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Entretien avec Christian Garcin réalisé par Pascale Arguedas, par mail, en janvier 2006
Christian, bonjour
photo © C. Hellie Bonjour, Pascale
Vous êtes un écrivain que j'aime qualifier de curieux. Vous voulez dire un écrivain curieux, ou un curieux écrivain ?
Les deux. Vous ne vous contentez pas d'une forme littéraire. Vous fouillez, creusez, dépassez les frontières formelles de l'écriture en présentant une bibliographie variée. Vous vous intéressez à beaucoup de choses, notamment aux arts, peinture, cinéma, musique — des univers qui me touchent. Pourquoi une telle diversité ? Un besoin d'expression particulier, des limites toujours nouvelles à dépasser ? Ce qui est certain, c'est que je ne me sens pas vraiment lié à une forme ou à un genre. Si la dynamique de la narration m'entraîne vers le roman, ou la nouvelle, c'est très bien. Si d'aventure elle m'entraîne ailleurs, peu importe, je ne vais pas contorsionner mon texte pour pouvoir l'installer dans un tiroir générique prédéfini. C'est ainsi que Sortilège n'est pas tout à fait un roman, ni une nouvelle — peut-être un récit (encore que le terme « récit » possède une connotation de « vécu » qui ne convient pas ici). Piero n'est pas un essai, ni une biographie, ni une fiction, mais à mi-chemin entre les trois. J'ai grandi, je ne sais pas précisément ce que c'est : une chronique ?. Les Lexique 1 et 2, non plus (si : ce sont des lexiques, mais ce n'est pas un « genre »). Vidas et Vies volées ont été écrits sans me soucier du tiroir dans lesquels on les caserait. J'ai su ensuite qu'il y avait un genre qui s'appelait « fictions biographiques ». Ce sont donc des fictions biographiques. Bon. Finalement, il y a quatre ou cinq romans, trois ou quatre recueils de nouvelles, deux de poèmes, un livre d'essais, ou de lectures (vous voyez, j'ai du mal à le définir), et tout le reste, c'est-à-dire à peu près autant, est mal identifié. Rien de planifié là-dedans : mon intention n'est pas de « dépasser des limites », mais tout simplement de faire ce que bon me semble au moment où ça me semble bon. Si les tiroirs adéquats n'existent pas, tant pis. Quant au reste, les arts, la peinture, le cinéma, il serait sans doute aléatoire d'en parler de manière trop générale. Disons que je fréquente depuis longtemps le monde des arts, et notamment de la peinture. J'ai quelques amis peintres. Je connais assez bien le cinéma... Le geste artistique, qu'il soit celui du peintre, du cinéaste ou de l'écrivain, représente tout ce qui me nourrit. J'aime cette médiation-là de l'esprit en butte à l'énigme du monde, c'est dans cette démarche que je me reconnais.
Vous êtes publié dans un grand nombre de maisons d'éditions, des petites aux très grandes. Est-ce un choix délibéré ? Pas vraiment. Mon premier éditeur, chronologiquement, a été Gallimard, ensuite ça a été le hasard des rencontres, et des circonstances. Après la parution de Vidas, François-Marie Deyrolle m'avait passé commande d'un livre bâti sur le même principe. Les épreuves ont été corrigées, le contrat signé, ensuite de quoi les éditions Deyrolle ont eu des problèmes financiers. Nous avons attendu un ou deux ans, mais il a fini par fermer boutique. Le livre s'est retrouvé par hasard chez Climats (il s'agit de Vies volées), mais Deyrolle l'avait aussi envoyé à Claude Rouquet, de l'Escampette, qui était d'accord pour le publier. Il m'a téléphoné un peu après le directeur de Climats, à qui j'avais déjà dit oui. Je n'ai jamais vraiment eu de contact avec Climats, mais c'est ainsi que j'ai connu l'Escampette, qui m'a demandé de lui envoyer autre chose, et avec qui je suis resté en relation très amicale. C'est de cette manière que je fonctionne : à l'intérieur de réseaux d'amitié ou de camaraderie, exclusivement. Que ce soit JB Pontalis chez Gallimard, Claude Rouquet chez L'Escampette, Patrick Beaune chez Champ Vallon ou Gérard Bobilier chez Verdier, mes éditeurs sont des amis, ou des camarades. Ensuite j'ai réparti mes livres de manière plus ou moins systématique : romans chez Gallimard, nouvelles chez Champ Vallon et Verdier, poèmes et textes, disons, « inclassables », chez l'Escampette. Plus des commandes, donc des livres isolés, chez Flohic ou Théodore Balmoral.
