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Si à l'automne 1870, la France pouvait entendre un
bruit de bottes tristement célèbre, quelques mois plus tôt, très
exactement le 10 décembre 1869, ce n'était, au Théâtre des Variétés,
que celui des carabiniers du Duc de Mantoue... et du célèbre trio
Offenbach, Meilhac et Halévy.
Après le succès de La Périchole un an plus
tôt, Offenbach avait subi deux échecs avec Vert-Vert (à
l'Opéra-comique) et La Diva. Mais en cette fin d'année 1869, il
avait mis les bouchées doubles : il fait créer le 7 décembre La
Princesse de Trébizonde aux Bouffes-Parisiens (une version remaniée
et agrandie de celle donnée à Baden-Baden en juillet précédent), puis
le 10 Les Brigands aux Variétés et le 11 La Romance de la Rose
(un acte reposant sur la célèbre ballade " La dernière rose
de l'été ") toujours aux Bouffes.
C'est au cours de l'été 1869, alors Qu'Offenbach se
rendait depuis Nice vers Baden-Baden, via Gênes que ces Brigands
furent commencés. Comme d'habitude il ne cesse de harceler ses
librettistes pour qu'ils lui fassent parvenir d'urgence les textes qu'ils
ont mis sur pied. La partition est pratiquement achevée après sa cure
dans sa villa d'Etretat, mais comme toujours, il fera, au cours des
répétitions, de nombreuses modifications et des " petites
coupures ".
Les Brigands entrent alors en répétitions, mais cette
fois, Hortense Schneider ne figure pas sur l'affiche : après
l'échec de La Diva où son final avait été sifflé, elle était
partie pour l'Egypte retrouver son royal amant Ismaïl Pacha. C'est donc
Zulma Bouffar qui hérite du rôle travesti de Fragoletto ; les
autres principaux rôles sont tenus par Mlle Aimée (Fiorella), José
Dupuis (FaIsacappa), Léonce (le caissier Antonio), et Baron (le chef des
carabiniers).
L'ouvrage est acclamé dès sa création et ce n'est
que justice : le livret est l'un des plus savoureux qu'aient jamais
écrit Meilhac et Halévy, plein de gaieté, de rebondissements et
émaillé d'expressions qui n'ont point perdu de leur actualité, tel
" Il faut voler selon la position que l'on occupe dans la
société… ". Les contemporains pouvaient d'ailleurs y
reconnaître des allusions à des personnages bien connus, comme, dans le
caissier, le banquier Mirès, qui venait d'avoir des démêlés
retentissants avec la justice, ou l'entourage de l'impératrice dans les
couplets :
"Il y a des gens qui se disent espagnols
Et qui ne sont pas du tout espagnols ".
La musique ne le cède en rien, bien, au contraire.
Offenbach s'en expliquait lui-même dans une lettre à Meilhac et
Halévy : " Je me demande des situations à mettre en
musique et non pas des couplets comme dans Le Château à Toto ou La Diva.
Le public se fatigue des petits refrains et moi aussi ".
Et il est bien vrai que Les Brigands sont un
authentique opéra-comique. Tout serait à citer dans cette partition
(près de 400 pages dans la version chant-piano !) depuis l'air de
Fiorella et le grand final du ler acte, le chœur d'entrée en canon et le
duo du notaire du 2° acte, ou l'air du caissier du 3° acte.
Joués sans interruption jusqu'à la clôture annuelle
de l'été 1870, Les Brigands font aussi la réouverture le 2
août, mais hélas, les Variétés, comme tous les théâtres, sont de
nouveau fermées le 14 août : la guerre vient d'éclater.
La carrière des Brigands n'en sera pas pour autant
arrêtée : on peut en effet les retrouver dès le 24 septembre 1870 à...
Berlin ! Puis, dans le monde entier : à Vienne et New York dès
1870, Londres en 1871, Milan en 1872, etc. On trouve également des
versions en hongrois, finlandais, tchèque ou norvégien !
Du vivant d'Offenbach lui-même, l'œuvre sera reprise
en 1878 à la Gaîté, dans une version à grand spectacle avec des
tableaux magnifiques : on pouvait compter au final pas moins de 300
figurants !
Les Brigands méritent au même titre que La
Belle Hélène, Orphée aux Enfers, La Grande Duchesse, La Vie Parisienne
ou La Périchole, de figurer au " hit-parade "
des œuvres de Jacques Offenbach. Et pourtant, la postérité les a
quelque peu oubliés ces dernières décennies. On notera toutefois une
version musicalement excellente de l’Opéra de Lyon en 1988, mais très
contestable au niveau scénique, les belles représentations de l’Opéra
de Metz (1983), du Grand-Théâtre de Genève (1986) et de l’Opéra
Bastille (production du Nederlandse Opera,1992), cette dernière ayant
été reprise par plusieurs grandes scènes.
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