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Cézanne, précurseur de l’art moderne
Le
milieu d’origine de Cézanne est celui de la bonne bourgeoisie provinciale.
Son père, propriétaire à Aix-en-Provence d’une prospère fabrique de
chapeaux, vivait cependant quelque peu en marge de la société aixoise: il
n’était pas marié avec la mère de son fils, une de ses anciennes
ouvrières, lorsque ce dernier naquit, en 1839, et ne légalisa sa situation
que cinq ans plus tard (une fille étant d’ailleurs née entre-temps), avant
de s’établir comme banquier. Cézanne fit toutes ses études à Aix,
acquérant une solide culture classique et se liant d’une profonde amitié
avec quelques-uns de ses camarades de collège, au premier rang desquels
Émile Zola, alors son confident le plus intime. Son père le destinait au
droit, et il s’inscrivit à la faculté d’Aix en 1858. Sa vocation
artistique était pourtant déjà assez affirmée (il avait suivi les cours de
l’école gratuite de dessin depuis 1857) pour qu’il songe à aller étudier
la peinture à Paris. Il finit par obtenir de son père, qui l’entretient,
l’indispensable autorisation, et fait un premier séjour parisien au
printemps et à l’été de 1861. Il revient à Aix travailler dans la banque
paternelle, mais repart un an plus tard pour Paris. C’en est désormais
fini des faux départs, des hésitations sinon du découragement devant les
difficultés du métier: Cézanne, définitivement, a décidé d’être peintre.
Les années suivantes, où il alterne les séjours parisiens, les retours à
Aix et les voyages en Provence, le voient suivre le chemin d’un étudiant
indépendant, mais aussi respectueux, sur bien des aspects, de
l’apprentissage traditionnel. Il travaille sur le modèle à l’académie
suisse, fréquente le Louvre où il remplit de nombreux carnets de croquis
d’après les maîtres et copie plusieurs tableaux. Il continue à fréquenter
Zola, qui le soutient dans ses efforts, intellectuellement, moralement et
financièrement, fait aussi la connaissance de Pissarro et Guillaumin, puis
de Bazille, Renoir, Monet, Sisley, Manet.
Les refus du salon d'automne
Cézanne,
à partir de 1863, propose régulièrement des peintures au jury du Salon:
elles y seront toujours refusées, à une exception près, un portrait,
exception d’ailleurs tardive, malgré ses efforts et les appuis dont il
pouvait disposer. Il protestera même plusieurs fois officiellement,
réclamant, sans suite, le rétablissement du Salon des refusés. Le jeune
peintre n’a toutefois pas les mêmes problèmes d’argent que certains de ses
amis, grâce à la pension paternelle. Celle-ci aurait pu être remise en
cause après sa rencontre, en 1869, avec celle qui va devenir sa compagne,
Hortense Fiquet. Son père désapprouverait sans doute cette liaison:
Cézanne la lui cache donc, de même que plus tard la naissance d’un fils,
Paul, en 1872, dont l’existence ne sera découverte, fortuitement, qu’en
1878. Cette situation bancale durera en fait jusqu’au mariage, en présence
des parents, en 1886.
Le
couple passe la guerre de 1870-1871 en Provence, puis revient s’établir à
Paris. Chargé de famille, Cézanne, sur les instances de Pissarro,
s’installe alors à Pontoise, puis à Auvers-sur-Oise (il y habite chez le
docteur Gachet), où tous deux travaillent en commun. Il y exécute quelques
estampes, mais se consacre surtout au paysage sur le motif, fortement
marqué par l’exemple de Pissarro. C’est encore celui-ci qui obtient sa
participation à la première exposition impressionniste, en 1874: ses
œuvres y sont très mal reçues, et il refuse donc d’envoyer des toiles à la
deuxième exposition, en 1876. Il ne s’y résout que pour la troisième, en
1877, où elles obtiennent encore un accueil très mitigé. Cézanne, dégoûté
et meurtri, cesse alors toute participation. S’il reste très en marge du
groupe impressionniste, il continue de travailler à Paris et dans les
environs, tout en revenant régulièrement dans le Midi. Le milieu des
années 1880 marque par ailleurs un tournant dans sa vie. Il a rompu avec
Zola en 1886, lors de la parution de L’ŒUVRE, où il s’était reconnu dans
le personnage du peintre avorté Claude Lantier. La mort de son père, la
même année, le met en possession d’une fortune suffisante pour lui assurer
définitivement son indépendance. Relativement à l’écart du mouvement
artistique, gardant seulement quelques contacts, très distendus, avec ses
anciens camarades impressionnistes, il travaille maintenant de plus en
plus souvent et longuement en Provence.
