masse répugnante d'une bête monstrueuse occuper l'espace.
Pendant que certaines de ses innombrables petites pattes s'affairaient
à grappiller voracement une pitance gluante et malodorante happée goulûment
par une gueule large comme un four, de nombreuses autres petites pattes
"pitoyablement grêles" grattaient le sol, donnant l'impression
de chercher à mouvoir une panse gélatineuse collée au sol .
C'était
donc ça, un collaborateur, traître à sa cause, traître à ses frères,
traître à sa propre dignité, un être superficiellement affairé et dévoué,
mais en réalité fuyant et avide, un glouton jamais repu . Il faut négocier,
négocier et avancer patiemment dans les négociations,
chante-t-il à tue-tête entre deux bouchées,
sur l'air des trompettes d'Aïda dans l'opéra de Verdi
, tout en prenant bien soin de faire du sur-place.
La
métamorphose du résistant en collaborateur se fait en un éclair: on
se jette dans la félonie comme on se jette dans le vide au saut à l'élastique.
"Un matin, au sortir d'un rêve agité, Grégoire Samsa s'éveilla transformé
en une véritable vermine" nous apprend Kafka dans La Métamorphose.
C'est
ainsi que des combattants autrefois courageux comme Mohammed Dahlan
- ancien compagnon de Yasser Arafat - ou Mahmoud Abbas - quoique ce
dernier n'ait jamais été un résistant de terrain - se réveillent,
un matin, avec "un dos dur comme une cuirasse" très
utile pour empêcher les scrupules d'atteindre leur conscience. Je ne
parle pas de Salam Fayyad, l'actuel Premier Ministre nommé par Abbas.
Comme ancien fonctionnaire du FMI, il n'est qu'un bureaucrate en service
commandé, imposé à ce poste par les Américains.

Olmert-Dahlan
en pleine "négociation":
les confidences - ou les conseils - de Dahlan semblent passionner son
interlocuteur
Tout
le monde connaît l'histoire du juif, persécuteur acharné des premiers
chrétiens que fut Saul de Tarse et devenu Saint Paul. Un jour, brusquement
alors qu'il se rendait à Damas, foudroyé par une révélation subite,
il est devenu un apôtre fervent du nouvel Évangile. La traîtrise et
la lâcheté ne sont pas génétiques et d'anciens héros peuvent, comme
saint Paul , être le siège, un beau matin, d'une conversion, une conversion
à rebours pour Grégoire Samsa, Mahmoud Abbas ou Mohammed Dahlan, la
métamorphose d'un être humain en une bestiole qui se demanderait: "Quel
métier suis-je allé choisir? ", alors qu'il est si facile d'ouvrir
toute grande une gueule armée de dents voraces et de mains crochues.
A
l' instant où il se pose cette question, la conversion du résistant
en vermine est consommée. L'humain est anéanti. La vermine est née.
La bête peut alors s'épanouir et donner toute la mesure de ses
capacités de nuisance.
Le
plus étonnant dans le changement d'état, c'est qu'une fois devenue vermine,
c'est avec des yeux de vermine que la vermine voit le monde et juge
ses anciens compagnons d'arme.
C'est avec des mâchoires de vermine "très robustes" que la vermine
essaie de tourner la clé qui lui ouvrira les portes de sa nouvelle vie.
Loin d'être effondrée ou accablée par son nouvel état, la vermine s'adapte
avec une aisance admirable à ses nouvelles fonctions et à sa nouvelle
apparence : "Je me suis passée de serrurier, se dit-elle avec un
soupir de soulagement". Le chemin de la trahison est une douce pente
descendante dans laquelle il suffit à la bête de se laisser
glisser.
L'état de vermine devient donc instantanément la norme et la vermine
n'a plus que des problèmes, des soucis et des objectifs de vermine,
à savoir, comment maîtriser des petites pattes nombreuses, mais grêles
et toujours en mouvement, un dos dur comme une carapace, un gros postérieur
difficile à traîner et qui a du mal à passer inaperçu. Impossible de
franchir discrètement les portes et de se glisser incognito d'un
endroit à un autre. D'ailleurs, elle ne se cache nullement et se laisse
complaisamment photographier en compagnie de ses nouveaux maîtres.
L'état de vermine est devenu une seconde nature, sa nouvelle
vraie nature.
Mais
des bouffées de mauvaise conscience la hantent néanmoins
par instants. C'est pourquoi la ruse et l'hypocrisie deviennent les
piliers de la stratégie officielle de la vermine. Négocier, négocier
et encore négocier clame-t-elle à tout instant, tout en
connaissant la totale inutilité. Tel est son credo officiel
, répété ad nauseam. Ne pas se décourager,
telle est sa justification officielle. Négocier pendant dix ans,
pendant vingt ans, pendant mille ans s'il le faut. Faire semblant de
ne pas voir que pendant ce temps, l'occupant aura avalé toute la Cisjordanie
et qu'il n'y aura plus rien à négocier. Accepter
la farce de discuter d'"accords de principe", de "projets
de paix", "d'étape transitoire", accepter de d'évoquer
l'éventualité, la possibilité, la probabiblité,
la virtualité, la potentialité, d'un "Etat provisoire",
d'une "situation temporaire", d'une "fenêtre d'opportunité"
.
Les
ressources de l'imagination sémantique de l'occupant sont inépuisables
et la bête collaboratrice se prête complaisamment à cette comédie
en serrant obséquieusement dans ses bras maigrichons, les uns après
les autres, les maîtres successifs de l'occupation.

