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La Satyre
graphique
La caricature (de l’italien caricature, charger) est
l’expression la plus évidente de la satire dans le graphisme, la peinture
et même la statuaire. Elle fut longtemps confondue avec les manifestations
du grotesque, mais depuis la fin des années 1950 on a cherché à préciser
son domaine.
Dans la caricature, il convient de distinguer le portrait en charge, qui
utilise la déformation physique comme métaphore d’une idée (portrait
politique) ou se limite à l’exagération des caractères physiques
(portraits d’artistes) et la caricature de situation, dans laquelle des
événements réels ou imaginaires mettent en relief les mœurs ou le
comportement de certains groupes humains.
Pour comprendre l’essence de la caricature, il est nécessaire de
confronter les conceptions esthétiques et humaines de l'antiquité à nos
jours.
Les Sociétés Grecques et romaines
La caricature remonte à la plus haute antiquité, ou tout au moins à
l'époque où les arts du dessin eurent fait quelques progrès.
On peut supposer que les sociétés, où la recherche des critères de la
beauté était proposée comme but aux artistes, contenaient en elles la
possibilité de voir naître une antithèse. Les sociétés grecque et romaine
semblent avoir réuni les conditions d’une telle éclosion. Elles ont sans
doute connu l’une et l’autre la caricature, fût-ce à l’état embryonnaire.
La Grèce a eu un caricaturiste, Pauson, dont le nom est cité par
Aristophane et Aristote. Des graffiti retrouvés sur les murs de Pompéi
paraissent confirmer ce point de vue.
On a trouvé des caricatures peintes sur des vases grecs et sur les
murailles d'Herculanum et de Pompéi, on en a même, rencontré dans les
ruines de l'ancienne Égypte.Comme spécimen de la caricature romaine,
citons celle de Jésus crucifié, peinte sur une murailles du palais des
Césars, au Palatin, découvert en 1856 et conservée au musée Kircher, à
Rome ; c'est une satire contre les premiers chrétiens.
Pendant le Moyen âge
la caricature s'exerça dans les sculptures
extérieures et intérieures des églises, et aujourd'hui encore il n'est
guère de cathédrales dont les portails, les tours, les ornements,
notamment les miséricordes des stalles, ne mettent en évidence des
personnages grotesques, des animaux fantastiques et symboliques, des
allégories de tout genre plus ou moins bizarres.
Dans l’art du Moyen Âge, la figure humaine est associée à un ordre
universel. Beauté et laideur sont hiérarchiquement représentatives des
vertus et des vices qui, du haut en bas de l’échelle des valeurs, lient
les deux infinis que sont le Ciel et l’Enfer. Leur signification est
d’ordre métaphorique. Le choix que peut faire l’artiste d’une partie de
cet ensemble n’est jamais exclusif. Au contraire, chaque «coupe» qu’il
opère exalte l’ensemble du système, qu’il soit théologique ou alchimique.
Le Moyen Âge vit sur un abîme où les formes proliférantes qui couvrent les
surfaces d’un réseau serré de représentations divines, humaines, animales
et végétales n’ont pas d’existence permanente assurée. Leur rapport
analogique les rend, à chaque instant, capables de métamorphoses. La
parodie constitue une manœuvre conjuratoire pour prévenir la «chute»
possible (le roi et son bouffon, la fête des fous où la messe est tournée
en dérision).
Pendant la Renaissance
Il en va tout autrement à partir de la Renaissance, quand l’homme devient
«la mesure de toute chose». La séparation progressive de l’activité
artistique en genres bien définis (sacré et profane, portrait, paysage,
nature morte) sont autant de réductions du champ de la représentation en
objets particuliers d’appréciation ainsi qu’en objets économiques. C’est
donc à une rupture du fondement architectural de l’œuvre d’art que l’on
assiste. L’homme, de sujet migrant dans l’univers des formes, devient son
propre objet. Le problème de la forme en tant que permanence, et celui de
la fidélité au modèle sont posés. Et les choix opérés impliquent des
exclusions. Il est significatif de constater que les premières caricatures
sont le fait de ceux qui ont le plus concouru à idéaliser le portrait et à
en fixer les règles: Léonard de Vinci et les frères Carracci, comme si ces
artistes avaient voulu créer le maximum d’écart entre la plus grande
beauté possible et la plus grande laideur, celle-ci servant peut-être de
pierre de touche à celle-là.
