LA NORVEGE, PARADIS DES
RANDONNEURS ? (1981)
Table des matières
Quand on évoque les paysages de la Norvège, on
pense immédiatement aux profonds fjords de la
côte ouest. Mais il existe aussi une Norvège
intérieure, montagneuse et sauvage, terre
d'élection du
randonneur, dans ce pays où 96 % du territoire est
accessible a tous, depuis la Grande Charte du
plein air votée par le Parlement en 1957.
La Norvège du
randonneur, c'est une des plus grandes chaînes de montagne
européennes, pourvue
d'un réseau très étendu de sentiers
balisés et de gîtes d' étape.
La montagne
norvégienne.
La chaîne calédonienne scandinave est l'une des
plus anciennes chaînes de montagnes du monde.
Formée en majeure partie de terrains précambrlens
et primaires, elle a été plusieurs fois
soulevée et
faillée. Elle présente un profil
dissymétrique lui donnant une apparence très
différente suivant qu'on
l'aborde de l'est ou de l'ouest.
Si l'on vient de
Suède, c'est insensiblement que, de plateau en plateau, on
atteint la montagne.
Par contre, a partir de la côte norvégienne, la
montagne s'élève brusquement au-dessus de la mer.
Une érosion violente y a pratiqué de larges
entailles élargies et creusées par la glaciation
quaternaire.
La mer a envahi l'aval de ces vallées, donnant les fjords
qui pénètrent profondément dans
l'intérieur
des terres (Sognefjord : 136 km).
Bien que les altitudes soient
modestes (point culminant 2 469 m), on rencontre sur les sentiers tous
les
niveaux de végétation et de climat par l'effet de
la latitude (on n'est pas très loin du cercle polalre):
- de 0 à 200 m
d'altitude : zones des cultures, le long des fjords;
- de 200 à 800 m :
forêts boréales (conifères, puis
bouleaux), dans les vallées qui relient les fjords
à
la montagne;
- de 800 à 1 500 m
: zone alpine; plateaux au relief façonné par les
glaciations quaternaires, parsemés
de lacs et de cuvettes marécageuses, avec une
végétation naine qui s'éclaircit de
plus en plus jusqu'à la
zone enneigée;
- au-delà de 1 500
m : zone des neiges persistantes, domaine des
névés, des glaciers de cirque ou
glaciers alpins, et même des glaciers de plateau ou "glaciers
norvégiens", plaqués au-dessus du relief
comme en Islande ou au Groënland. On peut d'ailleurs voir en
Norvège le plus grand glacier d'Europe
continentale, le glacier Jostedal. Avec ses glaciers satellites, il
couvre 800 km2,
d'une couche de glace qui atteint 300 m d'épaisseur, et qui
s'écoule dans les vallées par 24 langues
glaciaires.
Les sentiers balises évitent la traversée des
glaciers de plateau. Et il est recommandé, si l'on veut
parcourir ces glaciers, de prendre un guide (s'adresser aux
gîtes d'étape adjacents), ou encore de
participer à une randonnée collective
guidée.
Les sentiers
balisés.
En France, les sentiers de grande randonnée se
développent linéairement ou en boucle. Il en va
tout
autrement en Norvège du sud, où les sentiers
forment un réseau tissé dans toutes les
directions.
Chacun des six massifs montagneux de la Norvège du sud est
couvert pr une grille d'une cinquantaine
de gîtes d'étape situés à
une journée de marche les uns des autres. Chaque
gîte est relié en moyenne à
trois ou quatre autres gîtes par des sentiers, de sorte
qu'arrivé à une étape, on a le choix,
le
lendemain, entre deux ou trois directions différentes.
Les six massifs montagneux sont
en outre reliés deux a deux par des sentiers, l'ensemble
constituant un rectangle de 100 km de large et 600 km de long qui,
partant du sud-ouest de la Norvège, va mordre sur la
Suède au nord est.
Toute cette zone est
quadrillée par envlron 300 gîtes
d'étape reliés par environ 500 sentiers
balisés.
Les itinéraires possibles pour une grande
randonnée sont donc quasiment illimités.