Plusieurs thèmes reviennent : les espaces confinés, l'absence, le vide, la rupture, le silence, la fuite, les petits riens, l'imagination, les arts, la philosophie chinoise et bien sûr la littérature. Commençons par cette fameuse grotte qui symbolise tous ces espaces retirés et caverneux que vous campez souvent. Vous en dévoilez peut-être l'origine dans J'ai grandi. Mais est-ce vraiment si simple de tout mettre sur le dos de cette histoire de chambre grise sans fenêtre ? N'est-ce pas plutôt une pirouette d'écrivain pour rester secret ? Les thèmes, vous savez... Comme disait Borges, ce n'est pas vraiment moi qui les choisis : ce sont plutôt eux qui me choisissent. Pour un écrivain, on appelle les motifs récurrents des « thèmes », parce que d'une certaine manière ils deviennent un matériau dont il fait œuvre, alors que pour d'autres, ce seraient simplement des « obsessions », voire des « névroses »... C'est pourtant à peu près la même chose. Mais une fois qu'on aura dit qu'il peut y avoir parfois, par exemple, des grottes ou des terriers dans certains de mes textes, qu'on aura remarqué qu'il y en a aussi, par exemple, chez Kafka, Dostoievski, Murakami, et d'autres, qu'on aura dit que cela peut signifier ceci ou symboliser cela, on ne sera pas plus avancé. L'important pour moi, c'est plutôt de me dépatouiller avec ces choses-là vers lesquelles s'oriente parfois le récit. La signification, je ne la connais pas, et pour tout dire ça m'est un peu égal. Je me refuse à psychologiser ce que j'écris. Je l'écris, ça me suffit... Pour ce qui concerne la fin de votre question, disons qu'en écrivant les premières lignes du premier texte de J'ai grandi, je me suis rendu compte de la relation qu'il y avait sans doute entre cette chambre d'enfance et les grottes ou terriers de certains de mes livres, et plus généralement avec mon goût personnel pour les cellules de moine ou les chambres closes, obscures, fraîches, studieuses. C'est peut-être un peu simple, en effet, mais auparavant je n'y avais jamais songé, c'est pourquoi je l'ai spontanément écrit.
Est-il est plus facile d'écrire sur ce qui ne se voit pas ou est-ce une de vos questions existentielles ? « L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible », disait Klee. C'est là ce qui m'importe et que j'essaie, modestement, de faire. Cela ne signifie pas pour autant parler de choses invraisemblables : la complexité des sentiments, la puissance des non-dits, des scènes entraperçues, du passé non révélé, tout cela ne se voit pas. Il peut y avoir aussi d'autres portes de l'imaginaire que j'essaie d'ouvrir parfois, quitte à frôler l'extravagance, en restant dans tous les cas persuadé que la réalité vraiment vécue ne se limite pas à ce qu'en perçoivent les sens.
