Un ancien
coureur lance de nouvelles accusations sur le dopage Bibliographie
De la « lichette » à la « fléchette », Philippe Boyer décrit toutes les
méthodes de dopage
Article paru dans
l'édition du "Monde" du 11 octobre 2003
CHAMPION, FLIC ET VOYOU » :
Philippe Boyer a été les trois à la fois. Et ne s'en cache pas.
Quadruple champion de France (1983, 1985, 1986 et 1987) et vice-champion du
monde (1985) du kilomètre, le pistard côtoie le professionnalisme en 1988 au
sein de l'équipe sur route Système U du double vainqueur du Tour de France,
Laurent Fignon, et de l'actuel manager de Cofidis, Alain Bondue.
Pensionnaire de l'Institut national des sports (Insep), il fait ses classes
sous les ordres de Daniel Morelon - inamovible entraîneur de l'équipe de
France de vitesse - et entre sur ses conseils, dans la police, en 1982,
comme gardien de la paix, afin de s'aménager du temps pour s'entraîner.
Vingt ans plus tard, le 17 juin 2002, le tribunal de grande instance de
Reims le condamne à deux ans de prison, dont un an ferme, pour une affaire
de trafic de produits stupéfiants.
Champion, flic et voyou est le récit à la première personne de cette
singulière trajectoire du podium au cachot. Philippe Boyer raconte tout. Son
« dépucelage » par un ancien professionnel qui, dans l'atelier du club, lui
apprend à se partager la fesse en quatre et à se tapoter la peau pour se
planter sa première aiguille.
Les
anabolisants, la testostérone, les amphétamines, de la « lichette » pour
faire la route la nuit à la « fléchette », indispensable pour s'entraîner
l'hiver, la cocaïne, ramenée d'un voyage en Colombie et distribuée à
quelques stars des nuits parisiennes. Les tournées dans les pays de l'Est,
pour se casser les dents face aux imbattables pistards de l'ex-RDA.
LE
VOYAGE DE TROP
Les
contrôles antidopage, toujours négatifs. Les conseils aux copains de l'Insep
pour se « préparer » sans se faire prendre. Le coup de téléphone de la
petite amie d'un coureur australien en manque d'amphétamines. Les
allers-retours en Belgique pour tenir les commandes. Et le voyage de trop.
La prison, neuf mois avec les remises de peine, pour trafic de produits
dopants.
« Je ne
suis ni un repenti ni un donneur de leçons. Je m'avance seulement à visage
découvert. (...) Et si l'on peut penser que j'ai fait fausse route, alors
c'est le sport entier qui s'est égaré », écrit Philippe Boyer. Et de résumer
à sa façon sa trajectoire : « C'est grâce à la police que je suis devenu un
champion, c'est à cause du sport que je suis devenu un voyou. »
Le 18
août, le ministère de l'intérieur a décidé de le révoquer de ses fonctions
de gardien de la paix après sa condamnation pour trafic de stupéfiants. A 47
ans, l'homme a les traits tirés, jure en avoir fini avec ses démons
toxicologiques, travaille de nuit et espère être réintégré dans la police.
De préférence à la cellule antidopage de la brigade des stupéfiants de
Paris, pour laquelle il a déjà effectué quelques piges en 2000 et 2001, mais
à qui il reproche de l'avoir lâché lorsqu'il s'est fait coincer, en octobre
2001.
Son
avocat, Ahcen Aggar, un ancien pistard de l'Insep qui débutait sa carrière
quand il la terminait, vient de saisir la commission de recours du Conseil
supérieur de la fonction publique de l'Etat dans le but de contester sa
révocation : « Philippe Boyer n'est pas un délinquant comme les autres. Je
ne demande pas réparation à l'Etat, mais seulement qu'il assume ses
responsabilités, car en permettant à Philippe Boyer de pratiquer le sport à
haut niveau - et de hisser au passage haut les couleurs de la France à
l'étranger - l'Etat l'a en quelque sorte entraîné sur le terrain du dopage
et du trafic, puisqu'ils sont le résultat de son parcours d'athlète de haut
niveau. »
P/
Stéphane Mandard
Accusé de dopage, Roux ne veut pas céder
LOT - SPORT. LE CYCLISTE LOTOIS, LAURENT
ROUX, VIENT DE POURSUIVRE SON EMPLOYEUR AUX PRUD'HOMMES.