Il avait fini par faire accepter un portrait au Salon, en 1882. Il s’agit
cependant d’une exception, qui ne se renouvellera pas, et ses peintures ne
seront que rarement montrées au public, en 1889 à l’exposition
universelle, en 1887 et 1890 avec le groupe des XX, à Bruxelles, avant
l’événement que constitue la rétrospective chez Vollard en 1895.
Parcours et formes
Aux
années de jeunesse et de formation parisienne correspond ainsi une période
“romantique”. Lui succède, de 1872 à 1877, la période “impressionniste”,
puis, après qu’il s’est détaché du groupe, la période “constructive”
jusque vers 1886-1887. Vient enfin la période “synthétique”, où Cézanne
rassemble ses recherches pour arriver à cette “terre promise” qu’il dit
entrevoir, dans une lettre à Vollard de 1903. L’analyse formelle joue un
rôle déterminant dans cette répartition, le style de Cézanne s’épurant
constamment pour aboutir aux œuvres ultimes qui constituent la
quintessence de son travail. La place du peintre, entre le romantisme et
le réalisme, d’une part, et le cubisme de l’autre, héritier des
avant-gardes de son siècle, précurseur de tout le modernisme pictural, en
ressort d’autant mieux, et par voie de conséquence la portée de son œuvre.
Ce qu’il appelait sa peinture “couillarde”, autrement dit les œuvres de sa
jeunesse, faites autant pour affirmer son métier naissant que sa forte et
contradictoire personnalité, pour choquer et pour étonner tout à la fois,
est nettement influencée par les peintres qu’il admirait: les Vénitiens,
Titien et Giorgione, les Flamands, surtout Rubens, les Espagnols aussi,
les Français enfin, essentiellement Delacroix et Courbet, mais aussi
Daumier et, un peu plus tardivement, Manet. Il emprunte à chacun des
éléments formels au service d’un style très personnel, caractérisé par la
violence de la touche, large, souvent empâtée, retravaillée au couteau: la
matière picturale s’étale sur la toile.
La
série de la Montagne Sainte Victoire
La
série des Montagne Sainte-Victoire comme les Nymphéas de Claude Monet, les
natures mortes cubistes (celle de Picasso, de Braque ou de Juan Gris)
conduisent à méditer sur cette fascination du regard obsédé par un thème
que le travail pictural fait disparaître par l’effet d’exercices formels
de plus en plus déréalisant. C’est que le travail sériel contient le
destin temporel de la vision: l’œil ne s’arrête pas arbitrairement sur un
simple prétexte, il choisit l’objet sur lequel il va s’acharner, car la
série a pour but de dénaturer et, à chaque moment de l’histoire, c’est une
nouvelle idéologie de la nature à laquelle le peintre s’affronte.
Cézanne,
dans la première série qu’il consacre, entre 1882 et 1887, à la montagne
Sainte-Victoire , qui reste aujourd’hui comme son sujet de prédilection,
en est arrivé à un style imprégné de classicisme. La construction formelle
du motif est désormais déterminante, comme dans La Montagne
Sainte-Victoire au grand pin, où les branches de l’arbre, au premier plan,
accompagnent sur toute la longueur du tableau la courbure de la montagne,
avec une intention évidemment décorative, teintée de japonisme. La touche,
compacte et resserrée, disposée en vibrantes diagonales parallèles,
acquiert une certaine autonomie par rapport aux objets représentés. Le
coloris, plus éclatant et plus tranché, s’affranchit lui aussi du strict
rendu réaliste: l’effet proprement plastique semble désormais primer.
C’est au même moment qu’apparaissent, dans
les natures mortes, les distorsions de l’espace qui ne peuvent, comme on
le pensait à l’époque, relever, à ce stade du développement stylistique
cézannien, de simples maladresses. Incomprises en leur temps, elles sont
ensuite devenues comme l’un des traits caractéristiques de son génie,
génie d’un peintre annonciateur ou initiateur du cubisme.
