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par Mme Evelyne VANDINI

DEM 1999-2000
SOMMAIRE
INTRODUCTION

Si Adolphe SAX n’était pas né à Dinant en Belgique,
nous ne connaîtrions certainement pas le saxophone.
En effet, le nom de Dinant est associé à la « Dinanderie »,
c’est-à-dire à une production d’objets en laiton coulé, remplacée plus
tard par le travail artistique du métal en feuille par martelage.
Charles-Joseph SAX, père d’Adolphe, est nommé facteur
de la Cour de Guillaume 1er d’Orange, qui lui confie
le soin de réaliser les instruments, pour les orchestres de l’armée
nouvellement créés. Adolphe suit les traces de son père, tout
en étant élève au Conservatoire de Bruxelles, et devient un excellent
flûtiste. Il s’initie à la clarinette sous la direction de BENDER,
chef d’orchestre militaire.
Il crée et perfectionne des instruments tels que le sarrussophone,
la clarinette basse, les saxhorns, … .

Le sarrussophone est un instrument à perce conique et à anche double.
Visuellement la clarinette basse,
à laquelle SAX a contribué, est très proche du saxophone. La
clarinette basse et le saxophone sont la sœur et le frère de la "révolution"
acoustique opérée par SAX.

En 1841, SAX créé un nouvel
instrument en métal avec une résonance plus forte, qu’il appellera saxophone.
Son but étant d’avoir « la flexibilité des corde, la variété de
ton des bois et la puissance des cuivres ». La même année à l’exposition
de Bruxelles, il présentera son invention à une audition semi-officielle.
En installant un rideau entre lui et le public, il permit à celui-ci
d’écouter l’instrument sans le voir, ce qui fit taire les rumeurs de
plagiat.

Saxophone Alto fabriqué par Adolphe
SAX en 1860
Ambitieux et n’obtenant pas la consécration voulue en Belgique,
Adolphe SAX part à la conquête de Paris. Sa réputation y est
déjà solidement établie pour preuve cet extrait d’une lettre du compositeur
HALEVY :
« Hâtez-vous de terminer votre nouvelle famille d’instruments
et venez en aide aux pauvres compositeurs qui cherchent du nouveau et
au public qui en demande ».
Le premier saxophone est breveté à Paris le 21 avril 1846.
L’inventeur explique :
« On sait que les instruments sont trop durs ou trop
mous en sonorité. J’ai voulu créer un instrument qui, par le caractère
de sa voix, pût se rapprocher des instruments à corde mais qui possédait
plus de force et d’intensité que ces derniers ».
C’est donc par définition un instrument de musique qui était
destiné à se produire dans des fanfares militaires.
Par la suite, Adolphe SAX réalisa 14 tailles différentes
de son instrument, dont la moitié seulement est encore utilisée aujourd’hui.
On distingue en effet en partant du plus aigu le saxophone sopranino,
le soprano, l’alto, le ténor, le baryton, le basse et le contrebasse.

Hector BERLIOZ a encouragé Adolphe SAX et
composé des œuvres pour saxophone. D’autres compositeurs classiques
ont porté l’instrument dans les orchestres classiques. Mais le saxophone
n’a pas sa place dans les formations classiques car il est trop récent.
Aux Etats-Unis après la guerre de Sécession (1861-1865),
on créa nombre de chansons et de balades, le blues dans sa forme moderne
allait naître. La musique des orchestres à cordes, des orchestres de
cuivre et des pianos de bastringues s’impose. Le cake-walk, puis le
ragtime firent leur apparition. Ces divers courants s’unirent au début
du XX ème siècle pour former une nouvelle musique que l’on appellera
le jazz. C’est vers 1850 que s’implante l’instrumentation moderne (avec
SAX) qui se rapproche de la voix humaine. Le saxophone est cette
voix qui permet au peuple noir de s’exprimer.
Le jazz naît à la New Orléans et se répand à partir
de 1917 dans tout le pays. Le style « New Orléans » va triompher.
C’est avec les soldats américains qui vont combattre sur le front lors
de la première Guerre Mondiale que le jazz débarque en Europe. Ainsi,
le saxophone est entré dans les mœurs musicales.
Au départ instrument d’harmonie militaire, adopté par les
noirs américains, le saxophone aurait pu stopper son évolution. Mais
c’était sans compter sur l’influence de Marcel MULE.
