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Service de Rhumatologie
Professeur Olivier MEYER
Cours DCEM3
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Spondylarthrite ankylosante
(Pelvispondylite rhumatismale)
Etiologie, diagnostic, évolution, principes de
traitement
Module 14 - Pathologie de l'appareil locomoteur -
rhumatologie DCEM3
Internat n° 282
La spondylarthrite ankylosante
(SPA) ou pelvispondylite rhumatismale (PSR) occupe par sa
fréquence le deuxième rang des rhumatismes
inflammatoires chroniques après la polyarthrite
rhumatoïde.
A la différence de cette
dernière, la spondylarthrite ankylosante (SPA)
n'entraîne que rarement une invalidité importante,
exception faite des atteintes coxofémorales ou coxites.
Une reconnaissance précoce
et un traitement continu doivent permettre d'éviter
l'évolution défavorable vers l'ankylose en mauvaise
position.
Etiologie
La cause de la SPA reste inconnue mais certains facteurs
favorisants sont connus et peuvent être classés en deux
rubriques: facteurs génétiques et facteurs
d'environnement. Ils coexistent fréquemment et l'association
des deux paraît nécessaire au développement de la
maladie.
A Facteurs
génétiques
1 Etude des généalogies
On connait des formes familiales de SPA (10 p. 100 des cas),
surtout fréquentes chez les parents des SPA féminines.
Il existe des observations de SPA chez des jumeaux homozygotes.
2 Antigènes d'histocompatibilité HLA
Bien que plusieurs gènes semblent devoir être
associés à la SPA, le concept de terrain
génétique repose en grande partie sur l'association
avec l'antigène HLA B27.
- Environ 90 p. 100 des malades blancs
européens sont porteurs de cet antigène,
alors que la fréquence du B27 dans la population est de 5
à 14 p. 100 selon les pays d'Europe.
- Certaines tribus indiennes du
Canada pratiquant l'endogamie ont une fréquence très
élevée de SPA : 1 sujet sur 2 de ces tribus est
porteur de l'antigène HLA-B27.
- On connaît 25 sous-types d'allèles B27
grâce aux techniques actuelles de typage par biologie
moléculaire. Tous ne sont pas associés à la
SPA, soulignant la complexité des rapports entre B27 et
SPA. Les malades français sont habituellement B*2705.
- Néanmoins, un certain contingent de malades caucasiens
n'a pas l'antigène B27 et la maladie existe, bien que
beaucoup plus rare, chez les Noirs d'Afrique en l'absence de cet
antigène d'histocompatibilité. D'autres
allèles HLA B sont parfois retrouvés associés
à la SPA, le principal étant B7.
La SPA constitue cependant le chef de file des maladies
liées au complexe d'histocompatibilité HLA avec un
risque relatif voisin de 100 pour les sujets B27.
Comment explique t-on le rôle de la molécule B27 au cours de la SPA ?
| Hypothèses |
Implication
de la molécule HLA B27 |
Mécanisme
immunologique |
| Théories
spécifiques d'antigène |
| Peptide
arthritogène |
Présentation par le
HLA B27 d'un peptide du soi dérivant d'un antigène exprimé dans les
tissu cibles |
Activation d'un clone
T CB8+ autoréactif dirigé contre le peptide du soi |
| Mimétisme
moléculaire |
Ressemblance
moléculaire entre un peptide du HLA B27 ou présenté par HLA B27 et un
antigène bactérien |
Réponse T croisée
contre la bactérie responsable de l'infection et le peptide du HLA B27 |
| Théories
indépendantes de l'antigène |
| Anomalie de
repliement |
Repliement ralenti de
la molécule HLA B27 dans le réticulum endoplasmique |
Réponse de stress.
Activation de la voie NFkB.
