Introduction
1
- La République et la raison
2
- La balance de la dialectique
3
- La machine à peser les cerveaux
4
- Vassalité, quand tu nous tiens !
5
- L'éducation nationale et l'apprentissage du tragique de
l'Histoire
6
- le sang simiohumain
7
- Le petit pois
8
- L'histoire sacrificielle
9
- Un corps enseignant d'initiateurs de la jeunesse
Introduction
En août dernier, un tremblement de terre a fait changer en quelques
heures de configuration politique à la planète des sacrifices.
Depuis 1945, la lente ascension de l'Amérique du Sud, de l'Afrique,
de l'Inde et de la Chine avaient été masquées par la guerre froide,
puis par l'effondrement de l'empire soviétique, ce qui avait donné
l'illusion que l'heure de diriger la planète des immolations avait
sonné pour les Etats-Unis d'Amérique. La continuation de la vassalisation
de l'Europe sous le joug de l'OTAN ultérieurement à la chute du
mur de Berlin et à l'extinction de l'utopie marxiste avait paru
confirmer cette fatalité de l'histoire théopolitique du monde.
Puis, la résurrection de la nation russe et l'échec de l'encerclement
de son territoire par les garnisons de prêtres du Nouveau Monde
portant le heaume et le cimier d'une Europe vassalisée et dupée
ont conduit à un bouleversement du rapport des forces qui a pris
de court une Europe résignée, semblait-il, à demeurer placée,
de génération en génération et à titre statutaire sous le sceptre
sacerdotal d'un général américain.
Aussi la question la plus décisive qui se pose désormais à l'Europe
est-elle de savoir si les Ministères de l'éducation nationale
du Vieux Monde donneront à la jeunesse une instruction publique
en mesure d'endiguer l'assujettissement de la civilisation de
la liberté aux ambitions d'une puissance étrangère. Comme les
manuels scolaires actuels enseignent d'ores et déjà que l'Europe
demeurera placée à titre constitutionnel sous le contrôle politique
du Nouveau Monde - et cela en temps de paix comme en temps de
guerre - tout le corps enseignant se rendrait complice de l'asservissement,
pour un siècle entier et sans doute au delà de l'asservissement
du fleuron de l'humanité aux intérêts politiques et militaires
d'un autre Continent s'il en venait à légitimer dès les bancs
de l'école une décapitation de l'Europe définitivement entérinée
par les traités internationaux secrètement conclus ou comportant
des clauses occultées entre l'Amérique et les Etats du Vieux Continent.
Au
début du XXe siècle, il existait un Code Soleil
dans lequel on pouvait lire :
"Morale
professionnelle de l'instituteur : c'est un coin de la France
qui vous est confié. Vous allez en être l'éducateur, le moralisateur,
le philosophe. De ces enfants, il vous appartient de faire des
hommes. […] Vous verrez luire dans leurs yeux le reflet d'une
âme toute neuve, argile que vous pétrirez de vos mains et dont
vous ferez des consciences . Sachez vous en faire aimer, vous
découvrirez leur cœur. […] Le métier d'instituteur […] est un
apostolat en ce sens qu'il tend à former des disciples d'un idéal
moral."
(Cité
par Jean-Luc Pujo, De la France, Les chemins de terre,
L'Harmattan, 2008, p.102)
Ce
qui frappe dans cette noblesse, c'est l'absence de tout regard
de l'Etat sur la politique et sur l'Histoire. Mais si les missionnaires
des démocraties chargées de meubler le cerveau de la jeunesse
se faisaient désormais une autre idée de leur vocation pédagogique,
comment apprendraient-ils à orienter l'extension de leur apostolat
afin de le mettre à nouveau et mieux qu'autrefois au service des
patries? Jamais encore six millions d'éducateurs chargés de porter
la jeunesse de vingt-sept nations à l'âge de sa responsabilité
politique n'avaient porté sur leurs épaules le destin d'un monde
en guerre sur un tout autre champ de bataille que celui des armes
- celui de l'avenir de l'âme et de l'esprit d'une civilisation
appelée à rallumer le flambeau éteint de la raison.
Mais,
le temps presse : ou bien, dans une génération à peine, les historiens
prendront acte de ce que le Continent des Thucydide, des Tacite
et des Montesquieu aura laissé les peuples qui le composent dans
une ignorance tragique des lois de la politique et des rudesses
de l'Histoire, ou bien ils écriront que le salut est venu du sursaut
intellectuel et de la lucidité des gardiens laïcs de la mémoire
du monde.