Ainsi la caricature est-elle à la fois le lieu d’une fracture dans la
représentation, où elle joue le rôle de «double» par rapport aux
conventions du portrait, et la continuité modifiée d’une composante de
l’esprit humain – la satire. Elle est donc, par excellence, le domaine des
doubles, double du portrait et double du témoignage écrit et parlé.
Au temps de la Reforme et des disputes théologiques de Luther et de
Calvin, la caricature ne manqua pas de s'attaquer à ce mouvement. Nous
voyons au XVI e siècles., Rabelais dans les Songes drolaliques, Holbein
dans la Danse macabre, Erasme dans l'Eloge de la Folie, stigmatisant
toutes les vanités et tous les ridicules.
Au commencement de la Révolution
on voit un grand nombre de caricatures sur la royauté, le clergé et la
noblesse.
Au XIXe siècle
L’agitation politique qui régna au XIXe siècle, l’instabilité des
institutions fournirent aux caricaturistes une nourriture abondante mais
paradoxale. Ce climat politique donnait certes un contenu à leur art; mais
il était dangereux pour eux dans la mesure où les forces qui cherchaient à
s’incarner dans un homme ne voyaient pas sans déplaisir leurs tentatives
tournées en dérision. L’instabilité politique était le résultat d’une
contradiction propre à une classe qui avait supprimé la royauté absolue et
la notion de droit divin et qui eût voulu pourtant bénéficier de ce droit
pour elle-même afin de mieux asseoir ses privilèges. Cette classe chercha
à s’incarner dans des figures qui parodiaient le passé: Napoléon Ier,
Louis XVIII, Charles X, Louis-Philippe, Napoléon III. Ces tentatives
n’aboutirent qu’à des caricatures d’autorité dont les caricaturistes
prirent acte. Le slogan «Enrichissez-vous», l’arrivisme inhérent au
libéralisme transparaissaient à travers les nobles attitudes et les grands
principes. La caricature tira son exceptionnelle réussite du fait qu’elle
donnait la plus juste image possible des contradictions de la bourgeoisie.
Paradoxale dans son essence, elle pouvait représenter les aspects
contradictoires d’une même réalité.
en Allemagne
La caricature
sculptée et sensible aux sujets philosophiques
Il faudra attendre le XVIIIe siècle, avec l’œuvre de Franz Xaver
Messerschmidt (Allemagne, 1736-1784) pour assister à l’apparition d’une
forme nouvelle de caricature sculptée, par «débordement» de la sculpture
traditionnelle. Cet artiste a exprimé, dans une suite de bustes, des états
émotionnels intenses aboutissant à des déformations caricaturales.
la caricature allemande se montre sensible aux grandes idées
philosophiques, littéraires et artistiques du temps. Elle a également reçu
l’apport de courants issus des civilisations slave et scandinave.
Le XVIIIe siècle a vu l’apparition du premier grand caricaturiste
allemand: Chodowiecki. Les Fliegende Blätter, publiées à Munich à partir
de 1844, reflètent, d’une certaine manière, le courant romantique: Moritz
von Schwind, Carl Spitzweg, Adolf Oberlander et Wilhelm Busch en sont les
principaux collaborateurs.
Courant expressionniste
À partir de 1897, dans Simplicissimus, le
courant expressionniste, pour partie influencé par le Norvégien Edvard
Munch, manifeste sa virulence et son pessimisme. Karl Arnold, Thomas
Theodor Heine, Eduard Thöny, Bruno Paul, Alfred Kubin, Käthe Kollwitz,
Rudolf Wilke auxquels viennent se joindre le Bulgare Pascin et le Suédois
Olaf Gulbransson font de cet hebdomadaire une véritable institution
nationale dont le prestige dépasse largement les frontières de
l’Allemagne. Bien que ce magazine ait eu la réputation de refléter les
idées de gauche, les nazis, à leur arrivée au pouvoir, voient le parti
qu’ils peuvent tirer de l’utilisation d’un titre prestigieux.