Amplification de la réaction inflammatoire |
| Formation d'homodimères |
Complexes
homodimériques de chaînes lourdes du HLA B27 reliés par des ponts
disulfure entre Cys67 |
Interaction
inhabituelle entre homodimères du HLA B27 et des LT CD4+ ou des
récepteurs de type Natural Killer |
3. Sexe, âge, fréquence
a. Sexe
La SPA touche classiquement le sexe masculin : 9 hommes pour 1
femme, mais il a été montré que les cas
féminins ont été sous-estimés du fait de leur atypie ou de
leur caractère plus fruste.
b. Age de début
Il se situe, plus de 1 fois sur 2, dans la troisième
décennie, mais les débuts infantiles sont d'autant plus
fréquents qu'il s'agit de sujets vivant dans des pays à
niveau socio-économique déshérité
(Maghreb). Cette notion se retrouve dans les facteurs d'environnement
favorisant la survenue de la maladie.
c. Fréquence
Elle est très diversement appréciée : les
enquêtes épidémiologiques concluaient à 1
cas pour 1000 ou 2000 habitants. Les radiographies
systématiques effectuées chez les donneurs de sang
porteurs de l'antigène HLA B27, donc une population à
priori indemne de toute affection, ont montré dans certains
cas que 20 p. 100 environ de sacro-iliaques étaient anormales
et compatibles avec le diagnostic de SPA. Puisque 5 p. 100 de la
population est HLA B27, la fréquence de la maladie pourrait
être de 0,5 x 0,3 = 1 p. 100, chiffre certainement excessif.
B Facteurs
d'environnement
1. Concept des arthrites réactionnelles
Certains rhumatismes inflammatoires surviennent après une
infection bactérienne ou virale.
- Le germe n'est pas cultivable par les méthodes
habituelles dans l'articulation, mais certains de ses constituants
: protéines, ARN ribosomal ou ADN, sont encore
présents laissant penser que le germe a
déclenché une réaction inflammatoire de la
synoviale articulaire.
- Les manifestations articulaires peuvent être
isolées, on parle alors d'arthrites réactionnelles,
ou associées à des signes cutanés, muqueux
(balanite, érosions buccales), génito-urinaires
(urétrite) et intestinaux (gastroentérite),
constituant alors le syndrome de Fiessinger-Leroy-Reiter (FLR).
- Les articulations touchées sont le plus souvent les
articulations périphériques des membres
inférieurs. Les fluxions articulaires disparaissent
généralement en quelques mois. Peuvent s'y associer
des douleurs aux points d'insertion des tendons sur le
périoste (appelé enthèse) avec tendinite
(Achille, aponévrose plantaire, etc ...).
- Dans les années qui suivent on peut voir survenir des
récurrences articulaires, mais surtout des manifestations
pelvirachidiennes identiques par bien des points à la
spondylarthrite ankylosante en apparence idiopathique. Cette
association ultérieure à une SPA est d'autant plus
fréquente que le sujet est porteur de l'antigène
B27.
- Parmi les germes en cause, citons les Salmonella, les
Shigella, les Yersinia, les Campylobacter, Ureaplasma urealyticum,
les Chlamydiae (trachomatis surtout, pneumoniae plus rarement), voire certaines Klebsiella. On peut en rapprocher
quelques observations de pelvispondylite survenant au cours d'une
maladie de Behçet, bien qu'aucun germe n'ait
été incriminé avec certitude dans cette
maladie.
2. Autres affections pouvant s'associer à la SPA
Il existe une fréquence inhabituelle de SPA au cours des
rhumatismes des entérocolopathies chroniques, qu'il s'agisse
de la maladie de Crohn (2 à 8,5 p. 100) de la rectocolite
ulcérohémorragique (1,1 à 12,6 p. 100) ou de la
maladie de Whipple (6 p. 100). De même, il existe une forme
axiale du rhumatisme psoriasique.
C. Le concept de
"spondylarthropathie séronégative"
On regroupe sous cette appellation l'ensemble des affections
précédentes (SPA, arthrites réactionnelles,
FLR, arthrites des entérocolopathies chroniques, rhumatisme
psoriasique avec atteinte axiale. Des critères diagnostiques
ont été proposés et validés en Europe
(critères ESSG) et en France (critères d'AMOR).