Dès
la fin d'août 2008, une grande partie de la classe dirigeante
européenne s'est sentie contestée dans les avantages prébendés
que sa domestication politique par les Etats-Unis lui garantissait
depuis un demi siècle; et elle s'est indignée bien haut de l'échec,
qu'elle croyait encore momentané et localisé, de l'expansion du
conquérant américain vers l'Ukraine et la Géorgie; et Berlin s'était
si bien messianisé au service de son maître d'outre-Atlantique
qu'il se trouvait au premier rang des vassaux du Vieux Monde pour
juger que le droit international était devenu consubstantiel à
celui de l'empire dominant du moment - et cela au point que la
morale universelle aurait été vidée par la Russie du contenu même
des termes de Liberté et de Justice à la suite de la reconnaissance
par le Kremlin de l'indépendance de l'Abkhazie et de l'Ossétie.
On comprend que si une soixantaine d'années suffisent à enfanter
des classes dirigeantes aliénées de l'intérieur et éduquées dès
le berceau à défendre les intérêts militaires, industriels, commerciaux,
politiques et religieux d'un Etat étranger, la mission de l'instruction
publique des peuples libres situe la formation et l'ameublement
du cerveau de l'humanité de demain au cœur de la politologie mondiale.
Mais comment initier l'éducation nationale à la distinction entre
la démocratie et le césarisme, comment convaincre un service public
de forger l'esprit civique d'une jeunesse que les désastres de
la Liberté arracheraient à son sommeil, comment former
les phalanges d'une pensée mise à l'épreuve des cruautés du monde,
comment inventer un pont nouveau à traverser pour passer
de l'enfance à l'âge adulte ?
Telle
est la réflexion dont je propose une première esquisse à mes lecteurs.
1 - La République
et la raison 
Vous
avez remarqué que le "Code Soleil" qualifiait l'instituteur
de "philosophe" . Elle est philosophique par nature, l'ambition
des démocraties européennes de donner pour assise politique à
la conduite tant intérieure qu'extérieure des nations une instruction
publique rationnelle et dont la population entière bénéficierait
dès son plus jeune âge. Mais s'agit-il d'une copie de L'île
d'Utopie de Thomas More ou bien cette ambition a-t-elle
visiblement infléchi le cours de l'histoire des peuples ? Le destin
cérébral d'une planète de stoïciens de la connaissance dépend-il
désormais du contenu sans fard d'un enseignement scolaire héroïquement
désacralisé et placé entre les mains des Etats vaillamment laïcisés
? Dans ce cas, comment ces derniers ont-ils navigué entre les
récifs de la peur afin d'orienter les têtes le plus intelligemment,
donc le moins timidement possible ? Ont-ils rempli de manière
satisfaisante une charge si nouvelle et si étrangère à leurs organes
craintifs ou bien leur effroi les a-t-il fait largement échouer?
Les Républiques tout subitement proclamées responsables de la
formation publique des cerveaux aux frais du trésor public ne
s'étaient nullement livrées à une réflexion tranquille ou terrifiée
sur les relations que la livraison à la masse des citoyens de
quelques savoirs véritables, mais dangereux, entretiendrait avec
le destin mi terrestre, mi onirique de la nation. La volonté,
audacieuse ou irréfléchie des pouvoirs publics de l'époque d'enseigner
à lire, à écrire et à compter à tous les cerveaux du pays ne pouvait
se trouver canalisée par une neutralité politique artificielle
que les gouvernements auraient peureusement affichée. Comment
auraient-ils imposé aux régiments de pédagogues patentés des nations
une indifférence de sociologues à l'égard des différentes formes
de gouvernement, donc des diverses tournures de l'esprit simiohumain
entre lesquelles l'histoire d'une espèce embrumée de songes depuis
le paléolithique s'est partagée et qui l'ont fait boiter entre
ses travaux et ses dieux? Or, il n'est pas de saine pédagogie
qui ne soit nécessairement une manière de catéchèse politique
, donc d'enseignement d'une doctrine efficace, puis d'une orthodoxie
roborative et enfin d'une pastorale scolaire.
