Cours de M. Allouche

Histoire – 4e

La Révolution française (1789-1799)

 

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Introduction

Alors que débute l’année 1789, la France est encore dirigée par un roi tout-puissant, respecté voire vénéré par une immense majorité de ses sujets. Mais les Français croient de plus en plus au progrès. Si les récoltes sont parfois mauvaises, les paysans ont connu des temps bien plus difficiles, notamment à la fin du « grand règne » (celui de Louis XIV de 1643 à 1715).

Quatre ans après ce même roi, accusé de traîtrise dans un pays en guerre, est décapité en plein Paris au milieu d’une foule incrédule et silencieuse.

 

Qu’est-ce qui a rendu possible une Révolution dans la France du XVIIIe siècle ?

 

1. La France du XVIIIe siècle : un pays puissant

 

a) La France du XVIIIe siècle est marquée par deux règnes : celui de Louis XV de 1715 à 1774 puis celui de Louis XVI, son petit-fils. La dynastie Bourbon est sur le trône depuis Henri IV en 1589.

Pour qui examine sereinement la situation de la France à la fin de ce siècle est frappée par l’impression de puissance et d’optimisme qui ressort de tous côtés : tout semble alors possible dans un monde où la civilisation française occupe une place prépondérante.

La France est le pays le plus peuplé d’Europe (28 millions d’habitants à la veille de la Révolution). Sa population est non seulement nombreuse (Paris compte 650 000 habitants) mais aussi la plus dynamique (la moitié des Français ont moins de 20 ans).

 

b) Le règne de Louis XV est un temps de grands contrastes : les ambitions militaires de la France sont plus modestes que sous Louis XIV, mais son rayonnement culturel se poursuit en Europe. Le XVIIIe siècle est avant tout le siècle des Lumières, de Voltaire et de l’Encyclopédie, c’est-à-dire de l’immense prestige d’une langue française alors à son apogée.

La favorite Mme de Pompadour (1721-1764) encourage les arts et les lettres.

 

Les grandes phases du règne de Louis XV

 

·        La Régence du neveu de Louis XIV, le duc Philippe d’Orléans entre 1715 et 1723.

·        Le Régent tente de régler la crise financière du royaume par le système du banquier écossais John Law, qui échoue et aboutit à une banqueroute en 1720.

·        Le cardinal Fleury, précepteur du roi, gouverne le pays de 1726 à 1743. Le contrôleur général des finances Philibert Orry réussit à améliorer la situation financière. La France connaît alors une certaine stabilité et son économie est prospère.

·        La marquise de Pompadour (anciennement Jeanne Poisson) domine la vie politique et culturelle de 1745 à 1764. Le contrôleur général des finances de 1745 à 1754, Machault d’Arnouville, institue l’impôt du vingtième prélevé sur tous les revenus. Mais le Parlement de Paris et l’Assemblée du Clergé s’opposent à cette réforme et l’impôt est finalement payé par le seul Tiers Etat.

·        La fin du règne est dominée par le brillant duc de Choiseul, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, à la guerre et à la marine (1758-1770). Il redonne à la France une armée et une marine digne de son rang.

·        A son époque la Lorraine (1766) puis la Corse (1768) sont annexées au royaume.

·        De 1770 à 1774 le gouvernement est aux mains du « triumvirat » Maupeou (chancelier), Terray (finances) et d’Aiguillon (Affaires étrangères).

 

Les grandes affaires du règne animent et nourrissent le débat politique et favorisent l’émergence de nouvelles idées :

- Les réformes menées, souvent en vain, pour régler le déficit financier.

- Les querelles religieuses : les jansénistes s’opposent à l’archevêque de Paris (affaire des billets de confession de 1752 à 1757) ; la Compagnie de Jésus (Jésuites) est abolie en France en 1764.

- L’opposition du Parlement de Paris et des Parlements de province (les Parlements sont à l’époque des cours de justice) aux réformes financières des ministres. Le chancelier Maupeou tente de les supprimer (réforme judiciaire de 1771), mais sa politique est abandonnée à l’avènement de Louis XVI.

 

c) Louis XVI, homme de grande qualité mais faible décideur politique, trop influençable, est très populaire au début de son règne. La France obtient sa revanche contre l’Angleterre (qui lui a pris le Canada après la guerre de Sept Ans, 1756-1763) en aidant les Etats-Unis à acquérir leur indépendance. Le marquis de La Fayette se distingue parmi les volontaires français qui partent aider les « insurgents » dans leur combat pour la Liberté. L’Angleterre doit reconnaître cette indépendance par le traité de Versailles de 1783.