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Les critères du
groupe européen d'étude des spondylarthropathies
(ESSG 1991)
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Critères majeurs :
- rachialgies inflammatoires
- synovite asymétrique ou prédominant aux
membres inférieurs
Critères mineurs :
- histoire familiale de spondylarthropathie ou
d'uvéite ou d'entérocolopathie
- psoriasis
- entérocolopathie inflammatoire
- enthésopathie
- sacro-iliite radiologique
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Spondylarthropathie si : 1 critère
majeur + au moins un critère mineur.
sensibilité : 87 % spécificité : 96
%
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Critères d'Amor,
1990 (12 critères)
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1. Douleurs nocturnes ou raideur matinale de
siège lombaire ou dorsal
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1
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2. Oligoarthrite asymétrique
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2
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3. Douleurs fessières sans
précision
Douleurs fessières à bascule
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1 ou
2
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4. Doigt ou orteil en saucisse
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2
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5. Talalgies ou autre enthésopathie
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2
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6. Iritis
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2
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7. Urétrite non gonococcique ou cervicite
(< 1 mois avant arthrite)
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1
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8. Diarrhée moins d'un moins avant une
arthrite
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1
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9. Présence ou antécédents
: psoriasis et/ou balanite et/ou
entérocolopathie
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2
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10. Sacro-iliite radiologique unilatérale
(stade 3) ou bilatérale (stade 2) (ou IRM)
|
3
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11. Présence de l'antigène HLA B27
et/ou
antécédent familial : SPA, Reiter,
psoriasis, uvéite, entérocolopathie
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2
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12. Efficacité rapide (48 h) des AINS ou
rechute rapide (48 h) après arrêt
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2
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Spondylarthropathie si > 6 points
sensibilité : 92 % spécificité : 98
%
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D. Modèles
expérimentaux
Le modèle le plus utile à la compréhension de
l'étiologie multifactorielle de la SPA est celui de rat
transgénique pour le gène codant pour HLA B27. Les
souches qui expriment à la surface de leurs cellules la grande
quantité de molécules B27 développent une
polyarthrite, des signes digestifs et cutanés proches des
spondylarthropathies. Les animaux élevés en situation
stérile sont indemnes alors que ceux vivants en situation non
stérile (germes intestinaux) développent la maladie,
soulignant l'interaction nécessaire avec les germes de
l'environnement.
DIAGNOSTIC
A. Diagnostic
positif
1. Modes de début
Il existe deux principaux modes de début de la
spondylarthrite ankylosante :
- un début pelvirachidien, le plus classique (80 p. 100
des cas)
- un début par une arthrite des membres (20 p. 100 des
cas)
a. Atteinte pelvirachidienne
Elle inaugure le plus souvent les symptômes cliniques.
- Les signes prédominent au rachis lombaire et au bassin.
Il s'agit habituellement de douleurs lombaires ou
fessières, particulières par leur horaire matinal ou
nocturne, indépendant des efforts physiques.
- Les douleurs rachidiennes peuvent s'accompagner d'irradiations
dans les fesses, voire dans les membres inférieurs selon un
trajet crural postérieur, s'arrêtant habituellement
au creux poplité. Elles sont uni- ou bilatérales,
voire à bascule.
- Une raideur rachidienne, avec un dérouillage matinal,
complète la symptomatologie clinique.
- L'examen clinique apprécie la mobilité du rachis
dans le plan antéropostérieur et transversal,
recherche des points douloureux, notamment à la pression
des articulations sacro-iliaques. Les manoeuvres mettant en tension
l'articulation sacro-iliaque provoquent une douleur comparable
à la douleur spontanée. Enfin, l'examen clinique
vérifie l'absence de signes neurologiques radiculaires.
b. Début périphérique
Plus rarement, la maladie débute par une arthrite des
membres.
- Il s'agit le plus souvent d'une oligoarthrite (moins de 4
articulations touchées) asymétrique, ou d'une
monoarthrite touchant les grosses articulations des membres
inférieurs (genoux surtout). Parfois, il s'agit de douleurs
dues à une enthésopathie : talalgie
inférieure ou postérieure uni ou bilatérale.
- L'atteinte coxofémorale inaugurale est plus rare mais
elle engage le pronostic fonctionnel car elle est source
d'invalidité.
c. Eléments du diagnostic précoce
A cette période de début le diagnostic repose sur
trois examens complémentaires principaux:
- la vitesse de sédimentation, souvent
élevée;
- la radiographie des articulations sacro-iliaques; mais les
signes radiographiques sont souvent en retard sur la clinique et
il faudrait répéter cet examen après 6 mois
d'évolution; le scanner des sacro-iliaques (mais surtout l'IRM) peut montrer des anomalies dès ce stade;
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Scanner sacro-iliaques :
sacro-iliite débutante
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- enfin, la recherche de l'antigène HLA-B27 dont nous
avons vu avec quelle fréquence cet antigène est
associé à la SPA; néanmoins, un
résultat négatif ne doit pas faire rejeter le
diagnostic.
