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Le 12 août dernier une horde d'agriculteurs du mouvement de la Confédération Paysanne accompagnés de leur leader, José Bové, ont fait irruption sur le chantier d'un Mac Donald à Millau afin d'entamer une opération de démontage du restaurant. La cible n'avait pas été choisie par hasard puisque la chaîne Mac Donald représente, à elle seule, les Etats-Unis et ce que les agriculteurs français appellent la "mal bouffe ". A la suite de cette opération coup de poing, José Bové avait été incarcéré pour dégradation en réunion. C'est alors que débuta la médiatisation de cet éleveur de brebis du Larzac, ancien militant chrétien de gauche. La publication de photos le montrant menotté fit de lui un véritable bouc émissaire. Son refus de payer la caution de 105 000 francs, qui lui était réclamée pour retrouver sa liberté, prouva à l'opinion sa détermination à défendre sa cause. Enfin le 7 septembre dernier José Bové a accepté que le comité de soutien qui s'était crée paye sa caution pour le libérer. Pendant 19 jours, les milieux agricoles et politiques furent en ébullition se saisissant de l'occasion pour porter le débat sur la scène politique c'est ainsi que plusieurs personnalités comme Jacques Chirac ou Jean Glavany, le ministre de l'agriculture, jugèrent l'incarcération de José Bové trop sévère. Si José Bové et ses compagnons paysans s'en sont pris à la firme Mac Donald, c'est pour dénoncer l'impérialisme américain ainsi que la " mal bouffe ", une mauvaise alimentation avec le risque de manger des produits génétiquement modifiés. La Confédération Paysanne avait déjà mis en garde l'opinion contre les aliments transgéniques mais cette fois-ci elle est revenue à l'assaut lorsque les Etats-Unis ont décidé de taxer les produits français devant le refus de la France d'importer le bœuf aux hormones américain. Ainsi, la guerre est donc déclarée sur le plan de l'import-export puisque les Américains revendiquent le droit d'exporter leurs produits. Dès lors que la France continuera à fermer ses portes aux organismes génétiquement modifiés, OGM, ou à tout autre aliment américain, les Etats-Unis imposeront des barrières douanières aux produits agricoles français tels que les fromages, le foie gras, la moutarde ou encore les échalotes. Ces taxes prennent aussi bien en otages les agriculteurs français que les consommateurs américains. C'est ce que la Confédération paysanne veut dénoncer avec ces opérations commando contre les emblèmes de l'impérialisme américain. De plus, cette révolte paysanne a pu " profiter " des nombreuses affaires agricoles touchant l'Europe depuis le printemps dernier comme le poulet à la Dioxine, les intoxications dues au Coca-Cola en France et en Belgique ou encore le problème des farines animales. Des agriculteurs américains ont soutenu José Bové en soulignant notamment le droit des peuples à se nourrir eux-mêmes. Il semble que l'on observe une réaction de la part des exploitants américains qui pour répondre à l'attente des consommateurs européens envisagent de remanier leurs exploitations pour faire une part moindre aux OGM étant donné qu'en 1998, 40% du maïs américain était génétiquement modifié. Le problème des OGM commence donc à se poser outre-Atlantique, créant une certaine inquiétude chez les consommateurs américains d'autant plus qu'il n'existe pas d'étiquetage particulier et que l'on a appris récemment que certains produits servant à la préparation des petits pots pour bébé dans deux grandes firmes, Heinz et Gerber, étaient génétiquement modifiés. Les agriculteurs français ont reçu le soutien du chef de l'Etat qui lors d'un discours au salon de plein air de Terre attitude organisé par le centre national des jeunes agriculteurs à Pomacle, dans la Marne, déclara le 16 septembre dernier : " la question est de savoir si, au nom de la libéralisation des échanges internationaux, on peut imposer à des pays d'importer et de commercialiser des produits dont leurs peuples ne veulent pas compte tenu des risques qu'ils présentent ". Jacques Chirac a ajouté que " nous sommes tous des paysans ", voilà ce qui va rassurer les agriculteurs français à quelques jours des négociations de l'organisation mondiale du commerce, OMC. Plus loin que l'épisode du Mac Donald de Millau, tous ces remous montrent également la face cachée d'un monde agricole dont le tout puissant syndicat, la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles), ne serait pas l'unique représentant. Emerge donc le second grand mouvement agricole qui gagne en puissance : la Confédération Paysanne emmenée par José Bové. La FNSEA a été fondée en 1946 et a actuellement à sa tête Luc Guyau. Elle a été pendant très longtemps considérée comme la véritable organisation agricole, très bien répartie et organisée : elle est entourée et soutenue par de nombreux organismes tels que le Crédit Agricole dans lesquels beaucoup de ses membres sont influents. La FNSEA a une logique de marché, il faut produire le plus possible aux meilleurs prix. Ainsi, elle privilégie les grosses exploitations aux dépens des petites. La Confédération Paysanne a été créée en 1987 mais elle est moins bien répartie et organisée que la FNSEA. Elle prône une meilleure alimentation en bannissant les OGM mais elle défend également le droit à la survie des petites et des moyennes exploitations tant que celles-ci continueront à produire des aliments de bonne qualité. A l'heure de la vache folle, des poulets à la Dioxine, l'émergence en force sur la scène française de la Confédération Paysanne montre que de plus en plus les consommateurs français s'interrogent sur leur alimentation ainsi que sur la qualité et la provenance des produits qu'ils consomment. Aurélie GRITUN |