.Marie
Laurencin la Dame du Cubisme
Au début de ce XXe siècle, l'art de
Marie Laurencin se perd dans l'ombre de son chevalier servant Guillaume
Apollinaire comme se perdit Camille Claudel dans celui d'Auguste Rodin au
point de ne plus savoir qui elle était. Comme tel, elle fut considérée
comme une muse passive de l'art cubiste au talent limité , opinion
qu'Apollinaire a encouragée de déclarations paternalistes pour Marie comme
"elle est heureuse, bonne, spirituelle et elle a tant de talent! ou comme
" C'est un petit soleil; c'est Moi dans la forme féminine!"
D'ailleurs, leur ami le douanier Rousseau exposera un tableau intitulé "
La muse inspirant le poète" au salon des indépendants de 1909 qui présente
le double portrait de Marie Laurencin et de Guillaume Apollinaire. Ce
tableau fit scandale car on proclama que ce tableau n'était pas
ressemblant. il valut d'ailleurs la célèbre remarque du poète s'écriant :"
Si je ne suis pas ressemblant, comment avez-vous pu me reconnaître"
C'est d'abord par la poésie que Marie Laurencin parvient à faire la
connaissance de Guillaume Apollinaire et de Picasso. A l'Académie Humbert
elle publie des poèmes ," les marges"comprenant notamment les poèmes hier
et présent ,sous la signature de Louise Lalanne. Clovis Sagot les remarque
et parle d'elle à ses deux compagnons à l'atelier du "Bateau Lavoir".
Marie Laurencin vit dans l'ambiance du milieu cubiste, assiste aux
discussions qui se tiennent dans cet atelier de compagnonnage qu'est "le
Bateau Lavoir" au même titre que "la Ruche" et la "Vieille Closerie des
Lilas".
Marie Laurencin devient l'égérie , la dame du Cubisme, selon le célèbre
mot de Guillaume Apollinaire. Ses compagnons peintres, poètes -des parias
, des maudits des Arts et des Lettres -. se recherchent et se groupent
formant un nouveau genre de compagnonnage dans ces ateliers où s'élaborent
des notions absolument neuves où l'on fait table rase des principes
préexistants pour devenir un champ expérimental où naît la notion
d'avant-garde. Cet effort de création explique les multiples et
prodigieuses révolutions esthétiques qui jalonnent le XXe siècle :
Nouveaux matériaux du verre, acier, béton armé en architecture, du bois en
sculpture, la révolution d'optique et d'esthétique de la peinture
d'avant-garde dont les peintres sont les meneurs de jeu en ces années où
les diverses disciplines de l'art tendent d'abattre les cloisons qui les
séparent.Les ateliers de compagnonnages
Il y a :- d'abord " le bateau Lavoir "13 rue de Ravignan ( Paris) dans un
immeuble de planches habité par Braque et Picasso depuis 1904 se
regroupent des poètes comme Max Jacob, Guillaume Apollinaire flanqué de
Marie Laurencin, des critiques comme Maurice Raynal, André Salmon, des
amateurs d'art comme Gertrude et Léo Stein, Princet et des marchands comme
Kahnweiler, et des comédiens aussi comme Dullin, Harry Baur. - il y a
ensuite: " La Ruche "A l'autre bout de Paris, Passage Dantzig (Paris)
Fernand Léger partage son atelier avec André Mare et se lie d'amitié avec
le Sculpteur Archipenko et l'écrivain Reverdy puis est rejoint par le
sculpteur Brancusi.. - Il y a enfin" La vieille Closerie des Lilas "Dans
cette vieille closerie des Lilas encore fréquentée par les symbolistes
s'est constitué un nouveau cénacle cubiste réunissant Gleizes, Metzinger,
Le Fauconnier, Delaunay, et l'écrivain Roger Allard.
Ces nouveaux ateliers de compagnonnage deviennent des chapelles qui
parviennent entre elles à une certaine cohésion obtenue par la rencontre
entre Fernand Léger de "la Ruche" et Picasso et Braque du " Bateau Lavoir"
au cours de l' année 1910 à la galerie tenue par Kahnweiler.Cette cohésion
est de courte durée; Des failles se dessinent notamment en 1911 au Salon
des Indépendants et en 1912 au Salon d'automne. Marie Laurencin évite les
écueils et parvient à se faire accepter dans toutes ces chapelles.
