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Professeur Olivier MEYER |
Pathologie de l'appareil locomoteur - rhumatologie DCEM3
Internat n° 81
Rappel
Comment porter le diagnostic d'oligoarthrite ou de polyarthrite ?
A. Devant des signes cliniques
Signes fonctionnels
d'interrogatoire
1. des arthralgies d'horaire inflammatoire : douleurs articulaires plus ou moins permanentes, non calmées par le repos, avec parfois des réveils nocturnes douloureux et une raideur matinale (dérouillage matinal)
2. une raideur articulaire et une impotence fonctionnelle
Signes physiques articulaires
d'examen
1. un gonflement articulaire auquel participent : épanchement intra-articulaire, épaississement de la synoviale inflammatoire (synovite palpable) et gonflement des parties molles
2. des signes cutanés en regard des articulations atteintes : chaleur locale, rougeur (parfois)
3. raideur articulaire douloureuse, active et passive , touchant l'ensemble des degrés de liberté.
B. Devant des examens paracliniques
1. L'existence d'un syndrome inflammatoire biologique est la règle : VS et CRP élevés
2. L'existence d'un épanchement intra-articulaire de type inflammatoire :
- plus de 1000 leucocytes/mm3
- généralement plus de 50 % de polynucléaires neutrophiles (PNN)
3. Il existe parfois des arthrites à cellules mononucléées lymphocytaires ou monocytaires : > 1 000 éléments par mm3 avec > 50 % de lymphocytes ou de monocytes
C. On éliminera (diagnostic différentiel)
1. Les arthralgies inflammatoires sans arthrite :
Simples douleurs d'horaire inflammatoire, mais sans signes physiques
à l'examen. Certains rhumatismes inflammatoires peuvent
débuter par de simples arthralgies avant que n'apparaissent
les arthrites.
2. Les polyarthropathies non inflammatoires
a/ La polyarthrose
- Une poussée douloureuse de polyarthrose peut être trompeuse cliniquement :
- douleurs des mains : rhizarthrose (arthrose trapézométacarpienne), arthrose des interphalangiennes distales (nodosités d'Heberden) et/ou proximales (nodosités de Bouchard) avec parfois gonflement inflammatoire (arthroses érosives)
- douleurs des genoux (gonarthrose), des hanches (coxarthrose), parfois des épaules
- rachialgies arthrosiques cervicales et lombaires
- Dans l'arthrose :
- les douleurs sont, au moins en partie, calmées par le repos,
- VS et CRP sont normales
- liquide articulaire de type mécanique
- radiographies montrant les lésions arthrosiques
b/ Les pathologies tendineuses dégénératives multiples
Tendinopathies de la coiffe des rotateurs et du moyen fessier sur le grand trochanter peuvent s'associer chez un même patient.
c/ La fibromyalgie
Douleurs multiples périarticulaires notamment aux épaules, au rachis cervical et lombaire, aux sternoclaviculaires, aux faces externes des hanches, aux faces internes des genoux et en sus-malléolaire interne, reproduites par la pression locale, chez des femmes exclusivement, souvent anxio-dépressives, présentant des troubles du sommeil. Il n'y a jamais de syndrome inflammatoire et les radiographies sont normales.
d/ L'ostéoarthropathie hypertrophiante pneumique
comporte :
- hyppocratisme digital
- arthropathies (genoux, chevilles, mains) douloureuses, avec gonflement, mais non inflammatoires. En cas d'épanchement intra-articulaire : liquide de type mécanique
- périostose radiologique
L'étiologie habituelle est un cancer bronchopulmonaire.
d/ Les algodystrophies multiples sont rares
Classique syndrome épaule-main post-infarctus du myocarde, elles peuvent prêter à confusion à la phase oedémateuse, mais :
3. Atteintes péri-articulaires inflammatoires multiples
Dans la maladie des calcifications tendineuses multiples, les signes péri-articulaires inflammatoires peuvent toucher les épaules, les hanches, les coudes, les doigts. Cependant, les atteintes de plusieurs articulations sont habituellement successives dans le temps.
4. Les atteintes osseuses multiples
Orientation diagnostique
Les étiologies des aligo et polyarthrites de moins de 3 mois sont très nombreuses et il faudra savoir limiter les investigations complémentaires en fonction des données de la clinique : l'anamnèse personnelle et familiale du sujet, les groupements articulaires intéressés par le processus inflammatoire, les signes cliniques associés (peau, oeil, voies digestives, génitales, autres atteintes viscérales).
