Chant 1Un délire d'oiseaux court au sommet
des arbres. Fièvres.
Des feuilles s'envolent dans le vent de la mer. Un virevoltement d'instinct casse toute prétention à de sobres et ternes raisons. Clochers pâles tordent leur architecture d'eau et de sable vers la pure sonorité des orgues, ces cloches encordées. Un histrion d'autrefois dort très haut dans la mémoire. Des averses de colombes inondent les terrasses : ce sont vagues, vastes encolures caressant l'horizon des soirs. Le poète - déjà - voit doubler ses métaphores.
Les enfants de la mer. On réinvente caps et promontoires. L'ancestrale
psalmodie devient réalité.
L'Universel. Des bras se tendent, des deltas innombrables coupés de bancs de sable dont le grain est pure conscience. On rêve à des forêts là -bas, dans l'immensité des toundras. On caresse en image des chapes bleues où pleut la neige. On avance à petits pas. On sème dans le silence et la ténèbre. On a des mots, des souffles autant dire : ce qui porte la vie et qui germera. On monte des chevaux immenses, aux longs naseaux d'écume, on effleure des encolures de haute lice. Des fleurs d'asile couvrent l'immensité des patios. Cours intérieures épargnent tissus mobiles et tremblants des larmes qui s'apprêtent. On ne veut rien. On veut tout. On est l'oiseau qui passe, le cri des bateaux qui s'apprête - son imminence dans la brume -, la console du destin sous des rejets d'ombre, la voussure compliquée du Maître d'Oeuvre. On est ce mica brûlant sous le sol des déserts, On est tout. On n'est rien. On a marché dans les vergers, longuement : c'était l'enfance,
ses vérités plus vraies, sa cohorte de flaques et de bois
neigeux.
Une à une tombent les briques, sans bruit. (Elles n'avaient pas de consistance). Préserver sa vulnérabilité face au monde. Désencombrer les écorces. Rire à nouveau. Prendre des coups. Rire à nouveau. Ne plus prendre de coups. Savoir que l'on n'est rien. Que l'on est tout. Les hauts toits de la mer dissolvent les carcasses dures de l'appris,
étranglent les obus, jugulent toute main péremptoire.
Les enfants de la mer
Les enfants de la mer
LES ENFANTS DE LA MER ! DésertsPoudroiement au loin des déserts.
D'invisibles élytres verbalisent toute absence. Nuits sans fin.
Mirages . Des chalands d' impuissance font vibrer toute colombe dans l'air
blanc du matin.
Des harangues traversent , envoûtent les caravanes passagères.
Une oasis au loin, affleurant ses neiges, mesure en lames de feu tout grain
éclaté, toute gestation qui se lèverait chant.
Une verdeur passagère a clamé tous les possibles. Seul au milieu de lui le bédouin. Savoure encore, parmi silence
et épaisseur des burnous, les racines fraîches des strates.
La marche est mesure, geste juste, abandon à l'instant. Des dunes cognent contre des vents. On rêve d'icebergs.
Qui peut le dire? On lutte ici contre la mer, la mouvance, les vagues des cristaux : d'imperceptibles
regards, noyés sous des ciels de lune blanche.
Des grains d'énergie signalent.
Comptoirs d'oiseaux pointent vers le Nord. Gerçures et coups de falaises ont imprimé à toute matière les sceaux tranchants de leurs rainures minuscules. Pour qui se trouve, c'est l'Anonyme, la densité du Sans-Nom
Grand NordProtubérances d'arbres germinent
au milieu des tourbillons et des villes.
Des flaques au loin, concassées de givre, marbrent toute mémoire. Le chant se lève, libre des écorces poussives, de toute
profondeur confondue.
Un triangle d'oiseaux pointe vers le Sud. Des harcèlements de chiens hurlent dans la nuit. Une tentative
de rose décalque le givre d'aurores imaginaires.