 

2. La France du XVIIIe siècle : un pays en éveil

 

a) Les Français aiment leur roi mais ils sont de plus en plus nombreux à s’interroger sur leur sort et sur le monde qui les entoure. Qu’ils soient religieux, aristocrates, bourgeois ou paysans, tous ou presque sentent que ce monde bouge et se transforme.

 

b) La mortalité recule, les gens vivent mieux et plus longtemps. La culture de la terre connaît de grands progrès depuis l’introduction du maïs et le recul de la jachère. La pomme de terre permet d’avoir une alimentation de meilleure qualité.

 

c) De nouvelles idées circulent, venues par la route ou d’outremer. La lecture devient plus courante : almanachs, livres de contes, libelles, affiches, feuilles volantes, les Français ont soif de lire, ont soif d’idées.

 

3. La France du XVIIIe siècle : un Etat monarchique face à ses contradictions

 

a) Malgré les tentatives de réforme l’Etat monarchique reste le garant d’une société d’essence aristocratique.

La société reste divisée en trois catégories :

·        le clergé (0,4% de la population)

·        la noblesse (1,3%)

Ce sont les ordres privilégiés.

·        le Tiers Etat (98%), au sein duquel on distingue traditionnellement les bourgeois (13%) et les paysans (85%).

Cette division est d’origine médiévale : ceux qui prient, ceux qui combattent et ceux qui travaillent.

 

b) Depuis la fin du Moyen-âge la monarchie n’a cessé de se renforcer dans la douleur en créant de nouvelles institutions sans jamais détruire les anciennes. Loin de se bâtir de façon autoritaire, elle a toujours recherché les compromis avec les pouvoirs locaux, les aristocraties et les privilèges.

L’Etat moderne a paradoxalement recherché la centralisation des pouvoirs tout en laissant inachevé l’unification du royaume.

C’est ce qui explique la célèbre phrase de Mirabeau : « La France est un agrégat inconstitué de peuples désunis ».

 

c) L’Etat monarchique prétend à l’absolutisme sans en avoir toujours les moyens : les Etats provinciaux, les Parlements, les Assemblées du Clergé sont maintenus alors que les intendants (chacun dans leur généralité) sont dotés de pouvoirs considérables et agissent au nom du roi. Les Etats provinciaux sont chargés de voter l’impôt dans les « Pays d’Etat », tandis que celui-ci est fixé et réparti par des officiers (les élus) dans les « Pays d’élection ».

 

Un intendant est un commissaire royal établi dans une généralité (circonscription financière) et chargé de la police, de la justice, des finances, en particulier de la répartition de la taille.

 

d) L’Etat monarchique souffre d’une crise financière permanente : ses revenus sont inférieurs à ses dépenses, malgré une fiscalité qui mécontente un nombre croissant de Français du Tiers Etat, qui sont les seuls à devoir payer.

 

On distingue deux catégories d’impôts :

-         les impôts directs : la taille, la capitation, le vingtième, la corvée des grands chemins.

-         les impôts indirects : les aides, la gabelle (sur le sel) et les traites (douanes).

 

e) L’Etat monarchique est la cible de la philosophie des Lumières qui sape ses fondements sociaux et religieux.

-         Le XVIIIe siècle est le siècle de grands philosophes qui prennent souvent pour modèle la monarchie anglaise, plus libérale et plus tolérante. Exemples : Montesquieu (1689-1755), Voltaire (1694-1778) Diderot (1713-1784) avec d’Alembert, le fondateur de l’Encylopédie (1745-1772), Rousseau (1712-1778).

 

Quelles ont été les principales tentatives de réformes à la fin du XVIIIe siècle ?

 

1. La « révolution Maupeou » (1771-1774)

 

-         En 1768 Maupeou devient chancelier de Louis XV.

-         En 1771 il tente une réforme audacieuse de la justice et des parlements, mais elle est supprimée par le lit de justice de Louis XVI en novembre 1774.

 

2. L’abbé Terray et les finances (1769-1774)

 

-         En 1769 Terray devient Contrôleur général des finances.

-         Il tente des reformes et réussit, malgré l’opposition de la Cour dont il tente de réduire les dépenses, à réduire le déficit. Il envisage un impôt territorial et crée un Bureau de Statistique.