A. Les éléments cliniques
1. Terrain
L'âge et le sexe peuvent
constituer des éléments d'orientation:
Il est nécessaire de
rechercher des facteurs favorisant des arthrites septiques :
2. Anamnèse
Des antécédents de
monoarthrite, régressive et éventuellement
récidivante, orientent vers des arthrites microcristallines
(goutte, chondrocalcinose articulaire), une maladie
périodique, une maladie de Behçet. Il peut aussi s'agir
d'un rhumatisme palindromique.
Des antécédents
familiaux de maladies rhumatologiques doivent toujours être
recherchés, notamment des antécédents de
spondylarthropathie et de goutte
Les antécédents
personnels pathologiques non articulaires peuvent orienter vers :
3. Signes ou évènements inauguraux
On doit rechercher dans les semaines ayant précédé le début des arthrites :
4. Sémiologie rhumatologique
5. Signes extra-articulaires associés
a/ Signes généraux
L'existence d'une fièvre élevée (supérieure ou égale à 39°C), d'autant plus qu'il existe des frissons, oriente vers une infection bactérienne. Néanmoins, une fièvre élevée est possible dans la maladie de Still, la maladie périodique, le LED, les vascularites systémiques.
b/ Signes dermatologiques
1. Phénomène de Raynaud : sclérodermie systémique (SS), connectivite mixte (syndrome de Sharp), LED(mais aussi les autres connectivites et la PR)
2. Rash érythémateux : il est peu spécifique : infection à parvovirus B19 d'abord, LED ensuite, plus rarement rubéole, syphilis secondaire, maladie de Still, rhumatisme articulaire aigu (RAA), dermatopolymyosite, syndrome de Sweet, hépatite B
3. Lésions érythémato-squameuses : rhumatisme psoriasique, arthrites réactionnelles / syndrome de FLR, LED
4. Lésions pustuleuses : arthrites gonococciques, pustulose palmoplantaire dans le cadre du SAPHO, maladie de Behçet
5. Nodules et nodosités cutanées ou sous-cutanées : PR (nodules rhumatoïdes), RAA, PAN, goutte (tophus), sclérodermie (calcifications sous-cutanées), maladie de Weber-Christian (panniculite), érythémes noueux, maladie de Behçet (phlébite superficielle), réticulohistiocytose multicentrique, hypercholestérolémie familiale (xanthomes tendineux).
6. Purpura infiltré (vascularite) : cryoglobulinémies, endocardite d'Osler, purpura rhumatoïde, PAN microscopique, maladie de Wegener, vascularites des connectivites (PR, LED, syndrome de Gougerot-Sjögren)
7. Urticaire systémique : vascularites urticariennes sans ou avec hypocomplémentémie (syndrome de MacDuffie), hépatite B, maladie sérique, LED, maladie de Still, cryoglobulinémies.
8. Oedèmes segmentaires : polyarthrite aiguë oedémateuse bénigne du sujet âgé (syndrome RS3PE), dermatomyosite, sclérodermie (phase oedémateuse), fasciite à éosinophiles, spondylarthropathie du sujet âgé (LOEPS), cryoglobulinémie et vascularite
9. Alopécie : LED, syphilis secondaire, HIV
10. Ulcérations muqueuses
11. Gangrène distale : vascularites nécrosantes, LED, sclérodermies
12. Signes ou lésions particulières et évocatrices
c. Autres signes extra-rhumatologiques associés
1. Urinaires
2. Génitaux : orchite et oreillons ou orchiépididymite et PAN
3. Ophtalmologiques
4. Digestifs
5. Respiratoires
6. Rénal :
B. Les radiographies
On fera des clichés :
Devant une oligo/polyarthrite
récente, les radiographies articulaires sont le plus souvent
normales ou ne montrent que des signes témoignant du
gonflement des parties molles ou d'un épanchement. Des
lésions ostéo-articulaires destructrices apparaissant
précocement doivent faire rechercher avant tout une cause
septique. En effet, dans les rhumatismes inflammatoires chroniques
destructeurs (PR et rhumatisme psoriasique notamment), les
lésions radiologiques apparaissent généralement
après plusieurs mois d'inflammation articulaire.