Simplicissimus disparaît, en 1945, avec
le régime nazi.
Georg Grosz, influencé par le futurisme et le dadaïsme, bouscule la
composition traditionnelle pour nous montrer les silhouettes rigides et
empâtées des bourgeois et des militaires défenseurs de l’ordre. Loin de la
satire politique, Gerard Hoffnung (Allemagne), dont la manière s’apparente
à celle d’Oberlander, a dessiné de nombreuses variations sur le thème du
musicien et de l’orchestre.
Dessinateurs d'humour
Plus près de nous, Loriot (Allemagne) et Eric Sokol (Autriche) se montrent
d’habiles dessinateurs de presse; quant à Flora (Autriche) et à Hans Georg
Rauch (Allemagne), ils développent un art raffiné de la ligne qui fait
d’eux, plus que des caricaturistes, des dessinateurs d’humour épris
d’insolite.

Loriot
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Le
Français au cours des âges
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le franc au temps
de clovis_faizant |
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le serf au temps
du moyen âge |
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le paysan au
temps de valoisiens |
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le croquant au temps
de la révolution |
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le paysan au temps
de la 1er république |
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l'ouvrier agricole au
temps de la 3eme république |
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 Chodowiecki

Gill Ray

Lavater

Grosz
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Au XIX e siècle (suite)
Pour survivre aux multiples interdits lancés contre eux, les
caricaturistes durent faire preuve d’une grande mobilité. Ils surent
passer de l’attaque franche à l’insinuation, à la caricature des mœurs, à
la création de personnages populaires, à l’inoffensif portrait de
l’artiste à la mode. Cette activité protéiforme que l’artiste dut adopter
pour survivre fut une des causes de l’exceptionnelle richesse de son
expression. La République était pour lui un espoir toujours caressé et
toujours déçu. Aussi tous les caricaturistes étaient-ils, à des degrés
divers, républicains. Et quand la République triompha, le plus grand
caricaturiste de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, Forain, la
peignit sous les traits d’une femme alourdie avec cette légende: «Et dire
qu’elle était si belle sous l’Empire!»
Thiers, qui n’avait pas quitté la scène politique depuis 1832, fut une
cible privilégiée pour les caricaturistes qui durent attendre l’abolition
des lois sur la presse, le 29 juillet 1881, pour exercer librement leurs
critiques. Cinq ans plus tard commençait la tragi-comédie de l’affaire
Boulanger, au cours de laquelle s’affrontèrent images idylliques et
caricatures du général. Dans cet épisode s’illustrèrent le pamphlétaire
Henri Rochefort, alors directeur-fondateur de L’Intransigeant, les
caricaturistes Luque dans La Caricature, Legrand dans Le Courrier
français, Blass dans Triboulet, Moloch et Pépin dans Le Grelot, et Alfred
le Petit. Paul de Semant, dans le journal La Bombe, profita de l’affaire
Boulanger pour donner une vigueur nouvelle à l’esprit de revanche.
Honoré Daumier et les autres
Le plus grand de tous les
caricaturistes fut certainement Honoré Daumier. Il sût dominer tous les
sujets grâce à la souplesse de son graphisme, à son sens des proportions,
à sa capacité de transformer les sujets qu’il traitait en symboles
grandioses. Avec lui la caricature adhéra à l’histoire, devint la
chronique la plus sûre de son époque. La comparaison entre l’œuvre écrite
et l’œuvre graphique avait frappé Balzac, qui considérait les caricatures
de Daumier comme le complément de son œuvre.
Dans son sillage, Gavarni créa une œuvre moins expressive mais d’une
remarquable unité. Cham avait imité le Suisse Töpffer avant d’adopter lui
aussi la manière de Daumier; ses charges, fort nombreuses, donnèrent une
image anecdotique et superficielle des hommes et des événements.
Grévin se consacra aux scènes de mœurs et créa un type de femme entretenue
qui fut repris par de nombreux dessinateurs. Gill fut certainement, avec
Daumier, le plus efficace des caricaturistes français du XIXe siècle. Il
se spécialisa dans les portraits charge. Un grand nombre furent publiés
dans son journal L’Éclipse.