Mais s'il fallait enseigner prématurément aux enfants des écoles
à peser la qualité des verdicts que les meilleures têtes du passé
ont prononcé sur l'art de diriger les peuples et les nations,
quel contenu roboratif donnerait-on aux termes convenus d'instruction
et d'éducation - autrement dit, quelle serait la philosophie
de la politique et de l'Histoire que dispenserait une formation
non cultuelle des encéphales et qui ferait, du corps enseignant
tout entier, le clergé des Etats démythifiés - donc une armée
de légionnaires initiés à l'art de raisonner sérieusement ? On
ne saurait seulement poser une question aussi subrepticement sacrilège
sans une initiation au moins rudimentaire au génie de la dialectique,
puisque cette science de l'argumentation logique enseigne à peser
les démonstrations censées légitimer à la fois les preuves applicables
aux savoirs pratiques et démontrer l'intelligibilité du monde
réputée inscrite dans les rendez-vous sempiternels de la matière
avec ses propres redites. Dans quelles cornues les alchimistes
préparent-ils la substance qu'ils appellent "l'intelligible"?
L'intelligibilité s'observe-t-elle au microscope ou au télescope?
Il nous faudra donc commencer par nous interroger avec inquiétude
sur la nature de ce que nous appelons l'intelligence simiohumaine
et sur la balance que notre espèce croit posséder afin de peser
à coup sûr la faculté de comprendre ce qu'elle fait. Mais s'il
faut enseigner aux enfants l'art de déposer leur intelligence
sur des plateaux aussi extraordinaires, de quelle sur-intelligence
disposerons-nous d'avance pour fabriquer l'instrument que nous
aurons planifié en vue d'une telle pesée? Non seulement il nous
faudra imaginer les poids et mesures appropriés à la réussite
d'un tel exploit , mais les hiérarchiser à l'école de leur densité
et à l'écoute de leur qualité , afin que le fléau d'une Thémis
de ce type reconnaisse la signification du chiffre que son fléau
pointera sur le cadran . Il y a longtemps que la physique progresse
par l'invention des appareils qui rendront possible l'expérimentation
recherchée. Mais notre pesée des cerveaux en est à l'âge de la
pierre taillée.
2 - La balance
de la dialectique 
Dans le Lachès, la question posée à la science de
la guerre des Athéniens était seulement de savoir si l'apprentissage
de l'escrime était utile au soldat ; et Socrate avait beau jeu
de remontrer aux généraux Nicias et Lachès que, pour trancher
entre leurs opinions opposées, donc entre leurs tempéraments incompatibles
par nature, il fallait remonter en amont afin de clarifier la
notion, demeurée confuse, de courage militaire. Ensuite
seulement, il deviendrait possible de donner un sens à la question
technique de l'utilité de l'art, donc du talent affiné de l'escrime
sur le champ de bataille où rugissent les fauves. Le débarquement
socratique de l'anthropologie critique dans la science de la guerre
et dans le politique a pris un tour moderne à l'heure où nous
nous demandons quelle est la valeur de l'escrime scolaire et même
universitaire dans la guerre de la raison européenne, donc à quelle
forme du courage l'art de la dialectique devra remonter afin de
découvrir le fondement simiohumain de la question posée par la
vassalisation des Etats du Vieux Monde.
Qu'en
dit Platon ? Que pour peser le courage du soldat, il faut s'interroger
sur la nature du courage propre à l'intelligence et à elle seule,
parce que la bravoure de ce soldat-là ne serait jamais que celle
du tigre ou du lion si elle demeurait stupide. Mais si les bêtes
sauvages ne sont donc pas vraiment courageuses, puisqu'elles demeurent
privées de raison, la vaillance proprement humaine, elle, sera
nécessairement réfléchie. D'où, poursuit le dialecticien, le courage
propre à l'intelligence sera celui qui enseignera aux peuples,
aux nations et à leurs gouvernements à connaître leur cerveau.
Mais, continue notre raisonneur, comment tenter de tester notre
boîte osseuse si les millénaires de notre évolution miraculeuse
ne nous ont pas encore permis de disposer de la mécanique apte
à peser l'embryon d'intelligence qui nous fait parader sur la
scène du monde, alors que seule la connaissance du mode d'emploi
de cet instrument aux rouages inconnus nous conduirait à une victoire
plus retentissante que celle de Socrate sur Nicias le subtil et
Lachès le baroudeur? Quelle balance du "Connais-toi" le XXIe siècle
devra-t-il donc inventer pour apprendre à calibrer l'intelligence
politique et militaire des démocraties actuelles, celle qui leur
permettra de savoir si l'escrime scolaire et universitaire mentionnée
ci-dessus est utile au pilotage des Républiques modernes sur le
théâtre de l'Histoire ?
