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Georges Braque l'héritier de la peinture
française
Des «vieux
maîtres » de l'art moderne, Georges Braque est celui qui, par sa peinture
et sa personnalité, a gagné le plus de respect et d'admiration. Bien qu'il
ait été, presque dès le début de sa carrière, un des peintres les plus
audacieux et le plus féconds du XXe siècle, son oeuvre a tant de grâce et
d'équilibre qu'on a quelque peine à le considérer comme un moderne ; on
serait plutôt tenté de saluer en lui l'héritier des traditions françaises
dans ce qu'elles ont de meilleur et de plus caractéristique. Il compta
parmi les premiers Fauves, mais ne s'attarda point dans les violences
chromatiques de ce mouvement. Braque alors, avec Pablo Picasso, son ami
intime à cette époque, créa le cubisme. Il est donc le seul grand peintre
fauve qui soit devenu un cubiste cent pour cent , un des deux géants du
cubisme dans tous ses genres révolutionnaires.
Depuis, l'oeuvre de Braque a eu d'innombrables aspects; le peintre a
reflété l'art classique, effleuré le surréalisme, usé. de toutes les
techniques et de tous les moyens pour arriver à s'exprimer. Son art, si
tourmenté qu'il soit, n'est jamais angoissé ni violent, mais, comme le
peintre lui-même, sobre, discret, aristocratique. ( Jean Cassou, ancien
Directeur du Musée d'Art Moderne à Paris)
Les origines artisanales de Braque, un bon
ouvrier français
Il
n'y a pas moins matière à réflexion dans le fait que son père avait une
entreprise de peinture en bâtiment ; cette origine artisanale et
industrielle nous confirme dans notre volonté de ranger Braque dans la
même tradition, celle des bons ouvriers français, gens de métier, gens de
patience et de labeur, qui connaissent les matières et les techniques et
savent de quoi sont faites les choses. Ils n'ont pas à chercher de grands
sujets : c'est assez pour eux qu'un citron, une pomme, une planche, un
broc, un ustensile de ménage, la lumière, qui éclaire les intérieurs. Il y
a là de quoi occuper toute une attention, toute une sensibilité, toute une
pensée.' Peinture intime, peinture domestique et qui peut s'élever à une
religieuse grandeur. C'est que les qualités de l'art de Braque sont les
plus hautes, et que ses vertus sont les plus efficaces. Appelons les
pureté, sobriété, discrétion, noblesse. Rien d'éloquent ni de superflu,
rien de surnuméraire, et, puisqu'il s'agit d'un artiste dont l'enfance fut
nourrie dans une entreprise de peinture industrielle, comment ne pas se
rappeler ici l'anecdote de M. Ingres arrêtant ses élèves dans la rue,
devant un peintre en bâtiment au travail et leur disant : « Voyez,
messieurs, et apprenez : il prend dans son pot au bout de son pinceau
juste ce qu'il faut et rien de plus. » Magnifique leçon ! C'est celle des
humbles ouvriers, et M. Ingres, le plus savant des maîtres, ne la
dédaignait pas.
L'héritier des impressionnistes
L'art
de Braque est l'héritier des Impressionnistes, comme il l'est de Chardin,
de Le Nain, de Georges de la Tour, de tout ce qu'il y a d'essentiel dans
le génie plastique français. Né à Argenteuil , berceau de
l'impressionnisme il passe sa jeunesse au Havre, autre point capital de
l'impressionnisme. Il devait cependant produire, avec Picasso, la
révolution qui s'opposa, en lui succédant à la révolution impressionniste.
Nous sentons, en effet, que le cubisme de Braque, et d'une façon générale,
tout son art, si déterminé soit-il, si marqué, si résolument neuf, se
relie à une longue tradition, celle de toute la peinture française, dans
ses contradictions comme dans sa constance.Tandis que Picasso s'est
définitivement écarté du cubisme, tandis que les suiveurs du mouvement en
exploitent une version froide et systématique. Braque le revitalise en
faisant appel à la peinture classique. Braque s'ingénie à juxtaposer dans
ses tableaux des éléments figuratifs classiques et les secousses
arbitraires de la vision cubiste.Dans ses systèmes de natures mortes qu'il
n'a cessé de varier au cours de sa carrière, il poursuit le même idéal qui
portât Chardin, d'ordre, de clarté, de noble et tranquille majesté.
