AIMER - ETRE
AIME
(Ma plume crisse sur la papier ce matin,
Vague de bonheur qui m'éclabousse soudain)
Entrer dans un coeur
Découvrir l'éternité
Connaître un territoire
Plus vaste
Que tous les territoires du monde
Et y jouer.
Jusqu'où un coeur peut-il s'élargir?
Questionne l'ingénu.
- Lorsque le dernier-né de l'Homme
Est entré
Tout est scellé.
Y a-t-il une place pour moi?
Souffre l'autre.
- Entre, respire, aime
Et guéris,
L'infini est dans le coeur de l'Amour.
Ne serai-je point jugé?
Craint l'étranger.
- Ni maître ni disciple,
Juste un équilibre à inventer
Et la balance s'immobilise.
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Miroir
Tous les déchets,
toute la boue
Vomissures ravalées et chiures agglutinées
Obstruent, inertes et tenaces
Le seul passage, inévitable.
Je crache dans mes mains
Et à la face du vent.
Je retrousse mes manches
Et mes lèvres sur mes dents en un rictus obstiné.
... Mais je bloque!
Mes pensées, je bloque
mes désirs, je bloque
mes plaisirs, je bloque
mes rêves ridicules
mes envies dérisoires
mes scrupules illusoires, je bloque.
... Expiration
Vide total en mon corps
Et de mes sens ...
Enfin
Mon âme isolée
Peut plonger ses doigts compatissants
Dans mes ombres révélées.
Une à une, elle les retourne,
les examine, les sélectionne
Et redonne aux rescapées un souffle salutaire.
... Délivrance
Immobilité concentration
Et j'avance
Sur ce chemin nouveau qui me mène en avant.
... Ré-Incarnation ...
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Cette part de
ciel, déjà
Lorsque se sont éteints les feux de nos amours
Que reste-t-il encor de nos émois passés?
Est-il un souvenir au-delà des toujours
Enfoui en nos mémoires ainsi qu'en nos pensées?
"
La réponse est aisée, comprendre ne l'est pas.
Certains impondérables ont fait un nid très doux,
Le timbre de sa voix, le rythme de son pas,
Paillettes insaisissables et vives encore en nous.
Cette part réelle ne doit rien au désir
Pas plus qu'à la passion, encor moins au plaisir.
d'essence intemporelle, elle est inconsommable,
La substance-même de toute relation.
Si elle ne se trouve en quelconque étiquette,
Notre âme la connaît, un ange s'y reflète.
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IL, la voix,
l'amour
Ils étaient à mes trousses
Apparus soudain
Dans un élan silencieux
Noirs
Crocs rouges de mon sang déjà.
Je les voyais.
Et je courais
La peur et ses mille doigts aux entrailles,
Poursuivi par ces monstres.
Là, dans ma nuque
J'entendais claquer leur hargne
Au rythme effréné des griffes sur les feuilles.
Et je sentais le souffle chaud
De mon sang à ma gorge.
Et je courais
Péniblement.
Avec sur le dos un énorme sac. Et lourd.
Oublié.
Et je fuyais
Entravé ainsi,
Zigzaguant entre les arbres
D'une sombre, humide et froide forêt.
Mais soudain, je sus que je leur échapperai
- Folle intuition de vie -
Quand simultanément j'entendis une voix.
Un ordre:
" Laisse ces choses mortes! "
Fulgurante, la voix m'avait ouvert les sens.
De sèche, elle devint forte et tendre à la fois:
" Mon aimé,
Je ne te laisserai jamais tranquille
Tant que tu ne le sauras pas:
Tu n'es jamais seul! "
Lâcher le sac puant me propulsa en haut.
A l'abri.
J'ai jeté un regard déjà libre de peur
Et j'ai vu des démons s'acharner sur le sac.
Je les ai vus se délecter du contenu:
Des "moi" anciens
Et dépassés
De vieux "moi" déjà morts
Des "moi" que je traînais
Inconscient
Depuis des mois et des années
depuis des fins et des commencements
Depuis des vies et toute ma mort.
En moi, morts
En mémoire.
Je ne l'ai jamais revue
Cette voix magnifique
Mais je sais qu' IL est là
Elle a tenu sa promesse.
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Amitié
Quelle amitié ?!
A - M - I - T - I - É
Il n'y a donc que ces lettres
A taper sur vos mols claviers?
... Je vois cinq touches presque effacées.
COURS DES LETTRES
Depuis vos doigts distraits jusqu'à votre plexus
"Quelques bifurcations ... je vous en dirai plus:
Le A se perd dans les phalanges de l'annulaire,
Le M vous prend définitivement le pouls
Voyez, les deux I s'offrent un T au coude à coude
Et l' E jette l'accent dessus la froide épaule.
Elles s'en vont ainsi par vos veines et vos artères
Comme les sons élégants d'un violon sur vos nerfs.
Coïncidences subtiles, elles colmatent des brèches
Et de vos bombes intimes elles éteignent les mèches
En soufflant sur des cendres depuis longtemps inertes.
