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Whistler contre l'imitation
de la nature
Son séjour à Paris
James Mac Neill Whistler, était venu
étudier la peinture à Paris en 1855. Il tomba sous l'influence de Courbet
mais ne tarda pas à s'en détacher, proclamant qu'on ne saurait se
contenter de copier le réel; L'essentiel de la création artistique c'est
le choix que fait le peintre de ce qu'il veut reproduire. Prétendre qu'il
faille imiter passivement la nature , cela reviendrait à soutenir,
disait-il que le musicien n'a qu 'à s'asseoir sur le piano. Il s'associa
bientôt au groupe d'artistes et d'écrivains qui orientaient la peinture
vers l'impressionnisme.Fantin-Latour l'a fait figurer avec Baudelaire,
Manet et leurs amis dans son célèbre ".hommage à Delacroix".En
1863 sa "jeune fille en blanc"fait presque autant scandale que
le déjeuner sur l'herbe de Manet. A cet époque il est sous l'influence
de Vélasquez et peut être de Vermeer à qui l'on a pu se demander s'il
n'avait pas emprunter l'idée d'insérer dans certains portraits comme celui
de sa mère et celui de Carlyle un tableau placé au mur qui
fait face au spectateur jouant un rôle dans l'équilibre de la composition.
Son séjour à Londres
IL y fit sensation; il affectait
d'intituler ses tableaux symphonies, harmonies pour bien marquer que
seules les couleurs et les formes l'intéressaient.Commentant une
certaine " harmonie en gris et or" effet de lumière sur la neige où se
détache un silhouette noire, il déclarait: " je ne me soucie absolument
pas du passé, du présent ou de l'avenir de ce personnage, placé seulement
là parce que j'avais besoin d'une tache noire à cet endroit". Le portrait
de sa mère " arrangement en gris et noir" et le portrait de Carlyle
"arrangement en brun" ou le portrait de Miss Alexander "harmonie en
gris et vert"ainsi que les effets de nuit sur la Tamise, "nocturne en bleu
et argent et nocturne en noir et or montrent son attachement à la couleur.
Ce sont ses deux effets sur la Tamise qui provoquèrent un déchaînement
féroce du critique Ruskin dont les accusations le conduisirent devant la
Cour de justice.Ruskin fut condamné mais Whistler fut ruiné par les frais
du procès. il dut vendre ses toiles et ses gravures et partit pour Venise.
Son séjour à Venise
Comme Turner puis plus tard comme Monet,
Whistler trouvât dans l'eau et la lumière les thèmes essentiels et presque
uniques de toute son oeuvre. Il aura la même attirance pour l'architecture
baignée dans le soleil de Venise
La "memory method" l'annonce de
l'oeuvre de Staël et de Rothko
Contrairement aux futurs impressionnistes, il ne peint pas en plein air
mais se fie à sa mémoire, prenant tout au plus quelques notes lors de ses
expéditions crépusculaires sur la Tamise. Cette memory method
qui filtre les éléments trop saillants de la réalité traduit la vision
intérieure de l'artiste. Travaillant avec une palette réduite de onze
couleurs de base, il construit ses Nocturnes sur l'opposition de
deux tons principaux, exprimée dans le titre : Nocturne en
bleu et or par exemple. Cette aspiration prémonitoire
au monochrome est sans doute l'un des aspects les plus saisissants de
l'oeuvre. Avec les titres anonymes et le caractère informel de la
représentation, qui ne creuse pas la toile mais en exalte au contraire la
surface, il en fonde l'étonnante modernité. Comme le note Théodore Duret,
fidèle défenseur de Manet et des impressionnistes, «M. Whistler, en tirant
les dernières conséquences de la combinaison harmonique de couleurs qui
était apparue instinctivement dans ses premières œuvres, en est donc
arrivé, avec ses nocturnes à l'extrême limite de la peinture formulée. un
pas de plus et il n'y aurait sur la toile qu'une tache uniforme, incapable
de rien dire à l'oeil et à l'esprit. Les nocturnes de Whistler font penser
à ses morceaux de la musique wagnérienne où le son harmonique, séparé de
tout dessin mélodique et de toute cadence accentuée, reste une sorte
d'abstraction et ne donne qu'une impression musicale indéfinie." Whistler
