ASKATASUNA DÉNONCE LE BLOCAGE DES COMPTES |
L’association antirépressive appelle à la mobilisation pour dénoncer la dernière opération à l’encontre de militants de Batasuna
"Nous sommes extrêmement en colère", s’est exclamé Zigor Goieaskoetxea. Son compte, ceux de ses enfants en bas âge et d’autres membres de sa famille sont bloqués. Ce militant de Batasuna n’est pas le seul à être visé par la décision du juge espagnol Baltazar Garzon. En début de semaine, plus de 14 comptes ouverts dans l’Etat français ont été mis sous séquestre. Hier, certains détenteurs de ces comptes se sont présentés devant la presse, soutenus par Askatasuna, pour appeler à la mobilisation.
"Une fois encore, des mesures d’exception sont appliquées aux abertzale", a remarqué Anaiz Funosas, porte-parole d’Askatasuna. Elles s’appliquent sur des personnes concrètes, mais "c’est Batasuna que vise l’Etat". Funosas y voit une stratégie répressive "destinée à détruire le projet politique abertzale". Face à quoi elle rétorque : "ce n’est pas le bon chemin".
Soupçons d’illégalisation
Pas le bon chemin vers la résolution du conflit basque. Xabi Larralde, le porte-parole du parti en question, soupçonne les autorités françaises "de vouloir franchir le pas de l’illégalisation de Batasuna" (c’est déjà le cas sur le territoire espagnol), du moins, à travers les mesures qu’il prend, "les conséquences d’une illégalisation sont déjà là". Et XabiLarralde a la conviction que son parti est indispensable pour recouvrer la paix en Pays Basque.
Le porte-parole a utilisé des mots durs à l’encontre d’une certaine presse. Alors que les personnes concernées ne détenaient aucune information, le détail de l’opération ordonnée par Garzon et appliquée par la justice française a été diffusé dans les médias. "Aujourd’hui encore nous ne possédons aucune information officielle sur la nature de la procédure judiciaire entamée", souligne Goieaskoetxea. En attendant, les personnes impliquées ne peuvent pas disposer de leurs comptes, "avec les problèmes que cela nous pose dans notre quotidien".
"Pouvaient rien dire"
"Lorsque nous avons appelé les maisons mères de nos banques pour connaître les détails de cette opération, on nous a répondu qu’ils ne savaient rien, et qu’en plus, ils ne pouvaient pas nous répondre", se sont plaints les propriétaires des comptes. C’est en réalisant des opérations courantes dans leurs banques qu’ils ont su ce qu’il leur arrivait.
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Je veux que ça se sache
Je suis maman de deux enfants en bas âge, enceinte d'un troisième. Enseignante de profession. En congé parental en ce moment pour pouvoir m'occuper de mes enfants. Je n’ai jamais eu de découvert bancaire. Bref, une vie relativement ordinaire, humble et simple. Sauf que je suis militante et compagne d’un militant dont les comptes bancaires ont été bloqués mardi 8avril, on ne sait ni par qui, ni pour quel motif. Aucun courrier ou information ne lui a été transmis à ce sujet. Bon, certains sont libres de penser: Oh, il fallait s'y attendre! ou... si la justice cherche, il doit bien y avoir quelque chose de louche! Nous avons tous deux des comptes séparés, les miens sont au crédit agricole et mon compagnon n'a aucune procuration sur mes comptes.
Le lendemain, le mercredi 9avril, tous mes comptes ont aussi été bloqués par le crédit agricole sur ordre de je ne sais qui, et au nom de je ne sais quoi. J'ai cherché à savoir. Rien. Je ne peux donc pas porter plainte puisqu'on ne m'identifie pas mon agresseur et encore moins le motif de son agression à mon égard. Je n'ai non plus aucune manière de subvenir aux besoins de ma famille: l'EDF, la cantine, l'essence, les frais médicaux (et ils sont nombreux lors d'une grossesse), les courses, la caf, la sortie scolaire devront attendre. Attendre 3 mois, un an, 5 ans, 6, 7 peut-être. Il paraît qu'il n’est pas possible de couper les vivres à une famille, et pourtant c’est ce qu’ils font et croyez-moi, c’est d’une violence inouïe.
Le pire dans tout cela, c’est que je n’ai reçu aucun, je dis bien aucun témoignage de solidarité: ni sms, ni parole, ni courrier, ni visite, rien. Je suis seule. Cela sera difficile à croire pour certains, notamment les militants ou même les comités de soutien habituels, et pourtant c’est la stricte vérité.
Du jour au lendemain, nous sommes condamnés moi et mes enfants, à vivre au "black". Cela porte un nom: illégalement. Alors, pas besoin de «loi des partis» comme à Madrid. Ici en France, la Police Judiciaire, secondée par les banques, feront leur travail bien consciencieusement, et vous décrétera illégal dans le plus grand silence créant une indifférence populaire sans précédent.
Mais ma conscience est tranquille. Mon arme a toujours été l’expression, et elle le restera. Je n’ai fait aucun acte illicite. Il ne me reste plus que ma force intérieure pour élever mes enfants et accueillir le bébé à naître le plus sereinement possible. Je ne cherche pas la pitié, ni la compassion. Je veux juste que ça se sache.
Mirentxu LAKO
http://www.lejpb.com/idatzia/20080419/art208621.php