En effet, il a introduit le saxophone au sein de
la musique classique (I) et a fait évoluer l’instrument tant au niveau
musical que technique (II).
I
– L’introduction du saxophone dans la musique classique par Marcel
MULE
Marcel MULE
a permis au saxophone d’obtenir la place, qui est la sienne, dans la
musique classique (B). Il est intéressant d’examiner au préalable la
place du saxophone avant MULE (A).
A / Le saxophone
dans la musique classique avant MULE
1 – Le « rejet »
du saxophone par l’orchestre classique
Arrivé trop tard le saxophone aura connu un relatif échec
au sein de l’orchestre classique. Dans leur ouvrage Histoires du
saxophone, Yves et François BILLARD en donnent deux raisons
essentielles :
-
tout d’abord, la formation
type de l’orchestre romantique était déjà figée. Le premier quart du
XIXème siècle avait vu croître les orchestres en effectif et en volume
sonore par rapport à la formation classique de type « Haydn ou
Mozart », avec l’adjonction des vents : flûtes, clarinettes,
trompettes, trombones et tubas. En 1830, les institutions de l’époque
furent conduites à estimer que l’orchestre symphonique était suffisamment
ample et équilibré. Le saxophone arriva donc dix ans trop tard malgré
le soutien d’Hector BERLIOZ et de MEYERBEER ;
-
par
ailleurs, le niveau des instrumentistes était médiocre. Pourtant vers
1880, THOMAS, MASSENET, CHARPENTIER, d’INDY,
BIZET, SAINT SAENS et R. STRAUSS s’intéressent
au saxophone. Mais la pénurie de saxophonistes compétents conduit les
compositeurs à indiquer des « à défaut » à côté des solos
pour saxophone. Le saxophone n’apparut donc pas indispensable aux
compositeurs.
2 – L’orchestre militaire : tremplin
du saxophone
Contrairement à ce qui s’était passé dans les formations classiques,
la refonte des orchestres militaires intervint juste après l’invention
du saxophone, et lui fut donc favorable. La musique militaire était
quasiment à l’abandon en France jusque vers 1830. C’est alors que la
réforme s’organisa : le Gymnase Musical Militaire fut créé,
Adolphe SAX y enseigna à partir de 1847. Dans la composition
des orchestres des divers régiments, le saxophone était représenté :
l’infanterie, la cavalerie, l’artillerie. Peu à peu il s’imposa en Belgique,
aux Pays Bas, aux Etats-Unis,… .
Ce n’est qu’à partir des années 20 et du travail de Marcel
MULE que le saxophone va réellement trouver sa place dans la musique
classique.
B / Marcel MULE et le renouveau
du saxophone classique

Marcel MULE à 8 ans
1 - Bibliographie
Marcel MULE est né le 24 juin 1901 à Aube dans
l’Orne. Son père lui apprit le saxophone à l’âge de 8 ans, le violon
à 9 ans et le piano à 11 ans. Jusqu’à l’âge de 13 ans, il jouera alternativement
de l’un ou de l’autre de ces instruments. Il remporte à l’âge de 11
ans le concours CMF et à 13 ans un concours à Rouen.
Ses études musicales sont interrompues par le manque de temps,
son père voulant qu’il devienne instituteur. Il entre à l’Ecole Normale
d’Instituteurs d’Evreux en 1917.
Après avoir été nommé
instituteur, il reprend la musique en tant qu’amateur.
Il effectue son service militaire dans la musique au 5ème
Régime d’Infanterie, où il tient le poste de soliste pendant deux ans.
Il reprend l’étude du violon, de l’harmonie, du contrepoint et de la
fugue.
A 21 ans, il rencontre François COMBELLE, soliste de
la Garde Républicaine, le plus brillant saxophoniste de l’époque. En
1923, il entre à la Garde Républicaine, deux mois plus tard F. COMBELLE
se désiste de son poste, Marcel MULE le remplace et devient ainsi
soliste de la Garde Républicaine où il restera jusqu’en 1936. A l’époque,
le saxophone se joue comme la clarinette, sans vibrato.
MULE joue également dans les orchestres
de variété, de music hall et de jazz. C’est dans ces formations que
Marcel MULE prend conscience de la place du vibrato et l’intègre
dans sa façon de jouer. ( Cf. la naissance du vibrato classique en
II)
La venue du vibrato amène le succès de l’instrument et de
Marcel MULE. Il est reconnu par tous en tant que saxophoniste
précurseur dans
la création du Boléro de RAVEL. Sa réputation
s’accroît alors parmi les musiciens et les compositeurs.