Les sentiers sont
balisés de cairns frappés d'un T rouge. Certains
de ces cairns sont très anciens et
sont peut-être des témoins des temps
préhistoriques, car les sentiers modernes suivent souvent
des
passages utllisés depuis des temps immémoriaux.
La destination finale de l'étape est indiquée au
départ et à chaque intersection.
Les gîtes
d'étape.
Sur les 300 gtes d'étape de la Norvège du sud,
environ 100 sont privés, et 200 appartiennent à
l'
Association norvégienne pour le tourisme en montagne, le DNT
(Stortinsgaten 28, Oslo I), ou a des
associations affiliées.
Il existe trois sortes de gites
:
- Les plus
fréquentés sont les châlets-hôtels
gardés (en anglais :
staffed huts),
où l'on peut se faire
servir tous les repas et ou, à l'inverse, on ne peut pas
faire sa propre cuisine.
- On trouve
également des chalets
non gardés,
équipé de couvertures, d'ustensiles de cuisine et
de provisions alimentaires (self-service
huts).
- Il existe enfin quelques
chalets sans provisions alimentaires (Unstaffed
huts), mais
équipés de
couvertures et de matériel de cuisine.
Les gîtes des deux dernières catégories
sont en principe fermés a clef, mais la clef sera remise aux
membres du DNT, aux gîtes voisins, ou au bureau de
l'association responsable. Dans tous les cas, le
sac à viande est obligatoire (on peut en louer dans les
chalets hôtels).
On peut coucher dans les
gîtes du DNT sans faire partie de l'association. Toutefois,
la cotisatlon (168 F pour un couple; tous les prix indiqués
sont ceux de 1981, pour une couronne valant à
l'époque
environ un franc) est amortie au bout de trois jours grâce
aux tarifs préférentiels pratiqués
dans les
gîtes du DNT et de nombreux gîtes
privés. Il n'existait pas d'accord de
réciprocité avec le CAF.
Les chalets ont plusieurs
caractéristiques, inhabituelles pour nous
Français : un grand salon avec
fauteuils, tables basses, et poële ou cheminée,
distinct de la salle à manger ; une salle au poële
ronflant toute la soirée et toute la nuit pour faire
sécher ses affaires trempées (ce qui arrive
parfois à
cause du climat) et pour chauffer l'eau de la toilette dans un grand
faitout.
Dans les
chalets-hôtels, le petit déjeuner est
pantagruélique, selon la coutume norvégienne. On
prépare soi-même les sandwiches du repas de midi
à la table du petit déjeuner. L'habitude est de
se
faire remplir une thermos de café ou de thé pour
la journée, et le matin une forêt de thermos
avoisine
la table du petit déjeuner.
Il y a, parait-il, beaucoup de
monde en ]uillet. Ce n' étalt pas le cas quand nous y sommes
allés en
fin de saison, c'est-à-dire après le 15
août.
Organisation de la
randonnée.
Face à la multiplicité des randonnées
possibles, comment cholsir et organiser sa randonnée? Le
DNT a trouvé une solution originale à base de
cartes de planification ou "sketch maps".
Le choix d'une
randonnée s'opère en trois temps :
- Le livre intitulé
Mountain touring holidays
in Norway peut-être
commandé en version anglaise ou allemande au DNT. Il
n'était malheureusement pas édité en
français. Il décrit toutes les régions
montagneuses et, parmi les milliers d'itinéraires possibles,
décrit une vingtaine de randonnées de 5
à 10 jours.
- Ayant fait son choix quant
à la région, on commande alors au DNT la "sketch
map" de cette région.
Cette carte (gratuite) indique les gîtes et leur type
(staffed, self-service ... ) ainsi que les sentiers et les heures de
marche entre gîtes.
- Après avoir
choisi son itinéraire, on commande (ou on achète
sur place) les cartes détaillées couvrant
cet itinéralre, et dont les références
sont indiquées en surimpression sur les "sketch maps".
Conditions climatiques et
équipement.
Il tombe 2 mètres d'eau par an, et la moyenne des
températures en juillet est de 10 °C; mais ceci
n'est encore qu'une moyenne. Des conditions climatiques très
défavorables (pluie, vent et froid intense) peuvent
apparaître en plein été.
