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Natation en grand bassin… en ateliers libres !

Sous l'impulsion d'une Jeunesse et Sports dynamisée par sa séparation (ou libération !) du Ministère de l'Éducation Nationale, tout un département (Rhône) se lance, en 1967, dans l'apprentissage massif de la natation. Le pari : que la totalité des enfants d'un département apprennent à nager... en 1 an... et en apprenant DIRECTEMENT en GRAND BASSIN, là où on n'a pas pied !

Imaginez la consternation d'un certain nombre (pour ne pas dire d'un grand nombre !) d'instituteurs et d'institutrices, ne sachant eux-mêmes pas nager, qui ont peur de l'eau, et à qui on va demander d'apprendre la natation aux enfants par 2 mètres d'eau et, de surcroît, de se mettre en maillot de bain devant eux.

Et bien le pari a été tenu et gagné. Dans la campagne les municipalités votent des crédits pour les cars, des circuits s'organisent pour occuper toute la semaine les piscines des chefs-lieux de canton ou plus loin quand ils n'en ont pas, les ma^tres-nageurs deviennent éducateurs, les instits, quel que soit l'état de leur embonpoint se mettent en maillot devant les enfants et dirigent des ateliers .... et, à la fin de la première année, le pari est gagné : la quasi totalité des enfants du départements qui ont participé à l'opération savent nager ! On s'aperçoit ainsi qu'il n'est pas nécessaire de connaître ce que l'on va enseigner et cette expérience le démontre. Mieux encore, de vieilles et vieux instits découvrent avec stupeur qu'en revenant de la piscine, les enfants sont beaucoup plus "intelligents" et se mettent à faire des progrès... en orthographe ! Ah, si nos ministres actuels savaient cela, ils n'auraient peut-être plus besoin de créer des "observatoires de l'orthographe ou de la lecture" !

Sous l'impulsion d'une directrice de la JPA à Lyon et de l'instit de LANTIGNIE quelques-uns allaient aller encore plus loin (quelques-uns seulement). Trouvant que si les résultats de cette expérience dépassaient toutes les prévisions, ils trouvaient que l'ambiance des piscines était beaucoup trop stressante. Ils allaient inventer en 1974 l'apprentissage en grand bassin... en ateliers libres ! les enfants, qu'ils sachent nager ou pas, pouvaient en toute liberté choisir des ateliers organisés tout le tour du bassin dans une hétérogénéité complète des niveaux : plonger, aller sous l'eau etc... Maîtres-nageurs médusés mais forcés de se remettre` en question Et cela a marché !

Pendant les 10 premières années d'expérience en grand bassin, aucun incident. Jusqu'au jour où il y a eu une hydrocution (72). Personne n'y pouvait rien, mais le traumatisme judiciaire allait commencer. Judiciaire parce qu'on peut affirmer que, dans un contexte éducatif, cette expérience démontre de par son ampleur que la sécurité des enfants est bien plus grande que dans les familles elles-mêmes. Quant à l'expérience en ateliers libres, elle n'a jamais provoqué le moindre incident. On peut presque dire que la vraie sécurité (milieu éducatif, tranquillité…) y était absolue.

Aujourd'hui, dans une ambiance de phobie sécuro-judiciaire, la plupart des enseignants s'interrogent pour savoir s'ils vont même continuer à emmener des enfants… dans une pataugeoire !