Les anomalies articulaires que l'on
peut observer sont donc rares :
C. L'analyse du liquide articulaire
Il sera systématiquement fait s'il existe un épanchement intra-articulaire ponctionnable. Le liquide articulaire est toujours de nature inflammatoire : plus de 1000 leucocytes/mm3 avec plus de 50 % de polynucléaires neutrophiles.
Il faudra :
1. Rechercher une infection
soupçonnée devant une hypercellularité importante (> 50000/mm3) avec des polynucléaires altérés. La preuve est apportée par l'examen direct et surtout les cultures. Le gonocoque est fragile (ensemencement rapide en évitant le froid) et nécessite des milieux de cultures spéciaux
2. Rechercher une arthrite microcristalline
La recherche de microcristaux doit être systématique et permet de faire le diagnostic de :
3. Le diagnostic des arthrites lymphocytaires
Dans certains cas, il s'agit d'un liquide hypercellulaire (> 1000 éléments par mm3), mais à prédominance (> 50 % de lymphocytes (non tumoraux). Ceci n'est pas spécifique, mais il faut évoquer : une tuberculose, une connectivite (surtout LED et syndrome de Gougerot-Sjögren), une sarcoïdose, rarement une spondylarthropathie ou une PR.
D. Biopsie synoviale
Il est exceptionnel que la biopsie synoviale soit nécessaire au diagnostic d'oligo- ou de polyarthrite récente. Elle n'est justifiée qu'en cas de suspicion d'une étiologie infectieuse bactérienne (germe banal ou mycobactérie), non résolue par l'analyse du liquide articulaire, ou la suspicion d'une synovite granulomateuse comme la sarcoïdose. Dans toutes les autres étiologies, la biopsie synoviale montre une synovite subaiguë non spécifique. En particulier, il n'y a pas d'intérêt de cet examen pour le diagnostic de PR dans le cadre d'une polyarthrite.
E. Les examens biologiques (à l'exception du liquide synovial)
1. Biologie inflammatoire
L'augmentation de la VS et de la CRP, témoignant du syndrome inflammatoire, est habituelle quelque soit la cause des arthrites. Elle n'a donc que peu de valeur d'orientation diagnostique. Les grands syndromes inflammatoires s'observent dans les infections, le RAA et les arthrites réactionnelles surtout.
2. Manifestations de la numération ou de la formule sanguine
Anémie
Une hyperleucocytose à
polynucléose importante oriente vers des arthrites septiques,
une maladie de Still, une vascularite nécrosante, un syndrome
de Sweet.
Leucopénie
Thrombopénie périphérique auto-immune
3. Examens à la recherche d'une cause infectieuse
Prélèvements
bactériologiques
Sérologies infectieuses : Elles sont
demandées en fonction du contexte :
4. Recherches d'auto-anticorps
Facteur
rhumatoïde (FR)
Le FR est recherché par le test du latex et la réaction
de Waaler-Rose. Les seuils de positivité sont respectivement
de 1/80ème et 1.64ème. Le FR n'est ni constant, ni
spécifique d'une affection donné. Le FR peut être
présent dans de nombreuses affections : polyarthrite
rhumatoïde (50 % des cas dans les premiers mois
d'évolution), lupus érythémateux
disséminé (20 %), syndrome de Gougerot-Sjögren (65
%), connectivite mixte (50 %), hépatites chroniques (VHC,
auto-immune), endocardite d'Osler (50 %), cryoglobulinémies
(80 %).
Anticorps
anti-nucléaires (AAN)
Anticorps
anti-kératine et anti-périnucléaires
Ces auto-anticorps sont dirigés contre des formes de la
même protéine, la filaggrine. Ils sont évocateurs
de PR et sont présents dans environ 50 % des PR
récentes. Ils sont très spécifiques.
