sommaire années 60-70

LA "RÉVOLUTION" AURAIT PU AVOIR LIEU

Fin de la notation traditionnelle

Tiers-temps pédagogique,

Maths modernes

L'après soixante-huit aurait pu être le début d'une nouvelle ère. Secoué par les "événements" le ministère Edgar FAURE a probablement été le seul de l'histoire de l'école obligatoire à engager des transformations profondes que l'on peut qualifier de révolutionnaires. II est facile de traiter une institution de réactionnaire quand cela permet de ne surtout rien changer. L'interdiction des devoirs à la maison qui date de ... 1956 n'est même pas totalement appliquée 40 ans plus tard ! ! !

Fin du "certificat d'études primaires", collège pour tous, fin de la notation traditionnelle, des compositions et des classements, tiers-temps pédagogique, maths modernes, suppression des cours le samedi après-midi, modification de la notion de surveillance (circulaires de novembre 68). Les termes de "texte libre" apparaissent même dans les instructions ! Il faudra attendre la création des cycles en 1989 pour avoir une autre réforme aussi importante. Louis LEGRAND dans un rapport qui a fait beaucoup de bruit mais qui a tout aussi vite été rangé dans les oubliettes, osait dire en 1974 que le seul critère qui pouvait "faire passer un enfant en 6ème" était qu'il sache lire. Pendant 30 ans, les ministères successifs, y compris ceux de "gauche" n'ont fait que, par de petites touches insidieuses, rogner l'essentiel de ce qui permettait le changement, rendre impossible ce qu'eux-mêmes préconisaient par ailleurs (retour aux programmes, prétextes de la sécurité, instauration d'une évaluation proche des examens ou de la notation, etc.)

Cette période aurait pu marquer un tournant dans l'histoire de l'Éducation si l'ensemble des partenaires avaient joué le jeu à fond et si la structure de l'appareil avaient aussi été modifiées. Cela n'a pas été le cas et le nouvel habillage plaqué sur des pratiques, des habitudes, des croyances et des comportements inamovibles n'a pu que produire la cohorte de "médicaments" qui se sont avérés tout aussi inefficaces pendant plus de 30 ans : classes de transition, classes pratiques, développement du secteur enfance inadaptée, soutien scolaire, multiplication des conseillers pédagogiques de tous poils, des psychologues scolaires .....

On n'arrive pas à se débarrasser de la représentation de l'école de Jules Ferry .... à moins que les analyses des "gauchistes" de 68 soient exactes, elle perpétuerait un système social favorable à quelques-uns ; à moins que l'École, comme chacun de nous, ne dépende plus que des macrostructures planétaires dans lesquelles nous sommes imbriqués depuis plus d'un demi siècle. Tout changement se heurterait alors à des mécanismes, même plus à des pouvoirs. L'École devient alors liée à une sorte de déshumanisation à laquelle tous nous nous soumettons.

Mais nous voudrions revenir sur 2 thèmes de ces années 70 : Le "tiers-temps pédagogique" et les "maths modernes"

Le tiers-temps pédagogique

Pendant des décennies l'enseignement dispensé à l'école était soigneusement découpé en tranches, en matières. Chaque tranche étant affectée à un horaire, un programme, une progression qu'il ne fallait en aucun cas transgresser. L'emploi du temps étant le métronome absolu de la vie de la classe.

Reprenant les idées et les pratiques des mouvements pédagogiques et en particulier du mouvement Freinet, le "tiers-temps" allait permettre, pour ceux qui le voulaient, de casser tout cela.

Le temps scolaire était partagé en trois temps : les disciplines fondamentales (math et français), les disciplines dites d'éveil (histoire, géo, sciences, disciplines dites artistiques de la musique à la peinture en passant par la poésie) et éducation physique (comprenant aussi bien le sport collectif que la danse, l'expression corporelle...).

L'expression "disciplines d'éveil" apparaissait pour la première fois et il était bien révolutionnaire de considérer qu'histoire, géographie ou sciences avaient pour objectif principal "d'éveiller" l'enfant au monde plutôt que de lui ingurgiter des connaissances. Autrement dit ce qui importait d'abord c'était l'éveil à atteindre, peu importait par quelle matière. La notion de programmes s'écroulait d'elle-même.

Parallèlement l'importance fondamentale et non pas accessoire de l'expression artistique, de la création, de l'expression corporelle était soulignée. Ce n'était que le bien connu "amo sano in corporo sano", mais dit dans des instructions, cela prenait une sacrée force !

Le partage se faisait dans le temps le matin devait être en principe consacré aux disciplines dites fondamentales, l'après-midi aux 2 autres temps, sans qu'un quota horaire soit nettement délimité.