LaDepeche.fr
| 16 Décembre 2003 | 00h00
C'est
un homme blessé qui a répondu à nos questions . Laurent Roux, 31 ans, ne
court plus. Suspendu. Mis au ban d'un sport pour lequel il a tout donné,
durant quinze ans. Condamné à quatre ans de suspension à compter du 27 mai
2003 pour dopage aux amphétamines, Lolo ronge son frein : « Si j'avais fait
une connerie, je l'assumerais, crie-t-il. Je préférerais 100 fois m'être
chargé et le savoir que d'avoir rien fait et être dans ma situation ».
Laurent Roux compare son cas à celui du
pilier de l'équipe de France de rugby Pieter de Villiers, contrôlé positif à
la cocaïne : « Comme moi, ça s'était passé hors compétition, comme moi la
présomption d'innocence n'a pas fonctionné ». Mais le pilar parisien
repousse des mêlées quand le grimpeur de Goujounac gère son spleen : «
Depuis 1998, on entend tout et n'importe quoi. Certains coureurs, pris, ont
dit n'importe quoi pour se défendre. Moi, je dis que je n'ai pas pris ce
produit. Je cherche à savoir, je réfléchis dans mon coin. Bientôt, nous
dirons ce que nous savons. Je possède des éléments matériels qui prouvent
mon innocence », lâche Laurent Roux, un brin mystérieux. Et toujours aussi
seul : « ça fait des mois que je n'ai pas reçu un coup de fil des gens du
milieu. A part Rinero ou Dupouey, on m'a complètement lâché ».
L'ancien pro a du se refaire tout seul,
surmonter les épreuves, faire face à sa famille, ses deux enfants. Changer
de vie, vendre sa maison : « Aujourd'hui, je vais bien, assure-t-il. Je ne
suis plus sous antidépresseurs. En mai lors de la sanction de l'UCI
(N.D.L.R. : Union cycliste internationale), je l'ai très mal pris. J'ai été
jugé deux fois pour un même fait ». Alors aujourd'hui, Laurent Roux attaque
devant les tribunaux (lire ci-dessous) à défaut de pouvoir le faire dans les
cols : « Je roule de temps en temps. Malgré les coups de bâton du milieu.
Ils ne comprennent pas qu'ils ont foutu quinze ans d'une vie en l'air. Je
vis cette injustice au quotidien et ça me fait mal ».
Roux s'appuie sur sa famille, son épouse et
les ses deux garçons de 3 et 6 ans: «J'arrive pas à faire mon deuil du vélo.
Je suis au chômage, licencié par l'équipe Flanders en mai. Mais j'irai au
bout, jusqu'à la fin de mes jours. Pour ma conscience».
Laurent Benayoun.
PLUSIEURS RECOURS EN JUSTICE ONT ÉTÉ DÉPOSÉS
PAR LAURENT ROUX
Des attaques judiciaires tout azimuts
Comme dans les pelotons, il attaque sans
cesse. Si la situation n'est pas comparable, Laurent Roux, privé de course,
a décidé d'attaquer sur le terrain judiciaire. Il vient de placer son
employeur, l'équipe Jean Delatour devant le conseil de prud'hommes de
Cahors. L'affaire a été évoquée en novembre et le jugement devrait être
rendu dans le courant du mois prochain.
Il porte essentiellement sur la question de
savoir si un employeur est en droit d'interdire à un sportif professionnel
d'exercer sa profession alors que le fait qui pourrait justifier une telle
mesure n'est pas matériellement établi : « Nous estimons que la suspension à
titre conservatoire, infligée à Laurent, est illégale, affirme Me Ahcen
Aggar, l'avocat parisien du champion lotois. Il y a même eu violation du
secret professionnel et la présomption d'innocence n'a pas été respectée ».
Laurent Roux va même plus loin : « Mon
employeur a continué à me payer en m'interdisant de travailler puisque je ne
pouvais pas m'engager en compétition. J'ai donc disparu de la circulation et
je ne valais plus rien sur le marché ».