COURS DU SENS
Et quand vous le prononcez
Ce mot géant AMITIÉ
Vous ne vous appliquez pas
Vous avez la gorge coincée
Et les sons ne passent pas
Entre vos mâchoires serrées
Essayez!
...
Vous voyez!
...
Ah! là! c'est bien mieux!
Soyez donc plus sérieux quand vous le réveillez
Ce vocable précieux, parent du verbe aimer!
Si vous dites AMITIÉ, vous avez un devoir :
Choisir la qualité, la prendre des plus pures
Celle qui est exigence et de celles qui durent
Pour que son essence ait la clarté du miroir.
Mais si la quantité en premier vous importe,
Vos amis sont sable coulant dans vos doigts
Plus rien entre les mains, AMITIÉ, lettres mortes
qui roulent dans vos coeurs et blessent vos émois.
EXAMEN DES TOUJOURS
Amis, il est l'heure,
Sondez votre coeur!
Otez tous les liens
S'ils ne donnent rien!
Prenez garde au voleur de vos sangs
Dispensateur de bons sentiments,
Qui s'écoute écrire,
Ce n'est qu'un vampire!
Qui boit ses paroles,
C'est un mauvais drôle!
TEST EN BLANC
Je n'ai plus de candeur,
Je distille les mots
Lettre à lettre, goutte à goutte.
Si je vous dis AMI
C'est qu'il résonne ici
Dans mon sang, sous des voûtes
Qui l'envoient en écho
De ma tête à mon coeur. "
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Le radeau médusé
Mon radeau, bateau
ivre, il erre dans l'éther
Comme un ballon captif, il va dans l'univers.
Bleu mon radeau hanté et libre comme l'orange
Hanté et rond, errant, captif, mon bateau bleu
Il erre depuis l'aube et personne. A la barre,
Des fantômes qui se lèvent, se prennent pour des anges
Ordonnent et contre-passent, se prennent pour des dieux
Puis se recouchent en terre, ils n'ont pas vu de phare.
Des étés, des hivers, et des lunes et des veilles
L'espace est vierge d'un maître qui surveille.
Et moi je reste là et plongé dans mes rêves
je n'ai cure de l'effet, je me garde endormi.
Depuis longtemps nos pères me racontent des histoires
En douces mélopées; et je suis bon élève
Car soudain je me prends à n'avoir plus d'envie
Hors ces chants de sirènes qui scellent ma mémoire.
Alors un fou se lève: "Amis, nous avançons!"
Emerveillé soudain, il scrute l'horizon.
Ce cri résonne assez pour enfin m'alerter;
Le fou gardien des clés a brisé mon collier
D'esclave consentant rivé aux habitudes.
J'expire profondément cette vieille quiétude
Qui me semble après ça une lente agonie;
Et je suis aspiré, renaissant à la vie.
Le fou reconnu sage
Nous passe le message:
"Je suis le point central, pivot du carrousel,
Piétinant mes atomes, abrité sous mon ciel,
Je laisse mon radeau
Et marche sur les eaux."
Alors nous chuchotons à tous ceux qui restaient
"Vraiment, nous avançons!", émerveillés et prêts.
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Le dit de l'Homme.
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La vérité
Qu'est-ce que la
Vérité
Sinon une forme mystérieuse
Voilée par d'innombrables couches?
Quelques-uns s'acharnent à arracher les voiles
Et déchirent sans délicatesse la brume Qui les frustre.
D'autres trouvent un fil à tirer
"Et détissent patiemment le tout
(Il est des savants fous.)
Lorsque la Vérité toute nue
Apparaît à leur vue,
Ils ne peuvent l'étreindre,
Empêtrés dans les résidus
Des feux à éteindre
Ou les mains bien trop pleines
De savoirs qui les gênent.
Libre, une élite se précipite, en vain
Car elle s'évapore soudain,
Avalée par une grande forme audacieuse
Guidée par d'innombrables voiles mystérieuses.
Et ce n'est qu'une épingle comparée aux étoiles
Et le soleil lui-même s'efface
Devant la force silencieuse...
- Ne jamais croire à la fin du chemin -
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UNE QUI PASSAIT
...
Je l'ai vue vivre en deux ans
Plus que d'autres intensément
Et puis en silence souffrir
Plus que je n'ose vous en dire.
Elle est Brigitte, mon âme-soeur,
Mon amie pleine de douceur
Qui savait vivre sans concession
Et torturée de mille passions.
Je l'ai connue par internet
Il est des clics qui sont des fêtes
Pour l'amitié, un peu d'entraide,
Un lien et nous, et rien de tiède.
Un jour, sans bruit, elle est passée
Et moi je reste avec ce choix:
Sans fin pleurer, me lamenter
Ou rire encore à pleine joie.
Gémir, trahir, quelle folie !
Je veux sa voix gravée au coeur,
Garder son esprit, cet en-vie
Et mettre en cendre toute douleur.
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Hommage à mon amie Brigitte,
"Une qui passait... " décédée en août 2002
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Merci
Cébé |