Les caricaturistes surent si bien pénétrer l’esprit de leur temps qu’ils
créèrent des personnages représentatifs des diverses couches sociales de
la société du XIXe siècle. Les caractères de l’aventurier, du conformiste,
de l’exploité trouvèrent une expression heureuse dans les personnages de
Robert Macaire, Ratapoil (Daumier), Mayeux (Travies), Joseph Prudhomme
(Monnier), Thomas Vireloque (Gavarni). À côté de la politique, de ses
acteurs permanents ou occasionnels, à côté des événements qui demandaient
à être saisis et interprétés au jour le jour se développa donc une
critique des mœurs à travers des personnages qui symbolisaient des forces
collectives et anonymes. Mais ces «types», contrairement aux politiciens
traités sans ménagements, n’étaient pas dépourvus d’une certaine
ambiguïté. La figure cynique de Robert Macaire, par exemple, se para du
prestige que le peuple accorde volontiers à ceux qui tout à la fois
profitent de l’ordre établi et défient la morale. Robert Macaire avait été
une création de Frédérick Lemaître au théâtre avant d’être repris par
Daumier. Le personnage de Joseph Prudhomme passa de la caricature à la
scène. Ce fut Henri Monnier lui-même qui écrivit les pièces et interpréta
le rôle principal. Ces créations ont tenu dans l’art une place analogue à
celle du feuilleton dans la littérature. Pendant le second Empire, la
caricature connut un tel succès qu’elle fut utilisée au même titre que la
représentation héroïque des batailles coloniales pour la décoration des
assiettes (série des pince-nez).
La critique des mœurs battait son plein. Une nouvelle génération de
caricaturistes naissait: Forain, Caran d’Ache, Léandre, Hermann Paul,
Ibels et Robida.
au xxe siècle
La Première Guerre mondiale refit l’unité des caricaturistes. Poulbot mit
ses gosses de Montmartre au service de la cause patriotique. De 1919 à
1939, l’amertume de l’après-guerre, la mode, les crises politiques, les
affaires internationales, l’affaire Stavisky, le Front populaire, les
Croix de feu permirent aux caricaturistes de mener leurs ultimes combats.
H. P. Gassier, pour la gauche, et Sennep, pour la droite, furent les
derniers caricaturistes au sens étroit du mot. Le Canard enchaîné publiait
les œuvres du premier. Le second trouvait asile dans tous les journaux
opposés au communisme et au Front populaire. Le Coup de patte,
hebdomadaire éphémère (1931) dirigé par le chansonnier d’extrême droite
Martini, sut réunir la dernière grande équipe de caricaturistes: Sennep,
Poulbot, Alain Saint-Ogan (le créateur de Zig et Puce), Guérin et Bib.
La Seconde Guerre mondiale devait porter le coup de grâce à la caricature,
qui cessa d’être un moyen d’expression privilégié pour devenir un moyen
d’information et d’orientation mineur.
Ralph Soupault, après avoir fustigé, à la veille de la guerre, le pacte
Hitler-Staline, devait, pendant l’Occupation, mettre son grand talent au
service des causes les moins défendables. En marge du courant politique,
Dubout proposait une approche à la fois truculente et amère de la réalité.
La prolifération des personnages, minutieusement dessinés, prend dans ses
dessins un caractère hallucinant. Ses femmes énormes et ses hommes écrasés
sont devenus des types extrêmement populaires: on dit des «personnages à
la Dubout».
Maurice Henry, venu du Grand Jeu et du Groupe surréaliste, introduisit
dans le dessin de presse l’onirisme et contribua à diffuser un état
d’esprit nouveau qui a ouvert la voie au dessin d’humour tel que nous le
connaissons aujourd’hui.
La caricature joue dans la société un rôle paradoxal. Elle déforme,
certes, mais c’est pour mieux fustiger. Elle s’abreuve aux sources morales
d’un certain puritanisme, voire d’un certain conformisme. L’exploitation
du mécontentement va souvent de pair avec le confusionnisme politique.
Sem, Abel Faivre, M. Capy, Draner, Hermann Paul, Albert Guillaume, Dubout,
Gassier et Sennep, etc., se montent dans leurs caricatures finement
psychologues.
