Quel frisselis subtil de rubans et de fil sur tant de fronts venus de tous les environs vers la fontaine de miracle et la foire ingénue ! La digue ding dong, clament les liserons célestes du Pardon. Lors s'éventaille sur la place la Bretagne toute, amenée par les routes. Coiffe diverse des collines vertes et des baies natives, coiffe multiple des vallons où dorment les bons vieux sous l'avalanche d'aubépine que la pervenche anime d'yeux : anses, rosaces, clochetons, pavois, brigantines, goémons, latines et queues de poissons. Sous ta guimpe et ta coiffure, ô jouvencelle, on croirait voir un ange entre ses ailes. Chaque village est comme un paon qui fait la roue quand sur la route aboutissant aux clairs binious, vierges et gâs, en un mélange d'arc-en-ciel, viennent parmi la lande et la bruyère du bon miel : garçons à la veste d'azur sur le gilet couleur d'ajonc, douces aux tons de coquillage et de pommier. Au bras de sa fleurie, grise de carillon, le fier promis en broderies semble un immense papillon, tel on en voit dans les féeries. Et l'on a peur, à l'heure du danser qu'ils n'aillent se casser, Naïc et son Yvon, Jose et sa Madeleine, tant ils ont l'air d'être en faïence ou porcelaine. Et l'on a peur encore, malgré les menhirs, sans doute là posés comme des poids jadis en vue de l'avenir, que cette vision si fine ne s'envole, en image frivole, et ne monte tout droit, aux trois coups de midi, faire l'amour en Paradis.
Saint-Pol-Roux |
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