« Et les Tsiganes ? » me demande-t-on. « Pourquoi est-ce qu'on en parle presque pas ? »
Il faut comprendre que les Tsiganes sont un peuple de l'oral plus que de l'écrit. Aussi a-t-on beaucoup moins de témoignages de survivants. D'autre part, le racisme contre les gitans, tsiganes, gens du voyage a continué après la guerre, et de nos jours encore.
Sommaire :
L'extermination des tsiganes : quelques données
Des camps de concentration en France
Les Tsiganes furent, comme les Juifs, interpellés et mis dans des camps.
Voici une carte des camps de concentration en France. Les camps pour Tsiganes figurent en bleu :


Ces camps furent rapidement détruits et oubliés après la guerre. Il fallut attendre 1985 pour qu'une plaque soit apposée à Poitiers :

Plus tard, en 1994, une plaque additive fut apposée, qui évoquait le fait que ces crimes contre l'humanité avaient été « commis sous l'autorité de fait de l'Etat français ». En effet, ces camps étaient administrés, gardés par le régime de Vichy.
Une extermination qui a touché toute l'Europe


Furent exterminés :
- plus du quart des Tsiganes de France ou de Hongrie,
- près de la moitié des Tsiganes de Yougoslavie ou de Lettonie,
- les trois quart des Tsiganes d'Allemagne ou de Belgique,
- la totalité des Tsiganes des Pays-Bas, du Luxembourg et de Lituanie .
Femme tzigane, l'une des rares survivante d'Auschwitz. Elle porte un tatouage sur le bras.Expériences médicales à Auschwitz

