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Il faisait "broum broum"....
.... et il faisait des maths.
Article paru dans MARELLE et édité dans la brochure 13 "une école de 3ème type" (édition CREPSC) Pendant des jours et des jours, Sébastien (10 ans !) passait son temps dans la cour à faire seul broum broum. Jétais perplexe et espérait que cela ne durerait pas !
Un jour, jeus lidée de me mettre derrière lui et de parcourir le gravier, avec sa permission, en faisant aussi broum broum. Et je me suis aperçu quil avait virtuellement cartographié un incroyable réseau routier quil suivait avec une étonnante précision dans toute sa complexité. Jai voulu quitter son véhicule virtuel pour voler de mes propres ailes, évidemment je quittais les bordures, coupais les virages, saccageais des intersections que je ne voyais pas.
Stéphane qui nous voyait par la fenêtre, intrigué, nous rejoignit. Pragmatique il demanda à Sébastien de tracer ses routes sur le gravier. Pas question : Sébastien vivait depuis des jours dans ce réseau virtuel pour ne pas quon le lui efface ! Pourquoi pas, mais nous, on ne le voyait pas.
Quà cela ne tienne, je vais vous le faire sur un papier et vous lapprendrez. Rouler sur des routes quon nest que quelques-uns à voir, ce nest pas un vieux rêve cela ! Et Sébastien qui me désolait parce quil ne rentrait pas ou peu dans lécrit et dans tout ce qui a une apparence intellectuelle se mit à réaliser, avec laide de Stéphane, un étonnant plan de la cour avec un tracé autoroutier à léchelle.
Vous croyez que ce fut terminé ? Pas du tout : toute la classe ou presque sest mise à apprendre, par cur (!) le plan de Sébastien et, au lieu davoir un broum broum dans la cour il y eut pendant quelques temps un incroyable et bruyant ballet dont personne naurait pu imaginer quelle était la fée qui le dirigeait.
Sébastien, brusquement reconnu pour autre chose que sa force et sa violence, raconta à dautres écoles le jeu dont il était fièrement linventeur. Il écrivit après avoir calculé. Mais, avant, en faisant broum broum, il avait structuré lespace comme jamais je naurais pu limaginer, encore moins comme jaurais pu le lui faire faire pour son intérêt.
Une fois quil a eu fait lui-même cette structuration de lespace, par je ne sais quels processus, il a suffit que jai eu la chance de pouvoir mapercevoir ce qui se cachait sous les broum broum pour laider à le formaliser sous une forme codifiée dont il avait brusquement besoin (intérêt) et il a fait alors le rapprochement entre les signes dune carte et lespace ludique dans lequel il se complaisait.
Ce que je nétais jamais arrivé à faire dans tous mes essais de lui faire acquérir des compétences cartographiques quil avait mais qui sexprimaient dans un jeu dont lui seul connaissait les règles.
Le domaine des compétences transversales est bien celui qui pose et posera le plus de problèmes dans la pédagogie.
B.C.