Avant
tout sculpteur, peintre et
architecte
Michel -Ange sût aussi être
écrivain. Chétif, presque laid, cet homme qui sût dominer le marbre,
posséda une force intellectuelle et morale aussi intense que celle qui se
reflète dans le visage de son Moïse. Cette force intellectuelle le
conduira à la tête de la première académie artistique de l'histoire:
l'académie du dessin qui fut créée à Florence le 31 janvier 1563. Cette
diversité des domaines et des techniques dans lesquels Michel-Ange s'est
exprimé est autant d'exercices de style aux lois et contraintes diverses
suscité par sa double carrière, florentine et romaine, qui le pousse à
adopter des modes bien différents selon qu'il œuvre dans la cité toscane
ou dans la capitale de l'Église.
.Sa carrière
florentine
Michel- Ange est né dans ce territoire florentin, à Caprese, au nord
d'Arezzo, d'une famille de notables. iI fut mis en apprentissage par son
père, le 1er avril 1488, chez les frères Domenico et David Ghirlandaio qui
dirigeaient l'atelier de peinture le plus actif et le plus renommé de
Florence à cette date. Cet apprentissage fut vraisemblablement de courte
durée. Michel-Ange poursuivit une formation, rapide et informelle, dans le
domaine de la sculpture, chez Benedetto da Maiano, dont il est, à ses
débuts, proche stylistiquement par l'ampleur de ses volumes. Cette
formation, il la complétera plus tard à Rome dans l'architecture, sans
doute vers 1505-1506, chez Giuliano da Sangallo (qui l'a vraisemblablement
proposé à Jules II pour son projet de tombeau).
Remarqué par Laurent le Magnifique, Michel-Ange est son hôte au palais
Médicis de 1489 à 1492 . Il s'adonne à la sculpture sous la tutelle de
Bertoldo di Giovanni, l'" héritier " de Donatello, très apprécié du
Magnifique pour ses petits bronzes qui marquent à Florence le début d'une
nouvelle conception du rôle de l'œuvre d'art : pur objet de collection
sans destination pratique ou dévotionnelle, conception qui influencera
profondément Michel-Ange. Il étudie les pierres gravées et les sculptures
antiques de la collection médicéenne. À la mort de Laurent, Michel-Ange
est accueilli par le prieur de Santo Spirito, qui lui fournit des
occasions de pratiquer des dissections dans son hôpital.
A l'appel du gouvernement républicain placé sous l'autorité du gonfalonier
Piero Soderini, il réalise "la vierge de Bruges" qui se trouve à l'église
notre-Dame de florence, puis entreprend le célèbre "David" en marbre. Un
aréopage, comprenant une quinzaine d'artistes les plus prestigieux de
Florence dont Léonard de Vinci, Botticelli, Piero di Cosimo et Pérugin,
décide de placer ce " géant de quatre mètres dix de haut" devant le palais
de la Seigneurie, lui reconnaissant ainsi une signification beaucoup plus
civique que biblique.
De nombreuses oeuvres jalonnent cette période de 1502 à 1504 . Il reçoit
la commande d'une fresque "La bataille de Cascina" représentant un épisode
de la guerre contre Pise en 1364 destinée à la décoration de la salle du
conseil du palais de la Seigneurie dont un autre mur avait été alloué à
Léonard de Vinci. . La fresque n'eut qu'un commencement d'exécution mais
le carton, exposé au palais de la Seigneurie, puis au palais Médicis, sera
" l'école du monde ", pour reprendre l'expression de Benvenuto Cellini,
avant d'être dispersé en morceaux.
Durant les années suivantes, Michel-Ange travaille à Florence pour de
riches marchands, notamment des membres de la corporation de la laine
(Agnolo Doni, Taddeo Taddei), ainsi qu'à un retable sculpté pour le
cardinal Francesco Piccolomini (qui régna en 1503 sous le nom de Pie III)
à la cathédrale de Sienne. Il peint "la sainte famille" en 1503 où
l'enchaînement des personnages crée une construction harmonieuse bien
rythmée.