Les critères diagnostiques des spondylarthropathies sont
très utiles au début pour poserle diagnostic. Cependant
il n'est pas rare que le diagnostic soit porté plus
tardivement devant un tableau clinique et radiologique plus
évolué.
2 La période
d'état
a. Clinique
Douleurs rachidiennes
- Initialement intermittentes, elles sont souvent plus durables,
évoluant par périodes de plusieurs semaines ou mois.
- On assiste habituellement à une extension ascendante
des douleurs rachidiennes qui, de lombaires, vont ensuite
atteindre la région dorsale avec parfois des douleurs
thoraciques sternocostales, limitant l'amplitude des mouvements
respiratoires, voire plus tardivement le rachis cervical.
- Une raideur plus ou moins grande peut accompagner les
douleurs, plus rarement résumer la clinique.
- L'examen étudie la mobilité rachidienne:
plusieurs index sont utiles à mesurer car ils permettent un
suivi clinique quel que soit l'examinateur :
- au rachis lombaire on mesure l'indice de Schober (on place un
repère au feutre 10 cm au-dessus de 1'épineuse de L5
lorsque le sujet est debout, puis on lui demande d'essayer de
toucher ses pieds avec ses doigts, les genoux restant tendus: chez
un sujet normal, cette distance passe de 10 cm à 15 cm environ). On
mesure également la distance doigt-sol en antéflexion et surtout en
inclinaisons latérales.
- au rachis dorsal on mesure le périmètre thoracique
en inspiration et en expiration forcées;
- au rachis cervical on mesure les distances nuque-mur ou tragus-mur et
menton-sternum
Tous ces chiffres sont consignés et serviront de
repères pour les examens ultérieurs.
- A l'atteinte rachidienne peuvent s'associer de façon
très variable:
- soit des manifestations articulaires ou
tendinopériostées (enthésopathies);
- soit des manifestations viscérales au premier rang
desquelles figure l'uvéité ou iridocyclite.
Arthrites périphériques
- Elles s'observent au cours de l'évolution chez 50
à 70 p. 100 des malades: il s'agit surtout d'atteinte
inflammatoire proximale, des épaules et
coxofémorales, plus rarement d'une atteinte des genoux ou
des pieds.
- Un tableau de polyarthrite touchant les mains, exceptionnel en
France, serait plus fréquent dans les pays scandinaves.
- Parmi les atteintes tendinopériostées il faut
toujours citer les talalgies inférieures ou
postérieures qui peuvent révéler une SPA.
Leur horaire matinal ou nocturne doit éveiller l'attention
et amener à pratiquer une radiographie des sacro-iliaques.
Manifestations viscérales
Elles sont d'inégale fréquence.
- L'oeil est l'organe le plus touché:
- il s'agit d'une uvéite antérieure (oeil rouge,
douloureux, à l'acuité diminuée), le plus
souvent unilatérale, guérissant en quelques semaines
ou mois; cette manifestation peut inaugurer la maladie ou survenir
à n'importe quel moment de l'évolution chez 20 p.
100 environ des SPA;
- il ne s'agit pas à proprement parler d'une complication
mais d'une manifestation indépendante survenant sur le
même terrain de prédisposition
génétique, c'est-à-dire chez les sujets
HLA-B27.
- D'autres manifestations viscérales sont propres
à la SPA:
- insuffisance ventilatoire restrictive, liée à la
rigidité de la paroi thoracique: elle sera chiffrée
lors d'épreuves fonctionnelles respiratoires; beaucoup plus
rarement on peut voir survenir une fibrose pulmonaire
radiologique, prédominant aux deux sommets, imposant
d'éliminer une surinfection, notamment tuberculeuse;
- deux manifestations cardiaques sont classiques mais rares:
l'insuffisance aortique et les troubles de la conduction
auriculoventriculaire avec un bloc électrique complet ou
incomplet;
- citons pour mémoire quelques complications
exceptionnelles et tardives telles que le syndrome de la queue de
cheval par arachnoïdite, qui ne s'observe que dans certaines
formes très évoluées de SPA, et
l'amylose.
b. Signes radiographiques
Suspecté sur les signes cliniques, le diagnostic de SPA
repose sur l'examen radiographique.