3
- La machine à peser les cerveaux 
Commençons par un examen critique des performances dont l'intelligence
moyenne de l'humanité est devenue coutumière et de la portée politique
de ses exploits. Il a été démontré que ses capacités suffisent
désormais non seulement à l'apprentissage de la lecture, de l'écriture
et de l'arithmétique, mais il est établi de surcroît que tous
les peuples de la terre meublent maintenant leur tête de quelques
événements historiques, de quelques renseignements géographiques,
de quelques opérations mathématiques, de quelques lois de la physique,
de quelques informations relatives à l'astronomie, à la chimie,
à la botanique , à la science du droit, à l'esthétique de la langue,
à la musique ou à l'architecture.
Mais si nous avançons seulement de quelques pas dans les savoirs
qui s'apprennent aisément et qui se révèlent accessibles à tous
les citoyens, nous butons sur la notion énigmatique de " tournure
d'esprit ", dont l'étrangeté nous place aussitôt devant le mystère
de la diversification et de la spécialisation des intelligences.
Comment les hiérarchiser si les têtes polyvalentes n'accèdent
jamais aux performances du génie dans aucun ordre et si le progrès
cérébral de l'humanité ne dépend plus de l'étiage moyen de la
raison au sein de la civilisation mondiale, mais exclusivement
de l'aptitude du simianthrope à sélectionner et à bichonner les
encéphales d'exception et à les distinguer de ceux des huissiers
de la connaissance ? Et pourtant, il faudra bien nous résoudre
à hiérarchiser les cerveaux énigmatiques à leur tour si nous voulons
fabriquer la roue, les engrenages et les ressorts qui jaugeront
les boîtes osseuses hyper spécialisées des descendants perplexes
d'un quadrimane à fourrure. Nous cherchons le cerveau fécondateur
qui nous permettra de déposer les crânes successifs de nos ancêtres
dans un musée de l'intelligence.
4
- Vassalité, quand tu nous tiens ! 
Mais la question ne s'est-elle pas compliquée davantage s'il nous
faut trouver les artisans qui construiront, à l'usage des Etats
démocratiques, la balance à peser l'intelligence des nations et
des peuples qu'on aura dû initier précipitamment au tragique de
la condition historique propre à notre espèce et s'il nous faut
tenter de découvrir quelle pédagogie transcendante à notre simiohumanité
et quelle orientation de notre instruction publique rendront la
jeunesse de demain politiquement avertie des périls qui menacent
la civilisation du Vieux Monde ? Car l'Europe est devenue à elle-même
sa propre Iphigénie ; et son père céleste lui demande de monter
sur l'offertoire où elle se donnera à tuer afin qu'Eole veuille
bien souffler dans les voiles de la flotte de guerre américaine
en route vers l'Ukraine et la Géorgie. Mais nous avons remplacé
un Olympe par un autre. Comment se fait-il que Ménélas ait seulement
changé de nom ? Si notre éducation nationale n'a pas la réponse,
ferons-nous de Tbilissi la cité de Priam?
Initions donc les citoyens de Troie à la démence et au meurtre
d'une Histoire encore livrée à un Dieu des immolations - celui
de l'autel sanglant des chrétiens, qui s'est substitué à celui
d'Iphigénie et dont le Ménélas sacrifie maintenant son fils sur
ses autels dans toutes les Eglises de la terre, parce que les
fillettes ne font décidément plus l'affaire des trucidations sacrées.
Mais des citoyens dûment initiés aux terribles secrets des propitiatoires
du simianthrope ne seraient-ils pas dangereusement et prématurément
éclairés sur les cadeaux simiohumains aux idoles et sur les offrandes
des démocraties sur les étals de leurs idéalités faussement angélisées
sous l'égide d'une potence? Leurs gouvernements parviendraient-ils
encore à discipliner la population par l'enseignement de l'esprit
civique, qui est catéchétique par définition, si le spectre d'un
gibet saintement récompensé guide maintenant les Achéens ? En
visite à Ferney, ce chenapan de Casanova expliquait fermement
à Voltaire la nécessité politique de faire souffler le vent des
croyances religieuses dans les voiles de l'Histoire. Mais que
se passerait-il si les démocraties agenouillées sur le prie-Dieu
de la Liberté laissaient la population dans l'ignorance dévote
des fondements théophages de l'Histoire dont les évadés de la
zoologie demeurent la proie ecclésiale? Les peuples du Vieux Monde
ne se changeraient-ils pas en victimes candides d'une puissance
messianique et aveugle venue d'au-delà de l'Océan ? Ne se trouveraient-ils
pas vassalisés par le nectar et l'ambroisie de l'empire sotériologique
le plus ivre du moment?