Il joue dans de nombreux concerts symphoniques : à la
Société des Concerts, aux Concerts Lamoureux, Pasdeloup,
Colonne … . Il participe aux créations d’alors : les Tableaux
d’une exposition de MOUSSORGSKI-RAVEL, la Création
du Monde de D. MILHAUD, les Choros de VILLA-LOBOS
….
Comme soliste dès
1925, Marcel MULE donne de nombreux concerts en France, Angleterre,
Suisse, Allemagne, Hollande, Belgique, Luxembourg, créant et suscitant
un grand nombre d’œuvres.
En 1936, devant les concerts qui s’annoncent, il quitte la
Garde Républicaine. Il se consacre désormais à la double carrière de
concertiste et de pédagogue.
Beaucoup de compositeurs lui ont dédié leurs œuvres :
E. BOZZA, R. BOUTRY, P. BONNEAU, M. CONSTANT,
R. CORNIOT, J-M. DAMASE, G. DANDELOT, A. DESENCLOS,
P-M. DUBOIS, ... .
Sa carrière de soliste est couronnée par une tournée aux Etats-Unis
en 1958, avec le Boston Symphony Orchestra, sous la direction
de Charles MUNCH. En 1960, au sommet de son art, il décide d’interrompre
définitivement ses activités de soliste.
Il préférait laisser une image intacte de sa carrière artistique
plutôt que de risquer une défaillance au cours d’un concert. Il avait
59 ans.

2 – Marcel MULE :
son quatuor et sa classe au CNSMP
a – le quatuor
En 1928, M. MULE fonde le Quatuor de Saxophones
de la Garde Républicaine qui se compose alors de :
-
Marcel
MULE, soprano,
-
René
CHALIGNE, alto,
-
Hippolyte
POINBOEUF, ténor,
- Georges
CHAUVET, baryton.

Quatuor de la Garde Républicaine 1937
Le premier concert a lieu à La Rochelle le 2 décembre 1928.
En 1934, R. CHALIGNE et H. POINBOEUF furent
remplacés par Paul RONBY et Fernand LHOMME. Ce quatuor
se fit alors entendre dans de nombreux récitals ainsi qu’à la radio.
En 1936, MM RONBY et CHAUVET quittent avec Marcel MULE
la Garde Républicaine. C’est R. CHARRON qui remplacera F.
LHOMME dans l’ensemble, qui portera désormais le nom de : QUATUOR
DE SAXOPHONES DE PARIS.
Les tournées se succèdent :
France, Suisse, Belgique, … .
Le répertoire est principalement composé de transcriptions
réalisées par Marcel MULE, dont certaines sont toujours jouées :
l’Andante de TCHAÏKOWSKY, Le Vol du Bourdon, Sévilla,
l’Ave Verum, le Menuet de BOLZONI, … .
Rapidement les compositeurs
s’intéressent à la formation et ils écrivent pour elle : P.
VELLONES, R. CLERISSE, puis A. GLAZOUNOV, en 1932,
ensuite citons : R. BERNARD, J. FRANCAIX, J. RIVIER,
F. SCHMITT, … .
Avec l’enregistrement de la pièce de G. PIERNE Introduction
et variations sur une ronde populaire, Le Quatuor de Saxophones
de Paris obtient le grand prix du disque en 1937. Devenu ensuite le
Quatuor de Saxophones Marcel MULE, il comprendra :
-
M.
MULE, soprano,
-
G.
GOURDET, alto,
-
G.
LACOUR, ténor,
-
M.
JOSSE, baryton.
Jusqu’en 1968, les émissions de radio télévision et les tournées
continueront notamment au Canada, en Afrique du Nord, en Italie.
b – la classe de saxophone du CNSMP
Sa carrière en tant que pédagogue marqua l’Ecole française
classique de saxophone, dont il fut le créateur.
La classe de saxophone du Conservatoire de Paris fut créée
en 1857 par Adolphe Sax et supprimée, sous prétexte de manque
de crédit, en 1870. Elle n’avait jamais été rétablie. Dès 1942, Claude
DELVINCOURT, directeur du Conservatoire, confie cette classe à Marcel
MULE.
Depuis cette date, jusqu’à son départ à la retraite
environ 80 premiers prix de saxophone sont sortis de la rue de Madrid.
