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Les Everglades sont un unique phénomène naturel au monde. Cette vaste étendue de 600 000 hectares d'eau et de joncs, peu attrayante à première vue, couvrant le sud de la Floride, reste encore à découvrir. Elles sont mystérieuses si l'on ne comprend pas le rôle fondamental de leur nature, et de la nature en général. Les indiens les appelaient " Pa-hay-okee " ce qui se traduit par " étendue d'eau pleine d'herbes ". Bordées au nord par un immense lac, le lac Okeechobee, cette immense rivière que sont les Everglades se jette lentement dans le golfe du Mexique et l'Océan Atlantique. L'eau y circule si lentement que l'on devrait calculer sa vitesse en centimètres par heure. Les saisons pour les Everglades sont typiquement tropicales c'est-à-dire avec une alternance de saisons de pluies et de saisons de sécheresses, et la vie s'organise autour de ce rythme immuable. Simples à première vue : eau, joncs, îlots de sable ou de vase, les Everglades sont nées de la poussée du fond des mers qui ont fait apparaître la Floride. A peine plus élevés que le niveau de la mer, les premiers joncs ont proliféré et donnent cette caractéristique si particulière au paysage : le ciel et la Terre se confondent sans apparente limite… à l'infini. Pour le touriste la visite est simple : une heure en bateaux à fond plat. Ces embarcations bruyantes sont propulsées par un moteur et une hélice d'avion. Ces visites sont conçues pour montrer aux visiteurs un banc de sable et un banc de vase auxquels on accède en passant par des tranchées aménagées au milieu d'un champ de joncs. Au passage on peut voir quelques oiseaux effrayés s'envoler pour changer de quartier, des hérons, des flamands et bien d'autres encore. Puis il y a le stop chez les alligators de service ! Nonchalamment vautrés dans la vase avec les yeux proéminents sortant de l'eau attendant leur proie, sait-on jamais, et si un touriste perdait pied ? ais ceci n'est qu'une infime partie de la faune de cette gigantesque étendue : il y a en effet 300 variétés d'oiseaux dont beaucoup d'oiseaux migrateurs, des reptiles et rarement accessibles des chats sauvages, des renards et même la panthère et l'ours brun de Floride. Les poissons et lézards complètent cette longue liste. es indiens qui vivaient dans les Everglades s'étaient adaptés à leur nature, ainsi que les esclaves noirs échappés des plantations de Caroline qui venaient y chercher un refuge inextricable. Les blancs ont un jour décidé d'adapter la nature à leur désir de conquête ainsi, dès 1800 et pendant un siècle il y eu quelques tentatives de créer des canaux pour assécher le terrain mais sans succès. Puis en 1905, les moyens techniques ayant évolués il y eu un vaste programme d'assèchement afin de créer des terres arables pour cultiver la canne à sucre, enfin la nature serait " domptée ". Des régions entières furent asséchées, l'eau détournée de son écoulement naturel et la vase ainsi mise à découvert était à portée de culture. Ce n'était qu'illusion : la vase exposée au soleil était devenue pauvre et inexploitable. Alors, l'usage des engrais compensât la pauvreté du sol mais polluât l'eau en aval et en amont. Et bien plus tard, bien trop tard, dans les années 60, on commença à comprendre que les Everglades était le filtre parfait d'un immense réservoir d'eau souterrain ; réservoir maintenant pollué et dangereux. Entre temps, le drainage artificiel a provoqué un abaissement du niveau des eaux, l'eau de mer pénétra les Everglades et vint envahir l'eau douce. Les plantes " mangroves ", dont le rôle était de filtrer l'eau de son sel ont disparu avec la pollution, privant le site de son filtre naturel. Aujourd'hui, 40% des Everglades sont drainés pour l'agriculture, 40% pour recréer des bassins de décantation et seulement 10% subsistent à l'état naturel et originel. A l'aube d'un nouveau millénaire, une compagnie de traitement des eaux propose de recréer les Everglades en échange de l'obtention des droits de vente de l'eau. Le prix n'a pas été communiqué mais la surprise risque d'être " salée ", toutefois les écologistes s'élèvent contre cette idée. L'homme aura mis moins d'un siècle pour détruire ce que la nature avait pris lentement des siècles à bâtir et à raffiner : belle leçon d'écologie. Dans un prochain article je vous traduirai une lettre écrite en 1852 par un chef indien " Seattle " où il répondait à une demande d'achat de son territoire formulée par les USA, merveilleuse lettre remplie de poésie et de sagesse. C'est une pensée mythique, si vraie encore aujourd'hui, pour ceux qui savent écouter. A bientôt dans notre prochain numéro. André Toid |