INTERVIEW WARREN HAYNES

La veille de l'interview, on s'est échangé quelques mails avec Didier, et comme l'anniversaire de Warren était le 6 avril, on s'est dit qu'il fallait faire quelque chose. Didier évoque l'idée de lui offrir une bonne bouteille de vin. Rendez-vous donc le lendemain devant l'hôtel et avant d'aller se désaltérer, on part en quête d'un caviste… A moins de trois cent mètres de l'hôtel où avait lieu l'interview, on pouvait y repérer deux enseignes de commerces dédiées à Bacchus. On rentre dans le repère du premier et quelques minutes plus tard, on ressort avec un côte de Beaune 1999, pas mal, aux dires du caviste.
Après les présentations d'usage, le présent est offert à Warren qui semble visiblement touché par le geste et nous remercie chaleureusement plusieurs fois.
On lui présente ensuite quelques numéros de BOD. Quand on lui demande s'il avait entendu parler du magazine, il répond par l'affirmative (réponse polie ou alors BOD est mondialement connu ??? ). On lui précise que nous avons eu des interviews de Derek Trucks et Gregg Allman. Il nous demande alors si le prochain numéro parlera de Gov't Mule ! T'inquiètes pas Warren, le patron (Didier) a déjà tout prévu !
Il semble s'attarder sur le dernier numéro (celui avec Blackfoot). Il nous demande si c'est le nouveau lineup, il ne reconnaît pas tout le monde, notamment Charlie Hargrett qui a vraiment changé depuis les années Blackfoot. Il nous demande qui est le nouveau chanteur et finalement on démarre l'interview.


Alors Warren, es-tu arrivé ce matin à Paris ?
Dans l'après-midi plus exactement, vers les 16 heures 30.

Vous êtes venus en bus de Milan ?
Non, non, en avion.

Tu n'as pas encore eu le temps de visiter un peu la ville, je suppose.
Exactement, mais on devrait s'en occuper un peu demain matin jusqu'en début d'après-midi. Ensuite, il y aura la balance, quelques interviews et le show.

Et le concert à Milan, c'était comment ?
Super, très sympa, le public était très réceptif, vraiment un très bon moment.

Vous avez déjà fait trois concerts en Espagne et un à Milan. Comment est le public ?
L'audience est merveilleuse dans tous les endroits où on a joué, très réceptive. Tu sais, on ne savait pas trop à quoi s'attendre. C'était notre première en Europe en tant que Gov't Mule. Mais c'est énorme, la plupart des concerts sont complets.

On a été certainement aussi surpris que toi.
Oui c'est assez phénoménal. En Espagne, le public était "fou", on ne savait même pas qu'ils connaissaient aussi bien notre musique. En Italie, à Milan, on a eu le public le plus nombreux avec près de 2000 personnes. C'est tout simplement merveilleux. Il me semble que Paris est la plus petite salle [NDLR : il fallait encore qu'on se fasse remarquer !!].

Sept cent places je crois dans cette salle.
Oui c'est ça je crois.

Et la salle a été déplacée, l'originale ne contenait que 400 places.
Exactement, les billets se sont vendus à une vitesse incroyable [NDLR : le concert était complet depuis 20 jours]. Quand on a appris ça, on a été très heureux, évidemment, mais aussi très surpris.

Tu sais, Didier est disquaire et il vend beaucoup de disques de la Mule. On savait donc qu'il y avait beaucoup de fans, mais de là à ce que les places se vendent aussi vite..
Oui c'est étonnant pour nous mais comme je l'ai dit ça nous fait évidemment très plaisir. En Allemagne, à Hambourg, c'est aussi complet avec 1700 places. On avait franchement aucune idée que le public européen était tant demandeur et allait répondre aussi favorablement.

Et du côté des ventes d'albums en Europe, ça se passe comment ?
Je n'ai pas d'idée exacte sur les chiffres mais je sais que ça se passe plutôt bien. On est depuis peu distribués en Europe par Evangeline [NDLR : distributeur anglais]. Maintenant que l'on est ici en tournée, je suppose que les ventes vont encore progresser. D'un côté, Evangeline attendait que l'on vienne ici pour faire avancer les choses. Et d'un autre côté, nous aussi, on voulait venir ici. Ca a juste pris plus de temps que l'on ne pouvait l'espérer.

L'organisation de cette tournée a-t-elle été compliquée ?
Well…difficile….dans un sens, ça a été compliqué pour que tout se passe bien, que tout soit correctement organisé, notamment côté business. Tu sais, on a amené toute notre équipe, on est douze à faire le voyage.