Technique
- La seule incidence réellement utile au diagnostic est
un grand cliché dorso-lombo-pelvifémoral
postéro-antérieur debout (cliché de de
Sèze) qui permet de voir sur la même incidence la
jonction dorsolombaire, le rachis lombaire, les articulations
sacro-iliaques et coxofémorales.
- Un cliché du bassin de face centré sur les
sacro-iliaques est parfois utile en s'aidant si nécessaire
d'une compression.
- Les autres clichés seront demandés en fonction
des signes cliniques.
Signes d'arthrite sacro-iliaque
Classiquement, ces signes sont bilatéraux et plus ou moins
symétriques mais au début ils peuvent prédominer
d'un côté. Ils évoluent en plusieurs stades qu'il
est possible de schématiser comme suit (classification de
Forestier).
- Stade 0 : sacro-iliaques normales
- Stade I: déminéralisation de l'os sous-chondral
avec léger flou de l'interligne,
pseudo-élargissement irrégulier; les signes
prédominent sur le pied de l'articulation dont les berges
paraissent dentelées (en timbre poste).
- Stade II: érosions, géodes et
ostéosclérose de deux berges aboutissent à un
aspect pommelé; I'interligne apparaît pincé.
- Stade III: I'interligne a disparu. L'ankylose est
complète avec parfois des images de ponts osseux.
Cette évolution se fait dans un délai très
variable de 1 à 20 ans.
Signes rachidiens
On distingue les atteintes du corps vertébral et celles de
l'arc postérieur. Elles peuvent exister seules, s'associer
entre elles, voire être totalement absentes.
- Modifications corporéales
- L'ossification intersomatique sous-ligamentaire est l'image
la plus classique: il s'agit d'une ossification partant quelques
millimètres au-dessus ou au-dessous du plateau
vertébral, de trajet vertical convexe en dehors,
aboutissant à une fusion des corps vertébraux. Ces
syndesmophytes débutent en général à
la jonction dorsolombaire où il faudra donc les rechercher.
Tous les corps vertébraux peuvent ainsi être
solidarisés, ce qui explique l'ankylose progressive
(colonne lombaire). A ce stade, il existe habituellement une
ostéoporose prédisposant aux fractures traumatiques.
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Rachis lombaire de
face : syndesmophytes
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- La spondylite antérieure est une lésion
inflammatoire touchant le coin antéro-supérieur ou
inférieur du corps vertébral; érosions et
condensations s'associent, aboutissant parfois à un aspect
rectiligne du bord antérieur de la vertèbre sur le
cliché de profil : le corps vertébral prend ainsi un
aspect carré.

Rachis lombaire profil : aspect
carré des vertèbres
- Plus rarement, la lésion inflammatoire touche le
disque intervertébral et les plateaux sus- et sousjacents,
réalisant une spondylodiscite non infectieuse.
- Modifications des arcs postérieurs
- L'arthrite interapophysaire postérieure est
probablement rare mais elle est source d'ankylose. Elle se traduit
par une condensation et des érosions des berges des
articulations interapophysaires puis par une ankylose, bien
visualisée par des clichés de trois quarts.
- Les ossifications ligamentaires peuvent toucher le ligament
interépineux, les ligaments interapophysaires, le ligament
jaune aboutissant sur les radiographies de face à un aspect
en rail de chemin de fer.
Rachis cervical de 3/4 : fusion des
articulaires postérieures
Signes articulaires et
tendinopériostés
- Les signes d'arthrite périphérique sont non
spécifiques. I1 faut insister cependant sur les images
d'ossification ou d'ankylose articulaires, bien
particulières à la SPA et qui s'observent aux cours
des coxites.
- Les ossifications sous-périostées peuvent
s'observer au bassin (crêtes iliaques, branches
ischiopubiennes), aux talons (calcanéite postérieure
ou inférieure).