 

3. Les expériences Turgot et Necker (1774-1781) : le temps des occasions manquées ?

 

a) Turgot, ancien intendant du Limousin, collaborateur de l’Encyclopédie, est Contrôleur général des finances de 1774 à 1776. Il établit la liberté du commerce des blés.

- Mais la mauvaise récolte de 1774 et la disette qui s’ensuit en 1775 entraîne des émeutes durement réprimées : c’est la « guerre des farines ».

- En 1776 il crée la subvention territoriale, impôt en argent sur les propriétés foncières (en remplacement de la corvée royale). Mais le roi Louis XVI manque de volonté politique pour soutenir ces réformes audacieuses et doit le disgracier (sous la pression de la reine) en mai 1776.

 

b) Necker est Contrôleur général des finances de 1777 à 1781. Il mène une politique d’emprunts et propose, comme Turgot, de créer des assemblées provinciales chargées de répartir l’impôt.

- En 1781 il publie son « Compte rendu au roi » où il fait état des comptes de la nation (notamment des pensions versées aux courtisans). Cette audace le contraint à la démission en mai 1781.

 

4.Calonne (1783-1787) mène une politique d’égalité devant l’impôt qui échoue une nouvelle fois par à l’opposition d’une Assemblée des notables (choisis par le roi). Il est renvoyé en 1787.

 

5. Loménie de Brienne (1787-août 1788) renvoie d’abord les notables et crée des assemblées paroissiales, départementales et provinciales, tandis que le chancelier Lamoignon tente une réforme judicaire inspirée de celle de Maupeou.

Mais ces réformes entraînent une rébellion parlementaire réunissant privilégiés, parlementaires et « patriotes ».

Ce mouvement est marqué par la « Journée des tuiles » de Grenoble en juin 1788, prélude à la Révolution.

En juillet se réunit l’Assemblée de Vizille qui réunit des représentants des trois ordres dans le Dauphiné.

 

Face à cette fronde généralisée qui scelle l’échec des réformes entreprises depuis les années 1770, Brienne convoque les états généraux pour le 1er mai 1789, avant de démissionner. Le 25 août 1788 le roi rappelle Necker.


A) La Révolution française de 1789 à 1791 : la Nation face au roi

 

 

1. Contexte et préparation des états généraux (1788-1789)

 

a) Le contexte économique est difficile : crise viticole, augmentation du prix des grains, ralentissement de l’activité industrielle suite aux conséquences du traité de libre-échange avec l’Angleterre (1786), mauvaises récoltes de 1788 entraînant des émeutes populaires.

 

b) En 1788 les « patriotes » (partisans d’une extension des pouvoirs de la nation face au roi) réclament et obtiennent le doublement du nombre des députés du Tiers aux états généraux.

 

c) De mars à mai 1789 les trois ordres doivent rédiger des cahiers de doléances dans lesquels ils expriment leurs plaintes et leurs souhaits. Ces cahiers expriment à la fois un réel attachement au roi et une volonté de réformes qui remettent en cause les privilèges. On y réclame souvent une constitution pour le royaume.

 

2. Une révolution d’abord juridique (mai-juin 1789)

 

a) Les états généraux sont solennellement ouverts à Versailles le 5 mai 1789. Le débat porte au départ sur le vote par tête (le Tiers est alors majoritaire car plus nombreux) ou par ordre (les deux ordres privilégiés sont majoritaires).

 

b) Les audaces des députés du Tiers état face à l’inertie royale. L’abbé Sieyès fait circuler sa brochure « Qu’est-ce que le Tiers état » ? (« Tout » répond-il, mettant en relief la contradiction entre le fait de représenter l’immensité des Français et ne pas posséder le pouvoir).

- Les discours de Louis XVI et de Necker ont beaucoup déçu et les députés du Tiers état, reçus par le roi avec moins d’égard que ceux des ordres privilégiés, savent qu’ils sont surtout là pour voter de nouveaux impôts.

- Après s’être proclamés Communes le 6 mai, ils se nomment Assemblée nationale le 17 juin 1789 et s’attribuent le droit de consentir l’impôt. En riposte le roi fait fermer leur salle de réunion ce qui les conduit à se rassembler ailleurs : dans la salle du jeu de paume (ancienne forme du tennis).

- Le 20 juin par le Serment du Jeu de Paume, les députés du Tiers rejoints par menés par Mounier et l’astronome Bailly, jurent de ne pas se séparer sans avoir donné une constitution au pays.

- Dans les jours qui suivent ils sont rejoints par des députés du Clergé et de la Noblesse et se franchissent un nouveau pas en se proclamant Assemblée nationale constituante (chargée d’élaborer une constitution) le 9 juillet.