Un bon exemple du fonctionnement sacrificiel de l'histoire du
simianthrope nous sera offert par le débat sur les autels de la
démocratie que la France de la Liberté a dressés en Afghanistan
au profit d'un dieu étranger et qui se déroulera le 22 septembre
dans l'enceinte du Parlement de la République de la raison. D'ores
et déjà, les lévites empressés des victimes humaines que nous
donnerons à immoler au profit d'un dieu étranger annoncent qu'ils
saisiront cette occasion catéchétique pour se présenter devant
le corps sacerdotal des élus d'un peuple de séraphins de la Liberté
et qu'ils soumettront, avec ferveur, sagesse et piété la question
de la qualité de leur prêtrise politique au clergé élu de la nation
- la question de savoir si la France des autels de la Démocratie
doit demeurer présente dans l'arène des escrimeurs et des bretteurs
de la déesse de la Liberté qui se trouve assaillie par le Démon
du Terrorisme : il y va, diront-ils, du triomphe mondial de son
bréviaire et de la victoire de son évangile contre la pieuvre
d'Al Qaida , dont les tentacules enserrent désormais une planète
outragée par le péché. Mais l'instituteur-philosophe observe à
la loupe le miracle de la foi qui n'a cessé de se propager depuis
le 11 septembre 2001, tellement les pseudopodes du Démon se sont
multipliés dans les imaginations.
5 - L'éducation
nationale et l'apprentissage du tragique de l'Histoire 
Mais qu'enseigne le tragique immolatoire de l'Histoire ? Que la
question n'est nullement de savoir si l'armée du peuple des officiants
de 1789 sera présente ou absente du champ de bataille d'une piété
démocratique pilotée par l'étranger - un chef de guerre venu d'au-delà
des mers convie la nation française à y engager ses troupes -
mais si elle y sera vassalisée sous des épaulettes qui ne seront
plus françaises que de nom. La dialectique athénienne, dont la
logique exige de remonter aux fondements anthropologiques des
exercices pratiques des escrimeurs sur le champ de bataille de
la politique et de l'Histoire , nous enseigne, primo, que
les peuples vaincus par des dieux étrangers ne veulent rien de
plus, hélas, que de se trouver sottement sacrifiés sur les lieux
où leur nouvelle piété les a condamnés à combattre, secundo,
qu'ils ont cessé de se demander sous le drapeau de quel ciel ils
porteront l'uniforme de leur patrie, tertio, que les galons
mêmes de leur servitude témoigneront désormais du rang de grande
puissance de la France. Mais le tragique de l'Histoire de Lilliput
enseigne que le Terrorisme, paré de sa majuscule gullivérienne,
ne sera jamais que la dénomination nouvelle d'une hérésie confuse
et dont toute l'habileté théologique sera de faire porter le blason
de son universalité artificielle aux serfs d'un mythe quichottesque
de la Liberté. Faut-il donc enseigner ces dévotions-là à l'école
publique ? Les entrailles de la bête des sacrifices seront-elles
exposées à la vue redevenue perçante du clergé laïc de l'éducation
nationale?
Peut-être
le débat à la fois homérique et tragi-comique qui aura lieu le
22 septembre devant les représentants élus de l'innocence démocratique
du peuple français permettra-t-il à la raison socratique de se
glisser dans le prétoire de la candeur par une porte dérobée et
pour ainsi dire en catimini . Car la gauche parlementaire pourrait
se risquer à faire valoir qu'à l'instar des peuple français, allemand,
italien, espagnol, hollandais et tutti quanti, les peuples afghan
, irakien, palestinien, ossète ou abkhase sont appelés à reconquérir
la maîtrise de leur destin, ce qui implique que les décorations
trompeuses qu'arbore un cheptel de vassaux d'un autel étranger
ne sont que des instruments d'assujettissement déguisés à un César
des sacrifices venu d'au-delà des mers et qu'un peuple libéré
de la potence des chrétiens et du bûcher de Ménélas doit jouir
d'une intelligence politique nouvelle et devenue indispensable
à la compréhension cultuelle de la nature et des exigences de
sa souveraineté. Aucune nation de la terre n'est indépendante
sous la livrée du meurtre de l'autel dont ses faux délivreurs
et ses faux défenseurs l' auront affublée.