Marie Laurencin Peintre de la féminité
De la création de mode de Jeanne Lanvin se dégage un " style " qui résume
la féminité pour citer Louise de Vilmorin : " Worth habillait les cours,
Poiret les artistes, Jeanne Lanvin les jeunes filles et le théâtre : elle
leur donnait, à ces jeunes filles, un air de fantaisie poétique qui les
apparentait à celles de Francis Jammes et de Marie Laurencin " Pour ces
jeunes filles, elle crée des " robes de style ", reconstitutions
décoratives de modèles historiques du XVIIIe siècle ou de l'époque
romantique." Marie Laurencin à l'écoute de tout ce qui se crée fait le
tableau de Coco Chanel. En 1923 elle réalise le portrait de Coco Chanel
illustré plus haut.
.Marie Laurencin , parmi Suzanne Valadon Catherina van Hem Essen,
Artemisia Gentileschi, Angelica Kaufman, Mme Vigée-Lebrun, Hortense
Haudebourt-Lescot parvient à poser les femmes en professionnelles.
Marie Laurencin pose la femme en
professionnelle dans un début de siècle machiste
Dans ce monde de peintres masculins et d'hommes de Lettres, Marie
Laurencin trouve sa place et ce n'est pas une mince affaire. pour cette
jeune fille née le 31 Octobre 1885 de père inconnu ( Elle connaîtra le nom
de son père, Alfred Toulet, seulement à l'âge de 22 ans, huit ans après sa
mort) . La femme doit se battre bec et ongles pour trouver une place
honorable dans le mondes des arts et des Lettres. Certaines d'entre elles
ont essuyé des échecs. Mesdames Lesueur et Gréville , Deux femmes de
Lettres, ont essayé de se faire élire au Comité des gens de Lettres; elles
ont reçu une réplique cinglante d'Octave Mirbeau qui publie dans "Le
Journal d'avril 1900" " La femme n'est pas un cerveau, Elle est un sexe et
c'est bien beau;;" et il ajoute "Quelques femmes -exceptions rarissimes-
ont pu donner, soit dans l'art, soit dans la littérature, l'illusion d'une
force créatrice. Mais ce sont des êtres anormaux où de simples reflets de
mâle." Colette est contrainte d'utiliser le nom de son mari "Willy" pour
faire publier son roman " Claudine à l'école". Certes Rosa bonheur qui
contre vents et marées portait pantalon et fumait la pipe avait porté le
fer ; Elle s'était éteinte en 1899, laissant un vide profond.
Marie Laurencin est adoptée par tous ces hommes des ateliers de
compagnonnage par son talent.On a sévèrement dit que son seul mérite est
d'avoir été le témoin des grands artistes cubistes et d'avant garde comme
Picasso et Georges Braque et qu'elle avait seulement gagné l'accès à ce
groupe grâce aux faveurs accordées par Guillaume Apollinaire. C'est faux!
Marie Laurencin a commencé à peindre en 1902, cinq ans avant sa rencontre
avec Picasso et Apollinaire, tordant ainsi le cou aux appréciations
calomnieuses qui annonçaient ses débuts de peintre en 1908 année de sa
rencontre avec Apollinaire et Picasso
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Notes
biographiques
Marie Laurencin Tire son épingle du jeu
parmi ces peintres cubistes masculins
participe à la décoration de la célèbre Maison cubiste qui fit scandale au
Salon d'automne de 1912,et rompt avec Guillaume apollinaire
Le peintre André Mare de la "Ruche"présente avec un groupe d'amis peintres
La Fresnaye, Jacques Villon, Desvallières - la Maison cubiste, qui n'a
guère de cubiste que le nom. Derrière la façade conçue par Raymond
Duchamp-Villon, l'aménagement est bourgeois, traditionnel. L'écrivain
André Véra définit dans un article publié en 1912 par la revue L'Art
décoratif les buts du groupe. Le Nouveau Style rejette tout ce qui
rappelle la génération précédente : la " sensibilité ". Marie Laurencin
expose avec ce groupe alors que Picasso et Braque évolue vers une forme
d'art nouvelle qui est le seul cubisme véritable; Les premières toiles de
marie Laurencin furent des portraits faussement naïfs de ses amis poètes
et peintres (Picasso, André Salmon, Apollinaire ) C'est l'époque où Marie
Laurencin se détache de Guillaume Apollinaire et rompt définitivement sa
relation amoureuse qu'elle entretenait avec le poète. " Nous ne nous
verrons plus sur terre , Odeur du temps de Bruyère Et souviens-toi que je
t'attends" ("l'adieu"). Apollinaire écrira devant cette porte
définitivement et symboliquement close :"Ouvrez-moi cette porte où je
frappe en pleurant"(" le voyageur").
