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Duong Thu Huong

photo © Pascale Arguedas

 

 

Duong Thu Huong, romancière vietnamienne, nouvelliste et scénariste pour le cinéma, est extrêmement populaire dans son pays. Sa forte personnalité, son courage, son charisme - surtout auprès de la jeunesse – et sa lutte pour la défense des droits de l'homme continuent de lui causer de nombreux déboires sans pour autant altérer sa combativité et sa richesse créative. Considérée comme « le fer de lance de la critique sociale », elle pense que c'est par la plume qu'elle peut convaincre son public de l'importance de la démocratie et de la prise de conscience de ses droits. C'est pourquoi ses oeuvres littéraires sont réputées subversives au Viêt-nam alors qu'à nos yeux, elle représente le renouveau littéraire vietnamien.

Née  en 1947 dans le Nord Viêt-nam d'une mère institutrice et d'un père ingénieur dans la téléphonie mobile, elle reçoit une éducation féodale stricte. Elle dirige à l'âge de vingt ans une troupe d'animation artistique et part comme  « soldat chanteuse » pour le  front de Binh Tri Thien, dans la province de Quang Binh, une des régions les plus bombardées pendant la  guerre du Viêt-nam. Elle y reste une dizaine d'années, jusqu'à la fin de la guerre. Son rôle est de remonter le moral des troupes, de mobiliser l'opinion contre les Américains, de chanter des chants patriotiques naïfs pleins de ferveur et d'évacuer les morts et les blessés.

En 1967, elle est mariée de force à un homme brutal qui ne peut s'empêcher de la battre. «Quand j'étais très jeune, j'ai dû me marier avec un homme qui m'aimait et que je n'aimais pas. Il a mis son fusil sur mon cou, il m'a demandé de l'épouser, sinon il me mettait une balle dans la gorge, il se tuerait ensuite. J'avais peur, j'avais 20 ans, c'était un homme fou amoureux, mon père était loin. Vous savez bien que dans une famille le père est toujours le premier soutien des filles. Mes frères étaient petits, je suis l'aînée, j'ai eu peur de mourir, et je ne pouvais pas m'en sortir. J'ai vécu comme une esclave, une vie végétale, assez longtemps. Après la naissance de deux enfants, j'ai demandé le divorce, mais mon père est intervenu. Il m'a obligée à rester avec cet homme, parce que pour une famille féodale, un divorce c'est salir l'honneur des siens. J'ai dû rester dans ce carcan jusqu'en 1980. » Aujourd'hui elle est divorcée et vit seule. 

Duong Thu Huong commence à écrire des poèmes qui glorifient la Révolution. Elle adhère au Parti communiste, se donne beaucoup, considérant le marxisme comme une solution à l'injustice. Elle dirige une brigade de jeunesse communiste et écrit des articles de presse, des réflexions politiques, des conférences où elle demande l'abolition de la dictature du prolétariat et davantage de démocratie. 

En juillet 1990, elle est exclue de l'Union des écrivains vietnamiens et du Parti communiste, perdant ainsi tous ses droits civiques.  Elle décide d'être écrivain alors qu'enfant, son rêve était d'être championne de ping-pong ou de gymnastique. Battante, elle n'a peur de rien ni de personne et dénonce: «si je veux cracher sur le pouvoir, je n'ai pas le droit de craindre.»

Le 13 avril 1991 à Hanoï, son arrestation et son emprisonnement sans procès déclenchent l'émoi et le soutien d'Amnesty International et de l'Association internationale  d'écrivains (P.E.N).  Elle est libérée sept mois plus tard, apprenant le français pendant sa détention à l'aide d'un dictionnaire, mais interdite de publication au Viêt-nam. Elle ne baisse pas les bras et envoie ses manuscrits aux éditeurs parisiens qui traduisent et publient en français : Roman sans titres en 1992 (Éditions des Femmes), Myosotis en 1998 (Éditions Philippe Picquier).

Dans ses romans, elle dénonce le système totalitaire, la politique de la République socialiste du Viêt-nam, la réforme agraire des années cinquante, l'effritement du statut d'intellectuel sous le pouvoir communiste et le conflit entre l'état et l'individu. La toile de fond de ses écrits est souvent assombrie par la guerre, les camps, la misère, mais toujours respectueuse pour l'individu, sa liberté, sa responsabilité. Elle alimente sa prose de dictons, de coutumes mais aussi de « lois » ancestrales, anachroniques, de préjugés absurdes qui sont autant d'entraves individuelles ou (et) collectives. Enfin, un véritable hymne à l'amour parcourt ses pages bouleversantes d'humanité où les destinées sont ballottées, bafouées, mais toujours combattantes, débordantes d'une énergie qui n'aspire qu'à la paix malgré les douleurs et le désespoir. Le lyrisme des voix et les odeurs de l'enfance transportent au-delà des frontières. Lire un des romans de Duong Thu Huong, c'est partir pour un voyage dont on revient différent.

Duong Thu Huong est traduite en français, en allemand et en anglais. À ce jour, elle est le seul écrivain vietnamien dont l'œuvre a été intégralement traduite en français. Son style est fluide, éblouissant, d'une grande beauté ! On ne peut que se réjouir de l'excellente traduction de Phan Huy Duong.

Après avoir vécu en résidence surveillée à Hanoï où «Elle se déplace comme elle veut, mais elle a deux policiers en permanence devant chez elle, jour et nuit, qui interpellent ses visiteurs, rapportent ses conversations. Elle ne peut pas avoir de vie privée», précisait son traducteur Phan Huy Duong, elle vit depuis 2006 à Paris.

 

 

Bibliographie en traduction française  :

1991 : Histoire d'amour racontée avant l'aube, Éditions de l'Aube.

1991 : Paradis aveugles, Éditions des Femmes.

1992 : Roman sans titre, Éditions des Femmes.

1996 : Au-delà des illusions,  Éditions Philippe Picquier.

1998 : Myosotis, Éditions Philippe Picquier.

2006 : Terre des oublis, Éditions Sabine Wespieser.

2007 : Itinéraire d'enfance, Éditions Sabine Wespieser.

2008 : Oeuvres, Éditions Robert Laffont, collection "Bouquins".

2009 : Au zénith, Éditions Sabine Wespieser.

 

 


 

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