L'absence et ses disparitions, réelles ou imaginaires, vous attirent. Vos silences d'écrivain font un boucan du diable, remuent le lecteur, l'obligent à rentrer lui aussi dans une zone de perturbations avec ses éternelles questions sur le sens des choses, de la vie, de la mort, de l'être et du paraître. L'harmonie se dessine parfois au bout du tunnel, mais on revient toujours chamboulé à vous lire. Que cherchez-vous à nous transmettre ? Rien. Ou tout, ce qui revient au même. Ça a l'air d'être une pirouette, mais ça n'en est pas une. A priori je ne cherche rien à transmettre à autrui, car pour moi écrire est une activité solitaire, exclusivement tournée vers l'intérieur. Il m'est impossible de penser à cette entité abstraite que serait « le lecteur ». Mais il n'empêche qu'en écrivant, je lui transmets tout ce que j'ai mis dans ce que j'écris. Et en taisant certains aspects de ce que je raconte, je lui laisse le soin de partager un peu plus qu'une simple intrigue ou un simple exposé de faits. C'est essentiel, de ménager un espace au lecteur. De ne pas tout lui révéler. De lui laisser une porte de sortie, une serrure à ouvrir par lui-même. Pour moi, en tant que lecteur, en tout cas, c'est ce que j'aime. Ces questions, disons, métaphysiques, relatives à la vie, la mort, le temps, la disparition, la mémoire, si on ne se les pose pas de temps en temps, on n'est bon qu'à s'agiter plus ou moins mécaniquement en attendant la fin, non ?
Vous m'avez dit : « Le Lexique, ça s'accumule au fil des mois et des années, pas vraiment l'impression d'écrire. Et J'ai grandi, pendant que je l'écrivais, je disais que je n'écrivais pas. Sans doute parce que ce n'était pas de la fiction. » Expliquez-nous cet enjeu crucial qu'est la fiction pour vous. J'aime le mensonge, la fiction, le faux — bref, la littérature. Je ne crois pas une seconde à la sincérité des écrivains, surtout si elle s'affiche comme telle. Les autobiographies et autre cris du cœur sont le plus souvent des fictions extrêmement maîtrisées. C'est à travers la fiction qu'un romancier se met à jour, disait Conrad — et il faut entendre cela dans le sens de « se révèle à lui-même ». Quant à moi, j'ai besoin d'inventer, c'est-à-dire de « trouver » (selon le sens ancien de ce verbe), de la fiction pour me trouver moi-même.
Ceci nous amène naturellement à l'univers kafkaïen et borgésien que l'on retrouve dans vos livres. Vous avez consacré à Borges un essai et une traduction. Pourquoi une telle imprégnation, une telle admiration ? Un jour on m'a demandé quel était pour moi l'écrivain le plus important du siècle (c'est-à-dire du siècle précédent). J'avais indiqué qu'il fallait qu'on précise le sens de la question. Car si je devais parler de l'écrivain qui m'était le plus proche, il s'agissait incontestablement de Franz Kafka : j'ai, ou je crois avoir, avec lui et son œuvre une relation d'intimité, de proximité, que je n'ai avec aucun autre écrivain — et finalement assez peu d'êtres humains. La réponse eût sans doute été différente si, quittant le champ de l'intime, la question avait été de savoir quel était pour moi l'écrivain, disons, « indépassable ». Il m'aurait fallu parler alors de celui en qui s'est incarné un peu avant 1930 le souffle du roman qui venait de déserter la vieille Europe ravagée par une guerre effroyable, et bientôt par une autre, à savoir William Faulkner. Mais la réponse eût encore été autre si la question avait été de savoir quel était pour moi « l'écrivain-référence ». Roland Barthes disait de Proust que son œuvre était pour lui « l'œuvre de référence, la mathésis générale, le mandala de toute la cosmogonie littéraire. » « Proust, continuait-il, c'est ce qui me vient, pas ce que j'appelle ; ce n'est pas une " autorité ", simplement un souvenir circulaire. » C'est à peu près exactement ce que je pourrais dire au sujet de Borges, vers qui j'ai infiniment de mal à ne pas revenir dès que je me mets à parler de littérature, ou à tenter de réfléchir sur la littérature. Car sur la littérature, il me semble qu'il a tout dit ou presque. En outre, son œuvre est d'une incroyable richesse, que chaque lecture renouvelle.