Ce côté prophétique semble bien loin, en tout cas, des préoccupations de
l’artiste qui, dans les quinze dernières années de sa vie, rassemble tout
son travail antérieur, en particulier dans la seconde série des Montagne
Sainte-Victoire, Cézanne, qui disait, dans ces dernières années,
progresser chaque jour un peu plus, écrivait pourtant en 1906 à son fils:
“Enfin je te dirai que je deviens, comme peintre, plus lucide devant la
nature, mais que, chez moi, la réalisation de mes sensations est toujours
très pénible. Je ne puis arriver à l’intensité qui se développe à mes
sens, je n’ai pas cette magnifique richesse de coloration qui anime la
nature.”
Galerie de Peintures
de Paul Cézanne:
Les
nombreux tableaux réalisés sur la Montagne Ste Victoire et se trouvant
éparpillés dans de nombreux musées et ses natures mortes
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Notes Biographiques
1839
6 janvier
Naissance de Paul Cézanne d'un père chapelier puis banquier.camarade de
Zola, il décide de faire de la peinture
1861. Il part pour Paris et travaille à l'académie suisse où il
se lie avec Pissarro
1869
rencontre avec Hortense Fiquet
Elle deviendra rapidement son modèle et sa compagne et lui donnera un
fils, Paul, 1873 travaille avec Pissarro à Auvers sur oise
1874
prend part à la 1ère exposition des impressionnistes.1886
Rupture avec Zola
1895
exposition consacrée aux peintures de Paul Cézanne organisée par
Vollard1906
Paul Cézanne s'éteint le 22
octobre à Aix-en-Provence.
d'une pneumonie qu'il attrapa alors, à
l'âge de 67 ans.
1863-1872 période " couillarde"
1866-1870 voyage à l'Estaque1873 Auvers sur oise avec Pissarro1895
gde exposition chezVollard1901-1904reconnaissance
de la jeunesse & salon d'automne
Analyse de la nature morte au panier1880 musée d'Orsay.
Un monde sépare l'idée spatiale,
horizontale et perspective de Millet (L'angélus) de celle de Paul Cézanne
(l'Estaque). Dans ses natures mortes ou dans ses paysages de
l'Estaque (1878- 1879), Cézanne traite les différents plans
horizontaux, rabattus à la verticale, à la manière des lamelles d'un store
vénitien. Il utilise la perspective linéaire, adaptée suivant les cas,
mais affiche une grande indifférence pour la perspective aérienne.
Les valeurs sont égales quelle que soit leur position géographique.
De nos jours personne ne s'émeut devant la vision "abstraite" d'une
photo d'avion prise à la verticale du regard. Mais on comprend que les
yeux "cubistes" de Picasso ou de Braque se référeront, 25 ans plus
tard, aux sensations "cadastrales" de Cézanne.


Le désir de rabattre les plans est évident dans ses natures mortes ou
dans ses paysages de l'Estaque. Ici pour faire accepter cette
verticalisation des éléments :
1°- il recule la table après la serviette 2° cela lui permet de
reculer le panier qui ne repose plus sur la table3°-cela lui permet de
meubler le haut du tableau par la chaise ( celle-ci devrait à
l'emplacement du pointillé)'°- les ellipses des pots sont ou vues à
hauteur de l'oeil, ou rabattues
NB- pour que son subterfuge ne se voit pas, il dispose des fruits
devant la base du panier.
Cézanne annonciateur du cubisme
Un monde sépare l'idée spatiale,
horizontale et perspective de Millet (L'angélus) de celle de Paul Cézanne
(l'Estaque). Dans ses natures mortes ou dans ses paysages de
l'Estaque (1878- 1879), Cézanne traite les différents plans horizontaux,
rabattus à la verticale, à la manière des lamelles d'un store vénitien. Il
utilise la perspective linéaire, adaptée suivant les cas, mais affiche une
grande indifférence pour la perspective aérienne. Les valeurs
sont égales quelle que soit leur position géographique. De nos jours
personne ne s'émeut devant la vision "abstraite"
d'une photo d'avion prise à la verticale du regard. Mais on
comprend que les yeux "cubistes" de Picasso ou de Braque se
référeront, 25 ans plus tard, aux sensations "cadastrales" de Cézanne
CÉZANNE Le Père de la peinture Moderne
Décrié
à ses débuts, et encore assez tard dans sa vie, Cézanne est aujourd’hui
une figure capitale de l’histoire de l’art.