6
- Le sang simiohumain 
Mais
comment peser le degré de raison politique dont jouissent les
Etats démocratiques encore livrés à la guerre des sacrificateurs
si les gouvernements des Républiques censées se fonder sur la
déclaration des droits de l'intelligence depuis 1789 ont la vue
si basse qu'ils s'imaginent scolariser la nation à bon escient,
alors qu'ils la mettent à l'école de leur incapacité à penser
le tragique sacrificiel de l'Histoire et à connaître l'inconscient
théopolitique du genre humain? Car enfin, ce ne sera pas seulement
le débat vieux de trois siècles entre l'optimisme mythologique
du Dr Pangloss et le pessimisme de sens rassis de Voltaire qui
renaîtra sur la scène internationale le 22 septembre dans l'enceinte
où l'Assemblée nationale offrira à la planète entière le spectacle
de la balance rouillée sur laquelle, la France officielle pèse
désormais la raison du monde ; ce sera un débat bien plus profond,
car il portera sur le décryptage anthropologique de la dimension
sacrificielle de l'histoire du simianthrope.
De quoi s'agit-il dans les viscères communs à l'immolation payante
d'Iphigénie et à l'immolation non moins prébendée d'un homme-dieu
sur l'autel du Golgotha? De rien de moins que d'immoler à l'Amérique
une dizaine de victimes propitiatoire et satisfactoires sur l'autel
de Kaboul, afin qu'elles y servent de moyens de paiement au Grand
Sacrificateur, mais aussi de leurres et d'alibis politiques jugés
utiles à la diplomatie française afin de tromper l'idole - ce
qui aidera les petits sacristains de la démocratie à négocier
avec la Syrie et l'Iran à la barbe du Grand Prêtre d'outre-Atlantique.
Mais celui-ci n'est pas dupe de nos ciboires: il a déjà froncé
les sourcils, non point afin de faire cesser le trafic des sacrifices
de l'autel qui fait le tissu de l'Histoire depuis Homère - il
en est l'actionnaire majoritaire - mais pour se plaindre de se
trouver déclassé et privé du rôle cultuel suréminent réputé lui
revenir de droit sur le marché des dieux et de leurs autels. Du
coup, la France a placé plus haut la barre du meurtre sacré. Jusqu'où
a-t-elle fait monter les enchères au marché mondial des immolations
? Attention, a-t-elle dit, il est écrit qu'Israël frappera l'Iran
à titre préventif et cela à l'heure qu'il aura librement choisi
; et personne n'arrêtera le bras du saint sacrificateur de la
Perse à la bourse des sacrifices simio humains.
On remarquera que l'Iran est convié à s'agenouiller devant le
génocidaire du Déluge ; on remarquera que le meurtre est sacré
quand un peuple est appelé à le perpétrer au nom du Dieu de Moïse
; on remarquera que les sacrifices du simianthrope à leurs idole
ne suscitent l'indignation de personne, parce qu'ils sont inscrits
dans l'ADN de cet animal; on remarquera que l'Iran n'est plus
accusé de vouloir " rayer Israël de la carte ", mais qu'Israël
se trouve absous d'avance de rayer l'Iran de la carte . "L'Iran
prend un risque majeur à continuer le processus d'obtention du
nucléaire militaire, ce qui est notre certitude, parce qu'un jour,
quel que soit le gouvernement israélien, on peut se retrouver
un matin avec Israël qui a (aura) frappé… Il ne s'agit pas (s'
agira) de savoir si c'est légitime, si c'est intelligent ou
pas (ou non). Qu'est-ce qu'on fera (Que fera-t-on)
à ce moment-là ? Ça (Ce) sera la catastrophe. Il faut
éviter cette catastrophe. Comment l'éviter ? La position internationale,
c'est de dire, (que) l'Iran doit arrêter l'enrichissement."
7 - Le petit
pois 
Bien
que le chef de l'Etat ne parle pas le français, voyez comme l'ironie
socratique se glisse dans le prétoire où l'espèce sanctifie ses
meurtres cultuels : M. Nicolas Sarkozy souligne que tant de piété
sera catastrophique, que la coupe des dévotions sera pleine, mais
que Ponce Pilate n'y pourra rien et qu'il faudra bien se résigner
à replacer sur son trône le Dieu-tueur qu'Abraham avait prié de
se satisfaire dorénavant d'un mouton. Et si , depuis Isaac, l'humanité
avait fait grossir le petit pois qu'elle a dans la tête ?