Lisez-vous vos contemporains ? Si oui, lesquels ? La notion de contemporanéité en littérature me semble être un peu biaisée. Le fait qu'un écrivain soit vivant en même temps que moi ne me le rend pas a priori plus proche, ni plus intéressant qu'un autre qui serait mort depuis dix ans ou dix siècles. Mais j'entends le sens de votre question : non, je ne lis pas que les grands auteurs du passé ; je lis aussi les auteurs obscurs du passé. Sans plaisanter, oui, je lis parfois mes contemporains, de France et d'ailleurs. J'ai pas mal d'amis écrivains, d'abord, poètes ou prosateurs, qui bâtissent des œuvres extrêmement diverses et variées, que bien entendu je lis : d'Antoine Volodine à Pierre Autin-Grenier en passant par Thierry Hesse, JB Pontalis, Christophe Fourvel, Pierre Michon, Jean-Luc Sarré, Eric Faye, Jean-Benoît Puech ou Gilles Ortlieb, et j'en oublie. Ça fait déjà une bonne petite bibliothèque. Parmi ceux que je ne connais pas personnellement, ou assez peu, je trouve très intéressants l'univers romanesque d'Alain Fleischer ou les « systèmes littéraires », disons, que bâtissent Pascal Quignard ou Pierre Bergounioux. À l'étranger, je pourrais citer, entre autres, Haruki Murakami, Javier Marías, Mo Yan, ou Lobo Antunes. Mais je me méfie des listes, elles sont par essence incomplètes, et peut-être même infinies. Car il faudrait aussi parler de tous ceux dont je n'ai lu qu'un ou deux livres qui m'ont durablement marqué, or ils sont très nombreux : pour n'en citer qu'un, Ferenc Karinthy avec son Epépé, par exemple. Ah, zut, il est mort. Mais encore une fois, qu'ils soient morts ou vivants, que m'importe? Thomas Bernhard ou Franz Kafka sont plus mes contemporains, c'est-à-dire qu'ils disent plus de choses sur notre monde et me disent plus de choses sur moi, que nombre d'écrivains vivants.
Vous dites, dans Labyrinthes et Cie : « Car il s'agit bien, à travers cette force qu'est la littérature, et ce matériau solide et mouvant qu'est la langue de la littérature, de résister aux totalitarismes : non pas tant aujourd'hui, en Europe du moins, au totalitarisme politique tel qu'il sévissait autrefois, mais peut-être à une autre forme de totalitarisme, plus pernicieuse, plus sournoise, un totalitarisme soft et gélatineux, selon l'expression de Claudio Magris, une idéologie molle promue par le pouvoir des media et ce vecteur anesthésiant qu'elle la langue formatée des publicitaires, des lofteurs et des mauvais téléfilms. » Écrire serait donc la lutte finale contre toutes les dictatures, la fameuse stratégie du contournement pour obtenir ce que l'on cherche ? Disons que l'art et la littérature s'apparentent de plus en plus à une forme de résistance intérieure, ou plus exactement de dissidence, face à l'ordre du monde qu'on nous propose et nous impose. Encore que, en ce qui concerne la littérature, tout dépend à la fois de qui la lit, et surtout de ce qu'on lit. Je précise que je ne suis pas de ceux qui se lamentent sur le fait que les gens, et surtout les jeunes gens, ne lisent plus. Lire, en soi, n'a strictement aucune valeur. Il y a de parfaits imbéciles qui lisent abondamment de parfaites imbécillités. Mais si l'on cherche non pas à se conforter dans ce que l'on est déjà, mais à se hisser un peu au-dessus de soi (ce qui n'est pas très à la mode en ces temps de « be yourself »), disons que la littérature peut aider à cela, et permettre à chacun de modifier un peu son angle de vision. C'est cela qui est important. Je ne crois pas que la littérature puisse changer le monde. Mais à l'occasion, elle peut modifier la perception que chacun a du monde, ce n'est déjà pas mal. Ce n'est d'ailleurs pas l'apanage de la littérature : ce peut être l'art en général, bien entendu, ou bien, à un certain niveau, la science. L'essentiel est de faire l'expérience de « ce petit frisson dans quelque région de la pensée ou de l'émotion », comme disait Nabokov.