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Radiographie de l'arrière-pied :
enthésopathie calcanéenne inférieure et postérieure
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Scintigraphie osseuse : hyperfixation
postérieure du calcanéum par enthésopathie
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c. Autres imageries
- l'IRM est utile pour diagnostiquer la sacro-iliite au début
montrant un hyposignal en T1 des berges, se réhaussant après injection de
gadolinium et un hypersignal en T2
- l'échographie avec doppler puissance des enthèses authentifie
l'inflammation des points d'insertion des tendons
d. Signes biologiques
- La vitesse de sédimentation est habituellement
élevée au cours des poussées mais elle peut
rester normale tout au long de l'évolution (20 p. 100 des
cas).
- Les réactions sérologiques détectant les
facteurs rhumatoïdes (latex, Waaler-Rose) sont
négatives.
- Il en est de même des anticorps antinucléaires et
antistreptococciques
- La présence de l'antigène HLA-B27 est un fort
argument de présomption mais il faut se rappeler que 10 p.
100 des SPA (notamment chez les sujets du Maghreb) n'ont pas
l'antigène HLA-B27; elles sont tout à fait
identiques cliniquement et radiologiquement à celles qui
sont HLA-B27 ; par ailleurs, 4 à 8 p. 100 de la population
saine d'Europe du Sud est porteuse de cet antigène qui
n'est donc pas synonyme de SPA.
B Critères du diagnostic
positif
Le diagnostic de la SPA est clinique et radiologique. Il a
été proposé un certain nombre de critères
dont l'association permet d'affirmer la SPA.
1 Critères de Rome
(1961)
- Douleur et raideur lombaire d'horaire inflammatoire, durant
depuis plus de
- mois.
- Douleur et raideur dorsale ayant les mêmes
caractères.
- Diminution de la mobilité du rachis lombaire.
- Diminution de l'expansion thoracique.
- Iritis présent ou ancien.
- Image radiologique sacro-iliaque évocatrice.
Il faut 4 des 5 premiers critères ou le 7e isolé
pour affirmer la SPA.
2 Critères de New York
(1966)
Ils sont très voisins de ceux de Rome.
- Diminution de l'amplitude du rachis lombaire dans les trois
plans.
- Douleur lombaire ou dorsolombaire d'horaire inflammatoire.
- Diminution de l'expansion thoracique (inférieure ou
égale à 2,5 cm à hauteur du 4e espace
intercostal).
- Sacro-iliite radiologique caractéristique.
La SPA est définie lorsqu'au 4e critère s'associe
l'un des précédents.
La SPA est probable lorsque le 4e critère est seul
présent.
3 Autres critères
Ce sont les critères de spondylarthropathie
européens (ESSG) et ceux de AMOR (voir tableaux).
C Diagnostic
différentiel
La liste des affections pouvant être confondues avec la SPA
est longue. Citons les principales.
1 Devant une arthrite sacro-iliaque
à prédominance unilatérale
Il faut éliminer:
- avant tout une origine infectieuse (tuberculose,
pyogènes, brucellose, salmonelloses...);
- plus rarement, une hyperparathyroïdie, une ochronose
(alcaptonurie), une ostéochondrose.
- on rapprochera de la SPA le syndrome SAPHO, acronyme
signifiant synovite, acné, pustulose, palmo-plantaire ou
psoriasis, hyperostose et ostéite, qui associe
fréquemment une sacro-iliite unilatérale chez des
sujets rarement B27. Cette affection répond souvent aux
critères de spondylarthropathie.
2 Devant une atteinte
rachidienne
Différencier un syndesmophyte :
- d'un ostéophyte de discarthrose ;
- d'une coulée osseuse d'hyperostose vertébrale
ankylosante (maladie de Forestier).
3 Devant une arthrite
périphérique isolée
Il faut discuter les causes de polyarthrite chronique ou de
monoarthrite.
EVOLUTION ET
PRONOSTIC
A Evolution
L'évolution de la SPA se fait
B Pronostic
1 Pronostic vital
Il est exceptionnellement menacé, conséquence soit
d'une insuffisance aortique négligée, soit d'un
accident traumatique rachidien (fracture pouvant se compliquer de
paraplégie).