Vous avez votre équipe, votre équipement ?
Notre équipe est complète mais nous n'avons qu'une partie de notre équipement. On a amené le maximum de choses. Il est possible que la prochaine fois, on ait encore plus de notre matériel avec nous. Par exemple, je n'ai amené que quatre de mes guitares pour cette tournée. Et je n'ai pris que deux têtes d'ampli.

La Soldano j'espère ?
Exactement et j'ai aussi pris la Diaz.

C'est la combinaison que je préfère.
Merci c'est sympa. Par contre, je n'ai pas pris mes haut-parleurs ni tout mon système d'effets, ça faisait un peu trop (NDLR : à base d'un système Bradshaw). Je n'ai pris que quelques pédales d'effets [NDLR : en fait, on verra le lendemain qu'il a quand même sa cabine Leslie, et son pedalboard comporte une bonne dizaine de pédales]. Mais ça va, tout se passe bien jusqu'à maintenant.

Vois-tu une différence entre le public américain et le public européen ?
Oui il y a bien évidement des différences. Celle qui me vient tout de suite à l'esprit est, que l'audience européenne a l'air d'écouter de plus près ce qui se passe, d'être plus attentive, plus à l'écoute de la musique que l'on joue. Et je dirai également qu'elle suit mieux le rythme que les américains. Par exemple, quand il faut frapper des mains, il n'y a pas de problèmes, c'est en place. Les américains ont tendance à accélérer alors que les européens restent en place.

Alors là, Warren, tu n'as pas encore vu de quoi les français sont capables. Tu risques d'être surpris. En France, on a ce que l'on appelle entre amis, le "french clap". C'est simple, le français, en général, frappe sur les temps 1 et 3, au lieu de 2 et 4 !
Vraiment ! Je te rassure, ça arrive aussi aux USA, et c'et même arrivé hier soir à Milan. En Espagne, ils avaient bien le 2 et le 4, c'était parfait. Mais en fait, les européens nous ont attendu tellement longtemps qu'ils sont très excités, alors…

C'est vrai que ça fait un paquet de temps que l'on t'attendait. Tu te rappelles de ta dernière venue ici à Paris ?
Oui c'était avec les Allman Brothers en…

En Juillet 91, et on y était.
C'était à la Cigale, non ?

Exact.
En fait, on a essayé lors du déplacement de ce concert de la Boule noire, de l'emmener vers la Cigale, comme on connaissait déjà l'endroit, mais ça n'a pas été possible. Je ne sais pas trop pourquoi, si la salle était déjà réservée ou quoi mais on est restés dans une petite salle. Vu la vitesse où se sont vendus les billets, peut être qu'ils auraient pu déplacer le concert une troisième fois, vers une plus grande salle. Qui sait, peut être la prochaine fois…

L'année prochaine ?
Oui, ou peut être plus tard cette année, qui sait…

Un scoop ? Et pourquoi ne pas faire un "Christmas jam" ici à Paris ?
Je crois qu'il te faudra venir en Caroline du Nord pour assister à cette soirée.

Tu ne le sais pas mais je suis déjà allé plusieurs fois et je t'ai même vu à New Orleans, au House of blues.
C'était quand ?

Si mes souvenirs sont bons, ça devait être en 1997.
Ca fait un bon bout de temps. Et tu m'as vu en trio ?

Non, c'était avec les Allman Brothers, avec Dickey Betts. Puisqu'on mentionne Dickey, comment as-tu réagi en apprenant son éviction du groupe ?
Bien évidemment, j'étais surpris. Dans un sens, j'étais surpris, parce que imaginer les Allman Brothers sans Dickey n'est pas évident. Mais d'un autre côté, je connaissais les problèmes qu'ils avaient.

Tu veux parler de problèmes internes au groupe, entre les membres eux-mêmes ?
Oui c'est ça. Il y a toujours eu, dans ce groupe, des problèmes, entre les quatre membres originaux. Ca a toujours existé. Tu sais, ces mecs, je les connais depuis 25 ans. J'ai rencontré Dickey et Gregg en 1980. J'ai par la suite, joué avec Dickey en 1986, notre relation est très longue, ça fait un bout de temps que l'on se connaît.

Es-tu toujours en contact avec Dickey ?
Oui, oui. On se parle de temps en temps, on a joué ensemble pour les "Jammy awards", avec Steve Winwood. Et c'était la première fois que l'on rejouait ensemble depuis son départ des Allman Brothers. Matt Abts, notre batteur, l'a récemment rejoint sur scène à New York.

Oui, oui, j'ai lu ça sur Internet.
Je suis toujours en bons termes avec Dickey. Tu sais, j'essaye de rester neutre dans cette histoire, et être amis avec tout le monde.

Et tu crois qu'il existe encore une toute petite chance pour que Gregg et Dickey rejouent ensemble ?
...

la suite dans le numéro 44 de Bands Of Dixie