Abbas "négocie" avec
le bourreau de Jénine et savoure ses bonnes blagues

La "négociation"
Olmert-Abbas a
tourné à la franche rigolade

Abbas-Hillary Clinton:
quelle délicieuse"négociation"
en perspective

Dahlan-Condolezza Rice: Echine trop
courbée pour une bonne "négociation" M.Dahlan

Peres-Abbas
: Cette fois, la "négociation" se terminera, c'est
certain, par une déclaration d'amour. L'émotion étreint
Abbas
Brasser
l'air ou faire des ronds dans l'eau tout en faisant semblant de croire
que les négociations peuvent aboutir un jour, qu'Israël abandonnera
volontairement ne serait-ce qu'un mètre carré des territoires conquis,
telle est l'illusion qu'affichent les collaborateurs. Pendant ce temps,
l'occupant par la bouche d'un de ses ministres les plus influents -
Lieberman - proclame tranquillement qu'il "refuse tout accord
global avec les Palestiniens ". "C'est la réalité",
insiste-t-il.
En
effet, c'est la réalité et il n'est pas le premier à proférer cette
affirmation catégorique que les vermines et leurs soutiens occidentaux
feignent de ne pas prendre au sérieux. Or, ceux qui ont des oreilles
pour entendre et ne serait-ce qu'un embryon de mémoire, savent
qu'il y trente ans déjà, Moshe Dayan, le général borgne, l'homme
au bandeau noir sur l'œil, en avait publiquement averti toutes les parties
et il avait claironné ironiquement ce fait urbi et orbi, le gravant
dans les colonnes de l'International Herald Tribune: "Vous,
les Américains, vous pensez que vous nous forcerez à quitter la Cisjordanie.
Mais nous sommes là et vous êtes à Washington. Que ferez-vous si nous
maintenons nos implantations? Pousser un cri? Que ferez-vous si nous
maintenons notre armée là-bas? Envoyer des troupes?"
Et
depuis lors, non seulement rien n'a changé, mais tout a empiré et personne
ne lève le petit doigt pour exiger réellement un changement.
On
voit que telle est bien l'impasse devant laquelle se trouve M. Obama
aujourd'hui. Les navettes du "négociateur" Mitchell
et la stupéfaction des gouvernants américains devant le
refus catégorique des Israéliens de seulement geler -
même temporairement - l'extension des colonies et la poursuite
du vol des terres palestiniennes, prouvent qu'ils n'ont toujours rien
compris à la psychologie des sionistes.
Or,
de l'autre côté du mur, de l'autre côté des checkpoints, une nourriture
tentante attend la vermine: "Il y avait là un bol de lait sucré
où nageaient de petits morceaux de pain blanc". Pas seulement
du pain blanc, mais de juteux bénéfices concernant notamment l'attribution
d'un second réseau de téléphonie mobile dans lequel l'entourage familial
de la vermine en chef possède d'importants intérêts. Tout comme dans
les contrats d'association avec des entreprises du bâtiment ou de distribution
de cigarettes, dans lesquels s'est spécialisé le deuxième fils d'Abbas,
le richissime Yasser, lequel a grassement profité de la "substance
collante" que "sécrète le bout de ses pattes"
de son collaborateur de père.