En 1516, le nouveau pape Léon x, un
Médicis, lui confie la construction de la façade de San Lorenzo à
Florence. L'activité de l'artiste est prodigieuse; Il doit délaisser cette
façade pour élever la Nouvelle sacristie de San Lorenzo où doivent prendre
place six tombeaux des Médicis (réduits ensuite à deux). Ils commencent
les figures destinées au sarcophage de Laurent de Médicis notamment "le
crépuscule" et "l'Aurore", pour celui de Julien de Médicis il exécute "La
nuit" et "le jour" puis les interrompt pour réaliser la statue d'Andréa
Doria pour le sénat de Gênes.
Il est nommé gouverneur général des
fortifications.,; peint une Léda pour le Duc de Ferrare et sculpte un
"Apollon" installé à Bargello( Florence).Mais la chute de la République de
Florence l'oblige à se cacher et à partir.
Sa carrière romaine
Il a trente ans quand le pape Jules II lui commande son tombeau dons
l'exécution subira des transformations successives qui s'étendra sur
quarante ans. .
En 1508, Le pape Jules II lui ordonne de peindre la voûte de la chapelle
Sixtine au Vatican. Le chef-d'oeuvre qu'il n'avait pu réaliser en
sculpture, il l'obtint en peignant cette voûte et ces murs.
Cette période de création aisée d’œuvres
domestiques s’interrompit en 1506 avec l’invitation faite par Jules II à
l’artiste de se rendre à Rome pour réaliser son tombeau. Vasari a raconté,
avec force anecdotes hautes en couleurs sur le caractère emporté de
Michel-Ange, les débuts malchanceux de ce qui devait être pour lui pendant
quarante ans la « tragédie du tombeau », le mettant aux prises jusqu’en
1545 avec les héritiers du pape qui exigeaient le respect de ses
engagements. Soucieux, dans un premier temps, de reconstruire la basilique
A la mort de jules II, ses héritiers
concluent un nouveau contrat avec Michel ange pour le tombeau
momentanément abandonné. Le nombre de figures est réduit. deux sont
commencés: "Le Moïse" exposé à San Pietro in Vincoli de Rome et " l'
esclaves " symbole de la lutte contre le destin qui se trouve au Louvre de
Paris
En 1536, Le nouveau pape Clément VII
l'ayant chargé de peindre "le jugement dernier" à la chapelle Sixtine, il
mènera de front cette réalisation et la sculpture de San Lorenzo.
Inlassable, il entreprend en 1555 la construction de la coupole de Saint
Pierre
Galerie de la voûte de la
chapelle sixtine 
Fresque
des peintures de la création
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Michel Ange Sculpteur
La sculpture par la taille
Pour Michel-Ange, la sculpture digne de ce
nom est celle qu'on obtient per via di levare (par la taille) où le
sculpteur se heurte à la résistance de la pierre et doit faire appel à son
" jugement ", puisqu'il ne peut corriger ses erreurs. Un de ses
contemporains décrit ainsi ce travail par la taille de Michel Ange << J'ai
vu Michel ange, à plus de soixante ans, faire voler, en un quart d'heure,
autant d'éclats de marbre très dur, que trois jeunes tailleurs de pierre
en une heure. Il attaquait le marbre avec une telle ardeur que je
craignais de voir son oeuvre entière se briser. En un seul coup se
détachaient des morceaux, aussi gros que trois ou quatre doigts, et tout
proches du dessin tracé, si bien que, s'il avait fait sauter un peu plus
de marbre, il courait le risque de tout abîmer>>.
. " La figure existe déjà dans le bloc de marbre" affirmait Michel ange ,
"il suffit de savoir l'en détacher". Cela semble impossible, et pourtant,
on l'observe dans l'oeuvre "le prisonnier Atlas" sculpture inachevée qui
se trouve à la galerie de l'Académie des Beaux-arts de florence. les
torses sont déjà très élaborés, comme si l'artiste avait voulu leur
permettre de respirer, tandis que les membres ou la tête sont encore
prisonniers ou à peine dégrossis.
