Si c'était à
refaire, je partirai donc quand même avec le miam-miam dodo, et/ou un guide de LEPERE EDITIONS,
bon complément à la photocopie
distribuée par les amis de St Jacques (et encore plus si je
partais du Puy En Velay ou d'ailleurs ! la France n'est pas
l'Espagne... ). J'ai aussi acheté les 3 guides de la FFRP
pour la voie du Puy. Au départ je pensais partir du Puy -
(Je suis d'un naturel inquiet, et une carte topo me rassure ) - Par
contre inutile d'avoir une carte topo en Espagne, un guide avec les
indications principales suffit
((nom du
prochain village,routes et hebergements à
proximités,etc..) .) car il y a un super
fléchage .
A partir de la rue de la
citadelle, Roncevaux c'est tout droit , vous ne pouvez pas vous tromper
! Avant de passer la porte d'Espagne je m'arrête dans une
épicerie pour acheter 2 bananes, 2 pommes, 1 Orange (pour
réaliser ma boisson énergétique du
lendemain) et une petite saucisse sèche. Tout cela est bien
gentil, mais je viens de rajouter un bon kilo et demi dans mon sac !
J'ai prévu dès aujourd'hui d'aller
jusqu'à Huntto distant de 4 km, ce qui raccourcira
l'étape vers Roncevaux demain. Je passe la porte d'Espagne
(ou ce qu'il en reste), ça y est .je suis un
pèlerin!

Super
balisé la D301 !
moi
qui me perd toujours lors de mes randos, là c'est
impossible. C'est une petite route goudronnée sur laquelle
passent très peu de voitures. (j'en ai croisé 4
en deux heures).
La "grimpette" commence. On m'avait
prévenu, mais là je rêve ! je marche
depuis ¼ h et ça monte sec ! je n'ai jamais eu
l'occasion d'éprouver cela lors de mes
entraînement. Je commence à haleter. Je suis aussi
fatigué qu'après 3 km de footing et le soleil
tape ...
J'ai
mon chapeau mais je transpire. La seule fois où j'ai
ressenti cela, c'est lors d'une randonnée en plein mois de
juillet et par 40°. C'est sûr, au soleil il doit
faire au moins 35°. Chouette, du plat et ça descend
un peu.. Mais ça va pas durer bien longtemps ..

Je
commence à avoir la tête qui tourne, je prend trop
d'oxygène à chaque respiration. La gentille dame
de l'association m'a dit que jusqu'à Huntto, il fallait
compter 1h45, je ne marche que depuis 45 mn et je suis mort ! Non,
c'est pas possible, un peu d'ombre ! je m'arrête pour
souffler. Il est environ 18h15 mais au soleil encore haut dans le ciel,
il est tout juste 16h. C'est décidé, je prend un
comprimé de Dextrose. Psychologique ou pas, si je n'ai pas
un coup de fouet je n'avancerai plus. Je m'aperçois que
finalement depuis midi, mis à part les deux sandwichs
préparés par Mireille je n'ai rien
avalé. Je sors donc une banane et en mange la
moitié avec du pain, qu'est-ce que c'est bon !
(maintenant je peux le dire...et
dire que ça sera mon régime pour un mois ! )
Je
ne suis resté que 10 mn mais je suis maintenant en pleine
forme (ça va pas durer longtemps .) - Jusqu'à
présent je montais, puis il y avait un peu de plat, parfois
une petite descente, histoire de souffler. Là, ce que j'ai
devant moi ne laisse aucun doute sur la suite. On voit la route monter,
monter, peut-être une côte de 40% ? Les pas se font
petits, mon bâton pourrait presque s'enfoncer dans le bitume
tant je m'appui dessus.
D'après mes calculs, il reste au moins
45 mn. Deuxième arrêt, j'en peux plus .je prend
à nouveau un ½ comprimé de Dextrose et
je m'aperçois que j'ai déjà
vidé une gourde de 700ml. D'habitude , c'est ce que je bois
sur 24 km .ça ne suffit pas .
j'ai
un coup au moral .aller, un petit bout de pain d'épice super
vitaminé de chez machin .Et ça marche ! avec moi
les gâteaux ça marche toujours. 10 mn plus tard je
repars. Bon, maintenant il s'agit d'avancer.
