II n'est pas de transformations, d'innovations, de révolutions qui naissent du néant. Elles ne sont que les étapes d'un cheminement long et chaotique de l'Humanité.
En dehors des cheminements scientifiques, politiques et religieux dont les traces sont soigneusement gardées (tout au moins celles qui confortent des dominations), on oublie facilement les soubresauts qui périodiquement secouent les rouages intimes de ce que l'on a coutume d'appeler "la Société". En les cantonnant dans l'anecdotique, en les réduisant à l'infime, on oblige ainsi chaque génération à réinventer, recommencer, et on retarde à l'infini le moment où les vieux cadres s'écrouleront et où d'autres surgiront.
En même temps, quand l'impasse devient criante, quand les murs lézardés commencent à s'écrouler sur nous-mêmes (chômage, violence, racisme... ) on se prive de tout ce que d'autres ont défriché avant nous des repères positifs ou négatifs qu'ils ont pu poser et tous les cheminements toutes les erreurs sont à refaire... désespérément.
L'Histoire, telle que nous la font les historiens, n'est peut-être pas tout à fait Notre histoire. Celle de; individus, de leurs tentatives, de leurs idées, de leu vie. Alors, faisons-là nous-mêmes, racontons-là nous mêmes, de façon à ce qu'elle devienne utile.
MARELLE (1) se propose dans ce numéro de jeter un regard sur le bouillonnement des années 60 70. Repères qui peuvent éclairer nos agissements et recherches actuelles et sur lesquels nous aurions bien tort de ne pas nous appuyer pour réaliser les transformations du Sème millénaire que nous ne pourrons pas ne pas faire.
Deux époques auront marqué ce siècle, deux époques qui auront été des périodes de bouillonnement, d'inventions sociales et culturelles, de soif de mieux vivre, de croyances en l'humain et à son destin, de générosité insensée. Il s'agit des années 20 et 30, puis des années 60 et 70. Ces années, qu'on a tendance à vouloir oublier ou à lier à la notion d'échec, peut-être parce que leur générosité fait peur, ont pourtant marqué de façon indélébile notre société et sont inscrites de façon plus ou moins inconsciente dans notre mémoire collective. Tout ce que nous pourrons tenter de faire dans ce début de XXlème siècle aura ses germes et ses assises dans ces moments.
Pour mémoire et en vrac rappelons-nous pour ce qui concerne le début du siècle les mouvements ouvriers et les premiers syndicats, les premières coopératives ouvrières, l'extraordinaire joie des premiers congés payés, l'espoir soulevé par la République espagnole ou la Révolution .soviétique, les mouvement impressionnistes ou surréalistes, le bouleversement de la psychanalyse, des "raisins de la colère" au "Cuirassé de Potemkine en passant par "Gervaise", de Meilès à Prévert, du jazz ... à l'atome !
Mais c'est aussi dans ces années que naissent et se développent tous les grands mouvements, toutes les grandes idées pédagogiques : Célestin FREINET DE CROLY COUSINET PROFIT, MONTESSORI, DEWEY les premier travaux de PIAGET VYGOTSKY etc... L'imprimerie à l'école, la coopération, les échanges entre classes, l'expression libre... Un peu avant il y avait eu l'école révolutionnaire de La Ruche de Sébastien Faure mais aussi le `plan Dalton dans une école du Massachusetts où, en 1917, des enfants pouvaient travailler à leur rythme et répartir les tâches comme ils l'entendaient ! Une immense partie de ce qui a été fait ensuite et de ce que l'on peut concevoir aujourd'hui dans le domaine de l'Éducation comme dans le domaine social a sa source dans cette période faste.
Nous nous intéresserons dans ce dossier plus particulièrement aux années 60-70. Plus proches de nous, elles sont pourtant bizarrement occultées, comme sa loi voulait châtrer une partie du "nous mêmes collectif". Être traité de "soixante-huitard" est devenu péjoratif. Et, pour éviter d'être interpellé par tout ce quia pu se passer pendant cette vingtaine d'années, on les raye par un catégorique : "C'était la croissance, on pouvait cracher dans la soupe !". Pourtant, si l'on fait l'effort de les regarder de plus près et tranquillement on peut se demander au contraire si toutes les idées prônées les expériences tentées ne nous auraient pas évité justement d'être confrontés aujourd'hui à la "non-croissance", si elle: n'avaient pas justement l'immense intérêt d'envisager une société construite sur une autre logique que celle qui nous conduit aujourd'hui au chômage massif et à l'impasse. En 68 c'est peut-être bien la croissance qui était mise en cause et son cortège de conséquences immédiates et prévisibles. Des avertissements du Club de Rome, on n'a voulu retenir que la catastrophe énergétique qui n'a pas encore eu lieu... et da balayer tout cela.
Quels que soit les domaines d'investigation alors exploré: (Éducation, travail, agriculture, santé, retour à la nature musique, habitat, médias et information, droits des femmes droits des minorités-'.), malgré les excès, nous retrouvons uni étonnante cohérence qui leur donne, leur a donné, cette force de Révolution Culturelle qui, malheureusement, engendre toujours des peurs.
Toutes nos innovations, idées "nouvelles" sont les héritières directes de ces 2 périodes. A l'aube d'une nouvelle ère que l'on commence à soupçonner comme riche de transformations, de bouleversement et même de... générosité, nous nous proposons de regarder quelques repères posés par nos aînés.
L'hétérogénéité, le métissage, la constitution ou la reconstitution de communautés, la communication seront les clefs de l'an 2000. On en retrouvera les bases dans toutel'histoire des grands moments de l'humanité, en particulier dans le mouvement de 68. Il sera intelligent de s'en servir !
Bernard COLLOT (1) la revue Marelle a cessé ses parutions fin 1998.
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