En 1952, triomphe de l’Ecole française au concours international de
Genève (où le saxophone est admis pour la première fois), tous les lauréats
viennent de Paris.
En province, des
postes de professeurs sont tenus par des disciples de Marcel MULE.
De nombreux élèves étrangers sont venus à Paris pour étudier et ont
fait briller l’Ecole française hors de nos frontières : Etats-Unis,
Canada, … .
Marcel MULE a également produit des cahiers de
gamme et de nombreuses transcriptions
de morceaux de compositeurs classiques.
Il a été fait chevalier de la Légion d’Honneur en 1958 pour
services rendus à l’art.
Marcel MULE a marqué le saxophone tant par sa
carrière de soliste que par son travail de pédagogue au Conservatoire
de Paris. C’est du fait de cette dernière fonction qu’il a analysé le
vibrato du saxophone pour ses étudiants.
II
– Les apports musicaux et techniques de Marcel MULE
Marcel MULE a institutionnalisé le vibrato
au saxophone (A) et il a contribué à l’évolution technique de l’instrument
(B).
A / Le vibrato
1 – Comment Marcel MULE est venu au
vibrato
Quand Marcel MULE
est arrivé à Paris, il a entendu des orchestres de jazz, il a été surpris
voire scandalisé de découvrir des saxophonistes un peu bizarres, « des
sons de chèvre, une espèce de vibrato ». Le jazz a donc amené le
vibrato, évidemment trop prononcé, Marcel MULE estimait que « l’on
pouvait en tirer quelque chose en le disciplinant ».
Quand il joue dans des orchestres de variété ou de jazz, il
rajoute le vibrato tout en l’adoucissant pour une sonorité plus séduisante,
plus chatoyante. Il le domestique et le normalise pour le classique,
pour étendre le moyen d’expression en relation avec le vibrato du violon.
Il est séduit par le vibrato du corniste, DEVEMY, du
flûtiste, MOYSE et du hautboïste MOREL, qui vibre depuis
1920. Il fut influencé aussi par l’écoute des plus belles voix de l’époque
qui confirmèrent sa conviction.
A la Garde Républicaine,
Marcel MULE jouait droit et n’usait du vibrato que dans les orchestres
de jazz.
La première fois qu’il essaya de vibrer très légèrement, ce
fut à l’Opéra Comique en 1929 dans Evolution de LENFANT.
Marcel MULE raconte comment cela s’est produit :
« En 1928, il y a eu à l’Opéra Comique un ballet écrit par un bon musicien,
pianiste, qui me connaissait comme saxophoniste de jazz. Dans le blues,
il avait écrit une phrase en dehors, très expressive au saxophone. A la
répétition, je joue comme d’habitude comme si j’avais joué Werther, pas
autrement. Alors il me dit :
-
«
J’ai écrit très expressif, ce qui veut dire avec vibrato »
-
Je lui
dis : « mais ici on n’est pas habitué à jouer de cette façon-là,
c’est un orchestre symphonique pas un orchestre de jazz. »
-
« Cela
ne fait rien, jouez comme vous avez l’habitude dans le jazz !»
-
« Bon
mais vous l’aurez voulu » et je croyais que cela allait faire un
scandale.
Et j’ai joué cette phrase, en me modérant quand
même et cela lui a plu. Les musiciens ont été impressionnés, j’entendais
des réflexions bienveillantes. Certains croyaient que c’était un nouveau
qui arrivait. Moi qui craignais un scandale ; cela a été un succès.
Mes collègues de la Garde m’ont dit : « Tu devrais jouer comme
cela à la Garde ».
Il recommença dans le Fou de la dame de DELANNOY,
puis dans Werther.
En 1930 il se hasarda à mettre ses conceptions en pratique
à la musique de la Garde Républicaine. Encouragé par ses collègues,
il adopta définitivement cette façon de jouer.
Son plus gros succès fut dans la création du Boléro
de RAVEL.
2 – La technique du vibrato
Marcel MULE conseille de travailler sur des notes
tenues et de l’appliquer à des phrases, notamment dans les études de
FERLING. « Je l’ai imposé à mes élèves tous prêts à se laisser
convaincre ».
La vitesse normale
correcte se situe autour de 300 ondulations à la minute. Considérant
que le vibrato est fait d’une note plus haute et d’une note un peu plus
basse, il faut donc baisser un peu, pas trop, à une certaine cadence.