Le projet de Michel-Ange, dont témoignent Vasari et Condivi dans leurs
biographies de l'artiste, de tailler directement dans le marbre des
carrières de Carrare un géant tourné vers la mer nous apprend autant sur
la forme et la force de son imagination que les proportions considérables,
le caractère titanesque de ses figures pour le tombeau de Jules II, "le
Moïse" de Saint-Pierre-aux-Liens ou les Esclaves de l'Académie de Florence
Des Statues colossales: peuple de
géants de pierre
Dans ses Dialogues avec Michel-Ange (1538), Francisco da Hollanda fait
évoquer avec nostalgie par un des interlocuteurs ce peuple de géants de
pierre comme le témoignage de la grandeur et de la faveur exceptionnelles
des arts dans l'Antiquité
À Florence, " le David "de Michel-Ange (1501-1504) fut la première de ces
statues colossales modernes indépendantes réalisées en marbre : l'Hercule
et Cacus de Bandinelli, le Neptune d'Ammanati le rejoindront bientôt sur
la place de la Seigneurie
Des Sculptures non-finito
Un nombre élevé de sculptures de Michel-Ange sont inachevées, du moins
d'un point de vue technique traditionnel . Pour certains critiques, ce non
finito tient à des circonstances matérielles indépendantes de la volonté
de l'artiste : des défauts du marbre (dans la Pietà de Florence), le décès
ou le changement d'avis d'un commanditaire (c'est le cas des statues
ébauchées pour les versions successives du tombeau de Jules II), le départ
définitif pour Rome en ce qui concerne les statues de la chapelle Médicis.
Pour d'autres, cet état d'inachèvement incombe à l'artiste, mais les
raisons invoquées varient. Soit Michel-Ange aurait désespéré de jamais
réaliser la perfection dont il rêvait, et une phrase que lui prête
Francisco da Hollanda va dans ce sens : " On juge de la science d'un grand
homme à travers sa crainte de ne pas exécuter une chose exactement comme
il la conçoit. " Soit, au contraire, il aurait jugé l'effet recherché
atteint dès ce stade d'inachèvement et n'aurait pas voulu amoindrir l'idée
par une élaboration plus poussée.
Les façades de marbre de la chapelle
Médicis forment un écrin luxueux et inventif à ses propres figures
sculptées, les faces du vestibule de la bibliothèque sont une sorte de
sculpture non figurative avec leurs puissantes colonnes géminées
comprimées dans des niches et leurs consoles à volutes qui ne supportent
rien
Michel Ange architecte
La seconde période, de 1534 à sa mort
La seconde période, de 1534 à sa mort, eut Rome pour théâtre. Michel-Ange,
longtemps tenu à l'écart au profit d'architectes plus orthodoxes, devint
l'architecte " obligé " de la papauté à partir de Paul III. Successeur de
Bramante au Vatican, il respecta plus l'esprit que la lettre de ses
projets, en s'inspirant comme lui des constructions romaines, de l'ampleur
de leurs vides et de leurs masses murales malléables, de la majesté de
leurs voûtes et de leurs coupoles. Il employa la brique (porta Pia) et
surtout le travertin, à la texture irrégulière, à la couleur ocre et
striée, qu'il traita avec la même précision que le marbre.
La place du Capitole et le palais des sénateurs
Michel-Ange eut à intégrer dans ses projets romains des œuvres sculptées
antiques : au Capitole, la statue équestre de Marc Aurèle, image
emblématique du pouvoir impérial, qui par son piédestal ovale engendra le
dessin de la place, ainsi que les imposants Fleuves couchés dont il orna
la base de l'escalier à double rampe du palais des Sénateurs
La basilique Saint Pierre
Mais c'est surtout sur la basilique saint-pierre que son génie exerça une
influence irréversible. De la maquette de Sangallo, il supprima les
clochers aux étages multiples, l'immense façade écran qui aurait masqué et
altéré la pureté du plan en croix grecque, et les déambulatoires
annulaires qui devaient envelopper les absides des quatre bras de la croix
et qui, rendant multiple et confus l'espace intérieur, auraient de plus
compromis l'éclairage des parties centrales. À l'extérieur, aux trois
ordres superposés de colonnes engagées prévus par Sangallo pour les murs
de pourtour, il substitua un ordre de pilastres colossaux qui épousent la
courbure des absides et se plient dans les angles rentrants. Dans ses
dernières années, Michel-Ange fit construire le tambour intérieur de la
coupole et fit préparer une maquette en bois de cette coupole et de sa
lanterne
Il meurt presque nonagénaire, le 18
février 1564, Son corps est inhumé à Santa Croce, à florence.
Homme universel, humaniste, Michel Ange aura été le créateur par
excellence, celui qui par son génie dépasse la nature visible pour
imaginer un autre monde. Il ne défie pas Dieu , il magnifie sa création en
exprimant dans ses oeuvres la vision du divin et en la transcendant.
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