participe en 1914 à l'exposition de Berlin et s'exile en Espagne avec le
Baron Otto Von Wätjen, son mari
A la galerie der Sturm; un animateur hors pair, walden, présente tour à
tour des oeuvres de Braque, Picasso, Herbin, Delaunay, Léger, Gleizes et
les frères villon. Marie Laurencin les accompagne participant ainsi à la
pacifique conquête de l'Allemagne par le cubisme. elle présente ses
figures enfarinées vêtues d'étoffes vaporeuses aux nuances pastellistes.
Le 22 Juin , 1914 elle épouse le Baron Otto von Wätjen, qu'elle a
rencontré la précédente année. Le couple s'exile en Espagne d'abord à
Madrid puis à Barcelone dés la déclaration de guerre. Elle y restera
jusqu'en 1920. Durant ce temps d'exil, Marie Laurencin s'associe avec les
artistes Sonia et Robert Delaunay grâce à une rencontre organisée par
Francisco Picabia. D'ailleurs elle compose des poèmes pour la revue d'art
de Picabia en 1917.
C'est avec un profond chagrin qu'elle apprend la mort de Guillaume
Apollinaire en 1918. Il ne frappera plus à la porte en pleurant...Les
masques sont silencieux, Et la musique est si lointaine, Qu'elle semble
venir des cieux,Oui je veux vous aimer mais vous aimer à peine Et mon mal
est délicieux...(Marie)
En 1920 elle est de retour à Paris et reprend une active activité
artistique; Elle divorce de son mari von Wätjen. en 1921
Peintre des décors de Ballet
En collaboration avec Jean Cocteau et les décorateurs Christian Bérard
Marie Laurencin, décore le ballet Paul et Virginie créé par le chorégraphe
Roland Petit en 1934 et d' Orphée et Eurydice.
es. On lui doit aussi de nombreuses aquarelles, des gravures, des
eaux-fortes et des bois, notamment dans l'illustration (La Tentative
amoureuse d'André Gide). À l'inverse de ce qui a lieu d'ordinaire, elle
eut le privilège d'inspirer par ses décors un argument de ballet, Les
Biches (1924), dont la musique fut composée par Poulenc d'abord présenté à
Monté Carlo puis aux théâtres des champs Elysées à Paris
Marie Laurencin décide de prendre en charge l'éducation et la
responsabilité d'éduquer Suzanne Moreau, la fille de l'une de ses
servantes.qui deviendra sa fille adoptive en 1954.
puis en 1942 elle publie un recueil de poèmes " le Carnet de nuit" ce sont
des souvenirs de sa jeunesse et des débuts de sa carrière. En 1944 Elle
regagne son appartement rue Savorgnan de Brazza (Paris) réquisitionné par
les allemands au cours de la guerre 39/44
Elle meurt le 8 juin 1956 à Paris. Elle est enterrée au cimetière Père la
chaise.dans une robe blanche tenant dans une main une rose et dans l'autre
une lettre d'amour de Guillaume Apollinaire. Ce furent ses dernières
volontés.
...Mais moi j'ai le coeur aussi gros
Qu'un cul de dame damascène
O mon amour je t'aimais trop
Et maintenant j'ai trop de peine
Les sept épées hors du fourreau
Sept épées de mélancolie
Sans morfil ô claires douleurs
Sont dans mon coeur et la folie
Veux raisonner pour mon malheur
Comment voulez-vous que j'oublie
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