QUI A ECRIT CE QUI SUIT? QUAND ? QUI EST MONSIEUR X ?
En tant qu'homme
polltlque d'un genre nouveau, disons post-moderne, X met en pratique - par ses gestes les plus incompréhensibles -
une stratégie complexe, adroite et
subtile, qui témoigne d'une excellente maîtrise de soi, de sa grande
intelligence opérationnelle (et, sinon d'une intelligence théorique, d'un
instinct prodigieux de vendeur)
...
X
a découvert un moyen de retourner
les critiques de l'opposition, de
l'opinion publique et des médias en sa faveur.
Ce
moyen consiste à faire des promesses, qui peuvent sembler bonnes, mauvaises ou
neutres à ses partisans, mais qui doivent apparaître comme une provocation aux
yeux des autres. Et il lui faut produire une provocation par jour, la plus
inconcevable et inacceptable possible. Il peut ainsi occuper les premières
pages des quotidiens, faire l'ouverture des journaux télévisés, et être
toujours au centre de l'attention. La provocation sera telle que l'opposition
ne pourra l'ignorer et sera contrainte de réagir énergiquement. Le fait de
réussir à obtenir chaque jour une réaction indignée de l'opposition (et même de
la part de ceux qui ne sont pas dans l'opposition, mais qui ne peuvent pas
laisser passer des propositions qui bouleverseraient les fondements mêmes de la
Constitution) permet à X de convaincre son électoral qu'il est victime de
persécutions (« vous voyez, quoi que je dise, on m'attaque »). ... Se plaindre
quotidiennement d'un complot permet d'apparaître tous les jours dans les médias
pour dénoncer l'adversaire. ...
Autre élément de cette
stratégie : pour créer des provocations à la chaîne, il ne faut pas que ce soit
toujours toi qui parles. Tu dois laisser la voie libre à tes collaborateurs.
Inutile de leur donner des ordres, si tu les as bien choisis, ils s'y mettront
tout seuls, ne serait-ce que pour égaler leur chef.
Plus ces provocations
seront absurdes, mieux cela vaudra. Peu importe que la provocation aille
au-delà du crédible. .... La technique consiste à lancer la provocation,
à la démentir le lendemain (« vous m'avez mal compris ») et à en lancer
immédiatement une autre de façon a déclencher la réaction de l'opposition sur
cette dernière, ce qui renouvellera l'intérêt de l'opinion publique, et fera
oublier a tout le monde que la provocation précédente était un simple flatus
vocis
Une
provocation inacceptable permet en outre d'atteindre deux autres objectifs
essentiels :
·
Le premier est qu'en fin de compte, la provocation, aussi excessive
soit-elle, constitue toujours un ballon d'essai. Si l'opinion publique n'a pas
réagi assez énergiquement, cela signifie que le moment venu, même la voie la
plus outrancière pourrait être praticable dans un contexte plus serein. C est
la raison pour laquelle l'opposition est contrainte de réagir, même si elle
sait qu'il s'agit d'une pure et simple provocation, car si elle se taisait,
elle ouvrirait la porte à d'autres tentatives. ...
·
Le deuxième objectif de la provocation est ce que j'appellerais l' effet
bombe. ... Devant l'énormité de certaines déclarations , la question qui
se pose est : quelle nouvelle initiative cette bombe essaie-t-elle de faire
passer au deuxième plan?
En ce sens, le PDG X
contrôle et dirige les réactions de ses adversaires, il les embrouille, et
finit parfois par les utiliser pour démontrer qu'on veut sa perte, que tout
appel à l'opinion publique est un coup bas ad hominem.
Enfin,
cette stratégie de l'excès crée la confusion dans les médias mêmes qui
devraient la critiquer.
REPONSE : TEXTE D'UMBERTO ECO EN
2003 A PROPOS DE BERLUSCONI (A reculons comme une écrevisse, pages 132 à 166,
Ed. Grasset)