 

Dans ces quelques jours de printemps tout le système politique français est remis en cause.

 

3. L’entrée du peuple en Révolution (juillet-octobre 1789)

 

Louis XVI, sentant les dangers des initiatives du Tiers et redoutant la révolte populaire, fait appeler 20 mille hommes autour de Paris et de Versailles et décide de renvoyer Necker et de le remplacer par un homme hostile aux réformes : le baron de Breteuil. Ce renvoi aboutit à la prise de Bastille.

 

a) La prise de la Bastille le 14 juillet 1789.

Le renvoi de Necker fait réagir les Parisiens qui commencent à se grouper, à défiler dans les rues, puis forment une milice bourgeoise pour se défendre. La foule décide de prendre des armes aux Invalides puis à la prison de la Bastille, symbole haï du despotisme. La forteresse est prise. Le roi doit renvoyer ses troupes et rappeler Necker. Le 17 juillet le récent maire de Paris, Bailly, reçoit le roi. Mais dans le même temps les aristocrates quittent le pays : c’est le début de l’émigration.

 

b) La révolte se diffuse dans les villes et les campagnes.

- Dans de nombreuses villes des gardes nationales bourgeoises se constituent (comme à Paris où est elle dirigée par Le Fayette).

- A la campagne les paysans craignent une riposte des privilégiés (peur du complot aristocratique). Ils s’arment, s’emparent des châteaux et détruisent les papiers qui justifiaient les taxes seigneuriales. C’est la Grande Peur (fin juillet 1789).

 

c) La nuit du 4 août 1789 et la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen.

Cette nuit-là les députés décident, sous la pression populaire, d’abolir les privilèges, les taxes féodales et la dîme. L’Ancien régime est ainsi détruit en quelques heures, même si les révolutionnaires votent le « rachat » des droits, plutôt que leur suppression pure et simple.

-         Le 26 août 1789 est votée la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen qui proclame que « Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit » et ne fait nulle part mention du roi.

 

d) Les journées d’Octobre 1789 et ses suites.

Le roi refuse les décisions politiques de l’Assemblée nationale. Celle-ci se divise entre :

-         les « monarchiens » qui souhaitent à la fois des réformes mais aussi un droit de veto (droit de bloquer une décision) absolu pour le roi

-         et les « patriotes » pour qui le pouvoir vient du peuple et de la Nation assemblée

C’est l’origine de la division droite – gauche.

-         Ces derniers veulent soustraire le roi à l’influence du « parti aristocratique » opposée à tout changement.

-         Après avoir appris que la cocarde tricolore (symbole de l’union du roi et du peuple de Paris) avait été foulée aux pieds à Versailles devant la famille royale, la foule gronde.

-         Des milliers de femmes marchent sur Versailles le 5 octobre 1789, rejointes par la garde nationale et La Fayette et le lendemain le roi est contraint de s’installer à Paris dans le château des Tuileries et d’accepter les décrets révolutionnaires. L’Assemblée s’installe aussi dans la capitale.

 

Ces journées d’octobre 1789 ont une importance cruciale :

-         elles montrent clairement que le pouvoir a changé de main et que le roi, soumis à la pression du peuple et des députés, n’est plus libre de ses décisions

-         elles creusent un fossé entre les députés qui souhaitent et encouragent l’intervention de la foule dans le gouvernement du pays (gauche) et ceux qui la craignent et la rejettent (droite)


 

4. L’année 1790 et les tentatives de compromis entre Révolution et Royauté

 

a) Les hommes politiques qui dominent cette période sont favorables à des changements limités et maîtrisés : La Fayette, Mounier, Mirabeau (victime du décret du 7 novembre 1789 empêchant tout député de devenir ministre).

L’Assemblée est divisée entre :

-         aristocrates : « Noirs » de Cazalès et « Monarchiens » de Mounier

-         et patriotes : « constitutionnels » de La Fayette, triumvirat Barnave, Duport, Lameth et « démocrates » comme Robespierre, Pétion, Buzot

 

Les patriotes s’organisent en club : le club des Jacobins qui regroupent au départ toutes les sensibilités révolutionnaires. Mais en juillet 1791 les « Feuillants » le quittent, derrière La Fayette et depuis avril 1790 existe un club révolutionnaire parallèle de plus en plus puissant : le club des Cordeliers dirigés par l’avocat Danton et le médecin journaliste Marat. Partout dans le pays se multiplient ces sociétés « fraternelles » ou « populaires » qui animent la vie politique.