Ses
débuts de fauve et sa fin par lassitude
Des 1905 les champions de la nouvelle peinture -les fauves- se mirent à
exposer ensemble. Matisse s'était déjà manifesté en compagnie de Marquet
et de Puy au salon des indépendants de 1901. Ils y furent rejoints en 1905
par Derain et Vlaminck au salon d'automne. puis par les 3 havrais de
l'atelier Bonnat: Friesz, Raoul Dufy et Georges Braque la même année.Le
premier recevait sans joie l'enseignement de Bonnat. Braque y fut attiré
pour seulement quelques mois, mais épouvanté par les leçons de Bonnat, ne
tarda pas à retourner à l'académie Humbert.Braque exposa en 1907 au salon
d'automne.A peine s'imposait-il à l'attention de tous que brusquement
Braque y prit fin. Dernier venu premier sorti, Braque éteint sa palette,
construit avec vigueur sa forme dès l'été 1907, avant d'exécuter, pendant
l'automne, après avoir vu les demoiselles
d'Avignon de Picasso, le fameux nu. Au cours de l'année 1906 Braque et
Friesz peignent de conserve à Anvers. Puis Braque entraîne vers d'autres
horizons Dufy qui séjourne avec lui à l'Estaque en 1908. Braque comme les
autres sont las des orgies Fauves. Il aspire à un art plus austère, moins
violent et qui conduise à d'autres débouchés." on ne saurait toujours
rester dans le paroxysme" dira Braque auquel fait écho l'aveu de Vlaminck
" je souffrais de ne pouvoir frapper plus fort, d'être arrivé au maximum
d'intensité, limité que je demeurais par le bleu et le rouge d'un marchand
de couleurs".
Galerie
des tableaux de Georges braques
Exposition des tableaux papiers collés, des
natures mortes et de ses débuts : 17 tableaux présentés
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Notes biographiques
1882.13 mai. Naissance de Georges Braque à Argenteuil. 1890.La
famille s'installe au Havre. 1900. Le jeune Braque vient à Paris et
loue une chambre à Montmartre. Études à l'École des beaux-arts. 1906.
Six toiles aux Indépendants. Été à Anvers avec Friesz. Automne à
l'Estaque. 1907. Expose avec les autres Fauves aux Indépendants.
Automne à l'Estaque. Rencontre de Kahnweiler et de Picasso. 1908.
Printemps et été à l'Estaque. 1909. Été à la Roche-Guyon. 1910.
Été à l'Estaque. 1911. Été à Céret avec Picasso. 1912. Été à
Sorgues avec Picasso. 1914. Mobilisé.1915. Blessure et
trépanation. 2 Citations. 1917. Été à Sorgues. 1919.
Exposition à la galerie de Léonce Rosenberg, l'Effort Moderne. 1924. S'installe
rue du Douanier dans une maison qu'il a conçue lui-même avec la
collaboration d'Auguste Perret. 1930. Construction de la villa de
Varangéville. 1940. Devant l'invasion allemande se réfugie
dans les Pyrénées. Revient à Paris en automne. 1948. Grand Prix de
peinture à la Biennale de Venise.1949 série des huit ateliers
1952-1953 crée l'oiseau qui prendra place au plafond de la salle
Étrusques du Louvre 1955 série de lithographies 1963 Il
meurt à Paris
Repères chronologiques
1905 fauvisme1906-1907precubisme1908-
1911cubisme analytique
1912-1920 cubisme synthétique1921-1944
natures mortes
1949 1952 série des huit ateliers
1955-1957 série de lithographies
Le promoteur de
procédés de la peinture du bâtiment introduits dans ses tableaux
Braque
et Picasso évoluent vers une forme d'art nouvelle dont relèvent la Mandore
du premier et le portrait de Willem Uhde du second et de leurs deux femmes
à la mandoline. Ils installent ainsi au bateau-lavoir un cubisme intégral,
le seul cubisme véritable : le cubisme analytique auquel demeureront
fidèle Juan Gris, Marcoussis mais dont s'éloigneront ceux qui rejoindront
Jacques Villon, notamment Picabia et Léger. C'est Braque qui fraya le
chemin, à imiter l'aspect extérieur des objets, en introduisant dans la
peinture de chevalet certains procédés bien connus de la peinture de
bâtiment. Ici, il imite le bois, là, le marbre ou le cannage de siège.
