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[26 avril 2007] Sexilia
Farpaitement : sexe il y a.
En France faut pas en causer. Pas en politique. Pas de sexe en politique.
Les bébés politiques naissent dans les choux.
Y a pas de femmes, y a que des épouses.
Celle-là, Cecilia María Sara Isabel Ciganer Albéniz, est d'un genre nouveau.
La gauche la hait.
Elle la hait comme elle a haï Marie-Antoinette : crapuleusement.
[La gauche, héritière républicaine et un brin figée du catholicisme, a peur du sexe.]
Bon la Cécilia je m'en tape un peu.
Mort de rire tout de même en lisant sur Fluctuat des choses du style "En 1996 l'oisiveté la pousse à diriger le cabinet de Nicolas Sarkosy dès leur mariage".
On apprend deux ou trois trucs pas mal dans la bio que lui consacre Wikipédia.
Elle a 50 balais, vient d'un milieu intéressant (père pote de Joseph Kessel, mère espagnole, fille d'ambassadeur belge et petite-fille du compositeur Isaac Albéniz), a étudié le piano, gentiment glandé, fréquenté des hommes plutôt vieux (un sénateur né en 1918, puis un animateur de télé), a fait avec Nico un môme à quarante ans.
Le Ciganer de son nom lui vient d'un grand-père tsigane. C'est pas tous les jours que cette partie de la population est représentée à ce niveau de l'Etat.
Son acte de bravoure, le seul qui nous intéresse, reste quand même d'avoir cocufié publiquement le Nicolas.
Pas besoin d'être grand psychologue pour établir un lien plus que direct entre la psyché nécessairement estropiée de Sarko et la violence policière que cet abruti a laissé sciemment se développer.
C'est, quand on y réfléchit un peu, assez formidable.
Non seulement on sait que Nicolas nous mène nécessairement à une sorte de dictature, mais mieux que ça on sait pourquoi. D'ailleurs il ne se gêne pas trop pour se la péter homme blessé.
[Avec, un jour dans un meeting, ce fabuleux lapsus : J'ai surmontré mes épreuves.]
Donc on va me dire, tu vois bien que le sexe en politique c'est la boîte de Pandore.
Faut surtout pas le montrer.
Ben si au contraire.
Je serais même tenté de dire qu'il ne faut montrer que ça.
Ségo l'a parfaitement pigé en inscrivant le désir au coeur de son programme.
Cela dit faut faire gaffe, on frise le contresens.
1. La gauche a aujourd'hui un vrai problème avec le sexe en politique.
Mais bon la gauche est devenue conservatrice, et c'est en tant que telle qu'elle a peur du cul. La gauche a peur de ce qui se voit. Jamais la gauche ne fit procès à Mitterrand de son ignominie (non pas être bigame mais s'en cacher, aux frais de l'Etat). La gauche a en fait peur du réel.
Elle n'aime pas du sexe qu'il soit principe de réalité.
2. C'est là qu'opère le coup de force ségolènien.
On y croit quand même très moyen à ses machins de désir.
En revanche en opposant son sexe (en politique) au non-dit du conservatisme (sexuel) de l'appareil socialiste, elle l'a retourné comme une crêpe.
Et on voit bien pourquoi il ne s'agit en rien de misogynie à l'envers.
Il est simplement que la gauche a, parmi ses peurs, la peur suprême de se montrer telle qu'elle est. Conservatrice. Ségolène c'est ni plus ni moins l'effet de ça.
3. Le concept le plus con de la politique actuelle est sans doute celui de parité.
Non, au jour d'aujourd'hui, en France, une femme chef d'Etat (quel mot odieux mais passons) ça n'a strictement rien à voir avec un homme chef d'Etat.
Ca n'a strictement rien à voir, et c'est sexuel.
C'est sexuel et c'est gigantesquement important parce que nos vies sont sexuées, de A à Z, du matin jusqu'au soir, du berceau au cercueil.
C'est sexuel et en France c'est d'une importance énorme.
Bon OK pour les lentes mutations anthropologiques nord sud.
Mais faut-il absolument se voiler la face, et surtout ne pas considérer que le processus en cours, là, entre les deux tours de l'élection, met face à face, dans une polarité maximale, un homme blessé, extrêmement dangereux, et une femme d'une beauté franchement renversante.
Faut-il absolument qu'il n'y ait là que l'effet d'un hasard ?
Nico n'aurait-il pas pu être un poil moins dangereux, et Ségo plus proche du look mémère de la lectrice de Télérama ?
C'est exactement ce que la doxa ne veut pas voir.
Non non c'est pas ça du tout qu'elle nous dit avec sa calculette à compter les centristes (qui sont autant d'eunuques mais c'est autre chose encore).
Ne pas voir le sexe, bordel, jamais, c'est sale.
Ne pas voir le sexe jusqu'au bout (y compris en s'offrant sur un plateau un évident tyranneau de mes deux).
Et pourtant, et pourtant.
Sexe il y a...
[Couv de Match du 25 août 2005, et un superbe dessin d'Honoré dans
Charlie Hebdo du 21 mai 2003, intitulé "Le bonheur au ministère".]
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