 

b) Le règlement du problème financier et religieux.

- Le 2 novembre 1789 les biens du Clergé sont nationalisés, c’est-à-dire mis à la disposition de la Nation. Ils doivent être vendus pour combler le déficit. Cette vente doit alimenter une Caisse de l’extraordinaire et permettre d’émettre des bons du Trésor, les assignats, qui serviront de monnaie. Mais ces assignats perdent rapidement de leur valeur et cette vente profite surtout aux bourgeois et aux paysans aisés.

- Les prêtres sont désormais des salariés de l’Etat et deviennent, par la Constitution civile du Clergé du 12 juillet 1790, des fonctionnaires élus, devant prêter serment de fidélité « à la nation, à la loi et au roi ».

Ce serment engendre un schisme dans le Clergé français entre prêtres « jureurs » et prêtres « réfractaires » (la grande majorité).

 

c) La fête de la Fédération, 14 juillet 1790.

Pour célébrer cet accord (temporaire ?) entre le roi et la Nation, un grand rassemblement unitaire est organisé un an après la prise de la Bastille, sur le champ de Mars sous l’autorité de Louis XVI et de La Fayette. L’évêque d’Autun, Talleyrand, dit la messe pour consacrer cette journée, mais il est lui-même athée.

Fête de la « Fédération » car célébrant l’ « union », la fraternisation entre les municipalités aux mains des patriotes.

 

d) L’affaire de Nancy (août 1790).

- L’armée française est désorganisée par l’émigration.

- En août 1790 une révolte de la garnison de Nancy est réprimée par De Bouillé, soutenu par La Fayette, qui perd ainsi une partie de sa popularité.

 

5. La nouvelle constitution et la tentative de fuite du roi

 

-         Le texte est voté, après avoir été discuté et préparé depuis juillet 1789, le 3 septembre 1791.

-         Le pouvoir législatif appartient à une Assemblée nationale, l’exécutif étant confié au « roi des Français » qui dispose d’un veto suspensif et nomme six ministres.

-         La liberté du travail et la suppression des corporations sont décidées par la loi Me Chapelier le 14 juin 1791.

-         En février 1791 les « Chevaliers du poignard » tentent d’enlever le roi.

-         En province les prêtres réfractaires et les aristocrates mènent des actions contre-révolutionnaires.

-         Au printemps 1791 des troubles agraires éclatent et les ouvriers s’agitent à Paris, soutenus par les démocrates.

-         Le 2 avril 1791 Mirabeau meurt. La vie politique est désormais dominée par le triumvirat Barnave, Duport, Lameth.

-         En Europe les souverains, influencés par les émigrés qui ont rejoint les cours étrangères, craignent une « contagion révolutionnaire » à partir de l’exemple français.

 

La fuite de Varennes, juin 1791

-         Le 20 juin Louis XVI, déguisé en valet, quitte les Tuileries avec sa famille.

-         Mais dans la nuit du 20 au 21 il est reconnu à Sainte Menehould par Drouet, fils du maître des postes.

-         Le roi est alors stoppé à Varennes, alors qu’il était en fuite pour faire intervenir l’armée autrichienne et briser la Révolution.

-         Le 25 au soir il est de retour à Paris. Tout autour de lui la foule a perdu toute illusion sur ses intensions.

 

Conséquence de Varennes : la fusillade du Champ de Mars, juillet 1791

-         Le mouvement populaire, démocratique et républicain (pour un régime sans roi) est renforcé dans ses convictions par cette fuite. Il défile à Paris et demande la République.

-         L’Assemblée, embarrassée, veut faire croire à un enlèvement du roi et lui pardonne cette faute.

-         Le 17 juillet les membres du Club des Cordeliers se réunissent au Champ de Mars pour faire signer une pétition républicaine. La loi martiale est décidée et la Garde nationale de La Fayette tire sur la foule et tue une cinquantaine de personnes.

-         Le 13 septembre 1791 le roi accepte la constitution.

-         Dans sa déclaration de Pillnitz, le 27 août 1791, l’empereur Léopold d’Autriche (frère de la reine Marie-Antoinette) et le roi de Prusse menacent d’intervenir contre la France. Cette déclaration encourage les émigrés et ne fait que renforcer le sentiment patriotique des révolutionnaires en France.


