
Quatrains de Khayyâm et Ballades de Hâfez

Éditions Actes Sud, collections "Sinbad" et "Babel". Poèmes traduits du persan et présentés par Vincent-Mansour Monteil pour l'édition bilingue.
Vincent-Mansour Monteil, le traducteur, a choisi cent soixante-douze robâ'iyât (quatrains) d'Omar Khayyâm, leur rendant justice dans une version française rimée et rythmée. Pari difficile mais brillamment tenu après une traduction anglaise infidèle de Fitzgerald en 1859 et 1868, qui en a fait la gloire. L'Angleterre victorienne avait soif de poésie convenable et de romantisme. Fitzgerald n'a donc pas hésité à donner des coups de pouce indispensables pour satisfaire les âmes sensibles de l'époque... Ces quatrains sont suivis de neuf ghazal (ballades) de Hâfez de Shirâz, mort en 1389, dont Goethe, dès 1819, dans son Divan d'Occident et d'Orient, a célébré l'immense génie poétique.
Omar Khayyâm, mort en 1132, était un célèbre mathématicien en Orient et un immense poète. Ces quatrains, dans la forme traduite et fidèle, ont pourtant des rimes pauvres et peu nombreuses, avec parfois un éclat qui tranche dans la grisaille. Ce qui n'empêche pas d'entendre la musique traditionnelle de l'Iran et les mêmes thèmes déclinés inlassablement sur le temps qui passe et l'instant qu'il faut saisir, la prédestination à laquelle nul n'échappe, le destin aveugle et sourd, l'absurdité du monde, le vin qu'il chante à merveille et la beauté physique qui sont les seuls recours contre la vieillesse, la mort, le néant, le retour inéluctable à la poussière, la survie dérisoire des morts dans les vases d'argile que le potier modèle avec leur cendre. Ce potier symbolique revient comme un refrain : « Où donc sont-ils passés…, le potier, le marchand et l'acheteur de jarres ? »
Ce vieux poète persan , aux accents parfois déchirants , pose, sans le résoudre, le problème du libre arbitre, de la responsabilité morale, de la souffrance et du mal. Il crie son désespoir vers un Dieu inaccessible, objet de crainte, d'adoration et de prière, auquel il lui arrive de ne pas ménager ses blasphèmes. Mais ce qui domine chez lui, c'est le sentiment aigu de la fuite du temps et de notre impuissance à fixer le bref instant de précaire bonheur. Il est pétri de sentiments contradictoires, jouisseur égoïste, sceptique, pessimiste. Et c'est ce qui le rend si humain, si proche de nous.
Les neuf ballades de Hâfez de Shirâz qui suivent - quatre lyriques, cinq mystiques – plongent le lecteur dans la grâce des images, la musique des mots, les mouvements du cœur humain. Le poète partage son émotion, sa mélancolie, sa joie ou son ironie, dans un style fluide et des images raffinées qui laissent le champ libre à toutes les interprétations.
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Pascale Arguedas
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