Une autre plainte a été déposée contre la
fédération et l'UCI, par le conseil de Laurent Roux, pour violation du
secret professionnel et recel de cette infraction en raison de la
divulgation du contrôle avant même que ne soit pratiquée une analyse de
contrôle, « la confidentialité devant être respectée jusqu'au jour d'une
décision définitive », assure Ahcen Aggar. Laurent Roux a toujours nié avoir
absorbé des amphétamines. Contrôlé par l'UCI, hors compétition, le 28 avril
2002 : « Les amphétamines ne sont pas au nombre des substances pouvant faire
l'objet d'un dépistage hors compétition, note Me Aggar. La fédération a
refusé de prononcer une sanction. L'UCI a fait appel de cette décision
devant le tribunal arbitral du sport ». On connaît la suite, la suspension
pour quatre ans. Autant dire le mot « fin » brandi devant le vainqueur du
Tour de l'Avenir 1 997.
Autre bizarrerie : Laurent est suspendu mais
uniquement à l'étranger ! Quelle équipe va engager un coureur de sa trempe
pour ne l'utiliser qu'en France ?
Personne. Laurent Roux ne peut donc courir et
en est réduit à porter le fer devant les tribunaux plutôt que sur son vélo.
Un comble. Alors Roux et son avocat, en tandem, font le forcing, sur un
autre terrain. Pour que la vérité éclate.
L.B.
Pot Belge : le procès avant la fin de l'année
Justice. Impliqués avec d'autres dans
l'affaire de trafic de pot belge, les frères Roux restent en prison.
Laurent
Benayoun. | 12 Mai 2005 | 15h38

Laurent dort à la maison d'arrêt de
Gradignan, près de Bordeaux, dans une cellule avec cinq codétenus. Fabien
attend à la prison d'Agen. Sauf décision de remise en liberté, demandée par
leur avocat, Me Ahcen Aggar, du barreau du Val d'Oise, les frères Roux
pourraient rester en prison jusqu'au procès de l'affaire dite du pot belge,
prévu (lire ci dessous) avant la fin de l'année.
Visités toutes les semaines par leurs parents
et leurs épouses, les frères Roux se portent comme on se porte quand on est
privé de liberté : « Ils vont avec des hauts et des bas, témoigne Jacques
Roux, le père de Laurent et de Fabien. Ils n'ont pas vu la juge et ne sont
au courant de rien. On essaie de leur remonter le moral ».
Mis en examen pour « détention, offre,
cession et transport de produits stupéfiants » ainsi que pour « cession à un
sportif de produits dopants et « usage de produits stupéfiants », Laurent et
Fabien ne seraient pas passés à table, comme on dit.
Leur avocat le regretterait presque : « Je
trouve que Laurent est trop gentil avec le milieu. Il prend beaucoup de
choses sur lui. Mais si la fédération veut faire du procès le procès du
siècle, nous aurons des arguments. Et si des noms connus doivent être cités,
ils le seront ».
Pour le reste, Me Aggar refuse de dire de ses
clients qu'ils sont des trafiquants : « ce n'est pas l'affaire du cartel de
Medellín, argumente l'avocat. Laurent est tombé dedans parce qu'il a essayé
de soigner lui-même sa dépression. Il cherchait quelque chose qui l'aide à
passer la journée. Il a reconnu l'essentiel des faits ». Pour évoquer
l'histoire de l'ancien champion, qui a conduit Laurent Roux des podiums des
plus grandes épreuves professionnelles à une cellule de prison, Me Aggar
évoque « la dérive. Il a été pris dans un engrenage. On lui a enlevé son
jouet. Aujourd'hui, il a le sentiment de payer pour les autres ».
C'est pour ces raisons que Me Aggar vient de
formuler une nouvelle demande de remise en liberté : « ce n'est pas en
laissant Laurent en détention qu'on règlera les affaires de dopage dans le
vélo. Laurent et Fabien reconnaissent les faits, la consommation. Mais ce ne
sont pas des trafiquants. Ils ont été pris dans un engrenage »,
martèle-t-il.
L'enquête confirmerait un dopage généralisé
dans le milieu cycliste.
20 mises en examen, 7 détenus