Le cas de Siné est exceptionnel, qui a tenté pendant de brèves périodes –
brèves parce qu’interrompues par la censure – de ressusciter, dans ses
journaux Siné-Massacre et L’Enragé, la violence de L’Assiette au beurre.
en Angleterre
en Angleterre les caricatures de
Napoléon.
La Révolution française, l’Empire permirent à James Gillray (1757-1815)
d’exercer sa verve féroce. Ses dessins d’un parti pris sans nuance sont
cependant des témoignages importants dans l’histoire de la caricature
parce que, pour la première fois, cette dernière y «devient une arme de la
conscience nationale» (W. Hofmann). Cette conscience nationale, Gillray la
flatta dans une suite de dessins à la gloire de John Bull.
Caricaturistes du XVIIIe siècle
Ce n’est que lorsque l’esprit de satire
coïncide avec la laideur physique que s’accomplit la synthèse de ce que
nous appelons aujourd’hui la caricature: ce fut l’œuvre des caricaturistes
anglais du XVIIIe siècle. Le portrait en charge «amical», qui consiste à
faire ressortir la drôlerie de certains visages connus, est un genre
mineur qui ne vise qu’au divertissement.
La Physiognomonie de Lavater (1741-1801), qui fut connue en France au
début du XIXe siècle, a eu une grande influence sur l’art des
caricaturistes. Si les théories du théologien suisse semblent maintenant
périmées, elles n’en ont pas moins aidé les caricaturistes à concevoir
chacune de leurs œuvres comme un tout. Dans un petit ouvrage, inspiré des
théories de Lavater et publié à Paris en 1813, se trouve clairement
exprimée la relation caractère-morphologie: «1. La proportion du corps et
le rapport qui se trouve entre ses parties déterminent le caractère moral
et intellectuel de chaque individu. 2. Il y a une harmonie complète entre
la stature de l’homme et son caractère. 3. La même convenance subsiste
entre la forme du visage et celle du corps; l’une et l’autre de ces formes
sont en accord avec les attraits de la physionomie. 4. Un homme orné de
toutes les beautés de proportion possibles serait un phénomène tout aussi
extraordinaire qu’un homme souverainement sage et souverainement vertueux.
5. Mais plus la stature et la forme seront parfaites, et plus la sagesse
et la vertu y exerceront un empire supérieur, dominant et positif; au
contraire, plus le corps s’éloigne de la perfection et plus les facultés
intellectuelles et morales y seront subordonnées et négatives. 6. Parmi
les statures et les proportions, comme parmi les physionomies, les unes
nous attirent universellement, et les autres nous repoussent ou du moins
nous déplaisent.»
Il faudra attendre Hogarth (1697-1764) pour que la synthèse de l’esprit
satirique et de la caricature se réalise définitivement . Caricaturiste
des mœurs, il attaqua avec virulence les abus de son temps. Harlot’s
Progress, Rake’s Progress, Beer Street, Ginger Lane sont ses œuvres les
plus connues. Dans son Analyse du beau (1753), il affirme que le principe
de la beauté réside dans la «ligne ondulée ou serpentine baptisée par lui
du nom de ligne de beauté» (T. Wright). Thomas Rowlandson (1756-1827) peut
être considéré comme le plus grand caricaturiste des mœurs après Hogarth,
mais son œuvre est moins véhémente .
George Cruikshank (1792-1878) s’éloigna de
la satire politique. Il abandonna l’allusion aux événements de son temps
pour développer l’aspect spatial de la caricature. Il multiplia les
déformations et rechercha de nouvelles dimensions. Dans ses dessins, les
têtes l’emportent souvent sur les corps, les malformations physiques se
heurtent. Les monstres engendrés par son imagination donnent l’impression
d’étouffer dans un espace trop étroit.
Caricature du magazine Punch
À partir de 1841, le Punch assure la continuité de la caricature anglaise
avec John Leech, John Tenniel, du Maurier et, plus près de nous, David Low,
Vicky et Osbert Lancaster. Depuis les années cinquante, on note un
renouveau de la caricature anglaise avec Ronald Searle, Gerald Scarfe et
Ralph Steadman
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