B) L’Assemblée législative et la chute de la monarchie (octobre 1791-août 1792)

 

1. La marche à la guerre

 

a) De fin août à début septembre 1791 les 745 nouveaux députés sont élus (Robespierre avait fait voter l’inéligibilité des constituants). Le suffrage est censitaire (il faut payer un cens, une certaine somme d’impôt), seuls les citoyens « actifs » ont le droit de vote (70% des hommes de plus de 25 ans).

 

L’Assemblée se réunit le 1er octobre.

- A droite : 264 Feuillants, les Lamethistes et les Fayettistes (qui se retrouvent au salon de Mme de Staël, la fille de Necker)

- A gauche : 136 Jacobins, dont Brissot, Condorcet (Brissotins, qui se retrouvent ai salon de Mme Roland). Beaucoup sont d’origine girondine (Vergniaud, Guadet)

- A l’extrême gauche on trouve des partisans du suffrage universel comme Lindet, Couthon ou Carnot

- Au centre 345 indépendants ou « constitutionnels

 

La vie politique s’anime dans les sociétés populaires, au club des Jacobins et dans les 48 sections parisiennes où se réunissent les citoyens actifs.

 

b) Difficultés et tension de l’hiver 1791-1792.

- Des troubles éclatent dans les villes et les campagnes.

- La contre-révolution s’active derrière les prêtres réfractaires et les émigrés.

- Les Brissotins et les Fayettistes font voter des décrets contre ces derniers et encouragent le déclenchement d’une guerre pour les démasquer et les chasser.

- La Cour est également favorable à une guerre, bien que le roi oppose son veto contre ces décrets, espérant être sauvée avec l’aide des armées étrangères.

- Mais la guerre a aussi des opposants, notamment Robespierre qui considère que le pays n’y est pas prêt et qu’elle profitera surtout à la Cour.

 

c) La déclaration de guerre, 20 avril 1792.

- Le 25 janvier 1792 l’Assemblée lance à Léopold II d’Autriche un ultimatum et le 9 février elle confisque les biens des émigrés.

- Le 15 mars le roi forme un nouveau ministères avec des Brissotins, favorables à la guerre, dont le général Dumouriez aux Affaires étrangères.

- A l’assemblée les députés de gauche (girondins - chef : Brissot à Brissotins) font campagne pour la guerre.

20 avril 1792 : la France déclare la guerre à l’Autriche. C’est le début d’un long conflit qui ne s’achèvera qu’à Waterloo en 1815.

 

Le chant patriotique La Marseillaise est crée. C’est d’abord un « chant de guerre de l’armée du Rhin » écrit par Rouget de Lisle.

 

De nombreux volontaires s’engagent dans l’armée française, pour défendre la Révolution : les Fédérés.

 

- La France est envahie. Proclamation de « la patrie en danger » en juillet 1792.

Le chef des armées ennemies, le duc de Brunswick, menace de massacrer la population parisienne si elle touche au roi.

- La Commune de Paris, divisée en 48 sections dominées par les clubs de gauche des Jacobins et des Cordeliers, organise une nouvelle révolution.

- 10 août 1792 : le peuple de Paris envahit les Tuileries. Le roi et sa famille sont arrêtés puis prisonniers de l’Assemblée.

 

C’est la fin de la monarchie.

 

- Une nouvelle assemblée, élue cette fois au suffrage universel, est convoquée : la Convention nationale.


 

C) La Convention 1792-1795

 

1/ La Convention girondine 20 septembre 1792 - 2 juin 1793 – La naissance de la République française

 

- La foule parisienne craint une invasion ennemie et un complot de l’intérieur : début septembre 1792 elle massacre 1 500 prisonniers aristocrates, ecclésiastiques et autres.

Ce sont les Massacres de septembre.

 

- 20 septembre 1792 : victoire de Valmy.  Le même jour la Convention se réunit et abolit la monarchie.

Le 21 elle proclame la République.

 

- La Convention se divise en plusieurs tendances politiques :

  - à Droite : les Girondins (Brissot)

  - à Gauche : les Montagnards (Danton, Robespierre, Marat)

  - Centre : la Plaine

 

- Le révolutionnaire parisien typique est le sans-culotte :

C’est un homme du peuple (artisan, boutiquier). Il adopte le tutoiement en signe de fraternité et d’égalité entre les individus.

Un sans-culotte dit bonjour ainsi : « Salut et fraternité, citoyen ».

Son Costume est un gilet ou « carmagnole » (veste étroite portée à l’origine par des ouvriers italiens, reprise par des soldats marseillais), un pantalon (à la place de la culotte des aristocrates), bonnet phrygien, cocarde (insigne rond aux couleurs nationales).