Vous lire est un voyage en plusieurs dimensions, personnel et universel. Vous explorez inlassablement les frontières, leurs porosités, la complexité des émotions et le manque. Se laisser absorber par le temps présent et ne pas chercher à en maîtriser le cours. La porosité que vous évoquez, et le fait de se laisser, non pas absorber, mais plutôt traverser par la réalité, en épouser les contours, afin de mieux la maîtriser, me rappelle le wu wei des taoïstes, le « non-agir », qui n'est pas abandon mais maîtrise différée. Certains de mes personnages agissent ainsi : plutôt que de foncer tête baissée contre le mur, forcément indestructible, de la réalité, ils préfèrent se laisser traverser par elle, la contourner et profiter de sa force pour mieux la maîtriser. C'est le principe de certains arts martiaux.
Pointent derrière vos livres une vision désillusionnée, un certain pessimisme. Si je vous traite de joyeux sceptique — car vous avez beaucoup d'humour, comment le prenez-vous ? Il y a dans le deuxième Lexique la mention d'un hebdomadaire qui indiquait que la gauche s'identifiait à son « scepticisme optimiste ». J'en concluais qu'il restait donc à trouver une place pour les « sceptiques pessimistes », qui pour autant ne sont pas « de droite ». C'est plutôt là que je me situerais, s'il faut me situer — l'humour et le pessimisme sceptique n'étant évidemment pas antinomiques, bien au contraire. Ils sont même complémentaires.
Pourquoi écrivez-vous, que cherchez-vous ? Est-ce une forme personnelle d'engagement, votre manière de lire le monde qui ne vous sied pas souvent ? J'imagine que j'ai commencé à écrire pour tracer un territoire, me dire à moi-même, puis aux autres, où se trouvait mon véritable monde, et dessiner ainsi un portrait de moi que j'estimais plus conforme à ce que j'étais que celui que je donnais à voir journellement. Mais vous savez, la question du « pourquoi » revient invariablement, et invariablement on répond qu'au fond, on n'en sait rien. J'aimerais citer Pérec, qui disait: « de la succession de mes livres naît pour moi le sentiment, parfois réconfortant, parfois inconfortable(...), qu'ils parcourent un chemin, balisent un espace, jalonnent un itinéraire tâtonnant, décrivent point par point les étapes d'une recherche dont je ne saurais dire le « pourquoi » mais seulement le « comment » : je sens confusément que les livres que j'ai écrits s'inscrivent, prennent leur sens dans une image globale que je me fais de la littérature, mais il me semble que je ne pourrai jamais saisir précisément cette image, qu'elle est pour moi un au-delà de l'écriture, un « pourquoi j'écris » auquel je ne peux répondre qu'en écrivant, différant sans cesse l'instant même où, cessant d'écrire, cette image deviendrait visible, comme un puzzle inexorablement achevé. » Voilà, je me range à peu près exactement à cela. J'ajouterais qu'écrire, c'est sans doute une manière de se penser soi-même face au monde, et par là-même, peut-être, de dire un fragment du monde. C'est aussi le besoin de se confronter à des problèmes de fond, de forme, de structure, tenter d'organiser un certain désordre, restituer l'inconnu qui est en nous au moyen du connu. Cela concerne évidemment toutes les formes d'art. J'ai cité tout à l'heure Paul Klee : « L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible ». Dit différemment, c'est aussi « tenter de donner à la réalité les éclats confus de l'imaginaire » (Malraux). C'est cela qui m'importe.
Des questions, des portes à pousser, voilà l'effet que vous produisez sur vos lecteurs. Je suis ravie d'inverser les rôles aujourd'hui. Quel effet ça fait ? Je n'ai pas l'impression d'en poser tant que cela... D'ouvrir quelques portes parfois, oui, peut-être. De laisser chacun les franchir ou non, et s'interroger à sa guise. Je l'espère en tout cas. Dans le cadre d'un entretien, comme ici, c'est pour moi un vrai travail, pas désagréable, et sans nul doute profitable.
Merci Christian et à bientôt. À bientôt Pascale, et merci.
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