Tout devenait possible l'interférence des disciplines fondamentales et des disciplines d'éveil, le décloisonnement dans l'école (travaux d'ateliers, travaux de groupes), le travail en équipe des enseignants, l'entrée du monde extérieur comme la sortie vers le monde extérieur. A la suite d'une action de l'OCCE l'État "couvrait" même la responsabilité de l'enseignant en cas d'accident de car lors d'une sortie et couvrait même l'enseignant si c'était lui le blessé en acceptant que ce soit un accident du travail.

En français textes libres, correspondance étaient textuellement nommés. La sacro-sainte dictée n'était plus considérée officiellement comme LE moyen d'améliorer l'orthographe ! Quand au calcul devenu mathématiques modernes, on y reviendra plus loin.

Le Ministère suivait même de très près plusieurs expérimentations et constatait que les résultats scolaires s'amélioraient globalement !

Alors, comme le disait l'instit en blouse grise d'une récente émission d'envoyé spécial "Les ministres et les réformes passent, moi je reste". On peut dire que massivement, soit le tiers-temps n'a pas été appliqué (Charlemagne succédant aux Gaulois et précédent Louis XIV avec résumé à apprendre, dictée réglant immuablement l'apprentissage de l'écrit, règles de trois et problèmes sur les robinets, emplois du temps et préparations resservant d'une année à l'autre etc.), soit il a donné lieu à une myriades d'expositions dans les conférences pédagogiques, splendides exposés d'histoire ou autre où la participation essentielle était celle de l'instit et des 2 ou 3 "bons" de la classe les autres s'étant surtout distingués par l'utilisation des ciseaux !... et tout le monde ou presque est revenu à un bon vieux temps que personne n'avait quitté.

et les maths modernes...

Jamais une réforme n'aura été tant défigurée, dénaturée que celle appelée des "maths modernes". Tout le monde a fait semblant de croire qu'il s'agissait d'une nouvelle théorie mathématique qui allait condamner toute une génération à... ne plus compter ou ne plus calculer de la même façon. Comme si 1 et 1 ne faisaient plus 2 !

Alors qu'il ne s'agissait en fait que d'aborder l'apprentissage du calcul d'une façon un peu différente qui aurait permis aux enfants de s'approprier les mathématiques comme un langage devenant alors accessible à tous. On a voulu faire semblant de croire qu'il s'agissait de faire des spécialistes de la théorie des ensembles alors qu'il ne s'agissait que d'acquérir beaucoup plus profondément la notion de numération. Et surtout on admettait que les acquisitions mathématiques ne s'acquéraient pas forcément de façon linéaire et que, comme pour l'écrit, elles faisaient appel à la création et à l'appropriation. Cramponnés à la "règle de trois" qui n'avait jamais fait acquérir à qui que soit la notion de proportionnalité, la plupart des enseignants refusaient de comprendre que les notions mathématiques ne s'apprenaient pas mais s'acquéraient.

Les éditeurs se régalaient et une multitudes de fiches sortaient des librairies. On "faisait faire" des tas de "patates" aux enfants de la même façon qu'on leur faisait des "règles de trois" et il se disait presque partout qu'à cette allure les futures générations ne sauraient même plus faire une addition !

Pourtant un travail remarquable était effectué par les IREM (Instituts Régionaux de l'Enseignement des Mathématiques) ainsi que par l'APM (Association des Professeurs de Mathématiques). On osait se pencher sur ces "mathématiques" jusqu'alors plus ou moins réservées à ceux qui avaient cette "bosse" mystérieuse. Dans certaines familles, pour se mettre au parfum, on lisait les "maths à papa" ou pour les moins doués les "maths à maman" !

Dans certaines classes du mouvement Freinet, on fonçait à fond. Que de circuits logiques électriques ont été construit à l'époque ! Dans une petite école de la vallée de la Saône (Taponas) dont l'instit était mordu d'électronique (Pierre COUSIN a été le premier radio amateur a réaliser des liaisons en utilisant les traces ionisées des météorites !), les enfants fabriquaient même des "machines" miniaturisées qui donnaient les terminaisons des participes passés... pour emmener au collège !

Confondant ce qui était une remise en question des pratiques et non pas des mathématiques, l'ensemble du monde enseignant soutenu par l'ensemble des parents vexés de ne plus trop bien comprendre ce qui se passait, les "maths modernes" ont été abandonnées au bout de 3 ans pour revenir prudemment en arrière. Pourtant il en est resté des traces, au moins dans les instructions ministérielles. Et surtout, aucun des enfants qui avaient subi cette "horreur" n'ont pas su compter, calculer, mathématiser au moins aussi bien que les autres. Cela, personne n'a voulu l'observer.

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