 

- La division de la Convention est aggravée par le procès du roi (nov. 92- janv. 93). Elle vote finalement, à une courte majorité, la mort du roi.

Louis XVI (dit Capet) est exécuté le 21 janvier 1793.

 

- L’évolution de la guerre inquiète les monarchies européennes.

La France occupe la Belgique.

Les Girondins décident d’exporter la Révolution pour libérer les peuples opprimés.

En 1793 se forme une première coalition autour de l’Angleterre : Hollande, Prusse, Autriche., Etats allemands et italiens, Espagne et Portugal.

 

- Au Printemps 1793 une grave crise économique touche la France. Des émeutes populaires ont lieu contre l’augmentation des prix.

Cette atmosphère de crise est aggravée par la trahison du commandant en chef des armées du Nord, Dumouriez.

La Belgique est perdue

 

- En Vendée éclate une grave révolte paysanne et catholique qui refuse la Révolution et souhaite le rétablissement de la monarchie. Ses chefs sont Cathelineau et Charette.

Ils obtiennent l’aide de l’Angleterre. Un mouvement voisin, celui des Chouans, se développe en Bretagne.

 

La France est attaquée de toute part. Les Girondins sont suspectés de compromis avec l’ennemi.

Des mouvements fédéralistes en province combattent l’autorité jacobine centralisatrice.

 

Les 31 mai et 2 juin 1793 une insurrection parisienne sans-culotte renverse les Girondins.

Les Montagnards ont désormais le pouvoir à la Convention.

 

2/ La Convention montagnarde - Robespierre 2 juin 1793 - 27 juillet 1794

 

a) L’organisation du gouvernement révolutionnaire

 

Il y a principalement trois institutions à qui la Convention délègue le pouvoir :

 

- Le Comité de sûreté générale : chargé de rechercher et poursuivre les suspects

 

- Le Comité de salut public : qui est le véritable gouvernement.

Jusqu’en juillet 93 il est dominé par Danton.

Mais du 27 juillet 1793 au 27 juillet 1794 c’est Maximilien Robespierre qui s’impose comme le maître de la Révolution au sein du « Grand Comité de salut public », avec Saint-Just, Carnot, Barrère, Billaud-Varenne, Collot d’Herbois, Lindet, Couthon, Prieur de La Marne, Prieur de la Côte d’or, Jeanbon StAndré et Hérault de Séchelles.

 

- Les représentants en mission sont des députés, avec pleins pouvoirs, chargés de rétablir l’ordre dans les régions en révolte.

 

b) La Terreur

 

C’est le nom de la politique menée par le gouvernement révolutionnaire pour obtenir la victoire et briser les résistances intérieures.

On distingue trois niveaux de terreur :

 

- La terreur politique : il n’y a plus de liberté. Une loi des suspects est votée en sept 1793.

Des jugements rapides sont rendus par un tribunal révolutionnaire.

Les condamnés sont exécutés en masse par la guillotine (ex. Marie-Antoinette, Philippe-Egalité cousin du roi, Bailly, Brissot). Il y a 40 000 morts en tout.

 

- La terreur économique : la Convention fixe un maximum des prix puis des salaires. Elle décide la punition des accapareurs qui cachent les marchandises.

 

- La terreur morale et religieuse :

Les sans-culottes entreprennent une déchristianisation du pays. Les fêtes religieuses chrétiennes sont supprimées. Les églises sont transformées en Temples de la Raison.

 

Le calendrier est également transformé : le point de départ devient septembre 1792, l’An I de la Liberté (c’est l’ œuvre du poète Fabre d’Eglantine).

 

Les nouveaux mois du calendrier républicain :

 

automne : vendémiaire, brumaire, frimaire

hiver : nivôse, pluviôse, ventôse

printemps : germinal, floréal, prairial

été : messidor, thermidor, fructidor

 

Les fêtes des saints sont remplacées par celles des Martyrs de la Liberté comme Marat, tué le 13 juillet 93 par Charlotte Corday.

 

- Les victoires du gouvernement révolutionnaire

 

La Convention décide la Levée en masse de tous les hommes 18-25 ans. C’est la naissance d’une armée nationale appelée armée de l’an II.

 

Le Gouvernement obtient des victoires intérieures : Bonaparte face aux Anglais à Toulon, écrasement de la Vendée.

 

Et des victoires extérieures :

Hondschoote en septembre 1793, Fleurus en juin 1794 : la Belgique de nouveau conquise.