Anticorps
anti-cytoplasme des polynucléaires neutrophiles : les ANCA
Ce sont des auto-anticorps dirigés contre des enzymes
lysosomales leucocytaires. La détection en IF distingue les
c-ANCA (fluorescence classique diffuse) et les p-ANCA (fluorescence
périnucléaire). La positivité de la
détection justifie la détermination de leur
spécificité antigénique : anti-protéinase
3 (anti-PR3), anti-myélopéroxydase (anti-MPO). Les ANCA
sont présents essentiellement dans des vascularites
systémiques. Schématiquement :
Anticorps
antiphospholipides et anticofacteurs
Ces antiphospholipides sont dirigés contre des
protéines fixées aux phospholipides intervenant dans la
coagulation et la fibrinolyse. Ils sont responsables des
réactions dissociées de la syphilis (positivité
du VDRL, négativité du TPHA et du test de Nelson), des
allongements du TCA et du temps de thromboplastine dilué
(anticoagulant circulant) et des réactions d'ELISA
anticardiolipine et/ou anti-ß2 glycoprotéine I. Ce sont
des marqueurs du syndrome primaire ou secondaire (à un LED),
des anticorps antiphospholipides (thromboses veineuses ou
artérielles, avortements répétés,
thrombopénie).
5. Autres examens diagnostiques
Uricémie
L'existence d'une hyperuricémie (> 420 µmoles/l) peut
orienter vers une goutte, mais :
Biologie
hépatique
L'existence de perturbations biologiques hépatiques peuvent
orienter vers certaines étiologies, mais ne sont pas
spécifiques :
Enzymes
musculaires
Une augmentation franche des enzymes musculaires (CPK, LDH, aldolase)
oriente vers une polymyosite, mais, lorsqu'elle est
modérée, peut témoigner d'une myosite au cours
d'autres connectivites (sclérodermie, LED,
Gougerot-Sjögren, connectivite mixte, etc...)
Complément sérique
L'étude du complément sérique fait appel au
dosage du CH50 et des fractions C3 et C4. Une
hypocomplémentémie sérique s'observe dans
:
Recherche de
l'antigène HLA B27
Diagnostic étiologique
Il n'est pas possible de passer en revue l'ensemble des diagnostics d'oligo ou de polyarthrite évoluant depuis moins de trois mois, ce qui ferait défiler l'ensemble de la rhumatologie inflammatoire. D'une façon pragmatique et pratique, on distinguera des oligoarthrites des polyarthrites en classant les affections par ordre décroissant de fréquence selon le nombre d'articulations inflammatoires.
I - Principaux diagnostics à évoquer devant une oligoarthrite de moins de 3 mois
1. Arthrites bactériennes
a) Gonocoque
b) Staphylocoque
c) Borréliose, maladie de Lyme
d) BCG thérapie intravésicale
2. Arthrites réactionnelles
a) FLR complet
b) Formes limitées aux arthrites
3. Endocardite d'Osler
4. Rhumatisme post-angineux de l'adulte
5. Arthrite micro-cristalline
a) Goutte
b) CCA
6. Erythème noueux (sarcoïdose ++)
7. Maladie périodique
8. Maladie de Behçet
9. Rhumatismes inflammatoires chroniques débutants
a) Spondylarthropathie séro-négative
- SPA
- Rhumatisme psoriasique
- Entérocolopathies chroniques
- SAPHO
b) PR à début oligoarticulaire
c) Chez l'enfant : oligoarthrite à FAN avec uvéite chez la fillette ; oligoarthrite HLA B27 chez le garçon
d) Chez le sujet âgé : PPR/Horton
II - Principaux diagnostics à évoquer devant une polyarthrite de moins de 3 mois
I - Oligoarthrites de moins de trois mois
1. Arthrites bactériennes
a/ Arthrites gonococciques
Elles s'observent chez le sujet jeune, notamment chez la femme. Il
s'agit souvent d'une oligoarthrite asymétrique. Deux
éléments doivent orienter : une ténosynovite
(extenseurs des doigts), des lésions cutanées
vésiculo-pustuleuses. Les prélèvements
bactériologiques doivent être multiples
(hémocultures, liquide synovial, lésions
cutanées, voies génito-urinaires) mais sont parfois
tous négatifs. La guérison des arthrites après
seulement quelques jours de pénicilline est classiquement
évocatrice, mais il existe actuellement des gonocoques
résistants à la pénicilline (traitement par
ceftriaxone).

b/ Arthrites non gonococciques à
pyogènes
Les formes oligoarticulaires ne sont pas exceptionnelles : 20 % des
cas (contexte de septicémie). Le staphylocoque est le germe le
plus fréquent. Mais il peut s'agir du streptocoque (rechercher
une endocardite), du pneumocoque, de bacilles gram négatifs.