Et
je vois des maisons tout en haut, loin, très loin .haut
.très haut .
Mais
le cauchemar prend fin .j'arrive à la ferme d'Ithurburria,
à Huntto. Je n'aurais pas fait 10 m de plus .
J'entre
dans ce qui semble être l'accueil, un vieux monsieur regarde
"question pour un champion".
Je me demande ce qu'il peut y trouver car quand je lui dit " c'est ici
pour le gîte ?" , il me regarde, dit
"..huntto..huuunnnnttoooo .??" - il semble ne pas me comprendre, et je
ne comprend rien non plus à ce qu'il baragouine,
peut-être du Basque .? Il finit par appeler sa femme ou sa
fille ? malgré un coup de téléphone un
mois plus tôt, elle ne trouvera pas trace de ma
réservation .
C'est
pas grave, il y a de la place, et de toute façon j'ai envie
de dormir sous la tente que j'ai emmené.
(je m'en servirai
le deuxième soir à Burguette, la trimbalerai de
manière inutile jusqu'à Logroño,
d'où je la renverrai par la poste .et 1,5 kg en moins dans
le sac .). je dormirai une troisième fois à
l'extérieur, mais à la belle étoile,
sur la superbe pelouse de l'albergue de Portomarin .
Prix
du gîte 7 euros avec petit Dej.(mais comme je dors sous la
tente elle m'a fait un prix, car le gîte seul ici c'est 12
euros et 3 pour le petit déjeuner .) Ils ont
discuté 3 mn en Basque, elle et le
pépé, certainement pour savoir combien ils
devaient me faire payer. Je confirme ce que j'ai
déjà lu sur le site d'un pèlerin, les
proprios ont oublié de sourire .moi aussi parfois,
ça m'embête de travailler .mais aujourd'hui j'ai
plutôt envie de sourire, car cela fait parti du "folklore"
.du chemin. Je me précipite sous la douche (froide), mais
quel bonheur ! Même si j'avais eu de l'eau chaude je ne
l'aurai pas utilisée .
Je
lave les quelques effets du jour, et m'installe à une table
en plein air sur la terrasse pour casser la croûte et
commencer à écrire quelques notes. De
pèlerin, je viens passer subitement à
l'état de vacancier ! Cela fait maintenant 3/4h que j'ai
pris ma douche et je transpire encore .et cette fois ça
n'est pas le soleil car il est quand même 19 h et il est
moins fort que cet après-midi.
Comme
il fait vraiment très beau, je décide
dès 21h d'installer ma tente dans le champ qui jouxte
l'auberge. Boules "Quies" obligatoires, car les oiseaux et les chiens
du voisinage sont aussi contents que moi et le font savoir .Mais
aujourd'hui je n'ai fait que 4 km .aussi, je
préfère me coucher de bonne heure car demain il
faudra atteindre Roncevaux. La route que je vois d'ici continue de
grimper de manière inquiétante.
D'après ce que l'on m'a dit, il faudra 6h15 .. ....... Deux
voitures viennent de passer, et elles sont (vu la vitesse et le bruit
du moteur) en seconde, c'est dire si ça monte .
(quelques semaines plus tard,
après avoir bavardé avec des pèlerins
expérimentés, avec l'expérience
acquise dans d'autres montées, et juste avant de commencer
la fameuse montée vers O Ceibreiro, je comprendrai que j'ai
abordé cette étape beaucoup trop vite, comme si
c'était du plat .d'où mon état de
fatigue avancée .à ma décharge, je
n'avais jamais rencontré un tel
dénivelé lors de mes entraînements.
Peut-être que moi aussi, comme Paulo Coehlo,
j'étais déjà pressé
d'arriver à Santiago...).