« Je faisais faire une note sans
vibrato, et ensuite une note plus basse avec le
même doigté et la même embouchure. Et puis, je faisais accélérer
et il se produisait une ondulation pour le travail à 300 ondulations
par minute. C’est cela le début du travail, sans être prisonnier au
point de toujours compter.
Mais en mettant son métronome à 75 cela fait quatre vibrations
par battement. Si on le met à 100, cela fait trois ; si on le met
à 150, cela fait deux. Si on le met à 60, c’est un peu plus difficile,
cela en fait cinq. Mais on y arrive très bien.
Je conseillais de faire ce travail et de l’appliquer ensuite
à des lignes mélodiques et de contrôler toujours la vitesse, qu’elle
ne soit pas excessive ni dans un sens ni dans l’autre, et ne pas descendre
en dessous, car c’est le « oua-oua » que l’on entend quelques
fois chez certains instrumentistes. »
Pourquoi travailler le vibrato au métronome demandait un flûtiste ?
« Avec un élève, qui jouait pas mal du tout mais qui
avait, à mon avis, un vibrato trop serré, j’avais un mal fou à le faire
passer à la vitesse inférieure. Avec le métronome, je lui imposais une
vitesse et le résultat était magnifique.
C’était mon point de vue et en somme je n’ai pas changé puisque
l’expérience m’a prouvé que c’était un succès. A partir de cela, l’instrument
a été reconnu par beaucoup. »
A l’époque, y avait-il d’autres méthodes d’enseignement du
vibrato ?
« VIARD, l’un de mes concurrents, faisait beaucoup
parler de lui. Il vibrait en bougeant le genou. Quand il jouait du soprano,
c’était très compliqué, il jouait le soprano calé sur l’alto !
»
Marcel MULE n’a pas uniquement contribué au succès
musical de l’instrument mais aussi à l’évolution technique du saxophone.
B / L’évolution
du saxophone : de SAX à MULE
1 – de SAX
Adolphe SAX est l’inventeur du saxophone.
Cet instrument appartient à la famille des aérophones, qui
ont pour principe la résonance d’une colonne d’air circulant dans un
conduit d’une forme donnée. Cependant le saxophone est une sous famille
de sa catégorie. En effet, il est le seul instrument faisant l’association
d’un excitateur en anche (simple) de roseau, d’un tuyau conique et parabolique
comme résonateur, avec une mise en vibration effectuée par le souffle
du musicien.
Dans le cas du saxophone, le principe de trous percés dans
la paroi qui peuvent être obturés par des dispositifs mécaniques, permettent
de modifier la longueur de la colonne d’air.

Adolphe SAX a tout d’abord créé le
saxophone baryton.
Le fils d’Adolphe SAX, lui-même prénommé Adolphe,
a apporté les progrès suivants sur l’instrument original de son père :
-
pose
de petits boutons de nacre pour l’emplacement des doigts,
-
adaptation
de clefs supplémentaires, facilitant encore l’exécution sur l’instrument,
-
mise
en place de petits rouleaux (type à aiguille), pour les auriculaires
notamment, permettant de glisser plus facilement d’une note à l’autre,
-
sur
l’extrémité de la culasse une nouvelle cheminée abaisse d’un demi-ton
supplémentaire soit jusqu’à sib,
-
simplification
de la clef d’octave.
En décembre 1921, SELMER a créé en collaboration avec
les ateliers Adolphe SAX fils le premier modèle de saxophone
moderne (alto). En 1928, SELMER rachète les ateliers Adolphe
SAX fils et entreprend alors la production des cuivres, dont la
fabrication était bien maîtrisée par SAX.
2 – à MULE
En 1928, Marcel MULE est devenu essayeur chez COUESNON.
Il a participé à la fabrication d’un alto qui a eu beaucoup de succès.
D’ailleurs MULE a joué avec pendant 18 ans, jusqu’en 1948.
Par la suite, il
est allé chez SELMER, où il a mis au point et participé au lancement
du MARK VI, saxophone mythique. En effet, lancé en 1954, ce saxophone
sera commercialisé jusqu’en 1974. Pendant ces vingt années, SELMER
aura vendu plus de 170.000 exemplaires.
CONCLUSION
Créé par un inventeur de génie, Adolphe SAX,
joué par des instrumentistes virtuoses, tels que Marcel MULE
ou S.M. RASCHER, le saxophone avait et a forcément un avenir
certain dans tous les styles de musiques du passé et de l’avenir.