Les deux fils richissimes d'Abbas,
Tarek et Yasser
Et
c'est cette "substance collante" associée au pouvoir corrupteur
des colonisateurs sionistes qui a permis à la nomenklatura du
Fatah de s'enrichir avec les subventions internationales dépensées sans
aucun contrôle aux dépens du peuple palestinien. Et voilà pourquoi la
perte du pouvoir à Gaza à la suite d'élections unanimement reconnues
dans le monde entier comme non frauduleuses - ce qui constitue un miracle
régional - fut si douloureusement ressentie par les apparatchiki
du Fatah . Elle explique leur haine pour les Gazaouis ainsi que leur
soutien au blocus et au génocide de ce petit territoire.
La
jouissance des satisfactions immédiates emporte dans une grande vague
les éventuels scrupules, les sentiments de solidarité et les réflexes
de loyauté, si de tels sentiments avaient survécu au changement d'état:
"Il en aurait presque ri de plaisir tant son appétit avait augmenté
depuis le matin."
Les somptueuses limousines allemandes aux vitres teintées, alignées
devant l'église de Bethléem durant le congrès de l'OLP tenu avec la
bénédiction et sous la protection de l'occupant, les demeures des mille
et une nuit, les luxueuses résidences à l'étranger, l'acquisition d'appartements
dans de nombreuses capitales européennes et arabes réussissent aisément
à étouffer d'éventuels remords ou des bouffées d'honnêteté.
Une
vermine se trouve mille et une excuses. Elle "se fourre la tête
jusqu'aux yeux dans l'écuelle" et parvient même à se convaincre
que son action est bénéfique à sa famille, à sa communauté, à sa nation
et qu'elle accomplit une sage opération au service de la résistance.
On sait combien le pouvoir exerce un pouvoir fascinateur sur certains
esprits. Ebloui, le collaborateur est entraîné insensiblement, imperceptiblement,
insidieusement là où il ne voulait peut-être pas aller en toute lucidité
au départ. Comment se comporter dignement quand l'ennui vous harcèle,
que la situation semble bloquée et que l'énergie de résister et de combattre
vous a quitté ? Comment continuer de résister lorsqu'on vit dans la
misère et le danger depuis toujours et qu'on se trouve sollicité, alléché
et appâté par des promesses? "Qui sait d'ailleurs si ce n'est
pas la bonne affaire", se dit le collaborateur au moment de
faire le grand plongeon. Lorsque les héros sont fatigués, ils abandonnent
le navire en difficulté et tentent de se sauver tout seuls, ce qui,
en l'occurrence, signifie qu'ils se mettent au service de l'ennemi car
"il n'y a rien d'aussi abrutissant que de se lever toujours si
tôt".
Voilà
pourquoi l'ancien videur de boîte de nuit moldave et actuel représentant
des forces d'occupation à l'étranger, a pu révéler publiquement que
la guerre contre la population Gaza avait été préparée avec l'aide et
les conseils de la vermine en chef Mahmoud Abbas et de l'entourage direct
de l'Autorité palestinienne - notamment de Mohammed Dahlan - lesquels
ont demandé aux forces d'occupation d'aller jusqu'au bout de l'anéantissement
des résistants du Hamas, et tant pis pour les massacres de civils coupables,
à leurs yeux, d'avoir mal voté en votant pour la résistance. On a même
vu certains membres du Fatah exprimer un enthousiasme bruyant lorsque
les bombes incendiaires de "l'armée la plus morale du
monde" carbonisaient les enfants de Gaza et distribuer des
bonbons à la ronde en signe de réjouissance.
Obama
a depuis lors soudoyé et menacé l'Autorité palestinienne afin qu'elle
coopère avec le projet israélo-étasunien de ranger dans les poubelles
de l'histoire le rapport Goldstone de l'ONU sur les crimes de guerre
israéliens, commis pendant l'attaque barbare de l'armée israélienne
contre la population civile sans défense du ghetto de Gaza. Il continue
de menacer Abbas de lui couper les vivres s'il signe un accord de réconciliation
avec le Hamas sans que celui-ci ait reconnu la légitimité d'un "Etat
juif" - ce qui, en langage clair, signifie que la résistance doit
renoncer à résister, accepter la purification ethnique présente et à
venir et reconnaître la légitimitié de sa mise en
esclavage dans des banthoustans.
Devenue
la sous-traitante du régime d'occupation et son instrument docile -
la responsable administrative d'une sorte de "Judenrät" palestinien
- la vermine a tout avalé. Elle a dégluti sans problème le mur de la
honte qui balafre la terre palestinienne et embastille des villages
entiers en dépit de sa condamnation universelle par le monde entier.
Elle est restée de marbre face au boycott de l'économie palestinienne
grâce au système d'asphyxie créé par les checkpoints et les moyens de
contrôle les plus pervers en Cisjordanie. Le vol des terres et des nappes
phréatiques n'a mis en action aucune de ses innombrables pattes grêles
et elle a signé, en toute illégalité, l'attribution à l'occupant de
l'exploitation des gisements gaziers découverts au large de Gaza.

