Par Daniel Weyl
"L'art est là pour nous empêcher de
mourir de la vérité"
Nietzsche
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Avertissement :
Ce site est conçu dans l'esprit d'une lutte contre les consensus de la critique cinématographique, comme étant contraires à la liberté de jugement. Il soutient surtout le principe d'une critique dans l'intérêt de l'art.
Ce qui suppose le refus des concerts de louanges inconsidérés ou propres à flatter les goûts d'un grand public encouragé à ne reconnaître que le cinéma de divertissement, à moins que, plus cultivé tout en méconnaissant la réalité artistique, il ne se rabatte sur des chefs-d'œuvre bien-pensants.
Il s'élève tout autant, ce site, contre l'éreintement systématique de ce qui n'entre pas dans le bon moule, celui dont on possède d'avance les clés de lecture.
Car effectivement, ce qui définit l'art c'est qu'on n'en posséde pas d'avance les clés. Il faut longtemps au film artistique questionner avant que l'on puisse se détacher de l'injonction des voix dominantes pour consentir à aborder des chemins spirituels inédits.
Ces pages sont donc surtout inspirées par le règne de la méconnaissance. Dans une société obsédée de certitudes, qui n'ont de certain que d'être inféodées aux intérêts dominants, l'art et surtout sa forme cinématographique, la plus accessible de toutes, est nuisible parce qu'il ne s'inféode à rien. Il est de plus inutile, de ne justifier rien contrairement à l'idéologie, et inutile tout court de n'être point rentable. Ne s'inscrivant pas dans la logique totalitaire par conséquent, il est réputé glisser entre les mailles du concept.
Une autre tâche s'imposait donc, celle de tenter une définition. Car rien ne peut être considéré indéfinissable dès lors qu'on admet l'adéquation du concept à son objet être nécessairement toujours problématique donc réévaluable et que le concept lui-même est tributaire d'un état donné des connaissances.
Il importe surtout que la définition, tout en s'accordant tant bien que mal à son objet, concorde, en tout cas momentanément, avec tout le savoir disponible. Un tel travail présente donc à la fois un risque et une exigence. Risque d'inadéquation et de non concordance, et exigence de ne cesser d'y parer.
On doit en tout cas s'attendre à des décalages et à des réajustements incessants si l'on veut espérer quelque peu percer les apparences de cette réalité d'une richesse insoupçonnée qu'est le cinématographe, dès lors qu'il cesse d'être ravalé au rang de produit de l'industrie du divertissement.
On sera donc immanquablement traité d'intello, ce qui veut dire, c'est bien connu, manipulateur. Peut-on imaginer pire insulte dans un monde où il faut consommer en toute liberté avant que de penser ?
Sans se douter que c'est au contraire l'ignorance qui est à la base de toute manipulation, et que pour en sortir il faut se former à penser, donc consentir à l'exercice intellectuel.
Censé cependant tenir ses pouvoirs du savoir, le penseur est diabolisé, le pouvoir étant supposé ordinairement s'acheter comme n'importe quel produit marchand, alors que les lois du marché ne s'appliquent guère aux produits de l'esprit, qui bafouent donc les règles du jeu admises.
Il est scandaleux en définitive que se trouve ruiné le credo selon lequel, moyennant Crédit, toute chose est à portée de main. 13/09/08
Présentation : L'art pour l'esprit
Rien de plus fascinant que l'Humain. Pas le vieux Penseur sur socle baptisé Homo Sapiens, mais le ricaneur tragique qui déménage, maléfique et microscopique acarien ballottant dans l'abîme hérissé de gris-gris : Homo Demens ; être non de raison mais de délire et d'indétermination. Or, seul à cette mesure, l'art est le meilleur accès au grand inconnu qu'est l'esprit humain, en tant que réalité impalpable devant sans cesse remettre en balance un bagage culturel vieux de quelques dizaines de millénaires pour affronter l'impossible du futur.
Cinéma artistique et langage
Il convient de lever une confusion courante : ce que le discours sur le cinéma manque trop souvent, c'est que l'art implique un saut qualitatif par rapport au langage utilitaire qui le rend possible. On s'explique en général les intrigues des films comme des situations de la vie réelle, comme si le rôle du cinéma était essentiellement documentaire. Si la fonction du langage est en effet de représenter : notion qui relève avant tout de la raison, l'art, lui, s'adresse à l'émotion pour accomplir une tâche essentielle de l'esprit. Mission paradoxale, à laquelle incombe à la fois le rôle de guide et d'incitation à l'émancipation. A cet égard, et en tenant compte de ce que le cinéma est une industrie, l'art au cinéma est un phénomène extrêmement rare : "Le cinéma, écrit Jean Mitry(1), n'a de raison d'être que dans la mesure où il s'adresse à un vaste public. Les œuvres d'art, dans ces conditions ne peuvent être qu'exceptionnelles". Le cinéma artistique ne peut donc se penser que comme déchirure, rupture radicale avec le cinéma de consommation pourtant nécessaire à sa survie. Dans l'ordre de l'exception et de la rupture, mes préférences vont à Robert Bresson (1907-1999) et Andreï Tarkovski (1932-1986). Voyez les extraits de mon livre inédit sur Le Miroir (en anglo-américain, The Mirror) de Tarkovski et les copies de quatre articles publiés : "Les Dames du Bois de Boulogne", "Bresson avec Tarkovski", "Le Reflet dans Le Miroir. Du motif au signifiant" et "Le Son dans Le Sacrifice ".
