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Aristide Hignard a
mis en musique des livrets d'opéra-comique qu'écrivait Jules Verne à
l'époque où le romancier croyait encore que son avenir se situerait sur les
planches des théâtres, alors qu'il allait écrire, au contraire, quelque 110
romans d'un genre nouveau à son époque, le roman géographique, et devenir un
des trois ou quatre écrivains les plus lus et les plus traduits de la
littérature mondiale.
Avoir été "le musicien de Jules Verne", a
été pour beaucoup dans le fait qu'Hignard a surnagé, participant à la gloire
de Jules Verne, avec un curieux préjugé, commun à beaucoup d'exégètes de
Verne, à savoir l'idée qu'il devait être un grand musicien, puisqu'un grand
écrivain lui écrivait des textes. En fait, ils étaient d'obscurs débutants,
l'un soutenant l'autre…
Hignard et Verne étaient tous deux de Nantes. Ils se
connaissaient et étaient venus à Paris, pour y étudier, l'un la musique,
l'autre le droit. Hignard y était né le 20 mai 1822, Jules Verne six ans après,
le 8 février 1828. Hignard vient le premier à Paris pour y terminer son
éducation musicale et est reçu au Conservatoire en 1845 dans la classe de
composition d'Halévy. Au concours de l'Institut en 1850, il remporte le second
grand prix de Rome.
Dès l'année suivante, il réussit à faire représenter un
petit opéra-comique en un acte, intitulé Le Visionnaire (18 janvier
1851). Verne, arrivé à Paris en 1847, obtient sa maîtrise de droit en 1849,
tout en faisant d'énormes efforts pour s'introduire dans les milieux
littéraires et théâtraux de la capitale. En 1853 il devient secrétaire du
Théâtre Lyrique, où il se multiplie de toutes les façons, très probablement
sans recevoir des émoluments. Il écrit des textes pour d'autres ou sous un
faux nom, pour le seul plaisir d'être joué.
Il réussit
toutefois à y faire représenter trois opéras-comiques à son nom et il a tout
naturellement recours à son ami nantais, pour en écrire la musique. C'est
d'abord, le 28 avril 1853, Le Colin-Maillard. La pièce aurait d'ailleurs
été montée plus tôt, sans le succès persistant d'un opéra-comique d'Albert
Grisar, Les Amours du Diable. Verne en partage la paternité avec Michel
Carré, qui déjà à cette époque, collabore normalement avec Jules Barbier,
mais ne dédaigne pas le jeune débutant, avec lequel il a travaillé pour Monna
Lisa (1851). Il se sera réservé la tâche de guider les " petits
nouveaux " lors de l'élaboration du canevas, et de peaufiner.
Les Compagnons de la Marjolaine, le deuxième
ouvrage, voient le jour le 6 juin 1855.
Le dernier des trois opéras-comiques s'intitule L’Auberge des Ardennes
et est représenté pour la première fois le 1er septembre 1860 à un moment
où Verne n'est plus secrétaire du Théâtre lyrique. L'œuvre est qualifiée
par F. Clément de "suite de scènes burlesques" et de "farce
digne du carnaval" par G. Héquet qui le traite aussi de "contre-épreuve
des Rendez-vous bourgeois ".
L'Auberge des Ardennes fut représentée 20
fois : chaque opéra-comique des deux Nantais étant représenté moins
souvent que le précédent. Est-il trop aventureux de prétendre que, puisque
les livrets s'amélioraient, c'est la musique qui devenait moins bonne, au fur
et à mesure ? On est d'autant plus autorisé à le penser, que
c'est l'avis de G. Héquet selon lequel Hignard avait "fait beaucoup
mieux déjà", ajoutant toutefois qu'il avait "été si peu
exécuté, ou si vous préférez, si cruellement exécuté" que le
critique devait bien avouer qu'il ne lui était "guère possible d'avoir
une opinion sur son ouvrage".
En dehors des trois opéras-comiques précités, Hignard
a signé avec Verne Monsieur de Chimpanzé, sans Carré cette fois, et
sans que Verne ait pu faire valoir qu'il est de la maison, puisque c'est aux
Bouffes Parisiens (17 février 1858) que les deux amis présentent leur ouvrage.
Hignard, resté l'ami de Verne, poursuit seul sa
carrière avec le Nouveau Pourceaugnac (Bouffes Parisiens, 1860) et Les
Musiciens de l'orchestre (id. 1861), ce dernier titre avec Delibes et
Erlanger (et Offenbach, a t-on prétendu).
Hignard a longtemps rêvé de mettre en musique le Hamlet
de Shakespeare. Il l'a réalisé sous une forme nouvelle de musique continue en "intercalant
dans le chant une déclamation soutenue par des mouvements
d'orchestre". Le procédé devait être repris par Massenet avec les
"dialogues parlés" de sa Manon. Hignard apprit trop tard que
le tout puissant Ambroise Thomas travaillait lui aussi, à un Hamlet
(1868), qui fut un triomphe. Hignard dut se contenter de publier, à ses frais,
sa partition chant et piano, dont les exemplaires subsistants dorment dans les
bibliothèques. Pourtant il y figure des pages chorales de toute beauté.
Il est aussi l'auteur d'une foule de mélodies et
chansons (souvent sur des paroles de Jules Verne), de recueils de mélodies
("Rimes et mélodies"), de "valses concertantes" pour piano
à quatre mains, de "valses romantiques" et de deux opérettes de
salon.
Autre note douce-amère dans la vie de ce
malchanceux : outre ses liens avec Verne, Hignard reste connu pour avoir
été... le professeur de Chabrier.
Aristide Hignard est décédé à Vernon (Eure) le 20
mars 1898.
D’après Robert Pourvoyeur
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