BIBLIOGRAPHIE
Livre :
Le Saxophone de l’Association des saxophonistes
de France.
Parution :
La lettre du musicien n°234 de la 1ère quinzaine
de mars 2000.
Articles de Presse :
« Le saxophone concertant » de Christine BERGNA,
paru dans Le Journal de la CMF n°486 de février 2000.
« L’histoire du vibrato sur le saxophone » interview
de Marcel MULE par Claude DELANGLE, parue dans Association
Internationale pour l’Essor du Saxophone APES n°23 de novembre 1994.
Vidéocassette :
Marcel MULE, film de Gilles MARTIN, Service
Audiovisuel du CNSMDP.
Sites Internet :
Saxoweb
quebec
Uiliseas
saxophone
•
ARTICLE PARU DANS L'EDITION
du 27 Décembre 2001
DISPARITION
MARCEL MULE
MARCEL MULE, saxophoniste français, est mort, mardi 18 décembre,
dans sa résidence des Alpes-Maritimes, à l'âge de
cent ans. Né le 24 juin 1901, formé tout d'abord au violon
puis à l'harmonie par Caussade au Conservatoire de Paris, Marcel
Mule découvre le saxophone à l'adolescence et s'y consacre
dès lors totalement. Soliste à la Musique de la garde
républicaine de 1923 à 1936, il fonde en 1928 le Quatuor
de saxophones. Ce groupement deviendra plus tard le Quatuor de saxophones
de Paris, et c'est avec celui-ci qu'il crée le Quatuor de Glazounov
et le Petit Quatuor de Jean Françaix. Professeur au Conservatoire
de Paris à partir de 1942 et jusqu'à sa retraite, Marcel
Mule a formé plusieurs générations de saxophonistes
et transcrit de nombreuses oeuvres pour son instrument. Plusieurs compositeurs
ont écrit pour lui, notamment Vellones (Concerto, 1935), Bozza
( Concertino ), Tomasi ( Ballade ), Ibert ( Concertino da camera ).
• ARTICLE
PARU DANS L'EDITION
du 1Janvier 2003
DISPARITIONS
Daniel Deffayet
Grand praticien et pédagogue du saxophone
LE SAXOPHONISTE français Daniel Deffayet est mort vendredi
27 décembre à Paris. Né le 23 mai 1922 à
Paris, il représentait la lignée française des
grands praticiens et pédagogues de l'instrument.
Après des études de solfège et de violon, Daniel
Deffayet décide, à douze ans, d'étudier le saxophone,
un instrument dont il avait fait la découverte grâce aux
enregistrements du virtuose Marcel Mule. Ce dernier l'initie à
l'instrument puis fait entrer son élève à sa classe
au Conservatoire national de Paris, quand celle-ci est créée,
en 1942.
Au Conservatoire, Daniel Deffayet obtient les premiers prix de saxophone
(1943), de musique de chambre (1944), de violon (1945) et d'harmonie
(1945). A partir de 1940, il remplace Marcel Mule dans beaucoup d'orchestres
parisiens, notamment à l'Opéra et à l'Opéra-Comique.
De 1966 à sa mort, Herbert von Karajan fera de lui le saxophoniste
soliste de l'Orchestre philharmonique de Berlin lors de concerts et
d'enregistrements d'importance. Le plus connu de ces disques est peut-être
celui de L'Arlésienne , de Georges Bizet, pour Deutsche Grammophon.
A partir de 1948, Deffayet commence une carrière de professeur,
d'abord dans des établissements municipaux et en province, avant
de prendre la succession de la classe de son professeur, Marcel Mule,
au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, où,
pendant vingt ans, il formera de nombreux élèves. En 1953,
Daniel Deffayet fonde le Quatuor de saxophones Daniel Deffayet - sur
le modèle du Quatuor de saxophones de Paris, créé
par Marcel Mule en 1928 -, formation avec laquelle il fait de nombreuses
tournées internationales, jusqu'en 1988, date à laquelle
le quatuor est dissous.
répertoire de quatuor
Daniel Deffayet devait créer de nombreuses oeuvres écrites
à son intention par Pierre Hasquenoph, Roger Boutry, Antoine
Tisné, Alain Weber, Jean-Michel Damase ou Jean Martinon. Outre
ses participations discographiques en tant que soliste d'orchestre,
Daniel Deffayet a enregistré de nombreuses pièces concertantes
ainsi que le répertoire de quatuor de saxophones.
P/ Renaud Machart |