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Besoin de vélo


 

 

Éditions Seuil, collections "Besoin de..." et "Points".

 

Besoin de vélo c’est délicieux, drôle et poétique, plein de charme. Une philosophie contagieuse, une tendresse grave cachée sous la fantaisie et le plaisir du style, un havre de plaisir à offrir aux amis qui savent apprécier le fruit de l’effort et la beauté d’une plume. Besoin de vélo, c’est une série de délicieux petits textes, souvenirs, anecdotes, aléas et rêves, mésaventures et découvertes, souffrances aiguës et lubies tenaces, randonnées miraculeuses et réflexions pointues sur l'évolution technique et sur la mentalité des coureurs. Un beau mariage entre la passion des mots et le vélo. Une déclaration d’amour à une merveilleuse maladie. Une explication de texte sensorielle sur la genèse d’une pratique qui passe les générations. Une plume qui jaillit encore et toujours au détour de phrases courtes, rares et intenses, rythmées et musicales, quand la route fume encore de l’orage et que de la terre monte la grosse senteur du monde.

Le vélo, c’est une vie suspendue, le grain de la route, le paysage dans la tête, une technique qui a l’élégance de dissimuler sa sophistication. On le sait, Paul Fournel est un cycliste, un vrai, qui aime croiser littérature et sport, métier et passion. Dans Les Athlètes dans leur tête, on naviguait entre L’Équipe et l’art d’écrire. Dans l’originale et savoureuse collection Besoin de... au Seuil (cf. Gilles Lapouge, H. Hamon, J-N. Blanc, Y. Le Men) où l’auteur a toute liberté de dire sa passion et d’en narrer les racines, Paul Fournel dépeint et communique sa pratique du vélo : « De ce miracle je ne me suis jamais remis. Savoir nager ne m’a pas autrement ému et il n’y a guère que savoir lire qui ait égalé en intensité mon savoir-pédaler. À quelques mois d’intervalle j’appris donc, dans cet ordre, à faire du vélo et à lire. Au Noël de mes cinq ans j’étais un homme fait : je savais mon travail et mon loisir. » Que l’on soit amoureux de la petite reine ou pas, plonger dans ce livre, c’est se caler dans sa roue et le suivre dans un très beau voyage sensoriel. Paul Fournel a la juste vitesse du regard, celle de l’écrivain-pédaleur qui filtre et déjà fait le tri, à la bonne allure, sur un bon rythme, partageant dans un florilège de petits textes savoureux un art d’être, un art de vivre et l’art passionnant de marier les bons mots.

Vélo violent, Besoin d’air, Pédaler en dedans, Sur le Tour de France 1996. Quatre étapes, quatre chapitres d’un Besoin de vélo jonché de chutes initiatiques savoureuses, du bonheur de se tirer la bourre comme des galopins, de voyages entre amis, de routes buissonnières, de solitude réparatrice, de vitesse, de compétition et de suivi journalistique. La vie est « peuplée d’ombres que le soleil étire sur le grain des routes ». Celle du cycliste, d’amitié, de régal, de beautés, de souffrances bienfaisantes « quand la fatigue s’est assise sur mon porte-bagages », de plaisir du partage, de ressentis, de senteurs, de chaleur et de pluie, de liberté et de connaissance, et enfin, d’appropriation : « La montagne qui se dresse devant moi n’est pas une montagne, elle est d’abord une côte à gravir, une épreuve, un doute, une inquiétude, parfois. Au sommet, elle est une conquête, une légèreté. Je l’ai prise et elle est à moi. »

Dès l’enfance, dès le premier lâcher de selle et du premier coup de pédale libre, c’est tout un monde qui s’ouvre soudain à ce gosse de neuf ans qui suit les mollets de son Papa fondu de vélo. Un monde grand, un espace d’évasion intime et secret, un langage qu’il mettra toute une vie à assimiler, heureux d’entrer en douce, comme on entre en religion, dans le fabuleux « clan édénique des moelleux ». Le vélo de Paul Fournel, c’est toute une histoire, un poème, une vie, une légende, une lutte et un débat entre la machine et le corps, entre la mécanique bien huilée des pédaliers et celle parfois grippée des neurones et des mollets, une technicité partagée en toute amitié. Le souffle du temps et du monde plane alors sur le vaste paysage dans lequel il se glisse avec élégance, fendant l’air pour trouver le juste équilibre, la juste forme, la rondeur métaphorique de se sentir bien et vivant.

Prix Sport-Scriptum 2001, Prix Louis Nucéra 2002.

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur Paul Fournel.