Le diagnostic est fait par hémocultures et cellules du liquide
synovial) mais peut nécessiter le recours à la biopsie
synoviale. Les signes locaux sont habituellement fluxionnaires. Non
traitées, les arthrites septiques entraînent, en une
à deux semaines, des destructions articulaires
radiologiques.
c/ Borreliose de Lyme
 C'est une zoonose présente dans les
régions tempérées de l'hémisphère
nord, due à Borrelia burgdorferi, que l'on rencontre surtout
dans les régions boisées. L'homme est infecté
à la suite d'une morsure de tique (qui passe parfois
inaperçue), avec une prédominance pendant
l'été et l'automne. A la suite de la morsure, survient
typiquement en 1 à 4 semaines, au lieu d'inoculation,
l'érythema chronicum migrans (ECM) : lésion
cutanée érythémateuse, maculopapuleuse, à
évolution centrifuge, annulaire. L'ECM est inconstant et
évolue spontanément vers la guérison en un mois
ou moins.
 Les arthrites apparaissent, avec une fréquence variable, à la phase secondaire (1 à 6 mois après l'inoculation), parfois plus tard. Il s'agit le plus souvent d'une monoarthrite du genou. Dans 30 % des atteintes articulaires, il s'agit d'une oligoarthrite (voire d'une polyarthrite) asymétrique pouvant atteindre le genou, l'épaule, le coude, la cheville, etc. L'évolution se fait typiquement par crises de quelques jours ou quelques semaines. Les radiographies sont normales. Le liquide articulaire et la biopsie synoviale n'ont aucune spécificité. Il existe quelques cas d'arthrites chroniques, parfois destructrices.
 Le diagnostic repose sur :
d/ Arthrites BCG-thérapie
Le BCG (bacille de Calmette et
Guérin) est une mycobactérie (Mycobacterium bovis)
atténuée. La vaccination par le BCG peut se compliquer,
exceptionnellement, chez l'immunodéprimé, d'arthrites
destructrices habituellement associées à une
ostéomyélite granulomateuse.
On peut en rapprocher les rares oligoarthrites survenant après
BCG-thérapie, par voie intravésicale, utilisée
dans les tumeurs superficielles de la vessie.
2. Arthrites réactionnelles
Les arthrites réactionnelles sont des arthrites classiquement aseptiques et insensibles aux antibiotiques, survenant dans les suites d'une infection sexuellement transmissible ou d'une infection digestive. Elles peuvent être isolées ou associées à des manifestations extra-articulaires : quand il existe la triade oculo-urétro-synoviale, on parle alors de syndrome de Fiessinger-Leroy-Reiter (FLR). Les arthrites réactionnelles sont associées à un terrain génétique particulier caractérisé par la fréquence de l'antigène HLAB27 (90 % des cas). Les arthrites réactionnelles/syndrome de FLR font partie du cadre nosologique des spondylarthropathies (voir question SPA).

L'atteinte
articulaire
Elle réalise le plus souvent une oligoarthrite (80 % des cas). Le début est brutal et l'inflammation articulaire est importante. Les arthrites sont habituellement asymétriques et touchent préférentiellement les genoux et les chevilles. Une atteinte des doigts ou des orteils est possible avec une inflammation diffuse réalisant un aspect en saucisse. L'association à des signes d'atteinte axiale (lombalgies et/ou douleurs fessières inflammatoires) et à des talalgies est évocatrices.
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L'atteinte
extra-articulaire est inconstante
Elle associe à divers degrés :

Le
diagnostic
Soupçonnés par la clinique, il peut être conforté par :
Cependant, dans la moitié des arthrites réactionnelles, on ne peut pas mettre en évidence de germe déclenchant.
3. Endocardites d'Osler
L'endocardite d'Osler peut s'accompagner d'une oligoarthrite aseptique. Le diagnostic est évoqué, outre sur la notion de souffle cardiaque fébrile, sur les signes suivants : splénomégalie, purpura vasculaire, faux panaris d'Osler, atteinte rénale (hématurie microscopique notamment). Biologiquement il peut y avoir du FR, une cryoglobulinémie. Le diagnostic repose sur la mise en évidence des végétations valvulaires par l'échocardiographie (transoesophagienne) et sur la positivité des hémocultures.
