Les Américains à Châteauroux
1951-1967

Incidences économiques et sociales

 

 

1951 : arrivée des militaires américains à Châteauroux.

Cette situation eut des incidences profondes sur l'économie locale et posa des problèmes sociaux à la ville, au département, et même au-delà.

 
L'arrivée.

1951 : la guerre froide.

Les Américains envoient des troupes en Europe, en France en particulier. Châteauroux est retenue comme base dans le cadre de l'OTAN.

Les raisons du choix de Châteauroux :
des infrastructures ; piste et bâtiments préexistent avec des possibilités foncières d'extension : l'usine d'aviation SNCASO, ancienne usine Bloch et les installations militaires de la Martinerie.
Châteauroux est une localisation favorable par rapport aux installations projetées par les Américains en France et en Europe, et dispose de bonnes liaisons ferroviaires et routières.

Si les premiers militaires américains arrivent dès février 1951 l'arrivée massive des troupes américaines eut lieu après les élections législatives de juin... sans doute pour éviter de troubler une opinion peu préparée à affronter une situation d'une ampleur exceptionnelle.
Dès l'automne 1951, les militaires américains furent plusieurs milliers à Châteauroux. Leur nombre évolua entre 1951 et 1967. Les chiffres évoqués dans diverses études situent ce nombre entre 5000 et 8000, ce qui est considérable pour une ville de 40.000 habitants environ.

 
Les incidences économiques et sociales :

Les travaux très importants des infrastructures de la base, s'ils restent de la responsabilité contractuelle de l'État français, exigent des moyens tels que les entreprises locales, peu structurées, en sont exclues ; d'où, pour ces entreprises, l'embauche temporaire d'ouvriers et la sous-traitance de certaines prestations annexes des ouvrages principaux.

Les employés français de la base – 600 dès 51 – et dont le nombre culmine dans les années 54-57 (entre 3500 et 4000), ont une rémunération très supérieure à celle pratiquée dans les entreprises françaises. Cette situation explique partiellement la perte de 2500 emplois industriels entre 1954 et 1962 dans les entreprises du département et aussi le fait que la décentralisation industrielle qui se développa très largement pendant cette période ne bénéficia en aucune façon à Châteauroux et sa région.

Le logement fut sans doute le domaine le plus difficile à résoudre, alors que la crise était alors très dure comme partout en France, et que la construction de logements exige des délais longs.
Des casernes furent très vite construites à la Martinerie pour les soldats, avec tous les équipements nécessaires, hôpital, écoles, salles de sport, commerces. Quant aux officiers et sous-officiers, le plus souvent présents avec leur famille, il leur fallut trouver un logement à Châteauroux ou dans la région ; ils acceptèrent des loyers très élevés, ce qui accentua la crise pour la population locale, d'autant que les hauts salaires proposés aux employés français de la base constituèrent un appel pour une main d'œuvre extérieure.

Quelques initiatives de promotion immobilière furent prises par des investisseurs locaux – très peu – qui voyaient dans la location aux familles américaines un rendement financier important. Mais les grandes initiatives de construction de logements furent le fait, à l'initiative des américains, de groupes financiers nationaux : les cités de Touvent et Brassioux.

Le commerce local prit, avec la présence de la base de l'OTAN, un essor considérable, qui fut d'ailleurs plus la résultante du pouvoir d'achat des personnels français que des achats des Américains qui disposaient de leur propre logistique commerciale qui leur était très favorable. Certains commerces, toutefois, bénéficièrent largement de la présence militaire américaine : cafés, restaurants, hôtels...

Les collectivités publiques, la ville de Châteauroux et les communes voisines, eurent à faire face à des situations totalement nouvelles, liées en particulier à la circulation et au logement : infrastructures routières, alimentation en eau potable, réseaux d'égouts.

La période 1951 - 1958, qui correspond au développement de la base de l'OTAN, est la période américaine principale de Châteauroux. Les équilibres de la ville – économique et social – sont rompus, et cette situation aura des conséquences lourdes, dans l'immédiat, et aussi à moyen terme.

 1958

– Aspect militaire

Les Américains disposent maintenant d'engins nouveaux, les fusées intercontinentales, aptes à atteindre des buts à longues distances, d'où une nouvelle stratégie se dégage.

– Niveau national

Un élément nouveau à la tête de l'État français : l'arrivée du général de Gaulle, qui va mettre en place une politique d'indépendance de la France, d'où une autonomie par rapport à l'organisation militaire de l'OTAN.

Cette politique nouvelle, liée aux évolutions des matériels militaires, donc à une stratégie générale, fait que 1958 est une date clé dans l'avenir de la base de Châteauroux.

– Niveau local

Dans les milieux responsables locaux – milieux politiques et aussi économiques – une prise de conscience se développe : la base de l'OTAN de Châteauroux entre nécessairement dans une phase de déclin, et, à moyen terme, on va vers sa fermeture.

A Châteauroux, ce fut aussi un moment de changement politique : Louis Deschizeaux devint député en 1958 et maire en 1959, remplaçant dans ces deux fonctions Edouard Ramonet.
Les années 1958 et 1959 furent des années de prise de conscience des milieux responsables de Châteauroux de la nécessité d'engager une politique d'industrialisation.

La première zone industrielle – le Buxerioux – est créée en 1960. Elle est étendue en 1962 et 1966.

1967, départ des Américains.


Sources:

Presse locale : "l'émancipateur", "la Nouvelle République", "la Marseillaise"
archives privées Maurice Croze.
Les Américains à Châteauroux - François Jarraud
MD

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