Boréales nudités exterminent l'idée même du blanc. Solitude. Sapins dans des toundras de légende. Sapins qui ondulent
comme la mer sous les vents ravageurs,
Des igloos de sommeil ici et là consentent à ne pas laisser
Lacis de brume ont glacé la croûte gelée d'une anonyme
On rêve de caravanes, d'or blanc pointant ses sables, de
Des tourments s'effilochent au gré des pas qui se
Des figements de rires craquellent encore la voûte des
D'immenses routes glaciaires ont changé le cours des
Dans la neige pleuvent les fourrures, mimant toute mort. Une lyre subtile fait vibrer l'air du Septentrion. A qui ne se perd est consenti le Chemin. L'OiseauIl déploie les grandes ailes de
la Béatitude. Espace est son
parcours. A la fois Mercure, Sîmorg, oiseau ka. Navette entre les couches d'une stratosphère nommée Conscience. Allégorie de plumes. Ebouriffement. Point géométrique
des
Perché sur l'arbre des morts, il contemple : témoin et
Parcourt d'infinies distances dont le centre est immobilité.
Ne connaît ni le froid ni la faim. Circule, invisible, au milieu
Il a le col vert - ou bleu - l'irisation de ce qui mute, de ce qui mue,
de ce qui se meut.
Il est le jumeau des vents antagonistes qui parcourent la
Se mire dans l'eau des Signes, toujours. Augure est son
Une seule plume sur la balance de Maât a inversé tous les
Il clame à tous vents la Victoire de la Mère, arborant
la
Et Coq, parfois, donnant l'alerte et sauvant la Ville. Ce qui n'est pas palpable : ce duvet du peu qui s'incarne.
Je t'ai entendu le soir, sur les terrasses blanches, quand la
Qu'il était troublant ton Chant ! Seul ici, sel de la terre, métaphore de l'enfance. D'une
Visités de ta Grâce : les enfants, les poètes et
les fous.
Harmonisation des chants. Suggestions d'ailes. Effleurant à
Tu nettoies les déserts, tu es ce chant du vent dans les
Tu es Souffle, grandes ailes du Chéroubim veillant sur les
Et quand tu descends, quand tu meurs - O douleur - dans
Ether ! Impensable Ether - oiseau - parmi tous les phoenix du
Le MageLouvoyeur des hauts-fonds et des empires
encastrés, il bat
les cartes pour de nouvelles mises en scène : des lavis superbes, des fresques sur les murs des temples. Il psalmodie sans savoir, en toute intime Connaissance. Il
Il a mille doigts, dix oreilles, quatre pieds : il est l'hybride
veilleur de guet dans la nuit
Il a le secret du chapeau et de ses colombes : du tracé de sa
Il court le long des veines du temps, hermaphrodite,
Il est le décupleur des énergies, l'hématie bleue
parmi
Il est l'illuminé, le fou, le sage, la carte de Tarot avec
Il passe, inaperçu dans le milieu des villes meurtrières.
Il
S'il arrive que l'on décrète sa mort, de silencieuses
Alors le Grand Esprit convoque un autre mage
qui de nouveau se poste aux embouchures
la mer La Mer ! OzoneUne rose a bouclé tous les déserts.
Des luminescences s'inclinent parmi les dos velus des démons
: des touffes d'ombre. Un sort jeté d'essences transperce les vieux
guerriers.
Très loin, des remugles qui sentent le sauvage ont des remuements de menthe, des aboiements au loin de chiens, des rivières de papyrus. Poussières de pollens vibrent dans l'air nu ; on attend des libellules de vagues contre-plongées et que la minéralité respire pour dire sous la lune ce long plain-chant du désir. Nostalgie de l'Unité Première, désir ! Des canaux très loin se perdent dans la Voie Lactée, autre monde minuscule pour d'étonnantes consciences, des replis de marsouins, des plis soyeux d'icebergs, des mouches vibrantes, pleines d'yeux, des compassions qui s'écoulent... C'est alors que parmi tes branchages, dans tes cahutes d'ombre, tu t'es dressé, Inconnu Immense, foudroyant les étapes lentes du devenir, maltraitant les gares, aiguillonnant tous les trains de nuit qui vont sifflant, serpents, dans l'antique déraison de la raison des hommes. Nous étions brumes de nuit.