Sa participation au mouvement impressionniste, somme toute relativement
mineure, compte moins ici que la place qu’il occupe entre le XIXe et le
XXe siècle, entre d’une part le romantisme de Delacroix et le réalisme de
Courbet, qui le marquèrent si fortement à ses débuts, et, de l’autre, les
mouvements de la peinture contemporaine depuis le cubisme qui, à des
degrés divers, se réclamèrent tous plus ou moins de lui.
Il n’est pas sûr que le bruit fait maintenant autour de son œuvre aurait
vraiment réjouis le Cézanne des dernières années, qui redoutait par-dessus
tout qu’on le récupérât, qu’on lui mît “le grappin dessus”. La peinture
fut pour lui avant tout un travail d’ouvrier, un travail solitaire, sauf à
de rares moments, presque pénible, pratiqué sans interruption. De même le
dessin, dont on oublie trop souvent qu’il s’agit d’un élément essentiel de
son processus créatif. Il plaçait très haut les fins de l’art, voulant
produire des tableaux “qui soient un enseignement”. Aussi ces derniers
sont-ils de plus en plus réfléchis au fur et à mesure qu’il vieillit,
mûris dans l’introspection d’un artiste qui, cependant, se donnait comme
premier maître la nature: “On n’est ni trop scrupuleux, ni trop sincère,
ni trop soumis à la nature; mais on est plus ou moins maître de son
modèle, et surtout de ses moyens d’expression”, écrivait-il en 1904. Cette
tension entre la réalité objective et sa transposition esthétique est au
cœur de sa démarche. Ainsi s’explique pourquoi Cézanne a pu être un modèle
pour les générations qui l’ont suivi, alors même qu’elles employaient des
chemins divers et contradictoires entre eux.
"Nous sommes
tous partis de Cézanne" dira Fernand Léger. Albert Gleizes surenchérir "
Qui comprend Cézanne pressent le Cubisme". en effet, il suffit d'envisager
attentivement le processus de ce réalisme qui parti de la réalité
superficielle de Courbet s'enfonce avec Cézanne dans la réalité profonde
et s'illumine en obligeant l'inconnaissable à reculer..."l'influence de
Cézanne apparaîtra chez Picasso par le truchement de Derain dès 1904.
Derain a en effet passionnément analysé Cézanne. C'est à partir de Cézanne
que Derain a interrogé l'art nègre; cette influence, Derain la partagera
avec Matisse puis avec Picasso et conduira entre 1906 et la fin 1907 aux
baigneuses du premier, au nu bleu du second et aux Demoiselles d'Avignon
du troisième. Tous les trois se seront imprégnés du constructivisme et de
la forme structurale des oeuvres de Cézanne.
Même les siens ne l'ont par
reconnus
Quelques
années plus tôt, en 1895. Son marchand Ambroise Vollard a organisé une
grande exposition qui lui fut consacrée Elle lui demanda beaucoup
d'efforts pour rassembler ses tableaux. Ambroise Vollard raconte dans son
livre" En écoutant Cézanne, Degas, Renoir," comment débarquant à Aix, il
s'en fut à la chasse aux Cézanne que, disait-on, le peintre abandonnait à
des gens qui n'en avaient nul souci, ou qu'il laissait sur le terrain
quand l'étude ne lui convenait pas. Il trouva un premier possesseur qui se
défit de sa toile à bon compte et l'emmena bientôt vers une autre demeure
pour le même motif. « Je le suivis, écrit Vollard, dans une maison où, sur
le palier qui, à Aix, tient lieu généralement de « débarras », quelques
magnifiques Cézanne voisinaient avec les objets fêlés, vieux souliers,
seringues hors d'usage, cage d'oiseau, pot de chambre.. Mon guide frappa à
la porte qui s'entrebâilla, retenue par une chaîne de fer. Un couple était
accouru. Des questions furent posées, nombreuses. Mais la confiance ne
venait décidément pas... » Quand Vollard eut accepté le prix de mille
francs demandé avec audace par les Aixois, il fallut encore que le mari
aille à la banque pour vérifier si le billet était bon. Cela fait, il
revint et l'acquéreur put emporter ses toiles. « A peine avais-je quitté
la maison, poursuit ce dernier, que je m'entendis héler de la fenêtre : «
Eh ! l'artiste» vous en avez oublié une » Et un paysage de Cézanne
s'abattait à mes pieds ! » Ce tableau pouvait être la Montagne Sainte
Victoire au grand pin qui est à présent exposé au musée Metropolitan de
New York
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