Dans d'autres ouvrages, il copie des lettres typographiques. De ces
recherches de 1911 à 1913 il aboutira à introduire des morceaux de papiers
réels dans la matière picturale du tableau
L'expérience des
papiers collés
Profondément
ancré dans la réalité, l'art de Braque restera tributaire de l'expérience
décisive des papiers collés. Il a raconté comment, un jour de l'été 1912,
son œil avait été attiré par un rouleau de papier imitant le chêne exposé
dans la vitrine d'un marchand de papier peint d'Avignon. Peu après
naissait son premier papier collé, Compotier et Verre. Véritable irruption
du réel dans le tableau - un réel trivial, un peu dérisoire puisqu'il
s'agit en général de papiers imitant le bois ou d'emballages de
cigarettes, de lames de rasoir, ou de fragments de journaux - le papier
collé consolide Braque dans son refus de l'abstraction. En outre, en
introduisant de larges aplats de couleur, il aidait à recomposer le
tableau que les facettes du cubisme analytique menaçaient de pulvériser.
L'homme de ménage de
l'art

«Il faut, ici comme ailleurs, savoir se limiter, se restreindre, et
choisir des thèmes qui sont définitivement plus près de nous-mêmes»,
dit-il. Comme s'il fallait cinquante ans pour faire le tour d'une pomme ou
d'un pot de terre. C'est que la peinture de Braque est banale.
C'est-à-dire, ainsi que l'écrit Paulhan dans Braque le patron,
fantastique, «comme il est fantastique, si on y songe, d'avoir un nez et
deux yeux». Cette évidence tranquille, le peintre l'a lui-même exprimée
dans une métaphore qui fait de lui une sorte d' «homme de ménage» de
l'art, accomplissant un miracle quotidien avec le même naturel, la même
modestie qu'un saint de la Légende dorée médiévale : «Quand je commence,
il me semble que mon tableau est de l'autre côté, seulement couvert de
cette poussière, la toile. Il me suffit d'épousseter. J'ai une petite
brosse à dégager le bleu. une autre le vert ou le jaune : mes pinceaux.
Lorsque tout est nettoyé, le tableau est fini.»
Braque à la conquête de l'espace et de la
couleur
Aux
antipodes de la faconde de Picasso, de l'arabesque jaillissante de
Matisse, la peinture de Braque est un art lent, un travail de
sédimentation. Elle ne séduit pas au premier abord, mais nécessite du
spectateur une imprégnation progressive : <<Quand je commence, il me
semble que mon tableau est de l’autre côté, seulement couvert de poussière
blanche, la toile. Il me suffit d’épousseter. J’ai une petite brosse à
dégager le bleu, une autre, le vert ou le jaune : mes pinceaux. Lorsque
tout est nettoyé, le tableau est fini. » Ce propos du peintre recueilli
par Jean Paulhan suffirait à définir la peinture de Braque comme une
matériologie, faite d’une stratification de couches qui préexistent à
l’œuvre et que l’artiste révèle.«Je trouve qu'il faut travailler
lentement, écrit-il. Celui qui regarde la toile refait le même chemin que
l'artiste». Ses couleurs rompues n'éblouissent pas, elles se révèlent peu
à peu. Après la cassure irréparable de la guerre de 14, Braque et Picasso
iront chacun de leur côté. Sans pour autant «lâcher» immédiatement le
cubisme, Picasso se laissera tenter par d'autres champs d'expérimentation.
Gravement blessé en 1915. Braque, qui n'est pas un homme de rupture,
reprendra tout simplement la peinture là où il l'avait laissée,
c'est-à-dire en plein cubisme synthétique, se livrant progressivement à
une véritable reconquête de l'espace et de la couleur que ses expériences
avec Picasso avaient mis à rude épreuve. C'est à partir de ce style
parfaitement maîtrisé que s'élaborera, lentement, sans heurts, tout son
œuvre futur
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