
Stupeur et tremblement

Éditions Livre de poche
Amélie Nothomb
nous fait pénétrer dans l'univers hiérarchisé
d'une grande entreprise nippone, la compagnie Yumimoto, où
elle espère bien pouvoir faire ses preuves dans ce pays
qui la fascine tant depuis qu'elle y a séjourné
enfant. La jeune Européenne, embauchée comme interprète,
peu au fait de l'hyper susceptibilité nippone, commet gaffe
sur gaffe, ce qui va la précipiter dans une foudroyante
chute sociale qui ne réussira pourtant pas à lui
faire « perdre la face ». La jeune femme désœuvrée
prendra un plaisir pervers et délicieux à tenter
de surmonter l'ennui des tâches de plus en plus futiles
que sa supérieure hiérarchique, une beauté
japonaise au cœur de pierre, lui confie avec condescendance.
Après avoir échoué à la comptabilité,
où elle devait vérifier les notes de frais des voyages
d'affaires, on l'oblige à se pencher sur les traces d'une
autre sorte de transit en l'affectant aux toilettes. « Dame
Pipi » pendant sept mois, la brillante diplômée
songe à se défenestrer et s'étonne que le
suicide - qui atteint pourtant dans ce pays un taux record - ne
soit pas plus fréquent, surtout parmi les Japonaises. Une
place de choix qui favorise la pratique des commandements nippons
: humilité dans la tâche, exécution fidèle
et lobotomisation cérébrale. Cependant, ayant signé
un contrat pour un an, la jeune occidentale n'entend pas se laisser
abattre.
L’auteur décortique un à un les codes de la
société japonaise : la négation de l'individualité,
le respect de la pyramide patronale, la soumission de la femme. Les humiliations deviennent des défis, les brimades le
moyen de faire travailler ses neurones. Le tout un bon roman,
truffé d'absurde et de surréalisme, au vocabulaire
recherché. Une analyse incisive et croustillante des conditions
de travail au pays du soleil levant. Le titre de ce roman vient de l'ancien protocole impérial
stipulant qu'on s'adressera à l'Empereur avec « stupeur
et tremblements ».
Pascale Arguedas