Nous étions la fêlure, l'antique douleur sous des clignements
d'iris et de chants raréfiés.
L'oxygène nous a manqué et cet ozone bienfaisant dont
s'abreuve toute jeunesse.
Nous étions vieux, courbés, malades ; nous étions
la poussière des villes, le tohu-bohu immonde des lèpres
qui courent invisibles sous la peau des mains.
O clairons des exils ! Des hamacs d'enfants se suspendent aux branches, des tourterelles annonciatrices, des devins aux longs doigts de lin et de fibres étirées : des antennes, dans cette antique nuit des gares, des stations de lumière pointant vers l'Etoile, le centre immobile et bleu d'où tout jaillit et rebondit. Tout est imminent, parmi les glaives et les batailles, jusqu'à ce chant ébouriffé que reprennent d'infimes oiseaux - corpusculaires - parmi les arpèges tranquilles de l'Instant. Sous-jacenceTiges et nervures se dressent pour balbutier
les lettres d'un alphabet souterrain. Tiges et nervures et désir
Parce que seul le désir consent, même s'il répète ses rivières d'ombre. J'en appelle à la Stèle - autre métaphore sous
les colonnes des portiques -, à ce chemin d'artères d'où
jaillit la mer, à ces voussures multiples sous la parole.
Les grandes coupes du sacrifice couleront comme oboles sur les marches
désaffectées des temples
Un amenuisement de paupières cerne mal les contours ennoblis
des vols d'oiseaux migrateurs
Quel ultime veilleur dans la nuit des hunes saluera le coq, glissant parmi nos étraves ? Nous mêlons aux couleurs fondamentales notre infinie palette :
corps et coeurs y caracolent, s'y entrechoquent,
Nos plaines furent oxymores, soudoiement cru de lumière, et le
visage qui rayonne aujourd'hui rappelle ces éternités d'enfances
où les petits chemins forés ne menaient nulle part, c'est
-à - dire de l'Instant à l'Instant.
Forêts de givre, en flaques de lumière, m'ont converti
toute absence.
Je surseois à ma nuit comme d'autres, au milieu d'insomnies,
s'inventent l'écorce protectrice du sommeil
Car, fécondés de gouttes, projetés vers d'invincibles destins, nous gravissons notre ruche, immobiles, pèlerins des hauts-fonds, funambules d'autres toits, plantés d'ivresses belles et de couteaux ravageurs. O vertige du peu par où nos pores ont glissé, exsudant
cette neige où le Verbe enfin rejoint toute chair
Comme des ailes dans l'air abandonné du matin. L'EAUL'eau s'échappait des pourrissoirs.
Dans la rue, des gangrènes d'arbres se suspendent à ma robe.
J'espère en un lointain avenir.
Ma mère morte ressemble à un Ange de Vinci. On dirait une jeune fille. Comme si la mort avait le pouvoir de libérer la quintessence de l'être. Une jeune fille ou un oiseau. Le poids d'un oiseau sur le drap. La camarde en moi longtemps sommeilla. A la fête des beaux garçons je l'ai remisée au clou. Mon coeur est tanné comme le cuir des vieux marins. C'est dans la ville qu'à tâtons les aveugles retrouvent leur chemin. Mon imagerie est pleine de roses : d'Orient, de Hongrie, du désert ; on y confectionne des parfums, vendus très cher. Même dans les foires. J'ai l'oeil qui témoigne d'une histoire personnelle, parfaitement anonyme. Dans les ruelles du désir, j'interroge de vieux bonzes dont le sourire énigmatique est la seule réponse: je me demande s'ils se sont baignés dans le Gange, s'ils ont contemplé les fjords, là-bas, dans une Norvège d'autrefois, avec ses aurores boréales, les plis de ses déserts, et, tout au fond, la chapelle intérieure. Pauvre errance! Chat de gouttière sous la pluie, tu mimes encore tes destins, et leur donnes ce Poli des ans, que n'a jamais renié Son Verbe.
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