Quelques Tsiganes ont été mis au travail dans le camp III C, nommé le camp tsigane. Les autres ont été exterminés à leur arrivée ou peu après. Les Tsiganes épargnés pour servir de main-d'œuvre devaient travailler dans une usine de briques, une scierie et devaient creuser des canaux d'irrigation. Ils finissaient également par mourir, battus à mort, de faim et d'épuisement. L'entrée du camp de Jasenovac
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Certains détenus non tsiganes ont essayé de cacher les Tsiganes des oustachis. Parmi eux, il y avait un violoniste du nom de Jovanovic. Mais le commandant du camp, Filipovic, l'a alors découvert et tué. L'hôpital du camp ne recevait pas de Tsiganes. Le prêtre des oustachis, surnommé père Satan, avait ordonné que tous les Tsiganes malades soient exécutés.
Certains des Tsiganes arrivés à Jasenovac étaient musiciens. Les oustachis ont créé plusieurs groupes de musiciens tsiganes. En juin 1942, les Tsiganes et d'autres prisonniers ont été forcés à jouer en concert. Ils ont été tués juste après.
Les conditions de vie du camp III C étaient si terribles que l'on devait nettoyer le camp tous les matins de quelque 40 corps de détenus qui étaient morts de froid.
Bozidar F travaillait à la blanchisserie du camp. Il avait pu cacher son identité. Un autre Tsigane — un violoniste du nom de Vaso — jouait dans l'orchestre du camp. Ces deux Tsiganes ont été les seuls, avec deux Tsiganes allemands de Thuringe qui avaient travaillé dans une foire comme avaleurs de feu, à survivre au carnage jusqu'aux derniers jours du camp.
Un survivant, Dusan Culum, raconte :
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A d'autres arrivants, ils ont raconté qu'ils seraient envoyés en Bosnie et installés sur les terres des partisans qui s'étaient enfuis dans la forêt.
"Que Dieu vous bénisse", a dit une femme tsigane, en entendant cela.
Les Tsiganes ont tous traversé le fleuve sur des radeaux pour atteindre Ustice. Les hommes ont été emmenés sur la rive, attachés par cinq et tués. Les oustachis sont ensuite revenus pour tuer femmes et enfants.
Lorsque la capacité d'extermination du camp d'Ustice s'est avérée insuffisante par rapport au nombre de prisonniers arrivant à Jasenovac, un nouveau centre d'extermination a été ouvert à Gradina. Un groupe a ainsi été emmené directement du train vers Gradina — hommes, femmes et enfants — sans même passer par le camp de Jasenovac. On leur avait ordonné de chanter durant la marche des chansons que l'on chantait à l'occasion des mariages. A leur arrivée à Gradina. ils ont été exécutés et enterrés dans des fossés.
Un survivant décrit la façon dont un autre convoi de femmes et d'enfants a été emmené en péniche à Gradina. Des détenus y avaient déjà creusé une fosse. Les femmes étaient emmenées vers la fosse en groupe puis individuellement jusqu'au bord où elles étaient abattues. Puis le groupe préposé au travail a dû creuser une autre fosse.
Les vêtements des Tsiganes assassinés étaient envoyés à une usine de confection dans le camp et de là vers une usine à Zagreb, dont le propriétaire était Pripic.
Certains Tsiganes creusaient les tombes. Par périodes, les travailleurs de ces groupes étaient abattus, et un nouveau groupe formé. En 1945, le dernier de ces groupes a été abattu, et aucun témoin n'a donc survécu.L'évasion de Jasenovac
Simon Kotur faisait partie du kommando chargé du creusement des tombes du camp IIIC. Il raconte :
"450 d'entre nous ont été choisis pour être remplacés par de nouveaux ouvriers. On nous a lié les mains et nous avons été envoyés sur un radeau pour traverser le fleuve Sava. Nous pouvions distinguer un autre groupe de Tsiganes de l'autre côté, creusant nos tombes. Ils ont crié : Vous ne serez pas tués ce soir. Nous n'avons pas pu faire un fossé assez grand pour vous tous.Toute la journée, nous les avons regardés creuser nos tombes. Mon ami Branko m'a dit : Ils nous tueront demain. Il faut s'évader d'une manière ou d'une autre. Nous avons convenu que lorsque les oustachis commenceraient à nous diriger vers les fosses, nous leur sauterions dessus et nous nous enfuirions en courant. Les oustachis en ont tué 20 d'entre nous ce soir là. Le lendemain, nous avons regardé les autres Tsiganes creuser nos tombes jusqu'à midi. A 16 heures, ces Tsiganes nous ont apporté un ragoût sous escorte. Trois heures plus tard, ceux qui avaient pris cette nourriture ont été pris de convulsions et sont morts. A 21 heures, les oustachis ont commencé à rassembler ceux d'entre nous qui restaient. Ils nous ont dit de nous déshabiller. Stevo a sauté sur un oustachi et a crié : Courez, les enfants ! J'ai pu passer par dessus la clôture et courir vers l'endroit où le fleuve Una rejoint la Sava. Quatre d'entre nous ont réussi à s'échapper et à traverser les champs en courant jusqu'à Prodsara."
Joka Nikolic a lui aussi pu s'échapper juste avant l'exécution et se cacher au milieu des roseaux près du fleuve. Il a rejoint plus tard les partisans. Il y a rencontré Janko Gommen, un autre rescapé de Jasenovac.
Après plusieurs évasions, les Tsiganes ont été surveillés par des gardes équipés de mitrailleuses et étaient attachés par deux lorsqu'ils étaient conduits au massacre.Récits tirés de Donald Kenrick et Grattan Puxon, Les Tsiganes sous l'oppression nazie,
Centre de Recherches Tsiganes, CRDP Midi-Pyrénées, Toulouse, 1996.
Un lien vers le site d'un musicien, Cyril Dupuy, descendant de tziganes exterminés à Jacenovac : http://lecymbaliste.free.fr
Bibliographie :
- Emmanuel Filhol, La mémoire et l'oubli, L'internement des Tsiganes en France, 1940-1946, L'Harmattan, 2001
- Donald Kenrick et Grattan Puxon, Les Tsiganes sous l'oppression nazie, Centre de Recherches Tsiganes, CRDP Midi-Pyrénées, Toulouse, 1996
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