2 Pronostic fonctionnel
Il dépend de la rapidité de l'évolution : la
plupart des sujets atteints de SPA peuvent avoir une activité
physique et professionnelle sédentaire normale. De rares
formes, souvent négligées, aboutissent à des
ankyloses vicieuses incompatibles avec une vie socio-professionnelle
normale. Il faut citer dans ce cadre les coxites ankylosantes
bilatérales n'autorisant qu'une démarche pendulaire et
les grandes cyphoses empêchant une vision horizontale.
PRINCIPES DU
TRAITEMENT
Le traitement de la SPA est purement symptomatique. Il vise
à limiter l'inflammation articulaire et à
prévenir les attitudes vicieuses. Deux types de traitement
sont complémentaires: médical et
kinésithérapique. La chirurgie ne s'adresse qu'aux
séquelles.
A Traitement
médical
1 Repos
Il doit être complet lors des poussées douloureuses.
2 Anti inflammatoires non
stéroïdiens
- Parmi les différentes familles, les pyrazolés
sont les plus efficaces. Le seul encore commecialisé dans
cette indication est la phénylbutazone qui s'emploie de
préférence per os ou en suppositoires à des
doses d'attaque ne devant pas dépasser l g/24 h. Une
protection gastrique est souvent associée. Un traitement
d'entretien à dose moindre sera ensuite mis en oeuvre.
- Avant la phénylbutazone, il faut essayer les autres
familles d'AINS tels que l'indométacine, les propioniques
et le diclofénac, voire de simples antalgiques.
3 Corticoïdes
Ils ne doivent pas être utilisés car ils sont
généralement moins efficaces que les
anti-inflammatoires non stéroidiens. Certains les utilisent en
cas d'ulcère gastroduodénal provoqué par les
traitements précédents, sous couvert
d'anti-ulcéreux et sans dépasser l0 mg de prednisone/24
h.
4 Traitements de fond
Aucun des traitements de fond de la polyarthrite rhumatoïde
n'est efficace sur les manifestations axiales de la SPA. La
salazopyrine aurait une certaine efficacité sur les arthrites
périphériques. Le méthotrexate (10 mg 1
jour/semaine) est parfois utile devant des arthrites
réactionnelles ou psoriasiques et donc par extension devant
des arthrites périphériques de SPA.
Les anti-TNF alpha (Remicade®,
Enbrel®)
ont l'AMM pour traiter les formes axiales ou périphériques de SPA (et le
rhumatisme psoriasique) avec des résultats spectaculaires. Ils ne sont
indiqués qu'après échec d'au moins 2 AINS donnés un mois à la dose maximale
tolérée. L'efficacité des anti-TNF alpha est souvent spectaculaire, notamment
en cas de signes inflammatoires cliniques et biologiques nets.
5. Synoviorthèses
osmiques ou avec des corticoïdes d'action
retardée
Elles s'adressent aux arthrites des membres
B Réadaptation
fonctionnelle
Elle doit être associée dès que les
phénomènes douloureux sont maîtrisés.
1 Hygiène de vie
Les conditions d'hygiène de vie comportent notamment le
repos nocturne sur un plan dur et le plus à plat possible.
2 Exercices
Il faut mettre en oeuvre des exercices de posture et de gymnastique
qui s'efforcent de maintenir le rachis en rectitude. Les exercices
seront effectués quotidiennement par le malade qui doit
prendre conscience de l'importance de cette pratique. Les exercices
en piscine sont vivement recommandés.
3 Kinésithérapie
respiratoire
Elle est toujours utile
4 Corsets plâtrés et
attelles de postures
Ils visent à diminuer les attitudes vicieuses.
5 Orthèses plantaires
(semelles)
pour les talalgies
C Chirurgie
orthopédique
Elle s'adresse aux ankyloses en mauvaises positions
1 Chirurgie de hanche
Elle est en général limitée aux
arthroplasties totales au pronostic incertain chez des sujets souvent
jeunes. La réankylose est plus fréquente que dans
d'autres types de coxites. Il en est de même des sepsis.
2. Chirurgie vertébrale
Elle est exceptionnellement indiquée : il s'agit
d'ostéotomie du rachis ou du bassin visant à permettre
au sujet de se déplacer sans l'aide d'une tierce personne.