4. Rhumatisme post-angineux de l'adulte
Succède à une infection à streptocoques ß hémolytique du groupe A. Le tableau, contrairement au RAA de l'enfant, se limite à une mono ou oligoarthrite sans signe extraarticulaire.
5. Arthrites micro-cristallines
Goutte aiguë
oligoarticulaire (cf question correspondante)
Oligoarthrite
chrondrocalcinosique
Les arthrites de la chondrocalcinose peuvent atteindre de
nombreuses articulations, de manière concomittante ou
successive : genoux, hanches, épaules, poignets, rachis
cervical, etc ... Le diagnostic repose sur :
6. Erythème noueux : diagnostic dominé par la sarcoïdose
Deux formes :
Quelles que soient les autres causes (idiopathique, infection streptococcique, primi-infection tuberculeuse, RCH, maladie de Crohn, infection à Yersinia enterocolitica, médicaments), l'érythème noueux comporte fréquemment des arthralgies et parfois des arthrites siégeant aux chevilles et parfois aux genoux.
7. Maladie périodique
Evolution par épisodes de courte durée avec douleurs thoraciques et/ou abdominales, fièvre élevée, oligoarthrite survenant sur un terrain très particulier : sujets originaires du bassin méditerranéen oriental (Turcs, Juifs sépharades, Arméniens ...).
Il est possible désormais de confirmer le diagnostic par un test génétique.
8. Maladie de Behçet
Eléments d'orientation :

9. Rhumatismes inflammatoires chroniques débutants
a/ Autres spondylarthropathies
Spondylarthrite ankylosante
(voir question SPA)

Rhumatisme psoriasique
Le rhumatisme psoriasique survient chez environ 5 % des sujets
atteints de psoriasis. Dans 80 % des cas, l'atteinte cutanée
précède le rhumatisme, mais les deux peuvent
apparaître en même temps. Il est possible que le
rhumatisme psoriasique précède le psoriasis
cutané. Le rhumatisme psoriasique est très polymorphe
associant de manière diverse :
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Biologiquement, il n'y a pas d'auto-anticorps. L'antigène HLA B27 est globalement présent dans 25 % des cas. En fait, la prévalence de l'antigène HLA B27 n'est augmentée que chez les patients ayant une atteinte axiale : prévalence 50 %. L'évolution du rhumatisme psoriasique est souvent irrégulière, faite de phases de poussées et de rémissions imprévisibles. L'évolution des arthrites périphériques se fait moins souvent vers la destruction que dans la PR. On peut observer des anomalies radiologiques peu spécifiques (pincement de l'interligne, érosions, géodes) ou plus évocatrices (ostéolyse importante et/ou ankylose articulaire, parfois acro-ostéolyse).
Rhumatismes des
entérocolopathies chroniques inflammatoires : rectocolite
hémorragique et maladie de Crohn
Elles peuvent s'accompagner d'un rhumatisme classé dans le cadre nosologique des spondylarthropathies. Ce rhumatisme peut comporter :
Le diagnostic doit être suspecté devant l'existence de signes digestifs, diarrhée chronique et signes de malabsorption notamment. Il est confirmé par les explorations digestives : iléocolonoscopie.
SAPHO
Syndrome associant une oligoarthrite (S : synovite), une acné sévère (acné conglobata, maladie de Verneuil), une pustulose palmo-plantaire ou un psoriasis pustuleux, une hyperostose souvent sternoclaviculaire uni ou bilatérale et une ostéite mono ou polyostotique (vertèbre, mandibule, os longs, côtes). Le diagnostic repose sur l'association des différents symptomes, l'hyperfixation scintigraphique de l'ostéite et de l'hyperostose. Il existe souvent une sacroiliite unilatérale, mais il n'y a pas d'association forte avec l'allèle HLA B27.