L’invasion est partout arrêtée à l’été 1794.

 

c) La chute de Robespierre

 

- Elle est surtout due à la division des montagnards :

Au printemps 1794 Robespierre fait exécuter les Hébertistes (extrême-gauche) puis les Indulgents (qui veulent arrêter la Terreur) derrière Danton (modérés). Il décide de renforcer la Terreur.

Pour cesser la déchristianisation et lutter contre l’athéisme il organise le culte de l’Etre suprême le 8 juin 1794 et apparaît de plus en plus comme le chef de la Révolution et, pour certains, un tyran.

 

- Le 27 juillet 1794 (9 thermidor an II) il est arrêté, puis exécuté avec ses fidèles (comme Saint-Just) le lendemain.

 

3) La Convention thermidorienne

 

Juillet 1794 - 26 octobre 1795 : Convention Thermidorienne

 

- C’est avant tout une période de réaction contre l’oeuvre de Robespierre : rappel des Girondins, fermeture du club des Jacobins.

- En mai 1795 une révolte des sans - culottes est durement réprimée.

 

D) Le Directoire (26 octobre 1795 - 9 novembre 1799)

 

·     Une nouvelle constitution

Elle établit le « Gouvernement des propriétaires ».

Un suffrage censitaire à deux degrés :

- il faut payer des impôts pour voter

- et être propriétaire pour être député

 

  - Le Pouvoir législatif est confié à deux Conseils (des Anciens et des Cinq Cent).

 

  - Le Pouvoir exécutif à un Directoire de cinq membres.

 

·     Le Directoire lutte contre les extrêmes :

 

  - la Gauche : il réprime Babeuf et sa Conjuration des Egaux (1797)

  - la Droite : il annule l’élection des députés royalistes (1797)

 

·     Politique extérieure

 

Elle est marquée en 1796 - 1799 par les campagnes d’Italie puis d’Egypte par le général Bonaparte, qui devient de plus en plus populaire.

 

·     Le Directoire ne dure que quatre ans. Quelles sont les causes de sa chute ?

 

- une grave crise économique et financière : l’Etat est endetté et les hommes politiques sont souvent corrompus

- le pays est las de la guerre est aspire à la paix et à la tranquillité

- en conséquence ce régime devient de plus en plus impopulaire

- le Directoire doit faire face à deux menaces : les royalistes qui espèrent une restauration des Bourbons et les jacobins qui souhaitent établir un régime plus égalitaire au service du peuple

 

Le pays attend un « sauveur ».

 

Les 9-10 novembre 1799 le général Bonaparte, revenu d’Egypte, profite de la situation et s’empare du pouvoir C’est le Coup d’Etat des 18-19 Brumaire.


 

 Les repères de la période révolutionnaire et leur signification

 

Repères

Signification

·                    prise de la Bastille (14 juillet 1789)

Remise en cause de l’arbitraire royal, émergence de la foule comme force politique majeure (confortant ici la position de l’Assemblée face au roi).

·                    abolition des privilèges (4 août 1789)

Rupture avec la société d’Ancien régime. Les principes de liberté et d’égalité sont désormais les nouveaux fondements de la société française moderne.

·                    Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (26 août 1789)

·                    chute de la monarchie (10 août 1792)

A la suite la fuite de Varennes (juin 1791) et du manifeste de Brunswick (juillet 1792) le roi est discrédité. L’invasion des Tuileries consacre sa déchéance et le rôle croissant des sans-culottes dans la politique nationale comme dans la défense du territoire.

·                    chute de Robespierre (9 Thermidor an II - 27 juillet 1794)

La chute de la monarchie suivie de la proclamation de la République (22 septembre 1792) un temps dominée par les Girondins (jusqu’en mai 1793) engendre une exacerbation des tensions politiques et patriotiques.

La Terreur et l’organisation d’un gouvernement proclamé révolutionnaire jusqu’à la paix (septembre-octobre 1793) conduisent à des épurations massives qui ébranlent jusqu’aux fondements mêmes de la société et des principes de 1789.

Celui qui en paraissait le principal inspirateur, Robespierre, est exécuté lui-même avec ses fidèles.

Le Directoire (octobre 1795-novembre 1799).

Les pratiques politiques de l’an II, dans leurs réussites comme dans leurs excès obligent le personnel politique établi (parallèlement à sa volonté de marginaliser les classes populaires) à repenser les cadres institutionnels tout en maintenant un cap républicain et en poursuivant la guerre à l’extérieur

 

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