Je remercie Martine pour ces quelques souvenirs de l'île Dieu qu'elle m'autorise à reprendre ici, tirés de son recueil dire (le petit véhicule, 1998)ou encore inédits . J'aime cette écriture sensuelle et métaphysique à la fois , aventureuse et maîtrisée.
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Textes tirés de Dire
Comme un mystère plus tangible, des jours et des jours immobiles à déchiffrer, en son oeuvre sur l'eau, le sourire du ciel.
Quand sans patience est arrivé le vent
(et déniant toute douceur)
il a brisé d'un coup le miroir de la mer.
Dès lors, où s'abolit l'unique, en vain scrutons-nous chaque éclat : en avant !
L'absence à perte de vue danse devant l'étrave.
Fauve amour fruit sauvage :
fausses amours, murmurait-on...
C'était le vent peut-être,
le vent jaloux le vent mauvais,
c'était le vent jaloux sans doute et tu chantais.
Fauve amour fruit sauvage avec quels rires cueilli : dans nos mains tenait le monde ; peut-être y avait-il d'en approcher la bouche seulement toute l'éternité : fausses amours, murmurait-on....
L'amour était couleur d'aurore ou de couchant et pour les yeux caresse l'ivresse déjà promise en ses parfums.
L'amour était couleur d'aurore
mais sur les lèvres leurre
et leurre plus ardent pour la soif et la fièvre.
Fausses amours, disait-on
et vénéneuses
comme à l'oronge sa soeur mensongère
soeur des chimères ou soeur des songes qui sont couleur soleil de sang.
Fauve amour fruit sauvage où pourtant s'est offert d'y goûter seulement
mirage amer d'éternité.
Tristes chaumières tristes châteaux : j'y sais trop d'ombres se terrer ; recoins poudreux et pruine amère à la chair des souvenirs où trop de temps se parchemine ;
Dehors l'herbe est naïve, qui doucement s'en va au vent vers la rivière d'elle-même aussitôt oublieuse : fais moi l'amour sous le soleil !
Trop d'ombre rôdent aux détours de la nuit : fais moi l'amour sous le soleil !
Fais moi l'amour sous le soleil ! Entre nos lèvres à s'immiscer : nul souffle d'ombre aux baisers vénéneux ; entre mon corps et ta caresse rien que lumière ; lumière sur nous ô mon amour ; l'oubli, le pur oubli sur ce qui fut peut-être et qui n'était pas nous !
Fais moi l'amour sous le soleil ! Je veux voir ton désir plus nu d'être dans la lumière et ton plaisir plus ivre.
A la nuit quant à moi de concession aucune, par nulle paupière abaissée sur l'extase si belle : lumière ô mon amour sur tes yeux où me perdre au miroir ébloui des extases si belles ! Fais moi l'amour sous le soleil !
Alors, plus tard, certes, de ceci me souviendrai-je : l'eau fraîche où nous avions roulé, l'eau fraîche nous a lavés des regards lourds des ombres ;
et de ceci encore, qui nous aura été donné (or nul pour défaire ce qui fut un jour sous le soleil) : les peupliers montaient, flammes vertes dans le feu bleu du ciel ; puis les rives consumées, il y eut des mers violettes, où sans bruit s'ouvrirent un à un tous les yeux d'or de la lumière.
belle
la nuit sera-t-elle assez belle
la nuit bleue comme
la mort aux lèvres de prunelle
nuit
secrète aux paupières de prunelle
la nuit sera-t-elle assez belle
ou sinon
peut-être encore espérer le jour
Neige :
sur le silence étranger
de la neige
des oiseaux noirs évoquent
l'insolence de nos mots ;
sur la page tournée de la neige
la légèreté de nos noms.
Sur l'oubli froissé de la neige
des oiseaux noirs célèbrent
l'insignifiance de nos fastes :
la vanité de nos marques
sur les frontières effacées
de la neige ;
sur la nudité figée de la neige
l'inconséquence de nos masques ;
sur les paupières scellées
de la neige
l'inutilité de nos traces.
Sur le sommeil obstiné
de la neige
des oiseaux noirs fomentent
l'impertinence de nos rêves ;
sur la stérilité glacée
de la neige
l'inanité de nos lendemains.
Noir le cheval, piaffant aux portes pourpres du matin : d'où tenez-vous résonance, échos de cuivre, quand l'aurore saigne des combats de la nuit ?
Musique, musique étrangère dont nul ne sait les naissances foraines.
"C'est quoi, ça ?" avait dit l'enfant ;
"ça"
scintillait ici et là sur l'horizon la mer, à travers des blancs vagues et du sombre.
On avait répondu : "mais, l'île d'Yeu."
"L'ÎLE : DIEU ?" se dit l'enfant, n'osant y croire.
A la nuit, entre étoiles et mer il regarde s'allumer d'autres lumières ; toute une guirlande, blanche, avec en tête ce feu rouge espiègle. Il se souvient d'un noël clignotant,de l'église ; il s'était endormi ; il avait rêvé d'une île...
Demain, il la cherchera derrière la danse des cerfs-volants et des voiles : "l'île est partie" dira l'enfant sans écouter les rires ni les brumes.
A son retour après la pluie, "tiens, se dira-t-il, Dieu aime jouer à cache-cache."
ZIBURU, HAIKUS (lorsque Martine m'envoie des cartes postales de chez moi...)
Poésie collages
lumière à Lehen Tokia
les vitraux la vie
Coucher de soleil
la mer rose à Socoa
chambre rayon vert !
Plus vraie la lumière
celle à travers les vitraux
à Lehen Tokia
Bien entendu vous en auriez voulu plus... pas d'inquiétude, d'autres textes vous attendent, ailleurs :
-Chez Silvaine Arabo
-Chez Jean-Marc Riquier
-Chez André Duhaime
-Sur le carnet interdit
-sur le site de la revue Incertain regard
-sur l'excellent site brésilien blocos, qui présente une anthologie de la poésie internationale
Et chez votre libraire....
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