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Entretien avec J-B. Pontalis réalisé par Pascale Arguedas en octobre 2006 à Paris

 

J-B bonjour !

photo © J. Sassier

 

Bonjour Pascale !

 

 

Jean-Bertrand Pontalis, vous êtes une figure marquante de la vie intellectuelle, littéraire, psychanalytique de notre demi-siècle. Éveilleur de conscience, vous vous tenez aux frontières, publiez des livres sans franche distinction de genres où vous réconciliez vos deux passions : la psychanalyse et la littérature. Rarement psychanalyste n'a parlé de manière aussi limpide de son métier et aussi simplement de ses sentiments.

 

 

À vingt-neuf ans, agrégé et professeur de philosophie, vous décidez de devenir analyste. Pourquoi une telle remise en question ?

J’avais connu des copains en hypokhâgne qui, pour des raisons sans doute névrotiques, avaient été en analyse sur le divan de Lacan. J’avais donc une certaine curiosité. Je ne me sentais pas, à tort, névrosé, en tout cas pas souffrant. Je me demandais ce qu’on pouvait bien raconter des années durant sur un divan. Mais j’avais le sentiment d’être trop à l’aise dans mon métier de professeur. Les choses que je ne connaissais pas, j’étais capable d’en parler grâce à la rhétorique qu’on apprend beaucoup pour passer l’agrégation. Je me suis dit qu’il devait y avoir autre chose, un autre usage du langage, de la parole, comme le dit Nathalie Sarraute, que celui d’une apparente maîtrise où rien de soi au fond ne passait. Et puis, je ne m’en suis pas rendu compte au commencement mais c’est après coup que ça m’est venu, une de mes élèves m’a dit : « Vos cours sont très bien, intéressants, mais on a l’impression que vous n’y croyez pas. » Elle a touché juste, je n’habitais pas mes mots, je n’étais pas dans ce que je disais. D’où l’idée qu’il y avait sûrement un lieu où un autre usage de la parole pouvait s’accomplir. J’ai donc fait une demande auprès de la Société psychanalytique de Paris qui était la seule à l’époque, en 53, à entreprendre ce qu’on appelait une analyse didactique, c’est-à-dire, si tout se passait bien, vous permettrait plus tard de devenir analyste à votre tour. J’ai été admis. Je me suis retrouvé ensuite sur le divan de Lacan et me suis rendu compte peu à peu que ce n’était pas le seul intérêt intellectuel qui m’avait motivé.

 

 

Aujourd’hui, vous partagez votre temps entre l’analyse, l’édition, l’écriture et la lecture. Vous êtes un homme occupé, sur des terrains différents, par un même objet : les mots. Entre l’oral et l’écrit, cette activité professionnelle diversifiée vous aide-t-elle à tendre vers un équilibre personnel ?

Oui, c’est une complémentarité et j’en ai besoin. Les choses sont venues peu à peu. Ce qui m’intéresse, surtout depuis la collection L’un et l’autre, c’est de travailler avec l’auteur, de l’aider à trouver la forme la plus accomplie par rapport à ce qu’il veut exprimer. Ce qui m’a beaucoup intéressé aussi pendant les vingt cinq années où j’ai animé la Nouvelle revue de psychanalyse, ce sont les jeunes collègues qui n’avaient jamais écrit. Les engager à le faire parce que je sentais qu’ils avaient quelque chose à dire et qu’ils se sentaient incapables d’écrire, leur permettre d’énoncer ce qu’ils portent plus ou moins confusément en eux. C’est autre chose que de recevoir et juger des manuscrits pour conclure : je prends/je ne prends pas. Et c’est important pour l’équilibre quand on pratique comme je l’ai fait l’analyse à plein régime, où une relation très particulière s’institue, où tout ce qui vient de l’extérieur est mis entre parenthèses. Car l’analyse c’est quelque chose de très intime et singulier qui se passe entre deux inconnus qui n’ont pas la même histoire, la même langue, la même souffrance, le même milieu social. Ils n’ont apparemment rien en commun si ce n’est qu’ils sont humains et va apparaître peu à peu la part inconnue de chacun. C’est un peu comme la lecture ou l’écriture...

 

 

... la suite dans :

 

à paraître le 17 mai 2010 aux éditions Alphabet de l'espace

 

 

Lire le dossier sur J-B Pontalis.

 

Entretien réalisé en octobre 2006 à Paris.

 

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