Aussi faut-il
prévolr, d'une part un équipement chaud de
montagne, d'autre part des vêtements
imperméables et des rechanges de vêtements pour
être bien équipé contre l'eau venant
d'en bas aussi bien que d'en haut (comme le dit si joliment la fiche
conseil du DNT rédigée en françals).
Nous avons constaté
qu'envlron 30 % des randonneurs sont chaussés de bottes en
caoutchouc (à semelles bien crantées), ce qui
leur confère un avantage certain lors du passage des
innombrables gués et tourbières.
10 jours autour de Bergen.
La région la plus touristique est le Jotunheimen. C'est
là que se trouvent les plus hauts sommets et
le plus grand nombre de glaciers. Ce n'est pourtant pas la
région que ma femme et moi avons choisie
pour randonner en Norvège fin août 1981.
Nous avons opté pour
un circuit qui permet, en combinant la randonnée
pédestre et les transports en commun, de côtoyer
tous les aspects de la nature norvégienne, depuls le niveau
de la mer jusqu'au voisinage des glaciers.
C'est un circuit au
départ de Bergen, la ville où les chiens aboient
dès qu'ils rencontrent une personne sans parapluie. Si l'on
ne passe pas à Oslo au siège du DNT, on peut
obtenlr à Bergen toute information sur les
randonnées pédestres en s'adressant au Bergen
Touring Club (36 Sundstgate).
La "sketch map " correspondant
à cette randonnée est celle de Finse-Bygdin. Les
cartes détaillées couvrant la randonée
ont pour référence : D 33 Vest,
Hardangerjökulen et D 32 Vest, Aurlandsdalen.
Jour 1 - Le Hardangerfjord
- Berqen - Norheimsund en
autocar.
- Norheimsund -Kinsarvik en
bateau sur le profond Hardangerfjord.
- Kinsarvik - Fossli en
autocar (on pourrait monter de Fossli à pied depuis
Kinsarvik en trois jours).
- Nuit au
chalet-hôtel privé de Fossli (700 m d'altitudel).
A quelques mètres de l'hôtel, on admire la
célèbre Vorginfoss, chute d'eau verticale de 182
m qui évacue les eaux du plateau vers le Hardangerf]ord.
Jours 2 - 3 - 4 - Le Plateau
Hardangervidda
Partant de l'altitude 700 m, on s'élève
rapidement à 1100 m pour traverser le Hardangervidda, le
haut plateau le plus grand d'Europe (7 500 km2
dont 3 430 km2
transformés en parc national en 1981). Raboté par
les glaciers quaternaires, ce plateau offre à perte de vue
le spectacle de I'eau sous toutes ses formes : torrents, cascades,
lacs, tourbières, névés.
Nuits à la
"self-service hut" DNT de Kjeldebu et aux chalets-hôtels DNT
de Kraekkja et de
Finse.
Les étapes
étaient prévues pour 5 h, 4 h et 7 h de marche.
En fait, nous avons mis beaucoup
plus de temps les deux premiers jours, à cause du terrain
détrempé par les fortes pluies de juillet
1981. En conséquence, nous avons raccourci la
troisième étape à 5 h de marche en
allant a Haugastöl
prendre le train pour Finse.
Finse, à 1 200 m
d'altitude, est situé au pied du grand glacier
Hardangerjökulen (environ 100 km2),
et l'on voit de belles langues glacières depuis la terrasse
de l'hôtel.
Jour 5 - La crête du
Hallingskarvet
Partant de l'altitude 1200 m, on atteint à 1 697 m le point
culminant de la randonnée et on redescend à
1 200 m. Traversée du glacier résiduel Storefonn
et de nombreux névés sans difficulté.
Nous y avons vu un troupeau de rennes. Etape de 5 h de marche. Nuit au
chalet-hôtel DNT Geiterygghytta.
Jours 6, 7, 8 - Les gorges d'
Aurlandsdal.
Pendant les deux premlers jours, on remonte à flanc de
montagne à 1400 m pour
éviter une piste tracée au fond de la
vallée lors de l'aménagement
hydroélectrique (dlscret) de
cette vallée. Une belette curieuse esr venue nous inspecter
durant la pause café. Nous mêmes avons longuement
observé un lemming peu soucieux de notre
présence.