b/ PR à début oligoarticulaire (voir question PR)
c/ chez l'enfant : arthrites chroniques juvéniles
Les arthrites chroniques juvéniles, beaucoup moins
fréquentes que les rhumatismes inflammatoires de l'adulte,
touchent par définition des enfants ou adolescents
âgés de moins de 16 ans. Il s'agit d'un cadre
nosologique hétérogène regroupant diverses
entités cliniques : on connaît au moins deux formes de
présentations oligoarticulaires :
d/ chez le sujet âgé : PPR/Horton (voir questions PPA/Horton)
II - Principaux diagnostics à évoquer devant une polyarthrite de moins de 3 mois
1. Arthrites virales
a/ Arthrites des infections à Parvovirus B19 (PV B19)
La primo-infection par le PV B19 est responsable chez l'enfant de la 5ème maladie ou mégalérythème épidémique. Chez l'adulte, la primo-infection par le PV B19 peut entraîner une polyarthrite isolée ou survenant au décours d'un syndrome grippal ou d'une éruption cutanée érythémateuse. Cette polyarthrite aiguë prédomine chez la femme et touche préférentiellement les petites articulations des mains, les poignets, les pieds, les genoux, les coudes. Biologiquement le syndrome inflammatoire est modéré. Les radiographies sont normales. Devant une polyarthrite aiguë chez une jeune femme, il faut penser à cette étiologie et rechercher
b/ Rubéole
La rubéole de la jeune femme peut s'accompagner d'une polyarthrite atteignant les petites articulations des doigts. Elle suit ou parfois précède de quelques jours l'éruption cutanée.
On en rapproche les rares arthrites survenant après vaccination
c/ Arthrites des oreillons
Chez l'adulte, une polyarthrite peut survenir environ 10 jours après la parotidite, et s'accompagner d'une orchite chez l'homme
d/ Hépatite virale B
La polyarthrite de l'hépatite virale survient à la phase préictérique. Elle peut simuler une PR avec atteinte des petites articulations des doigts. Il peut coexister : urticaire, céphalées, asthénie intense. Le diagnostic, soupçonné devant l'élévation des transaminases, est confirmé par la positivité de l'Ag HBs et des IgM anti-HBc.
Quelques observations de polyarthrite après vaccination ont été rapportées.
e/ Arthrites liées à l'infection par le virus de l'hépatite C (VHC)
Le VHC peut être responsable d'arthrites :
f/ Arthrites spécifiques des sujets porteurs du VIH
Une polyarthrite peut survenir lors de la séroconversion, atteignant les grosses articulations des membres inférieurs (genoux, chevilles), de début brutal, d'évolution bénigne. Le rôle direct du VIH est probable. Mais il s'agit d'un diagnostic d'élimination. En effet, chez un sujet porteur du VIH, la survenue d'arthrites doit faire discuter en premier lieu les diagnostics suivants : arthrites septiques (gonocoque, staphylocoque, pneumocoque, salmonelle, mycobactérie, candida), arthrites réactionnelles/syndrome de FLR, rhumatisme psoriasique, vascularite.
g/ Polyarthrite chez les sujets infectés par le virus HTLV-1
En France, l'infection par le virus HTLV-1 survient surtout aux Aneilles. Il a été décrit des polyarthrites chroniques (touchant avec prédilection les genoux et les mains), peu ou pas destructrices, avec ou sans FR. Il existe parfois un syndrome de Sjögren.
2. Arthrites infectieuses bactériennes
Borréliose de Lyme (voir diagnostic étiologique d'une
oligoarthrite)
Syphilis
secondaire
Elle peut s'accompagner d'une
polyarthrite. Le diagnostic est soupçonné devant les
signes cutanéomuqueux (roséole, éruption
papulosquameuse, alopécie, plaques muqueuses) et
confirmé par la positivité des réactions
sérologiques (TPHA, VDRL).
3. Rhumatisme articulaire aigu de l'enfant
Le RAA est une maladie systémique post-infectieuse touchant la synoviale et les tuniques cardiaques (péricarde, myocarde, endocarde). Le responsable est un streptocoque bêta-hémolytique du groupe A. Les arthrites sont aseptiques. Il s'agit essentiellement d'une maladie de l'enfant, entre 5 et 15 ans. Le RAA de l'adulte est caractérisé par une moindre fréquence de l'atteinte cardiaque et donc un diagnostic plus difficile.
Le RAA réalise une polyarthrite fébrile, à début aigu, touchant les grosses articulations des membres (genoux, poignets, chevilles, coudes, épaules), avec une inflammation articulaire importante. Les arthrites sont fugaces (3 à 10 jours) et mobiles. Le diagnostic est soupçonné devant la notion d'infection ORL (angine) dans le mois précédant les arthrites (le plus souvent 10 à 15 jours), devant l'existence de signes cutanés (érythème marginé, nodosités de Meynet) et d'une atteinte cardiaque (souffle d'insuffisance valvulaire, péricardite, myocardite avec bloc auriculo-ventriculaire). La chorée aiguë est exceptionnelle et ne se voit que chez l'enfant. Il n'y a pas d'atteinte glomérulaire. Le diagnostic repose, non pas tant sur le prélèvement de gorge (souvent négatif) que sur la mise en évidence d'une augmentation des anticrops antistreptococciques (ASLO > 300 U/l, antistreptodornases) notamment à deux prélèvements successifs.