a atteint le seuil de la non-représentation. la suite il faudra la chercher
dans les compositions de de Staël et de Rothko des années 1950
Galerie de tableaux de J.M.N Whistler
Exposition des portraits , des nocturnes, des paysages de Venise
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Notes biographiques
1834 Naissance de James Whistler à
Lowell(USA) de parents irlando américains dans une famille de militaires.1851
entre à West point; n'y reste pas longtemps.1852 est engagé comme
dessinateur hydrographe par l'office d'études côtières de Washington.1854
Part pour l'Angleterre puis pour la France. 2tudie dans l'atelier de
Gleyre.1859 premier envoi au salon "au piano" est refusé.1860
"au piano" est accepté par la Royal Académy. Le jury en France
refuse encore "la jeune fille en blanc"Dépité Whistler se fixe en
Angleterre.Il fait des eaux-fortes et s'intéresse à la lithographie et à
la pointe sèche. 1872commence une carrière de portraitiste dont le
chef-d'oeuvre est le portrait de sa mère"exposé au Louvre1879
Voyage à Venise1886 est élu président de la société royale des
artistes britanniques.1896 mort de son épouse. revient en France et
devient l'ami de Degas.1903meurt de l'influenza alors qu'il était
en voyage à Londres
L'ART
MODERNE DEVANT SES
JUGES
En 1878, Whistler attaque le critique John Ruskin,
qui l'accuse de «jeter un pot de peinture à la face du public» avec son
Nocturne en noir et
or.
Extraits du procès :
Whistler : Si [le nocturne] s'intitulait Vue de
Crémorne, il n'engendrerait sans doute que la déception des
spectateurs (rires). C'est un arrangement artistique.
Attorney général : Pouvez- vous me dire
combien de temps vous avez mis à bâcler ce nocturne ?
W. : J'ai travaillé dessus pendant deux jours.
A. G. : Vous demandez donc 200 guinées pour
le travail de deux jours ?
W. : Non, je les demande pour l'expérience d'une
vie (applaudissements)
Les deux bonnes fées de Whistler:
Turner et l'art japonais
Whistler rejoint ainsi Mallarmé qui
affirme que nommer un objet c'est supprimer les trois quarts du plaisir.
Il pousse plus avant dans l'art de la suggestion en titrant l'admirable
portrait de sa mère Arrangement en gris et
noir, ou celui du poète Carly1e Arrangement en gris
et noir n° 2. Malgré ces titres qui prétendent faire
de la mère de l'artiste ou du grand poète de simples taches de couleurs
destinées à servir l'harmonie de la composition, il ne parvient pas à
détourner notre attention de la bouleversante présence de ses modèles.
Cette charge affective et psychologique très forte est d'ailleurs
l'origine de l'extraordinaire popularité du portrait de sa mère. Affublé
d'un pot de chrysanthème, il orna même un timbre émis dans les années 30
«en l'honneur des mères d'Amérique», ce qui eût horrifié son auteur.
Pourtant, ces œuvres ne transgressent pas les règles de la représentation
traditionnelle.
Il y a dans ces premiers Arrangements et Symphonies un
net décalage entre les intentions avouées et le résultat. Le pas est
franchi avec la série des Nocturnes. Whistler choisit dans la
nature les lieux et les moment les plus teintés d'irréalité : bords de mer
ou rives de la Tamise, saisis entre chien et loup, à l'aube ou au
crépuscule, «quand la brume du soir revêt la rive de poésie, comme d'un
voile, et que les pauvres constructions se perdent dans le ciel pâle, et
que les hautes cheminées deviennent des campaniles, et les entrepôts des
palais dans la nuit». Deux bonnes fées se sont penchées sur
l'extraordinaire entreprise des Nocturnes Turner et l'art japonais.
De Turner, il apprend à faire surgir des illusions de lumière et d'espace
à partir de brumes colorées informes. L'influence du Japon est plus
considérable encore. Whistler a été parmi les tout premiers artistes
occidentaux à collectionner l'art japonais. Si son premier japonisme se
borne à habiller de kimonos ses modèles, Whistler ne tarde pas à comprendre
la leçon des estampes colorées d'Hiroshige et Hokusai : dépouillement
extrême, absence de perspective, couleurs légères et peu nombreuses
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