POUR LE
MEILLEUR !
La marmite en cuivre
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LUI est assis
à la table de la cuisine, face au public, en train de lire son
journal. Il va garder un air et un ton goguenard durant toute la scène… sauf
à la fin.
ELLE est sensée
être occupée dans le salon, à côté. On n'entend que sa voix. On devine
qu'elle s'active et parle par bouts de phrases, ce qui permet à LUI de lancer
des réflexions dans les intervalles, établissant des parallèles entre sa
femme et la marmite.
(Accessoires : une table et une chaise
pour LUI. Un paravent ou un rideau pour cacher ELLE.)
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ELLE
(voix off un peu nunuche) : Chéri,
tu sais à quoi j'ai pensé ?
LUI
(à lui-même, à voix assez haute pour le public, commence à se moquer de sa
femme) : Toi ? Tu
penses ?
ELLE
(off) : …J'ai
bien réfléchi…
LUI
: Réfléchi ? Tu
m'épates.
ELLE
(off) : Et je
crois que j'ai eu une bonne idée…
LUI
: Miracle!
ELLE
(off) : Tu me dis
quelque chose ?
LUI
(plus fort) : Non,
vas-y, je t'écoute.
ELLE
(off) : L'énorme
marmite en cuivre, dans le salon, qui est d'ailleurs un peu fêlée sur le
bord…
LUI
: …Comme
quelqu'un qui n'est pas très loin de moi…
ELLE
(off) : Tu
l'avais remarqué, au fait, qu'elle était fêlée ?
LUI
: Depuis
longtemps.
ELLE
(off) : Et t'as
vu qu'elle a des gros renflements sur les cotés ?
LUI
: Hélas, oui…
ELLE
(off) : A mon
avis, elle a dû un peu s'affaisser, avec le temps…
LUI
: C'est mon avis
aussi…
ELLE
(off) : Un tel
poids, c'est pas étonnant. Je sais pas comment le trépied a tenu toutes ces
années…
LUI
: J'ai bien tenu,
moi.
ELLE
(off) : Tu te
rappelles que la semaine dernière tu disais que t'aurais pas dû la garder tout
ce temps ?
LUI
: Oh, ça oui…
ELLE
(off) : …Que
c'est le genre de truc qui prend de la place pour rien…
LUI
: Je te le fais
pas dire…
ELLE
(off) : C'est
vrai qu'à la limite elle irait mieux chez quelqu'un d'autre…
LUI
: Pas de problème,
je prépare les valises…
ELLE
(off) : …Autant
qu'elle soit chez quelqu'un qui apprécie ce genre d'antiquités…
LUI
: Bon courage
pour trouver…
ELLE
(off) : Tu me
parles ?
LUI
(plus fort) : Non,
vas-y, continue.
ELLE
(off) : Finalement,
t'aurais mieux fait d'écouter les conseils de ta mère…
LUI
: …J'étais
jeune, à l'époque…
ELLE
(off) : Elle
avait raison quand elle disait que ça allait t'embarrasser plus qu'autre
chose…
LUI
: Que veux-tu, je
m'en suis rendu compte trop tard…
ELLE
(off) : …C'était
juste au retour de notre voyage de noces…
LUI
: C'est bien ça,
c'était trop tard…
ELLE
(off) : Ce sont
tes copains qui te l'avaient refilée, non ?
LUI
: Bonjour le
cadeau!
ELLE
(off) : Comment ?
LUI
(plus fort) : Je
disais qu'effectivement, la marmite, c'était le cadeau groupé offert par mes
potes…
ELLE
(off) : Sinon, tu
serais d'accord pour qu'on l'enlève du salon ?
LUI
: Tout à fait.
Et des autres pièces aussi…
ELLE
(off) : Ou peut-être
simplement la placer dans un coin, plus loin du canapé. Au cas où tu veuilles
encore la garder…
LUI
: Je me pose la
question…
ELLE
(off) : …Parce
qu'il faut bien avouer qu'elle gêne, près du canapé. Non
?
LUI
: Si. Surtout
quand elle parle pendant les matches de foot à la télé…
ELLE
(off) : Le problème,
c'est qu'elle n'est pas facile à trimballer…
LUI
: J'en sais
quelque chose…
ELLE
(off) : Je me
suis toujours demandé à quoi ça pouvait servir, une marmite de cette
taille…
LUI
: C'est pour que
les cannibales te fassent cuire à feu doux…
ELLE
(off) : Pardon ?
LUI
(plus fort) : Je
suppose que ça servait, autrefois, à faire mijoter de grosses quantités de
nourriture. Pour les repas à la ferme, par exemple…
ELLE (off) : A part la
remplir de terre et y installer des plantes vertes, ce qu'on a fait, c'est pas
le genre de truc facile à mettre en valeur…
LUI
: C'est un peu
pareil pour toi, chérie…
ELLE
(off) : Mon idée,
en fait, c'était de peut-être la donner à ma copine Carole. Elle aime bien
tous ces machins, plus encombrants qu'autre chose…
LUI
: Sûrement, vu
que c'est ta copine…
ELLE
(off) : Tu vois
qui c'est, Carole ?
LUI
(plus fort) : Pas
du tout.
ELLE
(off) : Si, cette
fille sympa, qui a toujours l'air un peu larguée…
LUI
: Comme toi, chérie…
ELLE
(off) : …Qui se
retrouve chaque fois dans des embrouilles pas possible…
LUI
: Comme toi, chérie…
ELLE
(off) : Rappelle-toi,
on l'a croisée, le mois dernier, au supermarché. Même que juste après tu
m'as dit : "A la voir porter ses gros sacs, elle me fait penser à une mule
avec une patte cassée."…
LUI
: Comme toi, chérie…
ELLE
(off) : Tiens,
c'est cette fameuse Carole dont nous parlait Bertrand l'autre jour. Il nous
disait, même si c'est à prendre avec prudence, tu connais Bertrand,
qu'elle n'arrêtait pas de faire cocu son mari…
LUI
: Comme t… ?!
(LUI se fige aussitôt. Son sourire disparaît d'un seul coup. Noir)
ATTENTION !!
Avant toute mise en répétition de ce texte, une demande d'autorisation doit être effectuée auprès de la S.A.C.D., seule habilitée à accorder les droits d'exploitation et de représentation.