4. Purpura rhumatoïde
Associe un purpura cutané polymorphe évoluant par poussées, prédominant aux régions déclives, des douleurs articulaires (polyarthrite symétrique) des douleurs abdominales avec parfois melaena et une atteinte rénale glomérulaire avec dépôts d'IgA et souvent une prolifération épithéliale segmentaire et focale ou diffuse avec formation de croissants.

5. Vascularites systémiques
a/ maladie sérique
Après sérothérapie
(sérum antilymphocytaire, T ou B), ou plus rarement prise
médicamenteuse (Pénicilline, Hydantoïnes...),
associe fièvre, polyarthrite, urticaire, adénopathies,
protéinurie, hypocomplémentémie.
b/ cryoglobulinémies (HCV)
Le tableau clinique associe un purpura
infiltré, des myalgies, des arthralgies et parfois des
arthrites siégeant surtout aux genoux, aux mains et aux
chevilles, parfois des oedèmes segmentaires. Il peut exister
une atteinte rénale glomérulaire et une neuropathie
périphérique. L'attention peut être
attirée par une diminution du C4 avec un C3 normal. La
recherche du FR est souvent positive et la recherche d'une
cryoglobulinémie est positive, de type mixte soit de type II
(IgG polyclonales et IgM monoclonales), soit de type III (IgG
polyclonales et IgM polyclonales). Il est indispensable de rechercher
une étiologie : infections (surtout VHC), hémopathies
lymphoïdes (surtout pour les types II), connectivites (LED,
Gougerot-Sjögren).
c/ PAN (voir question correspondante)
d/ PAN microscopique (voir question PAN)
e/ Churg et Strauss (voir question PAN)
f/ Wegener (voir question PAN)
g/ Takayashu
6. Rhumatismes inflammatoires débutant polyarticulaires de l'adulte
a/ PR adulte (voir question PR)
b/ Polyarthrite psoriasique (voir plus haut)
c/ Maladie de Still de l'adulte
Eléments diagnostiques :

d/ Connectivites
LED (voir
question correspondante)
Syndrome de
Sjögren primitif
Eléments diagnostiques :
MCTD /
connectivite mixte
Eléments diagnostiques :
Dermatopolymyosite ou polymyosite
Eléments diagnostiques :
Sclérodermie systémique
Eléments diagnostiques :
Polychondrite chronique
atrophiante
Eléments diagnostiques :
e/ Maladie de Whipple
La polyarthrite
périphérique évolue par poussées
spontanément régressives qui précèdent
toujours les signes digestifs de plusieurs mois ou plusieurs
années. La coloration au PAS des entérocytes du
duodéno-jéjunum permet le diagnostic associé
à une PCR spécifique du germe en cause.
f/ Colite collagène
Colopathie rare caractérisée par une diarrhée
aqueuse chronique et aux biopsies coliques étagées
(aspect macroscopique normal en colonoscopie) par un
épaississement collagène sous-épithélial.
Elle peut s'accompagner d'une polyarthrite.
g/ Polyarthrite de sarcoïdose
h/ Agammaglobulinémie
i/ Réticulohistiocytose multicentrique
j/ Divers
7. Rhumatisme inflammatoire chronique de l'enfant
a/ La forme systémique ou maladie de
Still
Fièvre intermittente avec pics
vespéraux quotidiens dépassant 39°C,
éruption cutanée maculeuse souvent discrête et
fugace (au moment des pics fébriles), oligo/polyarthrite,
hyperleucocytose avec polynucléose, absence d'auto-anticorps,
présence d'autres signes systémiques
(adénopathies, splénomégalie, douleurs
abdominales, péricardite, pleurésie).
b/ Les formes
polyarticulaires
Elles peuvent être séropositives (30 %) ou plus souvent
séronégatives (70 %). Absence de signes cliniques
extra-articulaires.