Voyons cela : la déclaration de M. Nicolas Sarkozy serait-elle
infantile ? Selon ce scénario, le petit pois cérébral de la Chine,
de la Russie, de l'Europe et des Etats-Unis eux-mêmes n'arracherait-il
pas Iphigénie au saint propitiatoire des sacrifices au Jahvé des
démocraties, comme la France seule aura suffi à faire tomber le
couteau de la main de cette divinité au Liban ? De plus, les anthropologues
du petit pois ne feront-ils pas progresser la connaissance psychogénétique
des autels et des sacrifices, et cela à tel point que l'arme nucléaire
se révèlera mythologique par définition, puisqu'elle se révèle
inutilisable depuis soixante ans contre un ennemi désarmé et qu'elle
se trouve nécessairement neutralisée quand deux détenteurs de
l'apocalypse se montrent récalcitrants à se brûler la cervelle
côte à côte ? Car les zoologues de l'arme nucléaire sont formels
: si minuscule que le petit pois soit demeuré dans la boîte osseuse
du simianthrope , il n'est pas resté microscopique au point que
cet animal se volatiliserait par paires dans les nues, non point
parce qu'il aurait commencé de réfléchir, mais parce qu'il serait
fort dépité de ne pas s'offrir le cadavre de son rival en spectacle.
La
question du petit pois est donc devenue décisive aux yeux des
sciences humaines de demain : il s'agira de rendre visibles les
ressorts sacrificiels de la guerre, de mettre à nu le mécanisme
zoologique qui joue dans les arcanes les plus cachées de l'espèce
simiohumaine. Quand saint Ambroise décide, à la suite de l'invasion
des barbares, de s'emparer du pouvoir sacrificiel exclusif de
l'idole, et cela en se substituant à elle sur l'autel - donc de
se placer par un coup de force théologique, en interlocuteur privilégié
de l'histoire du monde, et cela en se proclamant le seul vrai
corps du Christ sacrifié sur tous les offertoires - il déclenche
au profit de l'Eglise le mécanisme immolatoire qui règne sur le
politique depuis Iphigénie . Mais du coup, il nous montre également
comment cette machine fonctionne dans le christianisme ; quant
M. Nicolas Sarkozy joue à la sainteté impuissante, quand son petit
pois refuse de retirer l'Iran de l'autel du Dieu d'Israël et qu'il
exige la capitulation de la planète entière devant le Dieu du
Déluge, il oublie que, depuis lors, l'intelligence simiohumaine
a progressé de quelques pas dans la fabrication de la balance
à peser le cerveau de notre espèce : il existe maintenant des
zoologues des sacrifices. Ceux-là courent sur les traces des descendants
du chimpanzé. Aux dernières nouvelles, ils sont sur le point de
capturer son microscopique encéphale et de l'enfermer dans la
cage de la dialectique du Lachès de Platon.
Car si la France des sacrifices simiohumains des Gaulois est prête
à offrir des gages à l'idole américaine, afin qu'elle l'épaule
en retour sur la scène internationale et si elle nourrit l'ambition
de tenir en mains les cartes d'une science des immolations devenue
nécessaire à sa compréhension de la planète des sacrifices, et
si les victimes que réclame l'idole sur les autels de Kaboul sont
une monnaie d'échange de grand prix, est-il payant d'entrer dans
le jeu de Neptune, dont la Sixième Flotte est arrivée dans la
mer Noire afin d'achever son encerclement de l'Iran ? Est-il payant
de participer à la mise en scène théologique de l'Histoire qui
servira de prochain offertoire aux Incas de la Démocratie ? Fox
News médiatisera-t-il le spectacle de milliers de marins américains
noyés par les Hitler iraniens qui auront signé leur appartenance
à " l'axe du Mal "?