On peut aussi accéder à des commentaires sur les films de ces deux auteurs dans la rubrique "comptes-rendus de films" citée en troisième partie de la présente page, ainsi que dans le sommaire. Liens : Bresson (Les Anges du péché, Les Dames du Bois de Boulogne, Le Journal d'un curé de campagne, Un condamné à mort s'est échappé, Pickpocket, Procès de Jeanne d'Arc, Au hasard Balthazar, Mouchette, Lancelot du Lac, Le Diable probablement, L'Argent), Tarkovski (L'Enfance d'Ivan, Andreï Roublev, Solaris, Le Miroir, Stalker, Nostalghia, Le Sacrifice).
Le cinéma n'en n'est pas mort pour autant : des artistes vivants tels que Carlos Reygadas et Béla Tarr ayant pris dignement la relève.
Cette distinction draconienne n'exclut d'ailleurs nullement d'autres passions touchant aux grands classiques tels que Bergman, Buñuel, Chaplin, Dreyer, Griffith, Keaton, Kurosawa (Akira), Murnau, Ozu, Ray (Satyajit), Renoir, Sjöström, Stroheim, Tati, Vigo, ou futurs classiques : Carax, Kiarostami, von Trier... etc. JPropriétés méconnues
Mais qu'est-ce qui permet de passer de la représentation propre au langage utilitaire, à l'émotion artistique ? C'est la possibilité de faire dire au langage autre chose que ce qu'on est censé en attendre. L'allusion, la suggestion, l'humour et l'art ont en commun la capacité, en modulant le langage selon des mécanismes définis, de produire du sens en dehors des règles et des dictionnaires connus. Cette modalité du langage, qui permet de s'émanciper des codes langagiers admis par la société s'appelle le (et non la) symbolique. Elle met en œuvre le signifiant, réalité en soi énigmatique, contrairement au signe, qui repose sur l'évidence d'un sens immédiatement communicable. Mon Dico mou inédit (ici réduit à ses premières et dernières pages), réunit dans l'ordre alphabétique toutes les formes que j'ai pu glaner relevant de cet usage non-intentionnel de la langue que nous parlons. Non seulement les lapsus, mais aussi les patronymes qui se sont trouvés coder à l'insu de leur propriétaire un aspect important de leur existence tel que le métier (voir copie de mon article publié, intitulé "Modalité symbolique du langage : l'imaginaire patronymique"), ou encore les fautes de langue motivées, c'est-à-dire les déformations phonétiques et graphémiques muant une forme inconnue en forme vraisemblable quant au sens associé (par exemple infarctus en "un fractus"). "L'Anamorphose langagière. Réflexion sur le signifiant" (autre article publié) traite de ce dernier aspect avant d'aborder la problématique du signifiant au cinéma. L'humour et le comique, de même, ne peuvent être analysés avec les outils de l'information et de la communication, qui toujours prescrivent la signification convenant à telle forme langagière. On trouvera sous cette rubrique la reproduction de deux articles publiés, sur l'humour féminin (Anne Roumanov), et sur Tintin au Tibet, traitant notamment de l'importance des facultés émotionnelles, comme le réflexe de défense en réponse à la peur. L'humour et le comique en effet participent au maintien de l'équilibre psychique par leur capacité à transformer en plaisir tout affect négatif.
Réflexion sur le cinéma
Concernant le cinéma proprement dit, on consultera les comptes-rendus critiques de films au nombre d'un millier et plus, répartis sur sept fichiers, accessibles directement (AB, CD, E-G, H-K, L-O, P-R, ST, U-Z), ou classés par auteurs, titres, années ou nationalités. Ces textes de longueur variable selon l'humeur ou l'intérêt, sont inspirés par la conception du cinéma artistique ci-dessus esquissée, à savoir : un film ne doit pas être expliqué comme un événement de la vie réelle, mais comme une écriture, c'est-à-dire une construction artificielle (avec une caméra qui bouge, une pellicule, des plans, des sons, des raccords, un cadrage, etc.) visant à l'émotion et proposant une vision à la fois structurante et libératrice de l'esprit désemparé, face non seulement au mal, mais aussi à ce que la vie comporte d'imprévisible. Quelques articles publiés sur Bresson, Chaplin, Cronenberg, Hitchcock, Tati, le montage poétique et le symbolique au cinéma offrent un aperçu plus large de ce point de vue. Un glossaire fait de plus le point par des définitions, des articles et des citations. Enfin le cinéphile averti pourra se reporter à mon livre, Septième art : du sens pour l'esprit. Essai critique (L'Harmattan, 2006), dont l'argumentaire et la quatrième de couverture peuvent ici donner un avant-goût.