L' étape du
troisième jour est particulièrement saisissante.
On côtoie un impétueux torrent qui passe
de l'altltude 800 m à l'altltude 0 en quelques
kilomètres à vol d'oiseeau. On arrive au niveau
de la
mer au fond de l'un des bras du Sognefiord.
Etapes de 3 h, 4 h et 6 heures
de marche. Nuits aux chalets-hôtels privés de
Steinbergdalshytta et "Osterbo", et à l'hôtel
à Aurland.
Le sentier n'arrive pas
à Aurland même, mais à Vassbygdi
d'où un autocar rejoint Aurland en 20 mn plusieurs fois par
]our. Si l'on arrive à Aurland au début de
l'après-midi, on peut prendre le bateau pour Balestrand
et Bergen le jour même sans coucher à Aurland.
Jour 9 - Le Sognefjord.
Pour regagner Bergen, on a le choix entre le train touristique de Flam,
accessible en autocar depuis Aurland, et le bateau. Dans ce dernier
cas, on parcourt d'abord le très beau Sognefjord, un des
plus longs fjords de Norvège (36 km). On longe ensuite la
côte parmi quelques unes des 20 000 îles
norvégiennes.
Jour 10 - Balestrand .
Si l'on rentre à Bergen en bateau, on peut faire escale
à Balestrand, au bord du Sognefjord, pour monter au
Raudmelen (1136 m, sentier balisé). Monter au moins
jusqu'à la cote 650 m. Vue splendide sur le Sogneflord et
ses appendices, le Fjaerlandfjord et l'Esefjord.
Conclusion.
Cette sèche description ne permet pas de rendre compte de
l'austère beauté des paysages, de
l'extraordinaire scintillement des lacs sous un ciel
tourmenté, et des éclairages spectaculaires
donnés par
le soleil toujours bas sur l'horizon à cause de la latitude.
Par ailleurs, le climat n'est
pas toujours aussi sévère qu'on l'a
écrit. En ce qui nous concerne, nous avons eu 5 jours de
très beau temps sur nos 8 jours de marche, et un seul jour
de temps exécrable, mais qui a rendu d'autant plus
agréable le confort des gîtes d'étape.
La Norvège, avec sa
parfaite organisation de gîtes d'étape et de
sentiers
balisés qui, paradoxalement, permet de conserver la
liberté de l'itinéraire, est-elle alors le
paradis du
randonneur ? Pas tout à fait pour les Français,
car il y a pour nous, au moins deux écueils
matériels :
tout d' abord il faut parler anglais, même sommairement;
ensuite, le taux de change ne nous est pas
favorable. Même avec la carte du DNT en poche, il en
coûtait en 1981 entre 130 et 150 F par jour et par
personne, tous repas compns, si l'on fait étape dans un
chalet-hôtel. L'étape en "self service hut " est
plus économlque (70 F envlron par jour et par personne,
nourrlture comprise, toujours en 1981).
En ville, pour ne pas trop
dépenser, il faut choislr les "Pensjonats " ou les nuits
chez l'habltant, moins chers que l'hôtel, ou encore essayer
de trouver une place en auberge de jeunesse (pas de limite
d'âge).
Montagnes de la
Norvège du Sud -
Notre randonnée
| Photos |
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| Nombreux passages
de gués et tourbières |
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|
Spectacle de
l'eau sous toutes ses formes
|
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|
Neige
à 1400 m en plein mois d'août
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| Petits
déjeuners pantagruéliques |
 |
| On
évite quelquefois les gués. |
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Liens
Randonnée
en Norvège
Norwegian
Trekking Association
Backpacking
tours in Northern Sweden.
Aurland,
Flam, Laerdal
Village de Vik
(Sognefjord)
Site de
Francine et Pierre-Jean Cardona,
Rubrique "Photos de voyages", Norvège, région de
Bergen)
Trail
data base.
Bernard Corby
Article paru dans la revue "Randonnée", N° 61, Avril
1982.
Pages personnelles de
Jacqueline et Bernard Corby.
Randonnées pédestres et à ski de fond.
Mis à jour le 17/03/09