8 - L'histoire
sacrificielle 
Ne commençons-nous pas de cerner la vraie question, celle de la
pesée de l'intelligence politique des démocraties européennes
sur les plateaux de la balance que la simianthropologie critique
nous aura fabriquée ? Car le fléau de cet appareil nous indique
non seulement le poids, l'origine et l'âge du cerveau simiohumain
actuel , mais la provenance des étoffes du sacré qui enveloppent
ses autels et qui habillent les victimes de ses meurtres sacrés
dans les vêtements de la sainteté de l'époque. Car du temps où
nous n'observions encore l'histoire et la politique qu'avec les
bésicles du cynisme, tout le panorama qui s'étalait au-delà échappait
à notre myopie. Et maintenant, nous savons que le cynisme n'était
qu'une pauvre grimace, parce que les vrais rouages de l'Histoire
se cachent dans les profondeurs où le sacrifice offre à l'idole
le sang de sa victime, celle dont l'hémoglobine sacrée servira
de monnaie d'échange à sa politique du sang et de la mort ; et
maintenant, nous savons que notre cynisme, c'était notre sacré
décrypté et instrumentalisé; et maintenant, nous savons que le
masque du cynisme s'appelle l'hypocrisie - mais ce n'est pas le
lieu de descendre dans une spéléologie de la foi démocratique
où Molière l'abyssal nous conduirait aux ultimes secrets politiques
de son Tartuffe. De l'Afghanistan à la mer Noire, les apprêteurs
des autels de la Liberté feignent déjà de monter sur l'autel du
sacrifice, afin de dire à l'idole: "Ce n'est pas toi, la victime,
c'est nous qui nous payons à nous-mêmes le prix de notre sang."
Mais si les Ministères de l' éducation nationale sont désormais
en charge de la responsabilité d'instruire les Etats dans la connaissance
du tragique abyssal de l'Histoire du sang des peuples et des nations,
il faudra nous demander ce qu'il en sera de la balance à
peser l'âme, le cœur et le souffle de la France quand son génie
éclairera la géhenne dans laquelle elle rallumera les feux de
la raison du monde .
9
- Un corps enseignant d'initiateurs de la jeunesse 
Montesquieu disait qu'il fallait au moins une fois dans la vie
désapprendre tout ce qu'on vous a enseigné à l'école, parce que
la vraie connaissance du monde est étrangère aux catéchistes des
Eglises et des Etats. Nous savons maintenant ce que six millions
de pédagogues de l'Europe devront apprendre eux-mêmes et à grand
peine afin de former quatre-vingts millions d'enfants dont les
oreilles entendront la parole de vérité du XXIe siècle . Il sera
long et rude, l'apprentissage de l'intelligence et du savoir que
l'école publique avait inauguré avec tant d'audace il y
a un siècle; car la droiture intellectuelle, le courage de l'esprit
et la lucidité ont changé de paramètres. Quelle tâche de
Titans de la raison que de réfuter en anthropologues les Tartuffe
mondiaux de la Liberté et de la Justice! Mais quand nous aurons
forgé le clergé de la philosophie capable d'initier la jeunesse
à la connaissance des empires vassalisateurs qui font, du sceptre
de leur culte des "droits de l'homme", l'arme de leur expansion
politique et guerrière, quelle vocation cruelle et féconde , pour
les apôtres de la raison de demain, que de descendre dans les
coulisses de la représentation , de démonter les ressorts de l'histoire
truquée ad usum Delphini, d'ouvrir les yeux et les cœurs
des soldats de la première civilisation de l'intelligence !
Les éducateurs à venir raconteront Sparte et Athènes à nouveaux
frais. Ils diront aux enfants des écoles que la cité dont les
seules murailles étaient les poitrines de ses soldats et celle
dont les armes du savoir avaient besoin de la pierre de ses remparts
ne portaient pas le même regard sur le monde . Les milices spartiates
présenteront aux élèves de la France le spectacle du troupeau
humilié des gouvernements placés sous la houlette d'un Dieu des
caissiers, les milices athéniennes construiront les forteresses
cérébrales d'une intelligence du politique en mesure d'exposer
sur les offertoires de la philosophie la tête des deux Ménélas
des nues qui se sont succédé en Europe, celui de l'autel de Calchas
et celui de l'autel des chrétiens ; et ils démontreront au monde
que les mêmes dieux se cachent au plus profond des entrailles
de la créature. Quand les Lacédémoniens de la connaissance nous
aurons initiés aux cruautés des démocraties angéliques et quand
les illuminateurs socratiques auront armé la jeunesse du rire
de l'intelligence qu'on appelle l'ironie, la science du simianthrope
se sera réinscrite dans la postérité du poignard socratique. Décidément,
l'Europe d'aujourd'hui a besoin de l'étroite collaboration des
éducateurs de Sparte avec ceux de l'Athènes de demain !
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8 septembre 2008