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Elles


 

 

Éditions Gallimard, collection "Blanche".

 

Comme annoncé dans l’interview qu’il m’avait accordée l’année dernière, J-B Pontalis tient ses promesses littéraires et nous parlent aujourd’hui de « ses » femmes. Fatales car insaisissables alors que «les hommes se vantent de les "prendre"» elles sont séduisantes ou séductrices, réelles ou imaginaires, magnifiquement présentes dans leurs diversités et ces courts récits qui se font écho. Le philosophe, l’homme au grand cœur, l’analyste, le grand lecteur, tentent d’approcher le secret de l’éternel féminin, son art du glissement, de la dérobade, de l’échappée belle. Elles sont toutes le bonheur et la douleur d’aimer. Quelle délicieuse lecture de les voir lui filer entre les doigts !

J-B Pontalis navigue toujours entre ses lectures, peintures, films, anecdotes autobiographiques ou issues de son vécu d’analyste pour brouiller les frontières entre le je et le il, et continue de nous charmer par sa sincérité. Attirée par la douce et mystérieuse mélancolie des femmes, il cherche à comprendre les choses de l’amour, le passage du désir à l’amour, le distinguant de la passion exacerbée accompagnée de suspicion et de jalousie qui «exige la possession de l’autre tout en la sachant impossible et elle ignore en retour qu’elle fait de vous un possédé.» L’amour n’est pas réaliste, toujours surestimé, on le sait à force de le fréquenter, mais quand même, «quelle chance que les femmes ne soient pas faites comme nous, les hommes !» Parce que nos attentes ne peuvent se rencontrer pleinement, nous nous attirons, sans pour autant communier sauf dans l’intensité de la jouissance partagée. En une série de portraits, de scènes amoureuses, isolées, en couple voire plus, réelles, inventées, déguisées, rêvées, picturales (attirance charnelle des nus féminins des belles endormies), psychanalytiques (dont les «femmes de Freud»), littéraires (et la délicieuse Mademoiselle Albertine), ou de constatations désolées (le premier rendez-vous manqué avec sa mère), de souvenirs émouvants et reconnaissants (les carnets hérités de son vieux professeur défunt), J-B Pontalis nous invite à une promenade sensuelle à travers les méandres de l’âme féminine. Intouchable par son essence même, le jeu en valait la chandelle, l’écriture une belle lecture car J-B Pontalis se fait un drôle de cinéma ! Quel bonheur d’entendre sa voix reconnaissable et délectable, d’emboîter les pas de son intelligence fine au service des complexités humaines ! Même si pointe la peur de la mort qui le glace de chagrin car, avançant dans l’âge, elle rode d’un peu trop près et le pousse à s’interroger (je pense au vers mémorable de Phèdre: «Est-ce un si grand malheur que de cesser de vivre ?»), J-B Pontalis nous offre un moment plein de tendresse, de chaleur, d’humour discret et d’amour pour Elles. Pour eux aussi. Pour nous, en somme, mine de rien. Merci, donc, même si je transforme le elle de la fin qui va suivre en nous, conformément au droit d’appropriation du lecteur : «Je me refuse à penser que ce moment de grâce soit éphémère, je le voudrais intemporel. Pour un peu j’aurais fait l’éloge de l’accord parfait, de l’harmonie. Le happy end, je le sais, c’est tout juste bon pour les romans à l’eau de rose comme ceux que publie Harlequin, ou comme les films sentimentaux qu’aimait tant la petite Alice. Peu importe, c’est ainsi que je souhaite mettre fin à ce livre que je dédie à elle, au singulier.»

Pascale Arguedas

Lire le dossier sur J-B. Pontalis.