Netanyahou (on
devine un petit sourire en coin), Obama (maître d'hôtel),
Abbas (un peu coincé, mais obligé d'obéir
à ses maîtres)
Elle
a même accepté de mettre sa police sous le contrôle direct d'un général
américain et continue de pourchasser frénétiquement et d'emprisonner
les résistants dans la partie du gruyère que l'occupant lui laisse déguster
… pour le moment.
Non
seulement la vermine tolère le blocus du plus gigantesque camp de concentration
jamais ouvert sur la planète depuis l'origine de l'histoire, mais elle
en est l'initiatrice, la complice et la gardienne.
La collaboration est un engrenage dont on ne peut s'extraire. Les compromissions
deviennent un boulet de plus en plus lourd à porter ou, pour employer
une autre métaphore, un garrot qui serre, qui serre de plus fort la
gorge du félon et le contraint d'accéder à tous les diktats de l'occupant
et de son protecteur, donc de s'engager de plus en plus loin dans la
trahison.
Ainsi, après que l'occupant lui a mis un révolver sur la tempe sous
la forme d'un chantage la menaçant de publier les enregistrements de
ses trahisons antérieures - notamment sa participation au déclenchement
de l'étrange "maladie mortelle" de l'ancien
chef, Arafat - la vermine s'est appliquée à mettre les assassins à l'abri
de l'application du droit international en retirant, dans un premier
temps, sa plainte pour crimes de guerre et génocide. C'est sous ces
menaces que la délégation s'est retrouvée contrainte, par écrit, de
n'accorder aucune autorisation à quiconque en vue de l'adoption par
le Conseil des droits de l'homme de l'ONU du rapport Goldstone
- rapport qu'elle s'était d'abord sentie obligée de déposer sous la
pression de l'indignation universelle provoquée par le carnage de Gaza
et auquel elle est finalement revenue, sous une autre contrainte, celle
de l'opinion publique mondiale et de la fureur des Palestiniens.
Aux
dernières nouvelles, l'Autorité Palestinienne est allée jusqu'à accepter
que des officiers des milices collaborationnistes fassent partie intégrante
d'unités israéliennes arabisées à Jérusalem afin de participer à la
répression des manifestations de leurs frères . Elles participent également
à la chasse aux Palestiniens résistants, le tout en compagnie des sinistres
"gardes frontières" d'un pays sans frontières.
La panse de la bête grossit à chaque traîtrise et à chaque reculade.
Pendant qu'il est encore temps, elle se bâfre "du choix de comestibles"
étalés par l'occupant "sur un vieux journal : des trognons de
légumes à moitié pourris, des os du dîner de la veille couverts
d'une sauce blanche, des raisins de Corinthe, un fromage déclaré immangeable
quelques jours auparavant, un pain rassis", le tout complété
par une "écuelle d'eau".
Méprisant
la fraîcheur des raisins, la vermine se jette "avec des yeux mouillés
de satisfaction" sur le fromage moisi de la reprise des prétendues
négociations, lesquelles évoquent irrésistiblement la course
de l'écureuil tournant sur sa roue dans une cage hermétiquement close.
Mais le destin de la vermine, prévient Kafka, est de mourir, victime
de la "pomme pourrie" de la trahison "incrustée
dans son dos", qui aura gangrené le corps tout entier et provoqué
"l'inflammation des parties environnantes".
Devenu "le machin d'à-côté", le cadavre, transformé en
détritus et "crevé comme un rat", sera expédié dans les
poubelles de l'histoire à grands coups de balai.
C'est
ainsi que de petites compromissions en grosses soumissions, le collaborateur
complaisant met en mouvement ses innombrables petites pattes de vermine
et finit dans la peau d'un traître.
A suivre:
Sur les pas d'Octave
Mirbeau dans le Jardin des supplices de Gaza
Le 1er novembre 2009